projets de lecture-1- la critique de la modernité,de l’idéologie de progrès, de l’économisme et la post-modernité

Pour préparer le nouveau paradigme de la trans-rationnalité, du post-modernisme, que j’ai présenté comme notre devenir possible et souhaitable dans l’onglet « à propos » j’ ouvre une page nouvelle dans les projets de lecture. Celle-ci est  réservée à la critique du paradigme dans lequel l’homme occidental s’est enlisé et qui  se répand sur l’ensemble de la planète.

La plupart des ouvrages présentés révélent le côté négatif de la modernité ou font ressortir le caractère idéologique du progrès, la religion dominante des temps modernes qui s’est installée à la Renaissance et a pris une  expansion hégémonique au cours des deux siècles passés. Il faut aussi y associer la critique de ce que certains appellent l’économisme et qui a réduit le sens de la vie humaine à sa seule fonction économique : produire et surtout, pour un occidental, consommer de plus en plus.

Le premier livre présenté est l’homme unidimensionnel de Marcuse écrit en 1964 et traduit en 1968. Cet ouvrage garde  sa valeur d’analyse de notre société  près de cinquante ans après.

Nous nous limiterons pour cet article à reprendre quelques passages de l’analyse du livre qui figure dans la présentation de celui-ci.

Marcuse cherche déjà une voie différente de  celle du néo-capitalisme et de celle du collectivisme encore largement dominée par le courant stalinien pour analyser la société industrielle avancée.

Il semble qu’en 1964, tout du moins dans la société américaine, le prolétariat soit en voie de disparition. L’homme devient de moins en moins utile en tant que producteur et de plus en plus en tant que consommateur.

Pour que la société technologique devienne une société indestructible il faut que les actes,  objectifs, valeurs soient réduits à une seule dimension, à la dimension positive qui fait converger les forces vers le maintien du système. La société doit apparaître comme unidimensionnelle c’est à dire exempte de négativité.

En posant l‘Homme unidimensionnel comme négation de l’Homme vrai , le cri de désespoir de Herbert Marcuse espère encore être entendu, puis compris, préservant ainsi la dernière chance d’échapper à l’enfermement total.

Ainsi l’univers unidimensionnel entraîne-t-il l’homme à traduire le négatif en positif, l’irrationnel en rationnel, l’aliénation en liberté, le faux en vrai.

Chassé de l’univers politique, de la conscience, du discours, de la raison, c’est au confin de la pensée là où resurgit la métaphysique, le mythe, le fantasme, la folie de l’imagination dans l’expression artistique et la réflexion philosophique que le refus a trouvé refuge.

Là, se joue l’ultime bataille entre les forces qui tentent de camoufler la négativité et celles qui tentent de nier le positif.

Il est possible de réunir les moyens de répression de la société en une seule expression : la rationalité technologique.

Le fait le plus marquant de la société technologique est que l’homme n’est même plus « l’instrument  » de la production, il en est la « matière première ». On lui façonne de faux besoins, de faux désirs, une fausse conscience insensible  a ce qu’elle a de faux.

La rationalité technologique révèle son caractère politique en même temps qu’elle devient le grand véhicule de la plus parfaite domination. La fausse conscience qui s’établit grâce à la propagande, à la publicité, à l’information et à la culture unidimensionnelle de masse est en même temps une conscience heureuse satisfaite d’une domination qui apparaît sous les traits d’une liberté.On assiste au rejet du transcendantal.

L’Homme est devenu un infirme heureux : toutes les actions, toutes les valeurs sont jugées selon les critères du fonctionnel, de l’opérationnel ou de l’inéfficace.

Dans cet enfermement de l’univers du discours, c’est la pensée qui est atteinte. Seule a droit d’accès à la rationalité et à la vérité, la logique mathématique au détriment de la logique de la contradiction et du mouvement. La Connaissance est une dimension intégrée, l’Amour une dimension perdue.

Herbert Marcuse remet en vigueur le caractère libérateur du désespoir. Le néo-capitalisme est un système planétaire. C’est donc à cause des parias, des autres races, des autres couleurs, des persécutés, des chômeurs que l’espoir peut encore nous être  donné.