la liberté de conscience définie par la déclaration universelle des droits de l’homme et la contrainte à suivre les préceptes d’une religion

Un article d’un collectif dans le Monde du 28/08/2015

Quand on évoque, en France, la liberté de conscience à propos de l’islam, c’est usuellement pour affirmer que l’Etat doit laisser les musulmans libres de suivre les préceptes de leur religion, en particulier dans ce qui touche au port d’une tenue islamique. L’invocation de cette liberté conduit parfois à critiquer vertement l’interdiction du port de la burqa. Mais, une autre dimension de la liberté de conscience, telle que la définit la Déclaration universelle des droits de l’homme, est largement passée sous silence : le droit de ne pas être contraint à suivre les préceptes d’une religion.

On oublie dès lors le rôle que l’Etat doit jouer dans la protection de la liberté de conscience des personnes nées dans l’islam face aux pressions communautaires qui visent à assurer le respect des préceptes islamiques, de l’observation du ramadan à l’interdiction de quitter l’islam pour se convertir à une autre religion ou à celle pour une musulmane d’épouser un non‐musulman. On sait combien, dans les pays où l’islam a prévalu, la liberté de conscience est réduite. L’apostat qui, dans certains de ces pays risque la mort, encourt souvent une sorte d’anéantissement social, même là où ses jours ne sont pas en danger. Jusque dans des pays d’islam modéré, comme le Maroc, la loi empêche une musulmane d’épouser un non‐musulman et punit de peines de prison le non‐respect du ramadan. La population, prête à dénoncer les coupables, concourt à la mise en œuvre d’une forme de police islamique.

Recenser les actes de pression communautaire

En France, les « mauvais musulmans » n’ont, certes, rien à craindre des lois de la République. Mais ils ne sont pas libres pour autant, face à la pression communautaire à laquelle ils sont soumis. Innombrables sont les témoignages en ce sens, qu’ils concernent les établissements universitaires, la vie des quartiers à forte présence musulmane ou les prisons. Officiellement, les responsables du culte musulman ne sont pour rien dans cette situation. Si, au moment de la création du Conseil français du culte musulman, les organisations le composant ont refusé de reconnaître explicitement le droit d’un musulman à quitter l’islam, c’est en affirmant que leur demander de se prononcer sur ce sujet constituait à leur égard une exigence discriminatoire, et que la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales suffisait à assurer ce droit.

Mais, comme ces responsables n’ont pas pris leurs distances de manière claire par rapport aux préceptes de l’islam entravant la liberté de conscience, ils alimentent la conviction des « vrais musulmans », selon laquelle la pression qu’ils exercent sur leurs coreligionnaires qui quittent le droit chemin est légitime. Et, à ce titre, l’islam pratiqué en France est loin de faire bon ménage avec les droits de l’homme. Face à cette situation, les responsables politiques sont embarrassés. Pour être efficace, une entrave communautaire à la liberté n’a pas besoin de violer ouvertement la loi. Un mélange insidieux d’intimidation, de pression morale, de menace d’ostracisme suffit. On en a eu un exemple en Egypte dans la manière dont, au cours des dernières décennies, les Frères musulmans ont imposé progressivement une islamisation de la tenue des femmes.

La célèbre pièce d’Ionesco, Rhinocéros [1959], fournit une parabole éloquente des processus qui sont à l’œuvre. La crainte d’être accusé d’islamophobie dissuade de reconnaître l’existence d’un tel phénomène. Ainsi, il y a quelques années, un rapport de l’inspection de l’éducation nationale, qui le mettait en évidence dans les établissements d’enseignement, a été mis au fond d’un tiroir. Certes, un moyen de combattre la pression communautaire sans stigmatiser l’islam est de brandir l’étendard de la laïcité face à toutes les religions, en rappelant, pour faire bonne mesure, l’Inquisition, même si, de fait, dans la France d’aujourd’hui, c’est bien l’islam qui fait spécifiquement question. C’est à une telle démarche qu’on a eu recours, en s’abritant derrière une interdiction générale des signes religieux ostentatoires, pour prohiber la tenue islamique à l’école.

Mais nul n’ignore que c’est l’islam seul qui est alors en cause, ce qui est source de malaise, et les domaines où la pression communautaire s’exerce dépassent largement ceux pour lesquels il est légitime de mettre la laïcité en avant. Pour réagir à cette situation, qui alimente la vision très négative de l’islam qui prévaut dans la société française, un premier pas serait de recenser officiellement les actes de pression communautaire, de la même façon qu’on le fait pour les actes islamophobes. Dès lors, les autorités de l’islam de France devront prendre position par rapport à ces actes, sortir ainsi de leur attitude équivoque et dire clairement si, oui ou non, elles veulent promouvoir en France un islam qui, respectueux de la liberté de conscience, prend ses distances avec l’islam pratiqué dans les pays musulmans.

Jean-Pierre Augustin, professeur émérite de géographie à l’université Bordeaux-Montaigne ; Pierre-Yves Beaurepaire, professeur d’histoire à l’université Nice-Sophia-Antipolis ; Dominique Bourg, professeur de philosophie à l’université de Lausanne ; Fabrice Bouthillon, professeur d’histoire à l’université de Brest ; Michel Bozdémir, directeur des études turques à l’Institut national des langues et civilisations orientales ; Jean-Claude Cheynet, ancien directeur de l’Institut d’études byzantines du Collège de France, professeur d’histoire à l’université Paris-Sorbonne ; Gérard-François Dumont, professeur de géographie à l’université Paris-Sorbonne ; Franck Fischbach, professeur de philosophie à l’université de Strasbourg ; Michel Guérin, professeur émérite de philosophie à l’université d’Aix-Marseille ; André Gueslin, professeur d’histoire à l’université Paris-Diderot ; Philippe d’Iribarne, directeur de recherche en sociologie au CNRS ; Pascal Jan, professeur de droit à Sciences Po Bordeaux ; Gérard Jorland, directeur de recherche en philosophie au CNRS et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ; Jacqueline Lalouette, professeure émérite d’histoire à l’université Lille-III ; Nicole Lemaitre, professeure émérite d’histoire à l’université Panthéon-Sorbonne ; Anne-Marie Le Pourhiet, professeure de droit à l’université Rennes-I ; Frédéric Nef, directeur d’études en philosophie à l’EHESS ; Etienne Picard, professeur émérite de droit à l’université Panthéon-Sorbonne ; Yves-Charles Zarka, professeur de philosophie à l’université Paris-Descartes.

 
  • Collectif

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«Dans le Coran, sur 6300 versets, cinq seulement contiennent un appel à tuer»

Le Temps.ch

L’Islam a-t-il besoin d’un aggiornamento? Le professeur d’islamologie Reinhard Schulze pense que les musulmans devraient relancer un débat critique qui s’est interrompu il y a plus d’un demi-siècle. Des intellectuels musulmans y sont prêts, mais ils ne font pas le poids face au discours intégriste

Quelle est la responsabilité de l’islam dans les abcès de violence religieuse qui déchirent le Moyen-Orient, et dans les récentes attaques terroristes qui ont secoué la France les 7-9 janvier 2015? Le Coran, avec ses passages qui invitent à tuer, devrait-il faire l’objet d’une lecture plus distanciée? A ces questions, l’islamologue allemand Reinhard Schulze répond par la profondeur historique. Sans esquiver les problèmes posés par l’actualité, ce professeur à l’Université de Berne montre comment la réflexion critique sur l’islam s’est arrêtée, il y a plus d’un demi-siècle, sous l’étouffoir des Etats, qui ont contraint les intellectuels au silence et laissé le fondamentalisme travailler sans concurrence les populations arabo-musulmanes. A ses yeux il faut à tout prix relancer le débat et reconstruire un discours critique. L’Occident peut aider les intellectuels musulmans, pour autant qu’il ne se laisse pas impressionner par l’islam dévoyé des fanatiques. Entretien.

Le Temps: Depuis plusieurs années, mais en particulier depuis les attentats qui ont frappé la France en janvier, le débat monte sur la part de responsabilité de l’islam dans les violences. Certains affirment que les terroristes sont des nihilistes déguisés en religieux, d’autres rétorquent que tout de même, c’est au nom d’Allah que les terroristes ont tué…

Reinhard Schulze: Pour moi, la question centrale dans tout cela est: est-ce l’islam qui fabrique les croyants, ou sont-ce les croyants qui fabriquent l’islam? Si l’on tient la première proposition pour vraie, alors il faut doter l’islam de dogmes indestructibles, qui répondront de tous les actes des musulmans. Si c’est la deuxième qui est vraie, ce que je crois bien sûr, alors ce sont les croyants qui doivent en répondre. L’islam est sous leur responsabilité.

– Alors est-ce important selon vous qu’ils se démarquent publiquement de ces actes terroristes?

– Non, pourquoi? Ils n’ont commis aucun crime, ils n’ont pas à se justifier, à se mettre en situation de prévenus au tribunal de l’opinion publique. Mais je le répète, ils ont une responsabilité vis-à-vis de leur religion. On ne peut donc pas accuser la communauté des musulmans des crimes commis par des extrémistes, mais on peut leur demander: qu’est-ce que vous faites avec votre islam? Quelle sorte d’islam avez-vous en vue, quelle est votre vision de l’islam pour le XXIe siècle?

– Justement, certains philosophes critiques, comme Abdennour Bidar dans sa «Lettre ouverte au monde musulman», ou Abdelwahab Meddeb, appellent à un sursaut intellectuel, à une grande réforme. Y a-t-il urgence de réformer l’islam?

– Il y a d’abord urgence de mémoire. Les musulmans doivent se rappeler que jusqu’aux années 1960, il existait dans le monde arabo-musulman un grand débat très libre sur la question de l’historicité de l’islam. Des grands savants comme Amin al-Khûlî, Ahmad Khalafallâh ou d’autres avaient des vues très modernes sur la question. Ils pensaient que l’islam doit être adapté à son contexte historique et qu’aucune interprétation n’est valable pour toutes les époques.

– Où en est-il, ce débat?

– Il a été détruit, en premier lieu sous l’influence des Etats – l’Egypte de Nasser, la Syrie baassiste, etc., dès la fin des années 50. La grande Université al-Azhar du Caire a été étatisée en 1961. Du coup, le public musulman a commencé à se recroqueviller, et les savants qui ont voulu poursuivre ce débat ont émigré, notamment à Paris, qui est devenu pour un temps le centre du débat islamique. Au Caire, à Damas, à Bagdad, il est resté un grand vide.

– Qui a rempli ce vide?

– En partie le wahhabisme et le puritanisme, qui ont joué le rôle de conscience critique face au monopole étatique sur l’islam. A partir de là, le discours apologétique a pris le pas sur le discours critique, l’éclipsant presque complètement. Plus tard, dans les années 70-80, l’islam a été un moyen pour les populations arabo-musulmanes d’affirmer leur autonomie face à des Etats autoritaires qui voulaient régenter tous les aspects de la vie sociale. Conséquence de tout cela, l’éducation islamique s’est considérablement appauvrie. Le vide laissé par les intellectuels a donc été comblé par des penseurs médiocres et une littérature de pacotille. Cela dit, il ne faut pas non plus idéaliser les grandes heures du débat, déjà menacé à l’époque par les intégristes: dans les années 50, un Frère musulman radical nommé Abdelkader Aouda prêchait dans les mosquées qu’il fallait brûler tous les livres islamiques à part le Coran et la tradition prophétique.

– Le Coran contient des passages violents. Cela signifie-t-il que l’islam est violent?

– Le Coran compte quelque 6300 versets au total, dont 300 contiennent des mots tels que «combattre» ou «tuer». Cinq versets, en tout, sont une injonction à tuer. La question est de savoir comment lire le texte. Dans certains passages du livre du Deutéronome, Dieu invite à tuer. Pour la majorité des juifs et des chrétiens, il est clair que ces injonctions se réfèrent à une situation historique et ne sont pas valables au pied de la lettre. Il en est de même pour la majorité des musulmans vis-à-vis du Coran. Si le texte devait déterminer les actes des croyants, nous connaîtrions un bain de sang depuis 1300 ans. Les fondamentalistes, eux, opèrent une relecture du Coran très éloignée de la tradition islamique.

– Quelles sont les ressources à disposition, dans le Coran et ailleurs, pour leur faire barrage?

– On pourrait remonter au IXe siècle et puiser dans des milliers de livres! Les ressources dans le Coran ne manquent pas non plus. Mais là encore, tout dépend de l’interprétation qu’on en fait. Prenez une notion dont on parle à tort et à travers dans la presse, le djihad. Qu’est-ce que le djihad? A l’origine, une partie du culte musulman dont la visée est la reconquête de La Mecque. Après 630, quand elle est conquise, il n’y a plus besoin de djihad, tout est fini! Au Moyen Age, des juristes musulmans, élaborant une théorie du djihad, avaient précisé qu’il devait être soumis au contrôle du pouvoir d’un régime. Ainsi l’expression n’a presque plus jamais servi… jusqu’au XIXe siècle.

– Et ensuite?

– Certains groupes musulmans avaient déjà revivifié le concept du djihad au début et même avant le XIXe siècle dans des contextes très locaux. Mais les historiens anglais, et je les suis presque entièrement sur ce point, affirment que le djihad des temps modernes est une invention allemande. En 1914, les orientalistes allemands ont revivifié ce concept moribond, en donnant l’impression que c’était important dans l’islam, puis sont allés expliquer au régime ottoman qu’il devait se servir de ce concept auprès des populations colonisées par les Anglais et les Français, afin de mieux les combattre.

– Le djihad est donc un produit d’importation?

– Oui! Mais à partir du XIXe siècle, presque tout a été importé. Les musulmans ont fait évoluer l’islam selon les standards de pensée européens de l’époque.

– Aujourd’hui, un débat critique sur l’islam est-il possible en l’absence d’autorités reconnues, à l’image d’un clergé?

– Il ne faut pas catholiciser l’islam avant de lui faire passer sa réforme! La tradition islamique, dans son ambiguïté, s’apparente à la philosophie postmoderne, basée sur la pluralité des interprétations. C’est un avantage. L’islam a d’ailleurs connu l’athéisme, mais aussi la caricature du Prophète. Le succès moral de l’islam dépend
davantage de la formation des élites et de leur capacité à obtenir un consensus au sein des sociétés musulmanes que d’un cadre intellectuel strict. Le XXe siècle, avec la construction d’un discours homogène sur ce qu’est l’islam, a marqué un tournant. A partir de là, autour des représentations du Prophète, se joue une bataille pour le monopole du discours sur ce qu’est l’islam.

– Cette ambiguïté n’est-elle pas problématique lorsqu’elle ouvre la porte à une lecture fondamentaliste des textes?

– Oui, peut-être que ce flottement est à la fois une chance et un désavantage, car il crée la possibilité d’un fondamentalisme très vaste. Dans le christianisme, en comparaison, les courants radicaux se cantonnent à quelques sectes identifiées, comme celle des évangéliques. Les courants rigoristes tels que celui des intégristes du XXe siècle se sont formés sous l’influence de l’approche positiviste, qui ne laisse pas de place au doute et à l’ambiguïté, ainsi que des théories d’Auguste Comte.

– Y a-t-il un front uni pour lutter contre le fondamentalisme?

– Oui, ce sont les universitaires, des journalistes et des blogueurs islamiques, tous ceux qui disent que l’éducation – au sens allemand deBildung, qui implique la construction de la personnalité – est importante pour façonner un discours critique. Un bon nombre, aujourd’hui, estime qu’il faut travailler sur la tradition et pas avec la tradition. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour dans les écoles coraniques.

Internet offre-t-il des pistes pour entamer cette réforme?

– Internet est une malédiction! Il donne l’impression que le savoir ne dépend pas d’un échange, d’un débat, mais qu’il suffit d’avoir lu trois pages pêchées on ne sait où pour affirmer qu’on détient la vérité. Sans sphère critique, sans contrôle intellectuel, sans justification de ses paroles, on dit tout et n’importe quoi. Et c’est ainsi que l’islam est devenu un fantasme délimité par des dogmes.

– Mais tout de même, Internet peut être un lieu de débat…

– Oui, mais c’est un débat virtuel, qui n’a plus de correspondance dans la vie réelle. Si l’on ne peut plus corriger un point de vue qui part à la dérive dans l’irréalité, alors on en arrive, dans l’extrême, à l’Etat islamique. Celui-ci, qui prétend revenir aux sources, a créé de toutes pièces un islam qui ne correspond à aucun moment de l’histoire.

– Mais la charia, appliquée dans les régions soumises à l’Etat islamique, n’est pas une invention…

– La charia n’est pas la loi islamique! Dans une interview récente, le grand mufti d’Egypte Shawki Allam l’a dit très explicitement devant des journalistes médusés! En fait, il n’y a pas moyen de définir ce qu’est la charia une fois pour toutes: c’est seulement l’interprétation, par les juristes, de ce qui pourrait être la norme dans une société et une époque données. La charia est un produit intellectuel, pas une loi divine.

– On en a une tout autre image…

– Evidemment, en Occident, on a une idée très nette de la charia: une sorte de loi du talion complètement rétrograde qui peut vous faire littéralement perdre la tête! Cette idée totalement fausse ravit les islamistes radicaux, bien sûr, eux qui bâtissent un islam imaginaire correspondant parfaitement aux attentes apeurées des Occidentaux. Entre ces deux fronts, les intellectuels musulmans se retrouvent bien seuls, et ils manquent de ressources pour lutter contre ce dévoiement total de l’islam. D’où la nécessité d’une académie importante, libérée du contrôle de l’Etat. C’est en ce sens qu’a plaidé Gamal al-Banna en Egypte pour rétablir l’autonomie de l’Université al-Azhar. A ses yeux, et il a raison, c’est le seul moyen de relancer un discours critique et de changer l’image de l’islam. Mais l’Etat refuse, parce qu’il a peur.

– Une justice indépendante est-elle possible dans le monde islamique?

– Bien sûr. Gamal al-Banna dit clairement que l’islam n’a pas pour vocation de créer un système judiciaire.

– La charia est-elle compatible avec l’Etat de droit?

– Encore une fois, la charia n’est que le reflet de l’avis des juristes! Elle peut être à l’origine de la justification des normes sociales, mais ne peut pas les créer. Est-ce possible par exemple d’abolir la polygamie en Tunisie, au Caire, voire en Arabie saoudite? Certains juristes musulmans disent que oui, mais pas tous. L’important, c’est de rouvrir le débat, montrer qu’il existe et le soutenir. Le soutien et l’apport de compétences intellectuelles libres des Occidentaux sont indispensables.

– Est-il possible d’imaginer une démocratie islamique?

– Non, tout comme il n’existe pas de démocratie chrétienne, ou de démocratie juive. La tradition islamique peut en revanche justifier les principes de la démocratie tels que l’Etat de droit, ou une forme de séparation entre l’Etat et la religion. La laïcité dans sa forme la plus stricte, à la française, est difficile à accepter. Certains, comme Soheib Bencheikh, le mufti de Marseille, affirment que la société musulmane peut être laïque, mais pour la majorité des penseurs musulmans, un sécularisme à l’allemande, où le respect de l’Etat de droit s’accompagne d’une sauvegarde de la sphère religieuse, est plus acceptable. Les universités allemandes, par exemple, ont ouvert des instituts de théologie où prend place un débat critique sur l’islam.