L’Esprit – Au-delà de la matière -en parcourant les sciences

Une nouvelle approche révolutionnaire de la science

Notre existence a-t-elle un sens ? est un livre écrit parJean Staune et paru en avril 2007.

analyse du livre sur Islam & Science.net

Ce livre me paraît capital. Il montre,  après vingt ans de travaux de l’auteur, et à partir des théories et des observations des sciences : en physique quantique, en astrophysique, dans les sciences qui traitent de l’Evolution, les neurosciences voire les mathématiques que nous sommes en train de changer de paradigme scientifique et donc tout simplement de notre vision d’ensemble du monde. C’est un changement aux conséquences gigantesques qui affecteront progressivement tous les secteurs de recherche et modifieront   la façon dont l’homme se représente le monde et la place qui est la sienne dans celui-ci. Partout, de la science, surgissent les preuves d’un autre réel.

Le monde scientifique qui s’est développé à partir du XVIèsiècle s’est construit autour du monde de la matière, du réductionnisme. Il a créé autour de la matière une vision fermée de l’univers donnant naissance à la modernité. Cette nouvelle vision du monde  a combattu puis progressivement s’est imposée face à l’ancien monde ouvert  sur l’esprit qui  prévalait jusqu’à cette date. Il a ainsi permis un développement considérable des sciences et des techniques, il a bouleversé la vie matérielle, intellectuelle, culturelle  en refermant le monde et le faisant exploser autour de la matière.

La conclusion de Jean Staune qui s’appuie sur la puissance de son examen inter-disciplinaire et dont j’extrais ci-dessous les idées principales, nous conduit, à partir de théories et faits scientifiques, à envisager un nouveau paradigme qui se met en place dans les sciences autour de la dualité matière-esprit et de la conscience et dans une démarche où « le tout est plus que la somme des parties ». Prenant son origine dans les sciences elles-mêmes,  et malgré le barrage frontal de la pensée matérialiste toujours dominante, commence à surgir en de multiples  endroits,  l’idée que le réel est bien plus que la matière et la science nous dit déjà qu’il sera impossible de connaître et d’expliquer tout ce réel. Paradoxalement, c’est un pas important franchi par la science : savoir avec certitude que nous ne pouvons tout savoir est scientifiquement plus grand que croire que nous pouvons tout savoir. Oui, car le matérialisme se révèle bien être une croyance !

Nous sommes bien, comme nous l’enseignait Platon, dans l’allégorie de l’homme de la caverne .

Nous ne sommes là qu’au début de cette nouvelle vision que Jean Staune souhaite voir partager pour orienter les sciences vers de nouvelles perspectives et recherches qui ne soient plus bloquées et limitées au réel de la matière. Nul doute qu’en effectuant ce très riche parcours à travers les sciences Jean Staune a posé avec ce livre la première borne constitutive de ce nouveau chemin scientifique étayé  d’abord par les connaissances en astrophysique.

Depuis Einstein,  on sait que le temps et  l’espace sont relatifs et dépendent de la vitesse,  que les masses courbent l’espace-temps.  Ces découvertes ont conduit à la théorie du big bang aujourd’hui largement partagée et qui nous dit que notre monde matériel est né voici 13,8 milliards d’années à partir d’un premier point d’explosion d’énergie contenant toute l’énergie de notre monde dont on ne sait pas d’ailleurs si il est le seul.

Parallélement, l’astrophysique  découvre récemment que la matière ne représente que 4% de la masse de notre univers – la masse de la matière dans l’univers est donc peu de chose… et pourtant cette matière a occupé les esprits, notamment les esprits scientifiques depuis 4 siècles et toute la vie  c’est organisé autour d’elle.

 Un deuxième point d’ancrage plus fondamental encore dans le dépassement de l’idée de matière vient de l’observation de l’infiniment petit. La physique quantique nous précise que dans ce monde, le réel n’ utilise ni  l’espace, ni le temps, qu’il y règne un principe fondamental d’incertitude,  que la matière est tantôt onde  tantôt particule et qu’elle dépend de l’observateur, qu’elle n’est pas localisable… Bref c’est bien un autre monde qui est là et sur lequel s’appuie pourtant toutes les techniques modernes, de l’électronique au laser…qui elles, sont bien en même temps dans notre monde matériel. Si la physique quantique éprouve encore des difficultés à expliquer et théoriser  de façon globale ce nouveau réel, elle a donné naissance à des applications multiples dont nous nous servons quotidiennement. 

Parallélement,  on voit se craqueler la théorie de l’évolution. Elle est encore largement dominée par le néo-darwinisme où tout résulte du hasard des mutations dont certaines sont retenues en fonction de la sélection naturelle, et tout cela sans finalité. Pourtant, il devient de plus en plus certain que cette théorie souffre de nombreuses insuffisances. Elle ne serait pas toujours graduelle comme il était affirmé mais elle subirait parfois des sauts qui pourraient être très rapides. Elle semblerait pour certains canalisée quand d’autres émettent l’idée de formes archétypales à l’intérieur desquelles s’observeraient en effet des évolutions soumises aux mutations et contraintes d’environnement. Une grande théorie de l’évolution regroupant toutes ces observations restent encore à construire.

Dans les neurosciences, la conscience est toujours considérée par les matérialistes comme une production du cerveau et pour ceux-ci, et avec Jean-Pierre Changeux, l’homme n’est qu’un « homme neuronal ». Pourtant, là aussi, des chercheurs contestent vivement cette vision et considèrent au contraire la conscience comme partiellement ou totalement extérieure au cerveau et à la matière.

Dans les mathématiques mêmes, certains parlent d’états particuliers d’où jailliraient parfois des découvertes intuitives. Les mathématiques pourraient être, selon certains de ces spécialistes, un champ, un monde, au delà du réel mais constitutif de celui-ci et auquel  certains mathématiciens auraient parfois accès. Enfin, depuis le théorème de Gödel, les mathématiques et la logique nous ont dit  que certaines  certitudes restaient indémontrables : la science sait depuis lors qu’elle ne peut tout démontrer et prouver. 

A la lecture du livre de Jean Staune, on mesure à quel point  la pensée matérialiste qui domine encore très largement la science aujourd’hui est bien devenue notre nouvel obscurantisme dans la mesure où cette vision matérialiste limite le réel à la matière et en cela et compte tenu de ce qui est dit précédemment, nous  donne une représentation totalement inexacte du réel. Il est temps de prendre en compte dans les sciences mais aussi bien sûr dans notre vie un réel beaucoup plus vaste que celui de la matière.

Cette nouvelle vision scientifique constitue un fondement, un pilier, du Temple des Consciences.

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Nous voici donc parvenus au bout de cet extraordinaire voyage qui nous a fait traverser les sciences de la matière, de l’univers, de la vie, de la conscience, et même la logique et les mathématiques.

Que pouvons-nous conclure ?

 

L’émergence d’un nouveau paradigme

Il s’est passé au XXè siècle quelque chose d’inouï, d’inégalé depuis quatre cents ans, depuis le passage du monde magique au Moyen-Âge à celui de la modernité, via la Renaissance : l’émergence d’un nouveau paradigme ayant une influence sur tous les grands domaines de la connaissance.

  • En astrophysique, les notions de temps et d’espace éternel et infini de Newton ont été remplacé par la relativité du temps et de l’espace d’Einstein –relativité qui portait en elle les germes de la théorie du big bang qui a elle-même engendré le principe anthropique.
  • En physique, le déterminisme de Laplace qui stipulait que l’on pouvait en théorie connaÎtre tout le futur de l’Univers à partir de la connaissance des forces de la nature a été remplacé par le principe d’incertitude d’Heisenberg selon lequel il est impossible de connaître tout à la fois la position et la vitesse d’une seule
  • En mathématiques, le théorème d’incomplétude de la logique de Kurt Gödel implique que, au cœur même des mathématiques, des vérités peuvent être perçues avec certitude sans pour autant être démontrables.
  • En chimie, les idées classiques d’étude de l’équilibre de Berthelot ont été remplacées par la thermodynamique du non-équilibre développée par Ilya Prigogine, par les notions de « bifurcation », d’effet papillon qui débouchent sur l’imprédictibilité de certains phénomènes macroscopiques.
  • En neurologie, l’ »homme neuronal» de Changeux a été mis à mal par les expériences de Libet sur l’antédatage de la perception et sur l’existence d’un libre arbitre exerçant un « droit de veto » sur les processus commencés inconsciemment par le cerveau.

 

En théorie de l’évolution :

  • Les conceptions darwiniennes selon lesquelles l’évolution serait fondée uniquement sur des mutations aléatoires triées par la sélection naturelle sont remises en cause par des approches de l’évolution comme celles de Conway-Morris, Denton ou de Duve au sein desquelles le hasard est « canalisé ». Ces approches donnent une crédibilité nouvelle à la conception platonicienne selon laquelle les grandes familles d’êtres vivants sont inscrites dans les lois de la nature comme par exemple la structure des cristaux de neige ou les structures des protéines.
  • Pour bien prendre conscience du caractère exceptionnel de ce changement de paradigme, notons que James Lighthill, président de l’Union internationale de mécanique pure et appliquée, s’est excusé au nom de ses collègues du fait que son association ait propagé pendant trois siècles l’idée fausse que les systèmes newtoniens étaient déterministes.(1)
  • Dans l’histoire humaine, les vraies révolutions sont les changements de vision du monde et non pas des événements contingents si terrifiants soient-ils.
  • C’est la raison pour laquelle Ortoli et Pharabod, en évoquant la révolution quantique ( partie la plus solide de cette nouvelle vision du monde) ont osé écrire : « Les révolutions républicaines, marxistes, islamiques et autres risquent d’apparaître un jour insignifiantes face à la révolution quantique. Notre organisation socio-politique et nos modes de pensée ont été ou vont être bouleversés davantage peut-être que par tout autre événement.»(2)

Mais une question se pose immédiatement : quelle solidité a la synthèse que je viens d’effectuer ?

  • D’abord tous les faits rapportés ont été publiés dans des revues qui font autorité et les interprétations l’ont été par des scientifiques de renom.
  • Cette démarche a un poids infiniment supérieur à une synthèse faite sur des disciplines non scientifiques ( astrologie, parapsychologie, médecine énergétique, visions des chamanes)
  • Cela dit tout ce qui est publié dans une revue de référence n’est pas toujours vrai mais il est impossible que l’ensemble des faits et des théories rapportés se révèle être une illusion.
  • Les plus solides sont la physique quantique, le théorème de Gödel et la théorie du chaos.
  • La déconstruction de la vision de l’homme neuronal qui n’a été faite que de rares fois par de rares personnes est actuellement plus faible.
  • L’idée d’une évolution canalisée ou orientée vers un but est certainement la partie la moins établie de l’ensemble sur lequel repose cette synthèse.
  • Ma démarche illustre par sa structure même le credo non réductionniste qu’elle cherche à démontrer : « Le tout est plus que la somme de ses parties. »
  • La force de mon argumentation provient de la « masse critique » que constituent toutes les données rassemblées ici. La dimension profondément interdisciplinaire de cette démarche fait que les thèses avancées se renforcent les unes les autres.
  • Nous pouvons conclure que la synthèse est assez solide. Qu’il est improbable qu’elle soit entièrement exacte mais qu’il est encore plus improbable que l’image globale qui s’en dégage soit remise en cause. Nous sommes bien train de vivre un changement essentiel de vision du monde dont il importe maintenant d’étudier deux grandes caractéristiques : (7801)

La voie de l’incomplétude : je sais pourquoi je ne sais pas

Il n’aura pas échappé au lecteur qu’une grande partie de ce nouveau paradigme repose sur des notions comme l’incertitude, l’incomplétude, l’imprédictibilité, etc…

On pourrait en conclure qu’il repose sur notre ignorance et non sur des connaissances –et donc que nos connaissances sont peu solides- Or, en réalité c’est tout le contraire !

Nous sommes face à un bouleversement épistémologique de grande ampleur : désormais nous savons parfaitement et avec une grande précision pourquoi nous ne saurons jamais certaines choses.

Nous savons de façon extrêmement précises et scientifique pourquoi nous ne connaîtrons jamais en même temps la position et la vitesse d’une particule ( principe d’incertitude d’Heisenberg) pourquoi nous n’aurons jamais de système logique à la fois complet et cohérent (théorème de Gödel) pourquoi nous ne prédirons jamais avec exactitude le temps qu’il fera dans un mois ( théorie du chaos)

( cf présentation du théorème de Gödel ici )

(cf « l’incomplétude un nouveau paradigme » par Jean-François Lambert)

Si étonnant que cela puisse paraître, il s’agit donc d’un progrès de nos connaissances et non d’une régression de celles-ci.

Mais cela nous amène au cœur même de la science « classique ». Comme le dit Jean Fourastié, « la science du XIXè  et du XXè siècle reste ainsi dominée non seulement par l’espoir, mais par la certitude d’expliquer tout le réel par le réel. »

Or non seulement la science a démontré au cours du XXè siècle qu’elle ne pourra jamais « dévoiler » le réel en totalité mais en plus la science nous démontre que le réel ( que l’on peut mesurer, voir, toucher, sentir, celui qui est situé dans le temps, l’espace, la matière et l’énergie) n’est pas ontologiquement suffisant, qu’il ne peut pas s’expliquer entièrement par lui-même, puisque des phénomènes qui relèvent d’un autre niveau de réalité peuvent l’influencer causalement.

Jean-François Lambert est, à ma connaissance, celui qui a le mieux développé et synthétisé cette approche de l’incomplétude au cours des dernières années en ajoutant ici l’incomplétude du langage de Wittgenstein et l’approche de l’inconscient de Lacan qui débouchent sur le même constat d’incomplétude.

Tout ce qui précède conduit au même constat : ça échappe.

 

Le dépassement du matérialisme méthodologique

Au moins deux des domaines que nous avons abordés ( le principe anthropique et l’évolution) évoquent des questions relatives à l’existence d’une finalité dans l’Univers.

De très nombreux scientifiques y voient un crime de lèse-science et repousse avec horreur toute allusion de ce type.

Et pourtant nulle part n’est précisé que la science se limite à l’étude des phénomènes ayant des causes naturelles ou matérielles.

Si les matérialistes acceptent bien évidemment que l’on conteste le matérialisme philosophique, ils érigent cependant le matérialisme méthodologique en principe absolu accusant ceux qui voudraient découpler le matérialisme méthodologique de la science de proposer un retour aux périodes abominables de l’obscurantisme préscientifique !

Pourtant nous venons de voir que cette fusion du matérialisme méthodologique et de la science ne tenait ni sur le plan théorique ni sur le plan factuel.

Si on accepte de séparer le matérialisme méthodologique et la science alors toute une série de recherches nouvelles deviennent possibles alors qu’elles sont considérées aujourd’hui comme taboues car contredisant le sacro-saint matérialisme méthodologique.

Ainsi dans les sciences de la conscience, des milliers de témoins décrivent des « expériences aux frontières de la mort » dont certains aspects suggèrent des « sorties du corps » susceptibles de confirmer définitivement le dualisme. Benjamin Libet envisage sérieusement un protocole pour prouver la réalité de la sortie du corps rapportée par les témoins.

Ce nouveau paradigme débouche sur une nouvelle approche –paradoxale- de la science : une science à la fois « consciente de ses limites «  et capable de traiter des questions qui semblaient hors de son domaine.

La science a restreint ses prétentions. Elle sait qu’elle ne pourra jamais tout expliquer.

Bien entendu, la diffusion de cette grande révolution conceptuelle vient à peine de commencer dans notre société.  A l’époque d’internet et de la diffusion de l’information « horizontale » il est important de prendre conscience du fait que la diffusion « verticale » prend encore un siècle. Contribuer à l’accélérer est l’un des objectifs de cet ouvrage.

 

17 Science et sens, raison et religion

(7935-8506)

« Nous pouvons renoncer à la vision mécaniste du Monde. La métaphysique de l’objet est périmée. A nouveau et avec joie, nous pouvons poser en toute légitimité la question de l’Être. » Bernard d’Espagnat

 

L’Hiroshima du matérialisme scientifique

  • L’affirmation classique « tout est matière» n’a plus de sens sur le plan scientifique. Les fondements des objets se sont « dissous » au point que Banesh Hoffmann a pu écrire, comme nous l’avons vu, que les protons, les électrons ne sont pas localisés dans l’espace et le temps ( même quand ils constituent des objets qui, eux, sont localisés !)
  • Il semble qu’il faille postuler avec Bernard d’Espagnat « un réalisme non physique» de type platonicien.
  • Des recherches de pointe en astrophysique ont introduit à l’intérieur de la science la question mais pas la réponse, de la finalité et de l’existence d’un Dieu, d’un principe créateur, d’un Grand Architecte ( appelez-le comme vous voulez) faisant voler en éclats un tabou et contribuant à découpler la science et le matérialisme méthodologique.
  • L’ennemi absolu du matérialisme, le dualisme – la conception selon laquelle un esprit séparé de la matière peut exister – redevient crédible depuis que la physique quantique a montré qu’une dimension non physique de la réalité pouvait exister et interagir avec la nôtre et depuis que Beck et Eccles ont développé un modèle théorique montrant que cette interaction pouvait exister sans violer aucune des lois de la physique.
  • Le paradigme de la rationalité classique a été anéanti par le théorème de Gödel qui apporte une forte crédibilité aux témoignages de grands mathématiciens disant qu’ils sont en contact avec « un monde des mathématiques».
  • L’idée d’une évolution orientée, canalisée ou pouvant se répéter développée respectivement par Denton, Conway-Morris ou de Duve donne une crédibilité scientifique à des intuitions comme celle de Teilhard de Chardin qui avance qu’un être pourvu d’une conscience de lui-même devait apparaître, que nous étions en quelque sorte « attendus» voire même que les nœuds du grand arbre sont « prédéterminés depuis le big bang. »
  • C’est la science elle-même qui a dévasté comme une tornade le paysage du matérialisme. Tous ses fondements se sont écoulés…à l’exception du darwinisme. On peut donc concevoir pourquoi les matérialistes s’ y attachent avec parfois l’énergie du désespoir.
  • Bien trop rare sont les matérialistes qui ont l’intelligence de reconnaître cette évidence : le matérialisme est une simple croyance.
  • Sortir des limites du matérialisme sans adhérer à aucune religion ce qui débouche sur une forme de panthéisme comme le fait Luc Ferry qui rejette la transcendance au profit d’une « transcendance dans l’immanence ».
  • Tenter de reconnecter le matérialisme avec la nouvelle réalité issue des sciences. Cela amène par exemple à postuler des univers parallèles en astrophysique.

Et si les cinq grands mystères ne faisaient qu’un ?

Tout au long de cet ouvrage nous avons rencontré et analysé en détail  grands mystères :

  • D’où provient l’Univers issu du big bang
  • Quelle est la nature des fondements de la réalité physique ?
  • Quelle est la nature de la conscience de l’homme ?
  • Qu’est ce qui peut canaliser l’évolution de la vie ?
  • D’où provient la « déraisonnable efficacité » des mathématiques ?
  • Une conception philosophique paraît elle , capable d’unifier nos mystères. Il s’agit du platonisme.
  • Comme Platon fait reposer son système sur des « idées », on l’oppose parfois au réalisme en le classant dans le camp des idéalistes. Grave erreur, comme l’a écrit Alain : « Platon n’est pas un idéaliste comme on le dit. Le monde de Platon n’est nullement un songe, au contraire il est dur comme le diamant et il est toujours le même. C’est notre vie qui est un songe. »
  • Pour Bernard d’Espagnat il s’agit « d’un réalisme des essences ». Le fameux « mythe de la caverne» stipule que nous n’avons accès qu’à des ombres d’objets ou de personnes se projetant sur un mur d’une caverne alors que les objets ou personnes en question sont, eux, situés à l’extérieur de celle-ci.

Il y a donc bien une réalité dans la philosophie de Platon mais nous n’y avons pas un accès direct car elle ne se situe pas au même niveau que nous.

 

Nous avons vu également comme Alain Connes, Roger Penrose ou Kurt Gödel exprimaient leur conviction d’être en contact avec un monde platonicien des idées mathématiques.

 

Pour Christian de Duve ou Simon Conway-Morris, l’évolution serait canalisée ; mais qu’est ce qui canalise l’évolution dans des directions particulières ?

Des formes platoniciennes répondent Denton et d’Arcy Thomson !

Pour eux les félins, les canidés, les primates existent sous une forme générique telle que le cercle, le triangle ou le carré. Ne sont-ils pas que des projections d’archétypes de félins, canidés ou primates ? Ce serait l’existence de ces archétypes qui fait passer l’évolution d’un état stable à un autre état.

 

Quels que soient les développements futures de la cosmologie nous savons une chose. Notre univers n’existe pas par lui-même mais provient de quelque chose d’autre.

 

Enfin l’idée selon laquelle l’esprit ne serait nullement une création du cerveau ( c’est-à-dire le dualisme) est tout à fait naturelle et évidente dans un cadre platonicien comme Platon l’a développé avec le mythe d’ER

 

Nous sommes, si nous acceptons cette « unification platonicienne » dans la même situation que les hommes de la caverne s’ils avaient enfin compris qu’ils voyaient des ombres et non une réalité indépendante.

 

Et Dieu dans tout cela ?

L’existence d’un autre niveau de réalité n’implique nullement l’existence de Dieu.

Il n’y a pas moins de 7 étapes entre les considérations décrites et l’existence d’un Dieu personnel capable de répondre à nos prières.

  • La réalité indépendantece qui existe vraiment– n’est pas localisé dans le temps et dans l’espace. Notre voyage à travers les disciplines a abouti à cette conclusion platonicienne : nous sommes dans la caverne, la réalité, quelle qu’elle soit, est à l’extérieur.

 

  • L’esprit humain a un lien avec cette réalité indépendante. C’est entre autre l’affirmation de grands mathématiciens mais nous ne pouvons considérer ce point comme démontré.

 

 

  • La réalité indépendante a-t-elle des caractéristiques qui la rapprochent d’un objet ou d’un esprit ? Les « néomatérialistes ouverts «  acceptent la mécanique quantique et le théorème de Gödel mais s’arrêtent là. Les spiritualistes vont plus loin et appelle cette réalité l’Être.

 

  • Cet Être ne se cantonne pas à la réalité indépendante, il cherche à se manifester dans notre monde, celui des phénomènes.

L’existence d’êtres conscients d’eux-mêmes est l’une de ces manifestations. Cette position implique à la fois une finalité dans l’évolution de la vie et l’existence d’une vie après la mort, notre vraie nature étant proche de cet être.

 

  • Cet Être est une personne avec une volonté, des aspirations, un projet C’est un Dieu personnel

. Tous ceux qui pensent par contre que l’Être est une énergie universelle (voire un principe créateur dépersonnalisé) prendront une autre voie qui pourra les amener à insister sur l’existence d’un tel être sans le définir comme le fait le taoïsme :

« Il est un être indéterminé dans sa perfection qui était avant le ciel et la terre, impassible, immatériel ! Il subsiste, unique, immuable, omniprésent, impérissable. Ne connaissant pas son nom je le désigne par le Tao. »

Ou  le bouddhisme :

« Il existe un non-devenu, non créé, non manifesté. S’il n’existait pas, il n’y aurait pas de sortie possible lors de la création du devenir et de la manifestation.

 

  • Ce Dieu cherche à entrer en contact avec nous, il l’a fait par l’intermédiaire des grandes religions du monde.

Même dans un cadre monothéiste il existe différentes hypothèses :

  • L’hypothèse horrible : Dieu nous élève comme nous élevons le bétail.
  • L’hypothèse de l’indifférence : Dieu n’a pas plus d’intérêt pour nous que nous n’en avons pour les objets que nous fabriquons.
  • L’hypothèse de l’attente : Dieu n’a pas encore essayé de communiquer avec nous, il attend que nous atteignions un niveau supérieur d’évolution.
  • L’hypothèse classique : Dieu existe et communique discrètement avec nous par l’intermédiaire (entre autre) des grandes religions.
  • Dieu est bon et il peut répondre à nos prières et agir dans le monde. C’est la position des grandes religions même si les textes sacrés de ces religions montrent que c’est loin d’être évident.

 

Que peut-on dire de tout cela ? Pour monter les 7 degrés de cette échelle de Jacob il faut à chaque fois faire une hypothèse supplémentaire et il est clair que la dernière étape nécessite un acte de foi.

Nous pouvons maintenant concevoir de façon simple une hypothèse expliquant ce qui est la base des grandes religions. Le ou les fondateurs ont eu contact avec le monde platonicien duquel est issu notre Univers et nos consciences. Ces contacts ont été plus ou moins intenses selon les cas et ont porté sur des aspects différents de cet autre niveau d’où les différences et recoupements entre elles.

Dans une telle vision les religions sont comme des trous de serrure dans des portes donnant sur une immense pièce. Chaque trou permet de voir un aspect différent de la pièce avec parfois des recouvrements.

Ce modèle n’implique pas que toutes les religions se vaillent et chacun est libre de penser que « son » trou de serrure en dévoile plus que les autres. Cela tue dans l’œuf le fondamentalisme religieux car il est toujours fondé sur la certitude de détenir toute la vérité et qui rend logique de vouloir l’imposer aux autres.

Le point 5) nécessite également un acte de foi. Rien de ce que nous avons dit n’implique que l’Être soit une personne. Néanmoins il semble logique de penser qu’ elle est un être et non une chose bien elle soit plus que nous en ce qui concerne ses caractéristiques personnelles.

 

Science et religion, les éléments d’un rapprochement

Qu’elles soient taoïstes, bouddhistes ou monothéistes, toutes les conceptions religieuses qui se répartissent entre les points 4) à 7) reposent sur l’idée que notre monde où nous vivons, dans le temps et l’espace, ne peut s’expliquer totalement à partir de lui-même, ne soit ontologiquement suffisant.

Si l’on approfondi un peu ces rapports entre science et religion on arrive aux deux grandes nouveautés décrites au chapitre 16 :

  • L’incomplétude et la possibilité théorique de réfléchir à des questions ultimes à partir de découvertes ou de théories scientifiques.
  • La deuxième approche sera, elle, « positive » qui , elle, nous parle de Dieu. Il s’agit de recenser des « symptômes de sens », des faits qui, sans le prouver, tendent à suggérer de façon directe qu’un sens pourrait bien exister dans l’Univers ou que notre existence n’est pas un événement contingent mais s’inscrit bien dans un autre processus.
  • Entre ces deux écoles il existe une contradiction fondamentale.
  • Les premiers à l’instar de Bernard d’Espagnat diront « l’Univers est porteur de sens parce que nous pouvons le comprendre – le dévoiler. Parce que la science nous démontre qu’il y a un « au-delà ».
  • Les seconds ajouteront à la suite d’Einstein des propos du type : «  l’Univers est porteur de sens parce que nous pouvons le comprendre, parce qu’il existe un lien entre notre esprit et la structure de l’Univers. »
  • Il est ainsi possible d’affirmer que notre compréhension du monde est suffisamment extraordinaire pour qu’on puisse y voir le signe d’un lien entre l’esprit de l’homme et celui de l’éventuel concepteur de l’Univers.
  • Mais qu’il existe un autre niveau de réalité, situé hors du temps, de l’espace, de l’énergie et de la matière, vient renforcer – et non contredire- l’idée selon laquelle l’Univers est porteur de sens à la fois parce que nous pouvons comprendre la partie de l’Univers qui nous est accessible et où d’autres dimensions existent, susceptibles d’abriter ce qui serait à l’origine du « projet » dont notre niveau de réalité serait la réalisation.
  • On voit donc comment science et religion peuvent se rapprocher. De très nombreux savants et théologiens se sont penchés sur ces questions. En plus des noms déjà cités mentionnons :
  • -dans les pays anglo-saxons: John Polkinghorne, Ian Barbour, Arthur Peacoke, Keith Ward, Philip Clayton, Robert Russel, Alister Mac Grath, Dnis Alexander, Francis Collins, Roald Hoffmann.
  • En France Thierry Magnin, Pierre Perrier, Dominique Laplane, Gustave Martelet, Jean-Michel Maldamé, Guy Lazorthes, Jean-Marie Pelt, Alain Houziaux, François Euvé, Christophe Théobald, Jacques Vauthier, Dominique Lambert, Eric Bois, Jacques Golberg, Jacques Arnould et le très important ouvrage collectif Le savant et la foi dont 10 des auteurs sont membres de l’Académie des sciences.
  • Sachant que cette liste n’est pas exhaustive on voit pour le moins que ce secteur est en plein développement !
  • Parallèlement des centres de science et religion ont été créé au sein d’universités prestigieuses telles que celles d’Oxford, Cambridge, Columbia, voire de l’American Association for Advancement of Science ( la plus grande association de scientifiques du monde)
  • A la suite d’Oxford , l’université Harvard vient de créer une chaire en science et religion.
  • Il y a un prix à payer pour ce rapprochement entre les 2 partenaires : c’est celui de l’humilité. Humilité de la science qui doit admettre que la religion a peut-être accès à des niveaux de réalité qu’elle peut à peine envisager. Humilité de la religion qui doit évoluer en fonction des découvertes scientifiques.
  • Ainsi demain le bouddhisme devra sans doute admettre que nous ne vivons pas dans un univers cyclique ? La philosophie thomiste si dominante dans l’Eglise catholique devra intégrer le retour en force du platonisme auquel elle préfère depuis 800 ans l’aristotélisme.

Quelle réponse à « la question la plus importante qui soit »

Ceux qui ne se reconnaissent pas dans une religion et ils sont nombreux devront choisir entre deux thèses que Bernard d’Espagnat formule ainsi :

Thèse 1 ) la réalité de »base », le réel voilé, la réalité-derrière-les-choses, la réalité éternelle. C’est à sa connaissance et à son amour que les hommes doivent aspirer pour se parfaire.( le sens est donné par l’Être – position spiritualiste)

Thèse 2) la réalité de « base » est fondamentalement intéressante et banale. A partir de ce matériau informe l’homme doit se créer lui-même en développant sa liberté.(le sens est donné par nous-même – position du non-matérialisme quel qu’il soit)

Bernard d’Espagnat va jusqu’à envisager un « appel de l’être à l’homme » dont témoignent certains qui ont reçu un tel appel.

Une autre piste a été fournie par Stéphane Lupasco et Basarab Nicolescu. C’est le développement d’une logique ternaire qui permette de dépasser les contradictions qui apparaissent à notre niveau de réalité.

Une autre démarche, plus proche du panthéisme est celle d’Henri Stapp pour qui le caractère global, universel, holistique de cette nouvelle réalité qu’approche la science, peut-être source de valeurs susceptibles d’être admises par tous.

Paul Davies à la fin de son ouvrage le plus célèbre dit : « je ne puis croire que l’existence dans cet univers soit un simple caprice du destin, un accident de l’histoire. L’espèce physique homo ne représente peut-être rien mais l’existence de l’esprit dans un organisme sur une planète dans l’Univers est sûrement un fait fondamental. L’Univers a engendré la conscience de soi à travers les êtres humains. »

 

1 Une nouvelle révolution copernicienne

Nous sommes dans une situation qui prévalait au milieu du XVIIè siècle. Un petit nombre de personnes savaient que des idées nouvelles déjà prouvées mais pas encore admises allaient radicalement changer notre vision du monde et influer sur notre culture. Aujourd’hui l’incomplétude, le platonisme, le non-réductionnisme et le retour de la question du sens  sont au cœur de la science.

Comme à l’époque des Lumières tout un système philosophique est à bâtir pour intégrer dans la pensée de notre siècle les bouleversements survenus dans nos connaissances.

 

2 « L’Être est »

Ainsi l’Être est, la vérité existe mais on ne peut les posséder, ils sont hors de portée de toute approche totalisante ou totalitaire.

 

3 Une réouverture des chemins du sens

L’opinion que notre Univers ferait partie d’un processus ayant un sens voire un but est plus probable que celle d’un univers apparu sous l’effet des forces du hasard.

Cela ne signifie pas que l’univers soit créé par un Dieu qui communique avec nous par l’intermédiaire des religions soit la plus probable. Elle n’est pas plus probable que le déisme, le taoïsme et le bouddhisme.

 

4 Le réenchantement par l’observation de l’Univers et de l’homme

Le « réenchantement du monde «  avait été anticipé par Kant : « deux choses emplissent mon esprit d’un émerveillement sans cesse croissant à chaque fois que je les considère : la voute étoilée au-dessus de moi et la loi morale au-dedans de moi. »

 

5 La quête de l’Être et du monde de l’esprit

Effectuer notre propre synthèse en veillant à ce qu’elle repose toujours sur ces deux piliers : le souffle que fournit la transcendance et la consistance que donne la raison.

Dans une de ses dernières lettres, Saint Exupéry écrit :

«  Il n’y a qu’un seul problème de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien…redécouvrir qu’il existe une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence. » ( Antoine de St Exupéry, Ecrits de guerre, Gallimard, 1982, p.377.)

Bibliographie autour des thèmes et des sciences  abordés dans le livre 

J’ai effectué un résumé presque intégral du livre de Jean Staune  dont la lecture n’est pas ouverte au public.

Pour accéder au résumé du livre ->  ( cette page est privée et accessible avec code)

 

Ci-dessous le détail de l’étude de jean-michel thomasson sur son blog 

Notre existence a-telle un sens? 1) à propos de la préface du livre par Trinh Xuan Thuan