“Moi et le Père nous sommes un” – (Jean 10 : 30)

Moi et le Père nous sommes un

Jean 10:30

Mellen-Thomas Benedict 

Jésus selon l’Inde

article largement inspiré de l’article du blog de Patrick Vigneau et de Cairn Info

 

Ramakrishna  (1836-1886), un saint du Bengale, se montrait ouvert aux autres religions et les comparait aux mots différents d’une langue à l’autre, mais qui renvoient pourtant à une même réalité. Il puisait dans les différentes religions pour sa sadhana.

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Râmakrishna Paramahamsa, en bengali রামকৃষ্ণ পরমহংস (Ramkṛiṣṇo Pôromôhongśo), de son vrai nom Gadâdhar Chattopâdhyâya (গদাধর চট্টোপাধ্যায় (Gôdadhor Chôţţopaddhae)),  – Calcutta) est un mystique bengali hindouiste. Dévot de Kâlî et enseignant de l’Advaïta védanta, il professait que « toutes les religions recherchent le même but » et plaçait la spiritualité au-dessus de tout ritualisme. Il insista sur l’universalité de la voie de la bhakti (dévotion), ayant lui-même approché le christianisme et l’islam. Il est considéré comme « l’un des plus grands maîtres indiens de tous les temps » et serait un avatar de Vishnou.

 

Il était attiré par une image de Marie à l’Enfant qu’il avait vue dans la maison d’un de ses disciples. Peu après, alors qu’il se promenait dans son jardin : Il vit une personne extraordinaire, un étranger, d’apparence sereine, qui le contemplait. Sri Ramakrishna sut dans son cœur que ce ne pouvait être que Jésus. C’est alors que le Fils de l’Homme l’embrassa et se fondit en lui, ce qui le transporta dans une profonde extase.

Ce que l’on voit ici, est la revendication d’une expérience personnelle du Christ en dehors des médiations ecclésiales. Il n’est pas le seul avoir connu cette expérience, et à n’avoir pas eu le besoin de se relier à une institution chrétienne. Car en son cœur cette relation à Jésus allait au-delà de tout.

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Ramakrishna tenait Jésus pour un avatarVivekananda (1863-1902),  le disciple préféré de Ramakrishna parlait aux moines, de son ordre, de la vie de Jésus comme de l’exemple à suivre ( Le , dans la nuit de Noël, il fonde « L’ordre de Râmakrishna » marquant par là sa parenté avec la religion chrétienne). La fête de Noël est célébrée chaque année dans les maisons de l’Ordre ( Mission Ramakrishna). Vivekananda considère que Jésus est un avatar c’est à dire une incarnation de Dieu (cf la vie de Vivekananda par Romain Rolland). Mais certainement pas la seule, car selon la tradition indienne, Dieu s’est incarné plusieurs fois au cours du temps.

Ainsi la spiritualité de l’Inde considère que Jésus est un avatar. Il s’est réveillé lors de son baptème à l’expérience de sa profonde unité, ou de sa non-dualité (advaita) , avec le divin. En tant que tel, il est un modèle pour tous car nous avons tous à nous réveiller sur notre nature originelle.

Jésus était de même nature que la nôtre en tant qu’être humain ; et il est devenu Christ ; c’est ce que nous pouvons et devons vivre. Christ et Bouddha désignent un état à atteindre, état qui fut manifesté dans les personnes de Jésus et de Gautama.
Il n’est pas nécessaire de devenir chrétien pour être disciple de Jésus :
Chacun doit s’inspirer de l’esprit des autres en prenant conscience de son individualité propre, et en s’appliquant à grandir selon la loi de sa propre croissance.
L’extrait suivant explique comment Vivekananda considérait Jésus Christ :

La Parole connaît deux manifestations, l’une générale, qui est celle de la Nature ; l’autre particulière, qui est celle des grandes Incarnations de Dieu — Krishna, Bouddha, Jésus et Ramakrishna. Christ, manifestation particulière de l’Absolu, est connu et connaissable. L’Absolu ne peut être connu ; nous ne pouvons connaître le Père, mais le Fils seulement. Il [le Christ] n’eut d’autre raison d’être, pas d’autre pensée que celle-là, qu’il est Esprit ; un esprit sans corps, sans entrave, sans limite. Mais, au delà, par son admirable vision, il a perçu que chaque homme, chaque femme, qu’il soit juif ou grec, riche ou pauvre, saint ou pécheur, était l’incarnation du même esprit immortel que lui. Ainsi l’œuvre dont témoigne sa vie entière fut d’appeler chacun à réaliser sa propre nature spirituelle. […] Vous êtes tous Fils de Dieu, Immortel Esprit. « Sachez, déclarait-il, que le royaume du Ciel est déjà en vous.»
« Moi-même et le Père sommes un »

sur Cairn info : Comment les Hindous voient le Christ

“Les recherches ininterrompues que j’ai menées sur la vérité religieuse m’ont conduit à la conviction que la doctrine du Christ est la plus favorable aux principes moraux ; elle est, parmi toutes celles dont j’ai pu avoir connaissance, la mieux adaptée à la pratique d’êtres rationnels.” (M.M. Thomas The Acknowledged Christ of the Indian..)

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“Il (Ramakrisna) vit une personne extraordinaire, un étranger, d’apparence sereine, qui le contemplait. Sri Ramakrishna sut dans son cœur que ce ne pouvait être que le Christ. C’est alors que le Fils de l’Homme l’embrassa et se fondit en lui, ce qui le transporta dans une profonde extase .” (Swami Gambirananda, The History of the Ramakrishna Math…)

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Jésus était de même nature que la nôtre ; il est devenu Christ ; c’est ce que nous pouvons et devons vivre. Christ et Bouddha désignent un état à atteindre, état qui fut manifesté dans les personnes de Jésus et de Gautama(The Complete Works of Swami Vivekananda (Almora, 1931), Vol.…)

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La douce figure du Christ, si patient, si bon, si plein d’amour et de pardon qu’il a enseigné à ses disciples de ne pas répondre lorsqu’ils étaient abusés ou frappés, mais de tendre l’autre joue : quel bel exemple de l’homme parfait, pensais-je  […]Bien que je ne puisse pas me dire chrétien par appartenance religieuse, l’exemple donné par la souffrance de Jésus est un des fondements de ma foi en la non-violence ; il oriente toutes mes actions dans ce monde et ce temps. Jésus a vécu et est mort en vain s’il ne nous a pas appris à régler toute notre vie sur la Loi éternelle de l’Amour ( M.K. Gandhi The Message of Jesus Christ,Bombay 1940 p. 79..)

Je ne me ferais pas de souci si quelqu’un apportait la preuve qu’un homme appelé Jésus n’a jamais existé… car le Sermon sur la Montagne demeurerait vrai pour moi  […] Dieu n’a pas seulement porté la Croix il y a mille neuf cents ans, Il la porte aujourd’hui, et il meurt et ressuscite jour après jour. Ce serait un piètre réconfort pour le monde s’il lui fallait s’appuyer sur un Dieu « historique » mort il y a deux mille ans. Ne prêchez pas le Dieu de l’histoire, mais montrez-le tel qu’il vit aujourd’hui en vous… Le Christ vivant signifie une Croix vivante, sans elle la vie est une mort vivante […] La joie ne vient pas de la douleur que l’on inflige aux autres, mais de la douleur que l’on porte soi-même volontairement .Young India, 31 décembre 1931. Cité dans S. J. Samartha, op.….

L’hommage que rend Gandhi, dans sa maturité, à Jésus est le suivant :

“Je refuse de croire qu’il existe une personne aujourd’hui, ou qu’il aurait existé à d’autres époques une personne qui n’ait utilisé son exemple pour diminuer ses péchés… Les vies de chacun d’entre nous tous ont toutes été, à des degrés divers, modifiées par sa présence, ses actions et les paroles prononcées par sa voix divine. […] Il n’appartient pas seulement à la chrétienté mais au monde entier, à toutes les races et tous les peuples, même si leurs doctrines et leurs pratiques peuvent être différentes les unes des autres .”The Modern Review, octobre 1941. Cité par S. J. Samartha, op.….

Le christianisme n’est pas un humanisme

 

 

 

Laurent Fourquet : « Les chrétiens doivent être les dissidents du monde moderne »

-Philitt.fr

Le christianisme n’est pas un humanisme  – 26 avril 2018
Né en 1964, agrégé de sciences sociales, normalien et énarque Laurent Fourquet a notamment publié, en 2011, aux Editions du Cerf l’Ere du Consommateur et, en 2014, aux éditions François Bourin le Moment M4. 
“Comment sortir de la caverne, quelle révolte peut être assez puissante pour s’opposer au mensonge de l’idéologie humaniste qui promettait l’émancipation de l’homme et qui aboutit à une domestication sans précédent de l’espèce humaine ?”
Laurent Fourquet rejoint la pensée de Baptiste Rappin lorsqu’il met en lumière le processus de néantisation qu’on peut identifier au projet technoscientifique du management (3).
La seule révolte à la hauteur d’un tel processus est d’ordre métaphysique :
«J’appelle révolte métaphysique, en effet, une révolte s’attaquant au système des forces qui nous empêchent de vivre» écrit Laurent Fourquet (p. 165).
Ce système de forces, nous l’avons vu, nie la vie parce qu’il ne peut la soumettre à la détermination :
«L’existence est un constat scientifique ; la vie est le contraire d’un constat scientifique. L’existence est ce qui se pose là ; la vie est ce qui ne se pose jamais là. L’existence est déterminable ; la vie ne l’est pas» (p. 166).
Toutefois, la vie laisse des traces. La révolte métaphysique est l’une de ces traces. Elle est le premier pas nécessaire pour sortir de l’humanisme. Elle manifeste le désir d’absolu inhérent à la vie. Elle requiert le sacrifice des idoles – l’argent, les marchandises qu’il promet –, elle exige un travail d’ascèse qui retranche l’insignifiant.
S’ouvre alors le vide où peut se poser la question essentielle : quel absolu désirer, quelle vérité chercher ? L’absolu est une «notion dangereuse» (p. 187), car il y a un absolu du mal. “
(3) «Cette domestication commencera par la conception de l’objet-embryon, qui sera soustraite au hasard de la nature pour être parfaitement programmée. […] Elle se poursuivra par l’organisation scientifique des désirs du sujet humain et la planification de la réponse économique et sociale de ces désirs. Elle se clôturera par la gestion bureaucratique de la mort, automatiquement activée dès lors que le sujet n’est plus apte à consommer, physiquement ou intellectuellement. Pendant ce temps, l’industrie du divertissement fournira les produits adéquats pour que l’homme, bombardé continûment d’images et de sons, de mots creux et de fantasmes, oublie sa domestication et finisse peut-être par l’aimer» (p. 168)

 

Votre titre à lui-seul constitue une provocation. Pensez-vous qu’elle est vraiment nécessaire et même urgente ?

Laurent Fourquet : Le fait même de percevoir mon titre comme une «  provocation  » témoigne du caractère hégémonique de l’humanisme dans la société occidentale, faisant de celui-ci l’une de nos ultimes vaches sacrées. Or, comme je tente de le démontrer dans mon ouvrage, l’humanisme procède d’une logique profonde qui, non seulement est différente de celle du christianisme, mais qui est à l’opposé de la parole chrétienne. Là où celle-ci valorise le don pur, libre et gratuit, l’humanisme, au contraire, est l’idéologie d’une appropriation généralisée du monde, et des choses au sein de ce monde, par le savoir qui les détermine, pour les classer et les ordonner au service d’une utilisation technique et/ou économique.

L’humanisme constitue ainsi l’une des formes les plus systématiques de la volonté de puissance dont on sait, dès le récit de la Genèse, comment elle contrevient au verbe de Dieu.
Dès lors, toutes les tentatives, naïves ou intéressées, pour «  sauver  » le christianisme en faisant de celui-ci une anticipation de l’humanisme, ou une forme spiritualisée de celui-ci, aboutissent au résultat contraire de celui souhaité par leurs promoteurs : non seulement parce qu’il n’est au pouvoir de personne de rendre un cercle carré, mais surtout parce que, en l’espèce, ce cercle et ce carré s’apparentent surtout à l’eau et le feu : deux principes qui s’excluent. Dès lors, toutes les tentatives de «  conciliation  », de limage des aspérités du christianisme pour ramener celui-ci à une simple sagesse humaniste vaguement spiritualisée ne seront jamais assez : il faut que le christianisme aille toujours plus loin dans la dénégation de soi et la soumission à une logique qui lui est étrangère ; il faut qu’il meure pour être accepté.

Voilà pourquoi il y a urgence à dénoncer de telles tentatives et une urgence de plus en plus urgente : c’est l’essence même de notre foi qui est en cause, et la possibilité d’entendre encore, en tout cas en Occident, une parole qui mette en cause l’appropriation nihiliste du monde, qui constitue le grand mouvement de notre époque.

Pensez-vous que cette identification humanisme/christianisme constitue un leurre, préjudiciable à l’annonce de l’Évangile ?

Pour les raisons que je viens de mentionner, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir entre le christianisme et l’humanisme une relation d’indifférence polie où chacun d’eux rend un hommage distrait aux vertus de l’autre. Nous nous situons dans une contradiction métaphysique, qui nous oblige à choisir, quand bien même nous voudrions être dispensés d’un tel choix : soit l’humanisme «  a raison  », c’est-à-dire que la domestication du monde et de lui-même par l’homme, la course au pouvoir technique et économique, constituent la fin, dans les deux sens de ce terme, de l’aventure humaine et, dans cette hypothèse, le christianisme est définitivement discrédité puisqu’il promeut la désappropriation de soi au service des autres ; ou bien, nous considérons que le chemin actuellement emprunté par l’Occident (et le reste du monde «  occidentalisé  » avec lui) est un sentier de perdition, une course au néant, parce qu’aucun pouvoir, aussi sophistiqué soit-il, ne comblera ce que Pascal appelait la «  misère de l’homme sans Dieu  », l’homme n’étant grand que lorsqu’il parvient à contempler de face cette misère, et le christianisme retrouvera alors, pour les hommes de ce temps, sa jeunesse, son éternelle jeunesse.

Par-delà la relation à l’authenticité du christianisme, n’est-ce pas la civilisation contemporaine que vous visez dans ses fondements et ses pratiques ?

Même si je déplore la trahison de leur passé, dans ce qu’il eut de plus glorieux, qui caractérise les Occidentaux actuels, ce n’est pas cette sensation, en tant que telle, qui gouverne ma réflexion. En d’autres termes, je ne critique pas la modernité occidentale pour son infidélité au passé, mais pour ce qu’elle est aujourd’hui, pour son présent. Dans cette perspective, mon propos constitue, effectivement, une critique radicale de cette modernité et des forces qui la gouvernent, mais, pour moi, la critique de la modernité et la quête du sens le plus authentique du christianisme ne se dissocient pas.
C’est bien parce que cette quête gouverne ma réflexion que la «  modernité  » occidentale me paraît injustifiable, dès lors évidemment que l’on ne confond pas cette modernité avec, par exemple, le progrès scientifique mais que l’on saisit sous ce terme un système d’organisation et d’exploitation des choses au service de la volonté de puissance.

Réciproquement, c’est bien parce que la civilisation contemporaine est régie, à un point jusqu’alors jamais atteint dans l’histoire, par des forces de dévastation de l’environnement tout autant que de l’esprit, par la recherche obsessionnelle du pouvoir et du profit, par une gestion organisée des désirs au bénéfice de ceux-là seuls qui ont les moyens de satisfaire ceux-ci, c’est bien parce que ce monde et cette société, bâtis autour de la domination et de l’appropriation, sont, dans les faits, de plus en plus pauvres, de plus en plus tristes, que seul un christianisme vécu véritablement me paraît pouvoir nous sortir de l’ornière dans laquelle nous enfonçons chaque jour davantage.

voir aussi l’interview de Laurent Fourquet  sur Philitt

et ses réponses au questionnement suivant :

PHILITT : Votre ouvrage, Le christianisme n’est pas un humanisme, s’inscrit dans la continuité de vos deux premiers livres, L’Ère du consommateur et Le Moment M4, qui critiquent tous deux la société de consommation actuelle. Néanmoins, vous proposez ici une critique spécifiquement chrétienne de notre époque. En quoi le christianisme constitue-t-il une force de subversion de la modernité ?

Vous insistez sur le lien historique et logique qui existerait entre l’idéal humaniste, dont vous situez l’apparition au XVIIIe siècle, et l’apparition de la figure contemporaine du consommateur. Une telle évolution est-elle inéluctable ?

Beaucoup en appellent à la tradition et au passé contre la modernité. Cependant, vous refusez de prendre parti entre le progressisme et la figure de celui que vous appelez le « réactionnaire révolutionnaire ». Pouvez-vous revenir sur cette opposition et montrer pour quelles raisons elle s’avère fictive ?

Le titre de votre ouvrage, Le christianisme n’est pas un humanisme, paraît renvoyer, en s’y opposant, au célèbre L’existentialisme est un humanisme de Jean-Paul Sartre. D’autre part, en insistant sur la vie, l’absolu et l’impossibilité de déterminer Dieu par la raison, vous semblez assez proche des figures de l’existentialisme chrétien comme Søren Kierkegaard. Opposeriez-vous un existentialisme athée, symptôme du subjectivisme moderne que vous combattez, et un existentialisme chrétien que vous adopteriez ?

Vous proposez, pour lutter contre l’imaginaire marchand de notre société, de penser une éthique du don absolu. Quelles en seraient les caractéristiques ? En quoi le chrétien serait-il plus perméable qu’un autre à une telle éthique ?

Vous prédisez, à la fin de votre ouvrage, une inimitié du « monde du Consommateur » de plus en plus accrue contre le christianisme et vous incitez les chrétiens à devenir des dissidents. Comment se manifesterait, selon vous, cette dissidence ? Quelles formes pourrait-elle prendre ?

Grandeur du Petit Peuple

sur le blog de Michel Onfray

J’ai dit quels moyens le pouvoir utilisait pour salir et discréditer le mouvement des gilets-jaunes -mépris, mensonge, criminalisation, diabolisation, attaque ad hominem, essentialisation, déconsidération, dramatisation. On peut en ajouter un autre : le procès en immaturité politique -la dévalorisation. Ces gens-là sont trop bêtes, trop provinciaux, trop incultes, trop illettrés, trop débiles, trop “beaufs”, fut -il dit un peu partout, ils sont trop sous-diplômés. On n’a pas dit: “affreux, sales et méchants”, mais il s’en est fallu de peu.

Depuis Maastricht (1992), ce sont les mêmes éléments de langage avariés qui sont servis par les dominants afin de discréditer quiconque ne souscrit pas à l’Europe libérale, non pas parce qu’elle est “Europe”, ce que personne ne refuse plus, mais parce qu’elle est “libérale”, ce que beaucoup repoussent. Ce sont les mêmes insultes qui ont été sorties pour les partisans du Brexit -qui n’a toujours pas eu lieu car, méditons cette belle leçon de démocratie, pour sortir de l’Europe maastrichtienne, il faut l’autorisation de l’Europe maastrichtienne ! C’est ainsi que fonctionnent toutes les dictatures : on ne peut en sortir légalement -ce que les gilets-jaunes ont compris…

Le système maastrichtien a son clergé. Il est formé à l’École nationale d’administration, à Sciences-Po, dans les écoles de journalisme, à Polytechnique, à l’École normale supérieure. Pendant leurs années d’études, on gave les impétrants d’une idéologie qu’ils rabâchent, répètent, réitèrent, reproduisent, ressassent ensuite dans tous les endroits où ils sont embauchés : grands corps d’État, haute administration, université, journalisme, édition, direction des médias, conseil d’État, sans oublier la politique politicienne qui est le prolétariat de ces gens-là.

Tout ce petit monde a la tête extrêmement bien pleine, mais très mal faite. Cette engeance est formée comme des commandos de rhéteurs et de sophistes, de beaux-parleurs et d’enfumeurs, de dialecticiens et de casuistes, d’orateurs et d’ergoteurs. Elle produit son meilleur effet dans un conseil d’administration, dans un comité de rédaction ou de lecture, dans un amphithéâtre, dans les colonnes d’un  éditorial ou dans les réunions des patrons de médias, à l’Assemblée nationale ou au Sénat, dans un conseil des ministres ou dans les palais de la République, sur un plateau de télévision ou comme “consultants” ou “experts” sur les chaînes d’information continue -ou dans “Le Siècle”, un club très fermé où l’on mange du gilet-jaune à tous les repas…

Comme les sophistes grecs, cette caste peut soutenir n’importe quelle cause parce que leur formation met le paquet sur la forme, rien que la forme, tout sur la forme, et qu’elle se contente pour tout fond de l’idéologie dominante. Ces gros cerveaux de compétition sont ceux de petits perroquets.

Bien sûr, ces gens-là estiment que les gilets-jaunes ne sont pas habilités à faire de la politique sous prétexte qu’il faut laisser ces choses-là, trop sérieuses pour le peuple, aux experts que sont les instances dirigeantes des syndicats et des partis (qui sont de mèche avec les autres puissants contre leur base…), et aux élus de tous les échelons de la politique politicienne. La démocratie doit être représentative, disent-ils, et non pas directe. Nous, oui ; eux, non.

Or, chacun a pu voir comment le référendum sur le Traité européen qui était l’expression de la démocratie directe, bien que largement gagné, a été jugé comme nul et non avenu par les députés et les sénateurs qui étaient l’expression de la démocratie indirecte. Réunis à Versailles, lieu symbolique s’il en est un, il fut dit au Congrès qu’on se moquait de ce que le peuple pensait après qu’on lui eut tout de même demandé son avis. Ce coup d’État fut une leçon que le peuple a mis dans un coin de sa tête : avec lui, la démocratie indirecte a joué au grand jour un jeu contraire à celui de la démocratie véritable qui est gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple et non par ses seuls délégués. Les représentants du peuple ont dit au peuple qu’ils n’avaient que faire de son avis et que, d’ailleurs, ils iraient contre lui.

Les gilets-jaunes sont dans la rue parce qu’ils savent que l’Assemblée nationale et le Sénat sont leurs ennemis puisqu’ils ne les représentent pas sociologiquement ni politiquement. Le système représentatif, tant qu’il ne sera pas intégralement proportionnel, générera une oligarchie, une aristocratie, une caste, une tribu qui disposera de tous les pouvoirs : ce ne sera jamais une démocratie. Le pouvoir des élus n’est pas autre chose que la résultante d’un calcul tordu avec découpages électoraux effectués par le ministère de l’Intérieur et l’Élysée afin de déboucher sur une bipolarisation de la société : non plus entre droite et gauche, mais entre maastrichtiens libéraux de droite et de gauche et anti-maastrichtiens de droite et de gauche. Aux maastrichtiens libéraux de droite et de gauche sont réservés tous les pouvoirs -économiques, médiatiques, politiques, sociaux, universitaires, journalistiques ; aux anti-maastrichtiens de droite et de gauche, les premiers abandonnent le pouvoir verbal de l’opposant avec pour seule perspective de parler à vide indéfiniment…

Avec les gilets-jaunes dans la rue, toute cette aristocratie maastrichtienne se trouve mise à mal, critiquée, menacée. Certes, elle dispose de tous les pouvoirs, y compris celui d’insulter, de mépriser, de calomnier, de salir le peuple sur lequel s’exerce son pouvoir et ne s’en prive pas. Mais elle voit d’un très mauvais œil ce surgissement de velléités de démocratie directe.

“Ça n’a jamais marché”, pérore Christophe Barbier sur BFM le samedi 8 décembre : ça marche pourtant en Suisse…  La notice Wikipédia de ce normalien pas agrégé ayant fait une école de journalisme nous apprend ceci : en 2017, il déclare notamment au Journal du dimanche : “Se confronter au terrain pollue l’esprit de l’éditorialiste. Son rôle est de donner son opinion, d’affirmer ses certitudes, par essence improuvables. Afficher avec force ses convictions permet aux lecteurs de s’y frotter pour former les leurs.” Et plus loin : “L’éditorialiste est comme un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever.” On comprend qu’il n’ait pas besoin de se confronter au terrain des gilets-jaunes, ce “lierre rampant”, afin d’éviter de se polluer l’esprit et de pouvoir affirmer et toute objectivité ses certitudes improuvables ! En passant, on apprend également qu’il a composé un rap en l’honneur d’Emmanuel Macron… Christophe Barbier est l’un des personnages emblématiques de cette aristocratie qui enjambe le peuple.

Or, quand on va sur le terrain, non content de ne pas s’y polluer l’esprit, on se l’éclaire et l’on peut obtenir un certain nombre de certitudes susceptibles d’être prouvées. J’en veux pour preuve ce tract ramassé dans une rue de Paris et envoyé par un ami. Il dit ceci :

 Nos 8 doléances

“Nous rentrerons chez nous quand ces mesures seront appliquées

1. Nous voulons de la démocratie directe à tous les niveaux. Nous voulons un gouvernement d’union nationale avec une régence d’exception pour éviter que les partis politiques, qui sont disqualifiés, n’instrumentalisent notre détresse et notre colère.

2. Nous voulons une baisse de 20% de toutes les taxes et les charges touchant la classe moyenne, les travailleurs pauvres et les entrepreneurs. Baisser ces taxes, c’est monter nos salaires. Nous voulons une action immédiate pour taxer ce qui vaut la peine d’être taxé: les GAFA et les transactions financières.

3. Nous voulons que la France arrête de vivre au-dessus de ses moyens et arrête d’accueillir la misère du monde parce qu’elle et déjà dans la misère avec ses millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Nous voulons une immigration choisie, qui ne nous détruise pas culturellement. Nous demandons ainsi un retrait du pacte de l’immigration de l’ONU.

4. Nous voulons une relocalisation de toutes les décisions dans les régions, les villes et les communes. L’Etat et ses fonctionnaires à Paris ne sont pas qualifiés pour décider de l’avenir de nos communes.

5. Nous voulons une sortie de la PAC qui corrompt nos agriculteurs en n’allouant ses aides qu’aux productivistes et aux empoisonneurs répandant le cancer en France. Nos impôts ne doivent en aucun cas servir à financer Bayer-Monsanto.

6. Nous voulons la création de barrières commerciales pour empêcher l’Allemagne de nous vendre des produits fabriqués en Roumanie, sous le label “Deutsche Qualität” et d’ainsi détruire nos emplois.

7. Nous voulons le retrait de toutes les aides à la presse pour une vraie séparation des pouvoirs médiatiques et politiques.

8. Nous voulons une action immédiate pour arrêter l’intégration dans l’Europe car elle ne se construit que sur la ruine des petites gens.

Qui dira qu’il n’y a pas là d’intelligence pratique? C’est un véritable programme politique. Il est anonyme, aucune signature, aucune de ces propositions ne ressemblent à quoi que ce soit de connu chez les jacobins. Il est débarrassé du verbiage technocratique ou qui relèverait de la politique politicienne.

C’est simple, clair, net, direct et programmatique :  la démocratie directe ; un gouvernement d’union nationale constitué en dehors des partis politiques parce qu’ils sont discrédités et qu’ils guettent la récupération ; une baisse des taxes et des charges pour la population la plus éprouvée ; une augmentation des salaires ; une taxation des GAFA et de ceux qui font de l’argent avec l’argent ; une politique migratoire rationnelle qui ne soit ni celle de la passoire ni celle du mur ; un communalisme et un régionalisme effectifs ; une autre politique agricole que celle du productivisme qui fait le jeu des multinationales, détruit la planète et intoxique les consommateurs ; l’instauration de barrières commerciales qui empêcheraient la concurrence entre les États de droit et les États voyous en matière de protection sociale; le retrait des aides à la presse, subventionnée par le contribuable afin de l’endoctriner et de le mépriser quand il refuse l’endoctrinement; une séparation des pouvoirs médiatiques et politiques; l’arrêt de l’intégration dans l’État maastrichtien…

J’aurais pu écrire ce tract auquel je ne retranche rien! Il est la feuille de route de la démocratie directe. C’est sur ce projet positif, concret, dynamique, qu’il faut désormais travailler.

En écrivant mon éloge de la démocratie proudhonienne il y a quelques jours, j’ai craint un temps avoir placé la barre un peu haut. Avec ce tract sans nom ramassé dans la rue, je suis désormais bien convaincu que non.

Michel Onfray

“Je ne te connaissais que par ouï-dire” (Job 42,5)

Quelqu’un a-t-il soif ?

                        Comme vous le savez déjà par mes précédents écrits, c’est par une Parole de Dieu en Rm 6,14 :” vous n’êtes plus sous la loi, mais sous la Grâce” entendue :” sous l’amour”, que tout bascula dans ma vie spirituelle. J’étais sous la Loi, celle de Dieu et celle de l’Eglise, que je m’efforçais d’essayer  de respecter. On me l’avait enseigné ainsi et “le Crédo” de mon enfance, récité à chaque messe, déclarait: “Je crois en l’Eglise, car elle ne peut ni se tromper, ni nous tromper”. Ainsi, c’est sur l’Eglise que je laissais reposer l’espérance d’une vie au-delà de la mort pour donner sens à l’actuelle. Ma foi était en l’Eglise et le 23 février 1975 elle fut placée par Dieu en Jésus.

                    Déjà dans l’Ancien Testament il est fait état d’une possible expérience personnelle de Dieu. Cette expérience ne peut que profondément nous marquer, notamment dans notre compréhension de la gratuité  de l’Amour de Dieu pour nous:

                              Avant sa “conversion” Job  faisait un lien entre son respect parfait de la loi morale et religieuse et son bonheur terrestre. Il pensait que sa piété et sa rigueur morale justifiaient les bénédictions dont il était l’objet, jusqu’à ce que le Seigneur lui révèle que c’était en fait la loi qu’il idolâtrait : Je ne te connaissais que par ouï-dire ” (Jb :42,5) dira-t-il à Dieu après la rencontre.

                                   Et nous chrétiens,sur quoi ou sur qui comptons-nous pour “aller au ciel” ? : sur notre conduite ou sur Jésus ?:“Béni l’homme qui compte sur le Seigneur : Le Seigneur devient son assurance “(Jr 17,7 ).

                                     Déjà dans  l’Ancien Testament, le prophète EsaÏe (on parle du 5éme évangile) annonce que seul dieu est capable de nous libérer du péché et de ses conséquences (Es 53,12-13)Pour nous chrétiens, comme je l’explique dans l’article sur “la vie éternelle”cela devient possible par le sacrifice de Jésus et l’accueil en nous de son Esprit. “Nul, s’il ne naît d’eau et d’ Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu” nous dit Jésus en Jn 3,5.

                                      De nombreuses personnes élevées dans la foi catholique ont abandonné l’Eglise. Abandonnant  l’Eglise elles abandonnèrent Dieu, mais l’ont-elles un jour rencontré ? Leur foi ne reposait généralement que sur des dires, parfois doublés d’espérance ,souvent déçue. Je pense à la parole des Samaritains de  l’évangile qui s’adressent à une femme ayant rencontré Jésus après sa résurrection :” Ce n’est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons, nous l’avons entendu nous-même et nous savons…….”( Jn 4).

[ En commentaire de l’épître aux Hébreux  (He 9,8-12)  la TOB (traduction oecuménique de la bible) précise bien :”La nouvelle alliance se caractérise par une relation personnelle de chacun avec Dieu”.

                                        Comment faire pour entendre Jésus nous parler personnellement ? Certes, c’est toujours Dieu qui a l’initiative de la rencontre :Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire” nous dit Jésus en Jn 6,44 et en Jn 6,65. De plus “l’initiateur de la foi” est Jésus lui-même ( He 12,2)Qu’incombe-t-il à nous-même ?: Etre en condition (avoir soif !) et créer l’occasion , notamment en lisant la bible dont l’Eglise dit à juste titre qu’elle est Parole de Dieu.

“Au nom du Christ nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu” nous dit Saint-Paul en  2 Cor 5,20 .

Légende:

AT : Ancien Testament

NT : Nouveau Testament

Jb 42,5 =livre de Job (AT) chapitre 42,verset 5.    Rm =épître aux Romains  (NT)     Jr =livre du Prophète Jérémie (AT)      Es =livre du Prophète Esaïe ou Isaïe (AT)      Jn =évangile de Jean (NT)      He=épître  aux Hébreux (NT)                2 Cor=2 éme épître aux Corinthiens (NT).