happycratie : le développement personnel est-il l’arnaque du siècle ?

Slate -Jean-Laurent Cassely — 

L’essai «Happycratie» dénonce les techniques inspirées de la psychologie positive et du développement personnel, qui véhiculent une vision du monde moralement discutable.

Le top dix des ventes au 21 août 2018- chez Amazon, incluant les romans à l’eau de rose, les thrillers, les Harry Potter, les recettes de cuisine et les agendas d’organisation familiale à coller sur le frigo.-ressemble à celui du mois dernier, et à vrai dire à celui de l’année dernière: Raphaëlle Giordano et ses conseils d’épanouissement personnel romancés truste la deuxième place, Les quatre accords toltèques du chaman Miguel Ruiz, un classique de la littérature d’aide à soi-même («self-help») prenant son inspiration dans les mythes de ce peuple mésoaméricain, la talonne en troisième. Le gourou du développement personnel, Eckhart Tolle, et son best-seller mondial Le pouvoir du moment présent rode en permance autour du top 10, et ne descend jamais en dessous des cent meilleures ventes.

Ces best-sellers et tant d’autres se rattachent à la grande famille du développement personnel et de la pensée positive, ce que Eva Illouz et Edgar Cabanas, dans un essai à charge qui est paru le 23 août 2018, Happycratie (éd. Premier Parallèle), nomment «l’industrie du bonheur».

Pour les sociologues, la discipline de la psychologie positive, élaborée aux États-Unis dans les années 1990, et ses multiples expressions plus ou moins savantes, sous forme de thérapies, de littérature de «self-help», de coaching, d’applications d’amélioration de soi et de techniques de relaxation diffusent un même récit décliné à l’infini: «Tout un chacun peut réinventer sa vie et atteindre le meilleur de lui-même en adoptant tout bonnement un regard plus positif sur soi et sur le monde environnant».

«Ce qui meut aujourd’hui le consommateur, écrivent les sociologues, ce qui le pousse à consommer toujours plus, c’est moins le désir de s’élever socialement que celui de se gouverner efficacement, c’est-à-dire de réguler sa vie émotionnelle.»

La thèse d’Happycratie est que les marchandises émotionnelles sont effectivement celles dont la philosophie sous-jacente possède le plus d’affinités avec les nouvelles exigences de flexibilité qui caractérisent le monde du travail et la vie en société.

Dans la période post-crise 2008, durant laquelle les inégalités se creusent, les chances de mobilité sociale s’amenuisent, le fonctionnement du marché du travail se durcit, l’appel à faire preuve d’enthousiasme, de positivité et d’autonomie contribue à faire porter sur les individus la responsabilité de tout ce qui dysfonctionne.

«Alors même que les populations n’ignorent en rien cette instabilité et cette précarité générales, les forces structurelles qui façonnent les existences individuelles restent à leurs yeux pour l’essentiel illisibles, incompréhensibles», notent Eva Illouz et Edgar Cabanas.

Une psychologue influente de ce courant de pensée, Sonja Lyubomirsky, nomme la solution des 40%. La moitié de notre niveau de bonheur (50%) dépendrait de notre héritage génétique et 10% découleraient des circonstances extérieures, que nous ne maîtrisons pas plus que notre biologie interne. Resterait donc une énorme marge de 40%, qui ne dépendrait que de l’état d’esprit de l’individu.

Au niveau collectif, «cette rhétorique de la résilience ne promeut-elle pas en vérité le conformisme? Et ne justifie-t-elle pas implicitement les hiérarchies et les idéologies dominantes?», se demandent Eva Illouz et Edgar Cabanas, qui diagnostiquent à raison «l’effondrement général de la dimension sociale au profit de la dimension psychologique».

Les auteurs convoqués dans Happycratie, tels Foucault et sa critique du néolibéralisme, Richard Sennett et son analyse de la culture du capitalisme ou Christopher Lasch et sa critique de la personnalité narcissique dans les années 1980, ont tous vu venir de très loin la montée en puissance d’un nouveau type d’individus, des «“happycondriaques”», anxieusement focalisés sur leur moi et continuellement soucieux de corriger leurs défaillances psychologiques, de se transformer et de s’améliorer».

«Le plaisir et la poursuite du bonheur ne peuvent l’emporter sur la réalité et la recherche du savoir –sur la pensée critique, la réflexion menée sur nous-mêmes et le monde qui nous entoure».

La barbarie

 

la barbarie sur le site de Michel Henry

Wikipédia : Michel Henry est un philosophe et un romancier français né le  à Haiphong (actuel Viêt Nam) et mort le  à Albi (France). Son œuvre appartient au courant de la phénoménologie française du xxe siècle.

 

Dans son essai La Barbarie (1987), Michel Henry s’interroge sur le lien entre barbarie et science ; celle-ci se fonde en effet sur l’idée d’une vérité universelle et comme telle objective et qui conduit donc à l’élimination des qualités sensibles du monde, à l’élimination de la sensibilité et de la vie.La science n’est pas mauvaise en soi aussi longtemps qu’elle se borne à étudier la nature, mais elle tend à exclure toutes les formes traditionnelles de culture, à savoir l’art, l’éthique et la religion. La science livrée à elle-même conduit à la technique dont les processus aveugles se développent d’eux-mêmes de façon monstrueuse sans référence à la vie.

 

 

Le propos de Michel Henry est de prendre en vue la catastrophe majeure de notre temps, la barbarie, et de mettre en lumière sa cause : on ne saurait y voir un fléchissement accidentel de civilisation comme il y en a tant eu. Il s’agit, montre M.H., d’une dénaturation de la vie tout entière dont l’essence est de faire effort pour se transformer et s’accomplir. Inversion de ce processus, la barbarie résulte de la progression aveugle de la technique, généralement considérée comme positive.

Ce qui ne s’était jamais vu :

Le développement sans précédent des savoirs scientifiques va de pair avec l’effondrement des autres activités et entraîne la ruine de l’homme.

I – Culture et barbarie :

Produit de l’auto-transformation de la vie, la culture est savoir originel, subjectif, de cette vie et diffère du savoir scientifique, objectif, tel que l’a formulé au XVIe siècle Galilée, fondateur de la science moderne : ce second savoir repose sur la mise hors jeu des qualités sensibles du monde et n’en retient que les formes abstraites ; d’autre part, ne s’occupant que de l’extériorité du monde, il ignore les limites de son champ de recherche.

II – La science jugée au critère de l’art

Ce n’est pas le savoir scientifique qui est en cause, mais l’idéologie actuelle qui le tient pour l’unique savoir.

III – La science seule : la technique

Les opérations que la science inspire à la technique reposent exclusivement sur l’auto développement d’un savoir théorique livré à lui-même qui ne sait rien des intérêts supérieurs de l’homme. Pourtant l’essence de la technè est originairement savoir-faire individuel. La mise en œuvre de nos pouvoirs subjectifs est la forme première de la culture. Mais quand ce déploiement de la praxis dépend d’une abstraction, il y a bouleversement ontologique, l’action cesse d’obéir aux prescriptions de la vie. Coupée de sa racine humaine, elle n’existe plus que sur un mode purement matériel…

L’univers technique prolifère à la manière d’un cancer.

IV – La maladie de la vie

Il s’agit essentiellement des sciences humaines dont l’éclosion caractérise la culture moderne. Théoriquement c’est l’homme qu’elles prennent en vue : langage, historicité, socialité etc. Toutefois elles font abstraction de l’Individu transcendantal que nous sommes, mettant hors jeu sa subjectivité, au mépris de leur finalité réelle. Leur traitement de type mathématique appauvrit le fait humain. Devant le suicide, la sexualité, l’angoisse, que valent des statistiques ? Plus on accumule de connaissances positives, plus on ignore ce qu’est l’homme. Et pourtant la vie, écartée à notre époque, n’en subsiste pas moins sous une forme élémentaire, vulgaire, voire dans son auto négation.

VI – Pratiques de la barbarie

Les figures de la barbarie sont là, comportements grossiers, fuite frénétique dans l’extériorité engendrant l’échec à se débarrasser de soi, idéologie scientiste, positiviste qui se substitue à la science, démission de la vie transcendantale, engluement dans la télévision qui est la vérité de la technique, avec sa recherche de la brutalité du fait, l’incohérence de ses images qui se substituent à la vie personnelle, sa censure idéologique qui rassemble les stéréotypes d’une époque.

 

Eloge de la folie de Dieu

            Comme vous le savez à présent (voir les précédents articlesaprès l’expérience d’effusion d’Esprit (ou de nouvelle naissance ?) que vivaient les premiers chrétiens et qu’il me fut donné  d’expérimenter le 23 février 1975, je n’eus de cesse d’interpeller mon Eglise catholique pour qu’elle retrouve ce vécu fondateur et accueille plus particulièrement le message qui la distingue du judaïsme dont elle est issue et qui me fut transmis à cette occasion : « Vous n’êtes plus sous la Loi mais (sous l’amour) sous la grâce » en Rm  6,14 .

                  Cette Parole me fit passer, en un instant, d’une relation de subordination à une « intimité de connivence avec Jésus et m’invita à oser dire un jour comme Saint-Paul en Gal 2,20 :« Je vis,mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi« . Est-ce l’aspiration de chaque chrétien ?

                En effet: « La Loi a servi de pédagogue jusqu’au Christ« (Gal.3,24) mais « maintenant elle nous révèle que nous sommes pécheurs (Rm. 3,20) et « est incapable de nous rendre parfait ( He. 10,1) car « nous ne sommes pas justifié en raison des oeuvres de la Loi »( Gal.2,16) .« Si par la Loi on atteint la justice,c’est donc pour rien que Christ est mort » (Gal.2,21 ). »Si on place notre justice dans la Loi, on a rompu avec Christ « ( Gal 5,4 ) . »On est choisi par grâce, et non en raison des oeuvres« ( Rm 11,6 )…..nous martèle Saint-Paul .

                Ce passage de la loi extérieure coercitive à l’Esprit  intérieur qui nous entraîne était déjà annoncé dans l’Ancien Testament par le prophète Ezéchiel : « Je mettrai en vous mon propre Esprit, Je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes«  dit Dieu en Ez 36,27.

                Certes,cette Loi,que seul l’homme Jésus à entièrement respectée ( « Je ne suis pas venu abroger la Loi, mais l’accomplir« ( Mt 5,17 ) est encore bien utile, non pour nous commander mais pour nous aider à discerner notre degré de vie sous la mouvance de l’Esprit. Ainsi son respect reste pour l’extérieur, voire pour nous-même, un critère de notre « vie dans l’Esprit ».

                « Dieu est amour » (1 Jn 4,8 ) et son amour est premier.« Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimé (1 Jn 4,10) On n’a pas à vouloir Lui plaire,mais à Le laisser agir en nous et à travers nous. On n’a pas à faire des oeuvres pour Dieu, mais par Dieu .Encore faut-il être habité par l’Esprit-Saint.

                Mais « Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent« (1 Cor 1,18) nous dit Saint-Paul. L’histoire d’un Dieu qui se fait homme, change l’eau en vin ,ressuscite les morts….et sauve les croyants de la mort en mourant Lui-même sur une croix pour ressusciter trois jours après n’a rien de rationnel ! Esaïe ( vers -740 ) disait déjà : »Si vous ne croyez pas , vous ne comprendrez pas »(Es.7,9) comme si la foi précédait l’intelligence. Ainsi, est-ce pour essayer de ramener à Dieu certains « raisonneurs de ce siècle« (1 Cor 12,20 ) que l’Eglise catholique appuya aussi ses dires sur des chercheurs intellectuels de Dieu, les Pères de l’Eglise, gommant ainsi la folie de la Croix (« La sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu« 1 Cor 3,18-19) et contredisant  la bible ?

                Ainsi Saint-Thomas d’Aquin tenta de réconcilier foi et raison en s’appuyant sur la philosophie d’Aristote: »Foi et raison ne peuvent se contredire car elles émanent toutes les deux de Dieu » déclare-t-il .

                 Saint-Augustin d’Hippone, en quête constante de vérité, tente de réaliser la synthèse du christianisme et du platonicisme. Il déclare « qu’il faut comprendre pour croire » mais aussi que « les miracles ne sont pas en contradiction avec les lois de la nature mais avec ce que nous en savons« . C’est aussi un acte de foi,…..mais en la Science !

                Personnellement je dirais volontiers comme Pascal : » Le coeur a ses raisons que la raison ne connait pas. »  

A l’heure de la physique quantique ,on est sans doute moins choqué par l’irrationnel !