« Vous, les petits frères, vous ne voyez que les choses matérielles… »

Le message des Kogis

 

« Vous, les petits frères, vous ne voyez que les choses matérielles,

Si on continue à construire un monde artificiel

Nous allons mourir, la Terre souffre, elle n’a plus rien.

Le petit frère comprend-t-il ce qu’il fait ? »

 

 

Association Tchendukua

Géographe français, Eric JULIEN est à l’origine de la démarche.

Sauvé d’un oedème pulmonaire par les Kogis, alors qu’il découvrait leur territoire, il s’est mis dans la tête de les aider à récupérer leurs terres. Ces terres sans lesquelles, coupés de leurs racines, les Kogis deviennent des êtres flottants, des êtres morts.

D’après lui, permettre aux Kogis d’entretenir leur différence, c’est s’enrichir de leur regard sur le monde, tant il est vrai que la vie naît de la richesse des confrontations et non du rejet des différences.

En 1997, il fonde Tchendukua – Ici et Ailleurs, association loi de 1901. En février 1998, une première terre est achetée (50 ha), une seconde en avril 1999 (70 ha)… une troisième en mai 2000 (50 ha) et enfin une quatrième en décembre 2000 (60 ha).

 

 

 

 

 

Yves Cochet : »Il est trop tard pour éviter l’effondrement »

De la fin d’un monde à la renaissance en 2050-Libération 23 août 2017

Yves Cochet, né le 15 février 1946 à Rennes (Ille-et-Vilaine), est un homme politique français, membre des Verts puis d’Europe Écologie Les Verts. Il est député du Val-d’Oise de 1997 à 2002, puis de la 11e circonscription de Paris de  à . Il est président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale durant ce dernier mandat. Il est député européen de 2011 à 2014.

Sous l’angle écologique de l’état géo-bio-physique de la France – de l’Europe et du monde – avouons que l’état de santé de ces territoires ne cesse de se dégrader par rapport à celui de 1984, comme le montrent à l’envie les rapports successifs du GIEC – cf le climat change-, du PNUE, du Programme Géosphère-Biosphère et autres publications internationales.

Sous l’angle social et démocratique, le constat est du même ordre : creusement des inégalités, accroissement de la xénophobie, raidissement des régimes politiques.

Jadis, inspirés par le rapport Meadows (1972-1973) ou les écrits de Bernard Charbonneau,(1910-1996) René Dumont (1904-2001)et André Gorz,(1923-2007) nous connaissions déjà les principales causes de la dégradation de la vie sur Terre et aurions pu, dès cette époque et à l’échelle internationale, réorienter les politiques publiques vers la soutenabilité. Aujourd’hui, il est trop tard, l’effondrement est imminent. (ère de l’anthropocène)

Bien que la prudence politique invite à rester dans le flou, et que la mode intellectuelle soit celle de l’incertitude quant à l’avenir, j’estime au contraire que les trente-trois prochaines années sur Terre sont déjà écrites, grosso modo, et que l’honnêteté est de risquer un calendrier approximatif. La période 2020 – 2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. À quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050).

L’effondrement de la première étape est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030. Une telle affirmation s’appuie sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens de rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. La croyance générale dans le système libéral-productiviste renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement mondial dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin.

La seconde étape, dans les prochaines années 30, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en Ile-de-France en 2035 ?) et de la faillite des gouvernements.Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains restes de la civilisation thermo-industrielle, un peu de la même façon que, après 1348 en Europe et pendant des décennies, les survivants de la peste noire purent bénéficier, si l’on peut dire, des ressources non consommées par la moitié de la population qui mourut en cinq ans. Nous omettrons les descriptions atroces des rapports humains violents consécutifs à la cessation de tout service public et de toute autorité politique, partout dans le monde.

Sans doute peut-on espérer que s’ensuive, autour des années 50 de ce siècle, une troisième étape de renaissance au cours de laquelle les groupes humains les plus résilients, désormais privés des reliques matérielles du passé, retrouvent tout à la fois les techniques initiales propres à la sustentation de la vie et de nouvelles formes de gouvernance interne et de politique extérieure susceptibles de garantir une assez longue stabilité structurelle, indispensable à tout processus de civilisation.

 

Gouverner la décroissance

à l’initiative de William Ripple le cri d’alarme de plus de 15 364 scientifiques de 184 pays pour sauver la planète : Il sera bientôt trop tard – journal Le Monde 14 novembre 2017

comment tout peut s’effondrer : le livre

 

Notre-Dame-des-Landes : une autre vie est possible

 

 

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 d’après l’article de Charlie Hebdo -13/12/17 – Fabrice Nicolino 

…En un peu moins de dix ans, tout a changé. La ZAD est désormais une zone sociale d’expériences uniques. Aussi étrange et baroque que cela paraisse, des centaines de jeunes en rupture de société ont été et sont toujours soutenus par des paysans et une partie du petit peuple réel de la région. C’est bien cela qu’il s’agit d’écraser : une rencontre sociale, écologique, politique, qui brasse du savoir, des techniques, des itinéraires, des constructions, du travail, du rêve, des rires. On peut ne pas être d’accord avec les zadistes, mais nul ne peut nier qu’ils nous posent des questions universelles. Qu’est-ce qu’une vie qui mérite d’être vécue ? Qu’est-ce que le travail ? Et le temps ? Et la contrainte ? Et la loi ? Et la liberté ? Et la nourriture ? Et le groupe ? Et la personne ? Et l’amour, pour tout dire ? De ce chaudron bouillant qu’est la ZAD émerge une vérité microcosmique : il est donc possible de se livrer à des activités économiques sans détruire la biodiversité, dont tout le reste dépend. N’est-ce pas exactement le principal défi posé à toute l’humanité : produire sans ruiner les écosystèmes ? Certes, la ZAD a des limites évidentes, et ses enthousiasmes ne seront jamais ceux de tous. Mais en bâtissant pierre après pierre leur phalanstère, les habitants des lieux montrent avec une clarté éblouissante qu’un autre monde est vraiment possible. Et cela, on ne l’oubliera pas, quelle que soit la suite…

 

… C’est donc partout dans la ZAD qu’on travaille et qu’on construit. Si l’on doit faire une liste, allons y. On compte désormais dans le bocage deux boulangeries, un mur d’escalade, une conserverie, une infirmerie, une zone Internet, une épicerie, un atelier couture, une table d’hôtes, un formidable  « hangar de l’avenir », une taverne, une salle de sports, un espace enfants, un studio d’enregistrement, une salle de concerts, un jardin de plantes médicinales. Un mot sur le «hangar de l’avenir », prouesse architecturale, cathédrale de bois montée par 80 charpentiers, armés de haches et de cœur.  Et un autre sur l’auberge des Q de plomb, qui aura permis à d’anciens habitants, Claude et Christiane, de créer un lieu de banquets et de joie. Sur la dalle, gravés dans le béton pour l’éternité, ces mots d’anthologie : « Ici, nous vivons excellemment. » On ne saurait quitter la ZAD sans parler de la nature et des bêtes sauvages. À la fin de 2012, le grand historien breton François de Beaulieu lance une initiative sans précédent : réunir des botanistes, des ornithologues, des naturalistes, pour réaliser un inventaire exhaustif des richesses naturelles de la ZAD. Au premier dimanche de janvier 2013, plus de 200 connaisseurs et spécialistes arpentent les quelque 2000 hectares, et vont découvrir une richesse biologique devenue rare. Jean-Marie, botaniste de grande valeur, qui partage sa vie entre Morbihan et ZAD – La Rolandière, la Maison Rose, les 100 Noms –, n’en est pas revenu : « Comme la zone a été gelée il y a cinquante ans en prévision de l’aéroport, l’ensemble du paysage rural, ici, est extraordinaire. Tout ce qui a été détruit ailleurs – les talus, les haies, les mares, les landes humides – est intact. » Les oiseaux, les insectes, les plantes sont là.

Parlons chiffres :

…Sur les 1 650 hectares de l’emprise du projet d’aéroport, 400 sont cultivés ou utilisés par quatre familles de paysans locaux, opposants historiques ; 400 autres représentent les chemins et les routes, les friches et les forêts, les lieux habités ; et il en reste 850. « Ces 850 hectares, raconte Marcel, un autre zadiste, ont été préemptés par le conseil général, puis refilés à l’État, qui les a concédés au groupe Vinci. Chaque année, depuis 2008 ou 2009, Vinci accorde des baux précaires aux anciens proprios qui ont accepté de vendre leurs terres, qui sont du coup des cumulards, car ils ont touché, et continuent pourtant à exploiter. Nous et nos amis paysans du groupe Copain2, on a fini par refuser ces baux précaires qui permettent à certains d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Et on s’est mis à occuper les terres que Vinci concédait chaque année en attendant la construction. Depuis 2013, on s’est emparés comme ça de 270 hectares, et c’est pas fini. On veut aussi les 580 hectares qui restent. »

cf aussi le numéro 213 de Bretagne vivante consacré à NDL

cf aussi l’article de François de Beaulieu du 21 décembre 2017 sur son blog

Notre-Dame-des-landes : un livre pour comprendre 50 ans de luttes- article du 31/10/2017 de François de Beaulieu

Eloge des communs -article 27 juillet 2015 de François de Beaulieu

 

Je n’étais jamais venue sur la ZAD

Une collaboration entre des habitant-es de la zad, le réalisateur Leo Leibovici et l ‘actrice Lizzie Brochere, Je n’étais jamais venue sur la ZAD est un petit film qui nous invite à un voyage intime à travers le territoire libéré de la zad, à la recherche d’espoir en ces temps tourmentés.

Le philosophe est-il le seul à considérer la technique comme un problème ?

 

Philosophie-spiritualité

Vandi Moïse s’interroge sur les enjeux de la technique dans une présentation qu’il fait  à l’Université de Yaoundé à propos de Jacques Ellul et les enjeux de la technique.

« En définitive, ce que j’écrivais (et mon avertissement aujourd’hui correspond exactement à celui de 1954) avait pour but de faire prendre conscience du potentiel avenir, contenu dans la Technique, de ce qui risquait de survenir étant donné la logique de croissance, afin précisément que, du fait de cette prise de conscience, les hommes de l’Occident soient capables de réagir, et de procéder à une maitrise de cette technique, qui leur échappait sans qu’ils ne s’en rendent compte. Il s’agissait véritablement d’un avertissement : un homme averti en vaut deux[2]. Jacques ELLUL.

 (Jacques ELLUL (1912- 1994) est un professeur d’histoire du droit, théologien protestant et sociologue français d’ascendance maltaise. Il est, aux côtés de Habermas, Heidegger, Simondon, Leroi-Gourhan et Günther Anders, l’un des principaux penseurs au XXème siècle de la technique. Il a également été très largement cité par le critique social américain Neil Postman, notamment dans son livre Technopoly. » (kiwix)

Si à l’époque de René DESCARTES, on disait cogito ergo sum, c’est-à-dire la quiddité de l’homme ou son être se réduit à la pensée, c’est en pensant qu’il est davantage ; au XXIèmesiècle, ce n’est plus le cas, en ceci que nous assistons à une immixtion mieux encore à une intrusion de la technique dans tous les domaines de la vie. Nous parlerons plutôt de « cogito technologically ergo sum »[6], c’est-à-dire « je pense technologiquement donc je suis » en ce sens que tout est déterminé par ce que notre auteur appelle l’esprit technique. La pensée, l’homme lui-même, l’agriculture, l’économie, la politique, l’enseignement et la société sont tous informatisés. De la sorte, l’homme est davantage parce qu’il pense technologiquement. Tout ceci se justifie dans la domestication de la technique que nous vivons par les pays en retard, et la déification de l’économie numérique par ceux-ci. Face à un tel problème, aucun chercheur avéré soit-il ou non, quel qu’il soit et penseur ne peut rester insensible d’une part et d’autre part bouche bée à ce constant probant qui ne relève pas de l’être de raison. C’est cela qui justifie le choix de ce sujet…

Ce sont les problèmes de la technicisation qui posent problème. Notre sujet pose en lui-même son problème c’est-à-dire les enjeux de l’informatisation. Ainsi, il y a problème parce que pour Jacques ELLUL, la technique ne sert plus l’homme, c’est l’homme qui sert la technique, au lieu que la technique devienne objet au service de l’homme, c’est l’homme, constate-t-il, qui est devenu objet au service de la technique. Vu notre attachement aux choses techniques, vu notre surconsommation des choses techniques ; l’homme (et pas lui seul car il y a la nature, la culture et bien d’autres) a perdu son autonomie et sa liberté ; en ceci que pour notre auteur, le propre de la technique est de désacraliser tous les domaines dans lesquels elle intervient. Par contrecoup, c’est elle qui devient maintenant le sacré. Et c’est cela également l’avis de Martin HEIDEGGER, lorsqu’il affirme que notre attachement aux choses techniques est maintenant devenu si fort que nous sommes, à notre insu, devenus leurs esclaves.

L’ambivalence de la technique désigne le fait que la technique est à la fois un bien et un mal pour la société, elle a des effets positifs et des effets néfastes. Ce thème est développé par Jacques ELLUL dans la première partie du Bluff technologique, pour montrer le caractère incertain de la technique. Il dit :

Mais il ne faut pas se contenter de souligner cette ambivalence, il faut l’analyser, et je le ferai à l’aide de quatre propositions :

Tout progrès technique se paie.

Le progrès technique soulève à chaque étape plus de problèmes (et plus vaste) qu’il n’en résout.

Les effets néfastes du progrès technique sont inséparables des effets favorables.

Tout progrès technique comporte un grand nombre d’effets imprévisibles.

 

 

après les néonicotinoïdes, voici venir les insectes chimériques

Kokopelli

La loi biodiversité du 8 août 2016 inclut à terme l’usage des néonicotinoïdes. Elle n’est sans doute qu’un vaste coup fourré pour faire avaler le passage aux insectes chimériques.

D’autant plus que le nouvel épouvantail des Autorités, le virus Zika, ne pourrait être contrôlé, selon les grandes déclarations des multinationales criminelles de la Pharmacratie, que grâce aux moustiques chimériques d’Oxitec – alors que des soupçons plus que légitimes se font jour quant aux moustiques mutants d’Oxitec qui ont survécu, au fil des années.

Coïncidence des coïncidences, un rapport de 55 pages intitulé “Insectes Génétiquement Modifiés” vient d’être publié, en décembre 2015, par la Chambre des Lords du Royaume Uni. Sur les 160 et quelques articles de ce rapport, seulement quelques-uns sont imprimés en gras dans le texte: ces articles concernent l’utilisation d’insectes génétiques modifiés dans l’agriculture et ils mettent en exergue les avancées technologiques de la société Oxitec dans ce domaine.

Autre coïncidence des coïncidences, le site d’origine du moustique vecteur du virus dénommé “Zika”, au Brésil, serait le site de lâchage, durant l’été 2015, de millions de moustiques chimériques d’Oxitec.

En fait, des essais impliquant des moustiques chimériques ont eu lieu au Brésil depuis 2011. Dès 2013, Oxitec avait commencé à répandre, dans la région de Piracicaba, 300 000 moustiques transgéniques, par semaine, pour lutter contre le moustique (Aedes aegypti) vecteur de la dengue, de la fièvre jaune et du Chikungunya.

L’un des directeurs d’Oxitec/Brésil est Glen Slade, un ancien de Syngenta. Le directeur général d’Oxitec est Hadyn Parry qui fut directeur des Sciences Végétales pendant 15 ans chez Zeneca/Syngenta. Son directeur financier est actuellement Bill Fleming, un ancien de chez Bayer. Son directeur scientifique depuis avril 2014 est Simon Warner qui fut pendant 17 années chez Syngenta.

Aujourd’hui, et depuis quelques jours seulement, le moustique chimérique d’Oxitec n’a plus besoin de discrétion: la FDA (Food and Drug Administration) vient de l’avaliser légalement le 6 août 2016 pour les USA. Aujourd’hui, aux USA, le moustique chimérique d’Oxitec est acclamé comme étant la seule solution qui va pouvoir débarrasser le monde de ce nouvel épouvantail, le virus Zika!

La généralisation des insectes chimériques dans l’agriculture est promue comme la prochaine révolution. En fait, ceux qui promeuvent le recours à leurs insectes chimériques, pour l’agriculture, dénoncent fortement les catastrophes générées par les technologies agricoles de Monsanto et de Syngenta à base de semences génétiquement modifiées pour résister au glyphosate ou pour intégrer le BT. Mais les membres de leurs conseils d’administration, et de leurs directoires, viennent, en grande partie, de chez Monsanto, de chez Syngenta, de chez Bayer, de chez tous les criminels qui détruisent la Biosphère… Lorsque les insectes chimériques d’Oxitec/Intrexon auront remplacé les insecticides de Syngenta, de Bayer et de Monsanto, Oxitec/Intrexon sera racheté par l’une de ces multinationales génocidaires.

pour lire tout l’article

« Comploter, coloniser, collaborer, corrompre, conquérir, délocaliser, pressurer, polluer, vassaliser, nier, asservir et régir »

Reporterre

 

C’est un livre « chargé », en dit son auteur — une « somme », comme le signale le titre. Et même une première : aucun travail de synthèse, combinant histoire économique, industrielle, mais aussi accusations, litiges ou condamnations n’avait encore été réalisé autour de cette multinationale, née en 1924 avec la Compagnie française des pétroles (CFP). Pour Alain Deneault, connaître ce passé était pourtant indispensable pour comprendre comment Total fonctionne et d’où elle tire sa puissance. Établir un diagnostic afin de lui opposer des stratégies adaptées, voilà l’ambition de De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit, paru récemment aux éditions Rue de l’échiquier – Écosociété.

Premier problème : comment définir Total ? Est-ce « une société pétrolière française » ? Car elle est constituée de 882 sociétés consolidées, opérant selon 130 législations différentes. Seuls 28 % de ses capitaux sont français, et pour le reste, canadiens, étasuniens, anglais, chinois, qatariens, etc. Elle n’est pas seulement active dans le pétrole, mais aussi le gaz, l’électricité, la pétrochimie, le solaire, les agrocarburants, les lubrifiants, la biomasse, le nucléaire, l’internet des objets ou le bioplastique. Total est donc plutôt une multinationale apatride capable de tirer son jeu d’une multitude de conjonctures, explique l’auteur.

 

« Comploter, coloniser, collaborer, corrompre, conquérir, délocaliser, pressurer, polluer, vassaliser, nier, asservir et régir » : ces 12 verbes d’actions sont illustrés par des histoires avérées où Total tient le premier rôle. Certaines nous sont bien connues : « l’affaire Elf » (corruption à grande échelle de dirigeants politiques) ou celle de l’explosion de l’usine AZF (dans laquelle Total et ses avocats continuent de nier toute responsabilité devant la justice), son implantation dans les anciennes colonies française transformées en enveloppes juridiques grâce aux réseaux de la Françafrique, la pollution à coups de marées noires et d’émissions de CO2, ou encore la délocalisation de ses avoirs ou activités là où la fiscalité est plus lâche…

« Il ne s’agit pas, pour des firmes comme Total, de régner sur un mode souverain, à coups de décrets et d’édits, tel un État, mais de transformer le rapport des États à la conjoncture, de façon à ce que le législateur cherche le plus possible à rendre conforme la loi aux rapports de force instaurés par les multinationales, dont la réalité acquerra le statut d’axiome. La loi qui domine ne sera plus celle des États mais celle du marché au sens d’un champ transcendant le secteur public. »

Pour Alain Deneault  ces firmes représentent le pouvoir totalitaire version XXIe siècle. « Au moment même où Hannah Arendt écrivait ses thèses sur le totalitarisme [dans les années 1950], la CFP crée la marque Total [en 1953] et se présente comme étant “totale” » insiste-t-il. Signe d’un complexe d’infériorité de la pétrolière française face à ses homologues, qu’elle cherche à résorber. « Ce qu’elle signifie alors c’est : “Nous aussi sommes un pouvoir, nous pouvons nous interposer entre les acteurs sociaux et les pouvoirs publics, et à partir de là développer des lois à valeur totalisante sur le monde” », analyse Deneault.

Le philosophe pousse cette thèse dans LeTotalitarisme pervers, un court texte qui suit la somme sur Total et en tire des conclusions d’ordre général. « Des totalitarismes d’antan à celui d’aujourd’hui, on est passé d’un ordre psychotique de domination où une autorité toute-puissante et hyper visible donne le la de la réalité sociale et judiciaire, à un ordre pervers où la loi semble s’imposer d’elle-même comme la pluie, sans que les intéressés qui le coordonnent ne se distinguent particulièrement des sujets qui la subissent. […] Les maîtres pervers […] dominent en élaborant des formes d’autorité qui passent pour objectives. C’est en cela qu’on reconnaît la finesse nouvelle du totalitarisme contemporain », écrit-il.

Deneault plaide pour des « minorités intenses ». « Le progrès a toujours été l’œuvre de minorités. Je crois que l’important, c’est l’intensité, c’est par là que nous arrivons à valoir comme peuple, comme communauté capable d’engager des changements sociaux », soutient-il, en citant pour exemples la révolution de 1848, Occupy Wall Street et les révolutions arabes de 2011, ou encore les évènements récents en Roumanie. « Ce sont toujours des minorités qui, en intensifiant leurs mobilisations, prises de paroles et de conscience, leur présence au monde, peuvent marquer des avancées et établir des rapports de force. Et plus une minorité est intense et en phase avec une époque, moins elle est minoritaire. »

Pour voir la présentation du livre

 

 

Lettre ouverte à Monsieur Cedric Villani , chargé d’une mission sur l’intelligence artificielle

 

A Monsieur Cedric Villani, député LREM de la 5ième circonscription de l’Essonne,

Bonjour Monsieur le député,

Par un article du journal le Monde paru ce jour je lis que vous avez été chargé  par le gouvernement d’une mission sur l’Intelligence artificielle – IA dans la suite du propos-et qu’un rapport doit être remis avant la fin de l’année.

Cet article rappelle qu’un précédent rapport a été remis sur ce sujet il y a

moins de 6 mois à François Hollande.

Le passage suivant de cet article résume votre mission :

« Elle consiste à dresser une feuille de route sur l’intelligence artificielle pour le gouvernement dans les années à venir. Quels axes actionner du point de vue économique, politique, culturel, éthique, dans l’éducation… ? Bref, tout. Avec l’idée que l’IA ne doit pas être vue comme un domaine spécialisé, mais comme l’affaire de tout le monde. »
« ici la vocation est d’aller plus sur le terrain des recommandations très concrètes sur les actions à prendre par les uns et les autres. Et cela à l’échelle française, mais aussi européenne. »

Je lis  avec satisfaction mais permettez, une certaine défiance, que vous vous interrogerez aussi sur les aspects potentiellement négatifs de l’IA et vous dites notamment : « Un certain nombre d’exemples montrent que dans certains cas l’utilisation de l’IA peut avoir des effets ravageurs sur les questions économiques et le tissu démocratique. »

Ces propos semblent presque rassurants même si les effets ravageurs dépassent l’aspect économique – vous avez sans doute pensé aussi par là social- et démocratique.

La volonté de réfléchir au plus haut niveau sur les moyens à mettre en oeuvre pour faire face au géant américain puis chinois est sans doute, dans cette stratégie de lutte économique mondialisée l’axe principal. Nous sommes donc bien dans une logique où vous allez chercher les meilleurs moyens de renforcer l’IA qui, sous-entendu serait l’avenir de l’homme et du rang de nos sociétés. Je doute que dans une telle orientation les aspects négatifs soient réellement appréciés à leur exacte valeur et pourtant je vous fais à priori confiance car vous avez en tête, comme moi,  l’avenir de l’homme.

Mais de quel homme parlons-nous ? Je pense à l’Homme en tant que transcendance de l’homme actuel, et non à l’homme-machine   qui va renforcer son propre mental, et devenir ainsi  l’Homme-Dieu qui, de fait, deviendra tout simplement l’esclave du système-machine qu’il aura mis en place. Je pense à un humanisme spirituel tel que l’expose Wu Weiming, directeur de l’Institut supérieur humaniste à l’Université de Pékin – cf ici

Vous avez semble-t-il des réserves par rapport aux déclarations d’Elon Musk mais vous dites « admirer son intelligence visionnaire ».

Permettez- moi de vous rappeler cette lettre signée le 10 janvier 2015 par 700 personnalités – l’appel des 700- dont Elon Musk et Stephen Hawking et que j’avais publiée sur mon site ici . Il y a effectivement là une vision que j’aimerais vous voir partager.

 

« Les progrès de l’intelligence artificielle sont fulgurants, mais peu de recherches sont effectuées sur les conséquences de cette révolution technologique. C’est l’avertissement émis dans une lettre ouverte par un groupe de chercheurs et d’entrepreneurs. Parmi eux, Stephen Hawking et Elon Musk. »

Enfin j’attire votre attention sur la conférence d’Elon Musk  devant l’Assemblée des gouverneurs des Etats-Unis le week-end du 15 juillet 2017 relatée ici par exemple.  Selon lui, l’intelligence artificielle est désormais «le plus grand risque auquel notre civilisation sera confrontée».

Pour y faire face aujourd’hui et en transhumaniste convaincu, il ne voit guère que le développement d’un de ses projets homme-machine avec l’aide d’implants cérébraux ce qui n’est pas pour nous rassurer.

Pour terminer je voudrais vous dire que je procède actuellement au regroupement des ouvrages de langue française qui nous alertent de diverses manières sur la religion du Progrès, les méfaits ravageurs qu’elle entraîne sur nos sociétés et la direction toute tracée où elle conduit l’homme.

Sous ce lien vous avez plus de 80 ouvrages d’auteurs différents qui alertent sur les aspects divers de cette dérive de nos sociétés. Je ne citerai que le premier, Lewis Mumford et je vous renvoie à l’article d’avril 1974 du Monde diplomatique à propos de son livre : « le mythe de la machine« .

 

S’agissant de l’IA je ne peux conclure sans évoquer le transhumanisme vers lequel nous entraîne les dérives d’un monde scientifique, industriel et technologique pour partie devenu fou et si peu contrôlé par le pouvoir politique de nos démocraties. J’ai regroupé là près de 40 ouvrages qui traitent du sujet et j’ai posté là un article sur le transhumanisme.

 

Je termine en espérant que cette lettre retiendra toute votre attention et celle de votre équipe. Je précise enfin que j’agis en simple citoyen intéressé entre autre par la chose publique et le devenir de l’homme mais non engagé politiquement. J’estime aussi que cette affaire est l’affaire de tout le monde et qu’en rédigeant cette lettre appuyée de ses renvois hyper-textes j’ai ainsi, à ma manière et suffisamment contribué à votre mission.

 

 

Je vous prie de croire en mes respectueuses et cordiales salutations.

 

Denis Brossier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aux origines de la décroissance

La civilisation industrielle ne s’est pas imposée sans résistances. De grands esprits critiques se sont toujours levés contre la liquidation des artisans et des paysans, contre la destruction de l’environnement et le bouleversement des modes de vie, contre l’emprise du marché et des machines sur les individus. La contestation de l’idéologie du Progrès que porte aujourd’hui le courant de la décroissance se situe dans cette longue filiation. Parmi ces illustres devanciers, les cinquante penseurs présentés ici -dont les oeuvres très diverses se déploient sur les deux derniers siècles- ont de quoi alimenter les réflexions actuelles de toutes celles et tous ceux qui aspirent à une société centrée sur l’humain, et non plus soumise à la mégamachine. Leurs pensées, profondes, intemporelles et clairvoyantes, exposées dans ce livre de manière simple et didactique, remettent radicalement en cause le culte de la croissance, l’esprit de calcul, la foi dans les technologies, l’aliénation par la marchandise… Elles en appellent à une sagesse immémoriale : il n’y a de richesse que la vie.

 

Pierre Rabhi vote amour et écologie

Kaizen

 

L’agriculteur-philosophe Pierre Rabhi nous invite à repenser notre vision de la politique. Entre écologie, économie, éducation et vote, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2002 souhaite remettre le citoyen au centre des débats.

…L’écologie c’est moi, c’est mon corps, et je ne peux pas faire n’importe quoi avec mon corps, manger n’importe quoi. La Terre est vivante et doit être respectée, nous faisons partie de cette totalité. Le mental nous a séparés de la nature, c’est pourquoi il faut revenir à cette conscience que ce que je suis est régi par la vie et donc par l’écologie…

…Ce n’est pas pour rien que depuis des années je m’oppose à la croissance indéfinie. Il est stupide de vouloir croître indéfiniment. C’est cette croissance économique infinie qui crée les inégalités et les disparités incroyables. C’est pour la croissance économique que l’on démolit les forêts, que l’on détruit la terre, que la planète entière est mise en pillage. Ce réflexe stupide de gagner de l’argent est la cause de 80 % des maux de la planète…

…Au lieu d’être dans le toujours plus, il faudrait être dans la sobriété heureuse et la considérer comme l’énergie fantastique du changement social, comme je l’ai écrit dans mon livre La Puissance de la modération (2015). Au lieu de se dire “toujours plus, toujours plus” sans être jamais satisfait, prenons le génie du contentement ! Le contentement comme art de vivre.

Ce changement de valeurs est possible grâce à l’Amour, pas celui de l’intimité mais l’Amour en tant qu’énergie extraordinaire qui préexiste à nous, auquel on doit s’ouvrir. Car c’est la plus grande énergie qu’un être humain puisse déployer comme énergie constructive, un principe actif dès lors qu’un individu le reçoit en lui-même et l’exerce. Et s’il l’exerce cela donne de la justice, de l’équité dans le rapport féminin-masculin, cela donne de la compréhension. L’Amour donne tout cela, et c’est lui qui peut changer les choses.