Conscience : le matérialisme jusqu’à l’absurde

Jocelin Morison sur la Télédelilou

Avant d’aborder cet article, je vous signale les très riches blogs de Jocelin Morisson ici: chroniques acronyques  sur la Télédelilou et là : la Prochaine Foi.

Internet peut-il être conscient ? Ou le matérialisme jusqu’à l’absurde

Tant que l’intégralité de l’expérience humaine n’est pas prise en compte, y compris dans des états modifiés de conscience plus riches de sens encore que l’expérience de la réalité physique, aucune théorie de la conscience ne peut prétendre être complète.

Une récente théorie de la conscience retient l’attention parmi les neuroscientifiques. Elle est due à deux grandes figures des neurosciences et s’appelle la Théorie de l’Information Intégrée (TII). Né en Italie, Giulio Tononi est psychiatre et neuroscientifique à l’Université du Wisconsin, et Christof Koch est un neuroscientifique attaché à l’Allen Institute of Brain Sciences de Seattle.

Ce dernier explique en page d’accueil de son site personnel combien « il réfléchit à l’Univers, au cerveau, à la façon dont il produit la conscience et dont l’esprit conscient émerge du cerveau ».

En excluant a priori d’envisager que le cerveau ne produise pas la conscience, ni que celle-ci n’émerge du fonctionnement du cerveau, les deux chercheurs ne risquent pas de parvenir à une autre conclusion, ce qui constituerait de toute façon un crime intellectuel qui en ferait des « idéalistes » ou, pire, des « spiritualistes ».

Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ?

Il faut tout d’abord leur savoir gré de s’atteler à ce fameux « problème difficile » de la conscience, tel que posé par le philosophe David Chalmers il y a quelques décennies et que l’on peut résumer en posant la question : pourquoi et comment avons-nous une expérience consciente subjective du réel ?

Dans un article célèbre publié en 1974 (Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ?), le philosophe Thomas Nagel a bien montré que nous n’avons absolument aucun moyen de savoir quelle expérience du monde fait une chauve-souris.

Autrement dit « nous ne pouvons comprendre la nature de nos expériences si nous éliminons d’elles le point de vue ou la perspective qui fait qu’elles sont, précisément, des expériences et non pas seulement des processus physiques (neurologiques en l’occurrence) ».

Objets inanimés, avez-vous donc une conscience ?

L’expérience que chacun a de la réalité n’est accessible à l’autre que dans la mesure où il est capable de la décrire. C’est pourquoi se pose la question de la conscience des animaux, des nourrissons, des personnes dans le coma, et même, pourquoi pas, des machines. On peut aussi étendre la question aux plantes et à tous les objets inanimés, jusqu’aux particules de matière.

La conscience est omniprésente

Quel est l’apport de la Théorie de l’Information Intégrée -TII- cf article La Recherche-dans ce contexte ? Son intérêt majeur est de partir de la conscience elle-même, en identifiant ses propriétés essentielles, au lieu de se demander de quoi peut être conscient tel ou tel organisme. Elle se compose d’axiomes et de postulats. Les axiomes sont 1) l’existence intrinsèque de la conscience (mon expérience consciente est réelle), 2) la composition (la conscience est structurée : un livre, la couleur bleue, un livre bleu, etc.), 3) l’information, 4) l’intégration (la conscience est unifiée), 5) l’exclusion (la conscience est définie en contenu). Les postulats désignent les propriétés qu’un mécanisme physique doit posséder pour permettre l’expérience correspondante à chaque axiome. Sur cette base, la TII a quantifié la conscience en degrés et elle la mesure à l’aide d’une grandeur mathématique, l’unité Phi. Plus Phi est élevé, plus le système est conscient.

Chalmers propose aussi d’envisager que la conscience soit partout dans l’Univers, distribuée à des degrés divers dans toutes sortes de supports, du proton jusqu’au cerveau humain. On appelle cette conception le panpsychisme (de pan, partout), et la TII en représenterait une version moderne.

Irrationnel et fantasme transhumaniste

C’est donc un progrès important de reconnaître cette omniprésence de la conscience, et toute théorie de la conscience doit tenir compte des acquis de la physique quantique qui questionnent notre relation au réel et impliquent un rôle, une action, de la conscience. Mais les choses prennent un tour différent quand les promoteurs de la TII prétendent qu’il est rationnel d’envisager qu’un système comme le réseau internet peut être le support d’états de conscience…

C’est là où les tenants de la théorie « émergentiste » tombent dans l’irrationnel et dans le fantasme transhumaniste, parce qu’ils refusent absolument l’idéalisme philosophique (selon Platon, le monde des Idées a une existence propre, indépendante de tout support) et toute forme de spiritualisme. L’approche matérialiste exige que la conscience unifiée « émerge » de la complexité croissante d’un système, quand bien même cette émergence elle-même ressemblerait au miracle de la transformation de l’eau en vin.

En revanche, la TII peut permettre d’envisager l’existence d’une conscience collective d’un groupe d’individus engagés dans une même tâche par leur intention, qu’il s’agisse d’un spectacle ou d’une marche de manifestation par exemple…

Au-delà du physique et du physicalisme

Nous l’avons dit, les limites du raisonnement émergentiste naissent de son refus de toute forme d’idéalisme ou de spiritualisme. Elles naissent du refus de toute transcendance et cette approche ignore volontairement et ostensiblement les données issues de milliers d’expériences d’états modifiés de conscience au cours desquels la conscience, loin d’être « altérée », est au contraire décuplée, démultipliée. Le matérialisme refuse de considérer la possibilité d’une transcendance parce que, par définition, l’origine de la conscience serait alors en dehors de son champ d’investigation…

C’est pourquoi une théorie scientifique de la conscience doit aussi être philosophique, car notre expérience de la réalité dépasse le cadre du corps et du sensible. La métaphysique est convoquée, c’est-à-dire qu’il faut aussi penser au-delà du physique et du physicalisme. Beyond Physicalism est précisément le titre d’un ouvrage collectif (dir. Edward Kelly) important récemment publié aux Etats-Unis, et qui est dû à une autre école de pensée pour laquelle idéalisme philosophique, spiritualité et transcendance ne sont pas des tabous. Au contraire du matérialisme-émergentisme, cette réflexion considère que ce sont ces états de conscience lors desquels celle-ci semble s’affranchir des limitations de son support physique qui nous révèlent la véritable nature de la conscience.

Cette réflexion s’inscrit dans l’héritage de William James, Henri Bergson, Frederic Myers, ou encore Aldous Huxley, qui tous ont pensé le cerveau comme un filtre, une valve de réduction permettant de « capter » un champ de conscience et de projeter notre réalité matérielle et temporelle, laquelle n’est qu’une expérience incluse dans un domaine de réalité bien plus vaste. Notre expérience est comme un film en 3D dont nous sommes à la fois l’acteur principal et le seul spectateur, car notre point de vue est unique.

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