Serge Latouche

Serge Latouche sur Wikipedia

 

Serge Latouche, objecteur de croissance,(sur France Culture)

 

Ouvrages  publiés depuis 1995

la mégamachine

21/04/1995 réédité 2004

 » La plus extraordinaire machine jamais inventée et construite par l’homme n’est autre que l’organisation sociale. Sous l’égide de la main invisible, techniques sociales et politiques, d’une part –; de la persuasion clandestine publicitaire au viol des foules par la propagande, démultipliées par les autoroutes de l’information –;, techniques économiques et productives, d’autre part –; du fordisme au toyotisme, de la robotique à la biotechnologie –;, s’échangent, fusionnent, s’interpénètrent.  » Elles s’articulent désormais en un gigantesque réseau mondial mis en œuvre par des firmes et des entités transnationales qui soumettent États, partis, sectes, syndicats, ONG, etc. L’emprise de la rationalité technoscientifique et économique donne à l’ensemble une ampleur inédite et en fait une « mégamachine’ jamais vue dans l’histoire des hommes. Sur le thème de l’unité et de la diversité de la Mégamachine planétaire, ce livre rassemble des essais qui s’inscrivent dans le cadre du grand débat contemporain sur le statut de la technique.  » Ainsi se présentait, il y a dix ans, cet ouvrage devenu introuvable et que beaucoup tiennent pour prophétique. C’est à lui que renvoient nombre des débats qui font rage aujourd’hui dans le monde entier autour du thème de la  » décroissance  » : si le progrès et la croissance sont insoutenables et mortifères, n’est-il pas grand temps d’amorcer une  » décroissance conviviale  » ? Dernière chance avant l’apocalypse ?

 

L’Autre Afrique

1/10/1998

L’Afrique noire, pillée, marginalisée, représente moins de 2% du produit mondial. Aux yeux du monde, elle offre un spectacle de génocides, de conflits ethniques, de luttes tribales, de coups d’ État militaires, de famines et de pandémies comme le sida. Ne serait-elle donc que la face noire de notre destin, le rêve de la modernité devenu cauchemar ? Et si le continent africain était tout autre chose ?
Un nouveau système social s’y trouve en gestation, entre « don et marché ». Forcés de trouver des moyens de subsistance, les Africains inventent un monde bien vivant, au-delà de la misère effroyable engendrée par l’idéologie libérale triomphante et la prééminence du concept de marchandise. Ce système révèle notre propre pauvreté et la faillite de notre société qui, par ailleurs, voit une économie de proximité conviviale se réinventer dans ses marges.
Observant le don mauritanien, les forgerons soninké, la sorcellerie à Douala ou, encore, l’économie informelle à Dakar, Serge Latouche, professeur d’économie à l’université de Paris-XI et auteur de plusieurs ouvrages, dont La Mégamachine, rompt avec « l’afropessimisme » et propose une analyse magistrale du don et du marché, ainsi qu’une réflexion sur notre avenir. L’autre Afrique est le laboratoire de la postmodernité, au-delà de l’économie de marché.

Les dangers du marché

21/04/1998

analyse sur Persee -Louis Moreau de Bellaing

Critique de la raison économique

1/10/1999

La science économique présuppose qu’en tout lieu et en tout temps l’individu répond au même modèle de comportement rationnel, celui de l’Homo oeconomicus. C’est face à cette croyance scientifique que s’élève l’entreprise critique des auteurs ici réunis, qui proposent une démarche  » économique  » indisciplinée et signent la fin des mythes rationnels en économie. En tenant compte des multiples dimensions de l’action humaine, les contributions de cette œuvre collective lancent les bases de l’approche plus ouverte sur les espaces vécus des acteurs de la société.

La Planète uniforme

2000

Le terme de « mondialisation » – le plus souvent comme mot d’ordre et incantation – est désormais entré dans le langage courant pour désigner la soumission sans précédent de nos vies à l’emprise des marchés. Mais derrière des apparences nouvelles, symbolisées par l’essor de technologies spectaculaires – telles les autoroutes de l’information – on retrouve le mouvement qui, depuis plusieurs siècles, travaille à occidentaliser et uniformiser la planète. Afin de prendre la mesure des défis auxquels est confrontée l’humanité à l’aube du XXIe siècle, Serge Latouche interroge ici la nature exacte de ce processus et l’ambivalence profonde de son principal agent historique : l’Occident. Celui-ci ne détruit-il pas le reste du monde autant par ce qu’il lui donne que par ce qu’il lui prend ? Et n’est-il pas urgent de distinguer le combat légitime pour des valeurs universelles, c’est-à-dire réellement humaines, de cette volonté d’uniformiser la vie par le marché-roi, qui menace, à terme, de déconstruire les fondements mêmes de l’ordre humain ? Serge Latouche procède à une analyse lucide des illusions et impasses de la modernité. Tout en indiquant, au-delà du pessimisme de son constat, à quelles conditions et avec quels moyens, il demeure possible de résister à cet Ordre nouveau qui étend son ombre sur la planète.

Les précurseurs de la décroissance

2016

sur le passagerclandestin.fr

Plus de 60 biographies pour se familiariser avec les origines de la décroissance. Des stoïciens et des cyniques à Huxley ou Orwell, en passant par Kropotkine, Giono, Ivan Illich, Nicholas Georgescu-Roegen, etc.

 

L’étude des « précurseurs de la décroissance » prouve que la vision que recouvre ce slogan provocateur est ancienne, profonde et diversifiée, et que ce sont bel et bien la croissance et ses serviteurs zélés qui constituent une parenthèse dans l’histoire de l’humanité et de la pensée.

L’économiste et anthropologue Serge Latouche, l’un des premiers et principaux théoriciens de la décroissance aujourd’hui, revient de manière claire et érudite sur les courants d’idées, les intellectuels et les activistes politiques qui ont influencé sa réflexion.

La décroissance n’a pas la prétention de chercher à construire de toutes pièces une vision entièrement nouvelle de l’organisation de la vie sur terre. Elle vise plutôt à mettre en lumière ce qu’il peut y avoir de convergent entre des approches développées en tout temps, en tous lieux et dans tous les domaines, mais qui ont pour caractéristique commune d’avoir été ignorées ou discréditées a priori par les discours modernes de la productivité, de l’efficacité, de la croissance et du profit.

La décroissance désigne en premier lieu la rupture avec l’occidentalisation du monde. Elle entraîne donc la réouverture de l’histoire au fond commun universel qu’on appelait traditionnellement « sagesse ». En revenant sur le stoïcisme, l’épicurisme, le cynisme, le taoïsme, le bouddhisme zen, les traditions indienne, africaine, amérindienne et bien d’autres, il s’agit d’abord, explique Latouche, de rappeler que l’humanité, par sa connaissance séculaire de l’homme et de ses passions, n’a pas attendu la démesure extrême de notre époque pour penser la mesure et les conditions de la vie bonne.

Les précurseurs modernes, quant à eux, développent une critique de la croissance de l’intérieur. Celle-ci s’articule d’abord autour de la lutte contre les méfaits sociaux et politiques de la révolution industrielle, exprimée par des socialistes « utopiques » comme Morris, Fourier, Owen…, ou des anarchistes comme Proudhon, Bakounine, Kropotkine… Plus proches de nous, ceux qui, à partir des années 1950, ont vécu l’essor de la société de consommation, l’emprise croissante de la technique et l’aliénation productiviste ont été, dans une large mesure, les fondateurs de l’écologie politique : Ivan Illich, Cornelius Castoriadis, André Gorz, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, François Partant, Nicholas Georgescu-Roegen, etc. Enfin, l’ouvrage se penche sur toute une pléiade de quasi-contemporains moins connus (Murray Bookchin, Barry Commoner, Alex Langer…) ou auxquels on ne pense pas parce qu’ils étaient avant tout des écrivains (Léon Tolstoi, Jean Giono, Aldous Huxley ou René Barjavel…).

La déraison de la raison

2017

La recherche de l’efficacité est parfois assassine. Trop d’obsession productiviste, rationnelle, rentable, organisatrice, conduit aux pires dérèglements, excès et délires. La vache folle dans l’assiette, le sang contaminé, transfusé pour des raisons d’efficacité, la vie étouffée dans les embouteillages monstres pour une quête effrénée de vitesse, le pétrole anéantissant une région sont autant de manifestations d’une raison économique devenue folle. Comment retrouver le raisonnable, la prudence, la sagesse, sans tomber dans des peurs irrationnelles et millénaristes ?
Serge Latouche, un des économistes les plus lus aujourd’hui, part à la recherche de la prudence, qui a toujours accompagné la raison en Grèce, en Afrique, en Inde et en Chine. Son érudition économique et philosophique, ses expériences africaines et européennes nous conduisent à renouer, au-delà de ce « principe de précaution » inventé par les Grecs, avec la véritable démocratie.

justice sans limite

15/04/2003

En donnant à sa riposte aux attentats du 11 septembre le nom de code Enduring Justice (« Justice sans limites »), le gouvernement américain a mis le doigt, à son insu, sur l’un des problèmes fondamentaux de ce nouveau siècle : que signifie faire justice dans une économie mondialisée ?
Aujourd’hui, l’échange social tend à être totalement absorbé par le trafic marchand. Le système économique, avec le renfort de la violence symbolique, a réussi à établir une fantastique domination imaginaire. Normalement, il n’aurait pas dû tenir face aux injustices criantes du monde, dont nombre de rapports statistiques annuels nous donnent la mesure. Et pourtant, contrairement aux prévisions de Marx, de Lénine, de Mao Tsé-tung, la révolution mondiale n’a pas eu lieu.
La déconstruction du discours économique permet de mettre en évidence son amoralité, voire son immoralité. Tout souci de justice a été éliminé dans le fonctionnement de la société mondiale de marché. Le travail de décolonisation des esprits passe donc d’abord par la remise en cause d’une lecture exclusivement économique du monde. Après quoi il devient possible d’esquisser les traits de ce que pourrait être une société plus juste. C’est une gageure, mais c’est ce qu’exige la situation.

Serge Latouche, professeur émérite à l’université Paris-Sud (Orsay), est spécialiste des rapports culturels Nord/Sud et de l’épistémologie des sciences sociales. Il a notamment publié L’Autre Afrique (Albin Michel, 1998), et La Déraison de la raison économique (Albin Michel, 2001).

Décoloniser l’imaginaire

17/03/2011

Promettre la richesse en produisant de la pauvreté est absurde. Le modèle occidental de développement est arrivé à un stade critique. Ses effets négatifs sur la plus grande partie de l’humanité et sur l’environnement sont évidents. Il est nécessaire de le freiner, de le ralentir, voire de l’arrêter avant que des luttes, des cataclysmes ou des guerres ne se déclenchent. Partout dans le monde apparaissent les îlots d’une nouvelle pensée créative qui aspire à une vie sociale et économique plus équilibrée et plus juste. Cette critique du développement bouscule nos certitudes et remet en question la pensée et la pratique économiques de l’Occident.

Survivre au développement

13/10/2004

Social, humain, local, durable…. Le développement a récemment revêtu des « habits neufs » qui satisfont les critères des organisations internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Mais la logique économique est restée la même, et le modèle de développement conforme à l’orthodoxie néolibérale.
Or le développementisme repose sur des croyances eschatologiques en une prospérité matérielle possible pour tous — que l’on sait dommageable et insoutenable pour la planète. Il faut donc remettre en cause les notions de croissance, de pauvreté, de besoins fondamentaux, et déconstruire notre imaginaire économique, ce qui affecte l’occidentalisation et la mondialisation. Certes, il ne s’agit pas de proposer un impossible retour en arrière, mais de penser les formes d’une alternative au développement : notamment la décroissance conviviale et le localisme.

 

L’invention de l’économie

1/11/2016

La prégnance de l’économie sur la vie des hommes n’est pas plus à démontrer que leur morosité et leur souffrance. Comment s’est construit notre « imaginaire économique », notre vision économique du monde ? Pourquoi voyons-nous aujourd’hui le monde à travers les prisme de l’utilité, du travail, de la compétition, de la concurrence et de la croissance sans fins ? Nous avons inventé la valeur-travail, la valeur-argent, la valeur-compétition, et construit un monde où rien n’a plus de valeur mais où out possède un prix ? Au fil d’une passionnante mise en perspective historico-économique, Serge Latouche revient aux origines de cette économie que les premiers économistes appelaient la « science sinistre ». Servi par une brillante érudition économique et philosophique, cet ouvrage montre la manière dont s’est façonné notre obsession utilitariste et quantitative, et nous permet ainsi de porter un regard neuf sur notre monde.

Le pari de la décroissance

8/09/2010

Caricaturée par ses adversaires en une régression économique et sociale radicale, la décroissance se veut au contraire une perspective d’avenir pour y échapper : celle d’un refus du gaspillage des ressources naturelles, d’une prise en compte de leurs limites qui rendent d’ores et déjà impossible la généralisation à toute la planète du mode de vie occidental. Aussi exige-t-elle un changement radical de paradigme, ce que l’auteur appelle une société de décroissance.
Une telle société donnerait un autre sens à la production et à la consommation, réorientant les arbitrages politiques, relocalisant l’économie, limitant les échanges dispendieux mais stimulant la convivialité. Cet appel à la décroissance, qui rencontre de nombreux échos depuis que la crise planétaire a éclaté et que les menaces sur l’environnement se précisent, est aussi un appel à l’imagination.

Petit traité de décroissance sereine

24/10/2017

 » La décroissance n’est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler d' »a-croissance », comme on parle d’athéisme. C’est d’ailleurs très précisément de l’abandon d’une foi ou d’une religion (celle de l’économie, du progrès et du développement) qu’il s’agit.
S’il est admis que la poursuite indéfinie de la croissance est incompatible avec une planète finie, les conséquences (produire moins et consommer moins) sont encore loin d’être acceptées. Mais si nous ne changeons pas de trajectoire, la catastrophe écologique et humaine nous guette. Il est encore temps d’imaginer, sereinement, un système reposant sur une autre logique : une « société de décroissance ».  » S.L.
Serge Latouche est professeur émérite d’économie à l’université de Paris-Sud XI (Orsay). Cet  » objecteur de croissance  » poursuit l’analyse qu’il a donnée dans Survivre au développement (Mille et une nuits, 2004) puis dans Le Pari de la décroissance (Fayard, 2006).

Sortir de la société de consommation

Serge Latouche, professeur émérite d’économie, est le penseur le plus connu de la décroissance. Il est l’auteur de nombreux livres dont « Le Pari de la décroissance », « Petit Manuel pour une décroissance sereine »… Dans ce livre, il explore les conditions de la construction d’une civilisation de sobriété choisie. Bref une alternative vitale à une société de consommation – et à son attribut principiel, le productivisme – vouée à l’impasse.

De la convivialité

20 janvier 2011

Décroissance, recherche de nouveaux indicateurs, de richesse, anti-utilitarisme et paradigme du don, plaidoyer pour la sobriété volontaire etc., tous ces nouveaux courants coninuent de penser un vivre-ensemble encore possible.

Tout le monde sent bien, sait bien que nos sociétés ne pourront pas continuer longtemps sur leur lancée actuelle, en ravageant toujours plus la nature, en laissant exploser les inégalités, en lâchant la bride à une finance folle qui dévaste et corrompt tout. Mais quelle alternative imaginer ? Les idéologies politiques héritées ne semblent plus être à la hauteur des défis de l’époque. C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner ce qui est susceptible de réunir certains des courants de pensée les plus novateurs de ces dernières années : décroissance, recherche de nouveaux indicateurs de richesse, anti-utilitarisme et paradigme du don, plaidoyer pour la sobriété volontaire, etc.
Confrontant ici leurs points de vue, en cherchant davantage ce qu’ils ont en commun que ce qui les oppose, certains des animateurs les plus connus de ces courants constatent que l’essentiel, dans le sillage de certaines analyses d’Ivan Illich, est de jeter les bases d’une société conviviale : une société où l’on où l’on puisse vivre ensemble et  » s’opposer sans se massacrer  » (Marcel Mauss), même avec une croissance économique faible ou nulle.

La décroissance

6 février 2019

Le terme « décroissance » est récent dans le débat économique actuel, même si l’idée a une histoire plus ancienne. Mais que désigne-t-il au juste ? Une inversion de la courbe de croissance du produit intérieur brut (PIB), indice statistique censé mesurer la richesse ? Ou la fin de l’idéologie de la croissance, c’est-à-dire du productivisme ? Si la croissance est une croyance en un progrès infini – pourtant chaque jour démenti par les ressources nécessairement limitées de la planète -, alors la décroissance est un gros mot, voire un blasphème. C’est pourtant cette idée qui permettrait de réenchanter le monde, non pas en substituant à la religion de la croissance une religion inverse, mais en retrouvant la dimension spirituelle, quoique laïque, de l’homme, lequel n’est pas qu’un homo œconomicus. David Henry Thoreau, le précurseur de la décroissance, disait que « serait un poète celui qui pourrait enrôler vents et rivières à son service, afin qu’ils parlent pour lui ». La décroissance, c’est cet art de vivre, un art de vivre bien, en accord avec le monde, un art de vivre avec art.

Comment réenchanter le monde : la décroissance et le sacré

27 mars 2019

La décroissance entend nous libérer de l’aliénation de l’idolâtrie de la croissance et du marché. Désacraliser la croissance consiste à dévoiler la manière dont a été bricolée sa sacralisation : l’hypostase de l’argent, la théologisation de l’économie, et la création des idoles du progrès, de la science et de la technique. Le projet d’une société alternative soutenable et conviviale, porté par la décroissance, vise à sortir du cauchemar du productivisme et du consumérisme, mais aussi à réenchanter le monde. Il contient donc une dimension éthique et même spirituelle essentielle. Cela en fait-il pour autant une nouvelle religion ?

L’Age des limites

7/11/2012

Au début des années 1930, lorsque Paul Valéry écrit l’une de ses plus fameuses phrases, « Le temps du monde fini commence », il constate que le temps de l’aventure, des découvertes des nouveaux continents et de leur conquête est terminé. Aujourd’hui, son expression « monde fini » nous renvoie à l’épuisement du monde, tout d’abord de son sol et de ses richesses minières et pétrolifères, à la pollution des eaux, de l’océan, de l’air… L’exploitation totale de notre biosphère ne peut plus être que l’annonce de la fin du monde. Si nous voulons éviter la catastrophe, il convient de rompre avec le projet de développement illimité que porte l’Occident et d’entrer dans une nouvelle ère : l’Âge des limites. Serge Latouche montre comment le processus qui conduit à toujours repousser les limites se manifeste dans tous les domaines (non seulement économique et écologique, mais aussi politique et moral). Serge Latouche, Professeur émérite d’économie à l’Université d’Orsay, objecteur de croissance, est notamment l’auteur du Pari de la décroissance (Fayard) et de Pour une société d’abondance frugale (Mille et une nuits).

Ellul contre le totalitarisme technicien

16 mars 2013

Jacques Ellul a, dès l’origine, été perçu par le mouvement de la décroissance comme l’un de ses principaux précurseurs. Sa critique de la démesure technicienne et son analyse du « totalitarisme technicien », comptent parmi les pièces maîtresses du projet, en l’alimentant aussi bien sur le plan théorique que sur celui des propositions concrètes.
Jacques Ellul a dénoncé en maints endroits et avec la plus grande fermeté la démesure de la société occidentale, la croissance et le développement. Il a montré que la société économique de croissance ne réaliserait pas l’objectif de bonheur proclamé de la modernité, et que les évolutions de la technique étaient incompatibles avec les rythmes de l’homme et l’avenir du monde naturel.

Cette relecture par Serge Latouche de la pensée de Jacques Ellul, rappelle aussi que la virulence de la critique sociale du maître bordelais s’accompagnait toutefois d’une conception minimale de l’action politique, définie comme dissidence individuelle. Lire Ellul à l’ère de l’anthropocène, c’est aussi rappeler, avec les objecteurs de croissance, que les temps sont désormais aux métamorphoses radicales.

Jean Baudrillard ou la subversion par l’ironie

16/02/2016

 

Jean Baudrillard ou la subversion par l’ironie On ne peut pas dénoncer « la société de consommation » sans se référer aux analyses de Jean Baudrillard (1929-2007). Le démontage de la publicité et la mise en lumière de son omniprésence manipulatrice sont au coeur de son premier grand livre. La décroissance, qui implique de s’extraire de la religion de la croissance et de l’économie, trouve aussi, dans un autre de ses livres majeurs, L économie politique du signe, les arguments pour déconstruire la prétention de l’économie à dire le réel. Baudrillard résiste pourtant à l’appropriation pure et simple dans une perspective de transformation sociale. Car si sa critique du système touche juste, les conclusions qu’il en tire sont si radicales qu’elles tendent à neutraliser l’action. L’entretien totalement inédit que nous publions à la suite de l’analyse détaillée de Serge Latouche éclaire ainsi la singularité et la dualité de cette figure, dont l’oeuvre toute entière tourne finalement autour du désenchantement mélancolique de la modernité, entre révolte rentrée et subversion ironique. 15 pages d entretien inédit avec Jean Baudrillard

Remember Baudrillard

30 janvier 2019

Jean Baudrillard (1929-2007) appartient à la génération de la French Theory, à cheval entre post-marxisme et postmodernité. À la différence de ses contemporains philosophes et sociologues, il eut une trajectoire non conformiste. Il a traversé de manière flamboyante la sociologie, la linguistique, la sémiologie, la psychanalyse, l’anthropologie, et la philosophie, avec une agilité conceptuelle qui en déconcerta plus d’un. Dont Serge Latouche, qui le fréquenta jusqu’en 1976, avant que leurs routes ne se séparent. Il y a un mystère Baudrillard, du moins une fascination pour sa pensée et son écriture qui ne se laissent enfermer dans aucun système.
Oublier Baudrillard  ? Cela pourrait être une tentation pour se conformer à son injonction, mais ce serait céder à tous les bien-pensants et esprits académiques qui ne pouvaient accepter sa liberté de critiquer.
Se rappeler Baudrillard aujourd’hui, c’est exhorter à l’extrême lucidité, celle à laquelle l’auteur des Cool Memories s’est exercé toute sa vie durant. Une lucidité qui lui fit  annoncer et analyser, dès les années 1970, le monde dans lequel nous vivons  : terrorisme, hyperconsumérisme, artificialisation générale et triomphe du virtuel, simulacres, jeux médiatiques, immondialisation…

Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’Université d’Orsay, objecteur de croissance, est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, Le Pari de la décroissance (Fayard), Pour une société d’abondance frugale et Petit traité de décroissance sereine (Mille et une nuits).

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