L’effondrement de notre civilisation

Le rapport a été commandé à des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1970, communiqué lors d’un colloque en 1971 avant d’être publié en 1972. Il est fondé sur un modèle informatiquement simulé.

 

sur le site de Jean-Marc Jancovici

L’année 1968 est fréquemment associée, du moins pour nous Français, à un joyeux remue-ménage étudiant et ouvrier, qui est censé avoir marqué d’une pierre blanche un tournant décisif dans notre manière de voir le monde. Incidemment, avec 30 ans de recul, on peut en douter : bon nombre de ceux qui criaient le plus fort à l’époque contre la société de consommation et le respect de l’ordre établi en sont devenus d’ardents protagonistes depuis !

Mais il est aussi possible d’associer cette année là à la création d’un organisme qui fera beaucoup parler de lui quelques années plus tard, même si sa naissance n’a pas fait tant de bruit : le Club de Rome. Au moment de sa création, il regroupait une poignée d’hommes, occupant des postes relativement importants dans leurs pays respectifs (un recteur d’université allemande, un directeur de l’OCDE, un vice-président d’Olivetti, un conseiller du gouvernement japonais…), et qui souhaitaient que la recherche s’empare du problème de l’évolution du monde pris dans sa globalité pour tenter de cerner les limites de la croissance.

Ce n’est toutefois pas en 1968 que paraît le fameux « rapport », mais quelques années plus tard, en 1972, et ce ne sont pas les membres du Club de Rome qui l’ont rédigé, mais une équipe de chercheurs du Massachussetts Institute of Technology (ou MIT) qui fut constituée pour l’occasion, suite à la demande du Club de Rome. Il serait donc plus juste d’appeler le document couramment désigné sous le nom de « Rapport du Club de Rome » par son vrai nom : le rapport Meadows & al. (le nom du directeur de l’équipe de recherche était Dennis Meadows), qui se compose d’un document de synthèse, présentant les principaux résultats du travail qui fut effectué, dont je tente de faire un commentaire de lecture plus bas, et d’annexes diverses.

1973

sur biosphère

Ivan Illich (1926-2002) est un précurseur incontournable de l’écologie politique et une figure importante de la critique de la société industrielle. De passage à Paris pour promouvoir son livre La convivialité, Ivan Illich avait refusé de parler à la télé. Mais il avait accordé un entretien à la Gueule ouverte (numéro 9, juillet 1973).Ceci peut faire une bonne introduction …

« Le discours télévisé est inévitablement démagogique. Un homme parle sur le petit écran, des millions d’hommes et de femmes l’écoutent. Dans le meilleur des cas, la réaction maximum du public ne peut être que bip bip je suis d’accord ou bip bip je ne suis pas d’accord. Aucun véritable échange n’est possible, mais je suis heureux de soumettre mon travail à la critique des lecteurs de La gueule ouverte, tous profondément préoccupés de ne se laisser enfermer dans aucun carcan idéologique. 

 Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied. 

Une société peut devenir si complexe que ses techniciens doivent passer plus de temps à étudier et se recycler qu’à exercer leur métier. J’appelle cela la surprogrammation. Enfin, plus on veut produire efficacement, plus il est nécessaire d’administrer de grands ensembles dans lesquels de moins en moins de personnes ont la possibilité de s’exprimer, de décider de la route à suivre. J’appelle cela polarisation par l’outil. Ainsi chaque outil, au-delà du seuil de tolérabilité, détruit le milieu physique par les pollutions, le milieu social par le monopole radical, le milieu psychologique par la surprogrammation et la polarisation par l’outil. Aujourd’hui l’homme est constamment modifié par son milieu alors qu’il devrait agir sur lui. L’outil industriel lui dénie ce pouvoir. A chacun de découvrir la puissance du renoncement, le véritable sens de la non-violence. »

 

14 septembre 2005

Yves Cochet a été ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement dans le gouvernement Jospin. Docteur en mathématiques et militant de l’écologie politique depuis trente ans, il est aujourd’hui député Vert de Paris. Il a publié, chez Fayard, Sauver la Terre, avec Agnès Sinaï (2003) et Pétrole apocalypse (2005). 

un commentaire de lecture :

Pour Yves Cochet, l’effondrement va arriver, il ne s’agit pas pour lui de dire qu’il n’y aura (dans un premier temps) plus de pétrole, mais moins, et que cela suffira pour secouer très fortement (au mieux) voire provoquer l’effondrement total de notre civilisation (il penche plutôt vers cet avis. L’étude de cas de Cuba, cité dans le livre, montre un exemple ou une société, face à une brutale effondrement de la quantité de pétrole reçue (chute de l’URSS) + embargo américain, a su s’adapter –> c’est possible. La démonstration de la nécessité du pétrole pour l’agriculture actuelle, très consommatrice, est très convaincante. L’écriture est claire, rigoureuse, anticapitaliste (pas d’ambiguïté là-dessus), mais comme d’autres, l’auteur cite des auteurs comme Adam Smith, sans visiblement l’avoir lu au moment de la rédaction de son livre, alors que celui-ci insistait justement sur la notion de bienveillance. Rigoureux donc sur la partie factuelle du livre (pénurie de pétrole, pic d’Hubbert…), discutable sur la partie idéologique.

9 avril 2015

de Pablo Servigne  (Auteur), Raphael Stevens (Auteur), Yves Cochet (Préface)

Pablo Servigne est ingénieur agronome de Gembloux Agro-Bio Tech(Belgique) et docteur en sciences de l’université libre de Bruxelles (ULB).

En 2008, il quitte le monde universitaire pour se consacrer au mouvement de la transition écologique et s’intéresse à l’agriculture urbaine, la permaculture et l’agroécologie. Entre 2010 et 2014, Pablo Servigne travaille à l’association d’éducation populaire  Barricade à Liège.

Depuis 2010, il écrit pour deux journaux belges Imagine demain le monde (écologie) et Kairos (antiproductivisme).

Il a participé aux réflexions du GIRAF (Groupe interdisciplinaire de recherche en agroécologie du Fonds de la recherche scientifique). Depuis 2013, il est membre de l’Institut Momentum (Paris)6 et de 2015 à 2018, de l’association Adrastia.

Aujourd’hui indépendant, il écrit des articles et des livres et donne des conférences et des formations

Raphaël Stevens est chercheur indépendant spécialisé dans les études prospectives, les sciences de la complexité et la modélisation qualitative. Il est co-fondateur de Greenloop, agence-conseil spécialisée en biomimétisme, et de l’ONG Biomimicry Europa.

  Yves Cochet  est un homme politique et mathématicien français. Il devient enseignant-chercheur à l’Institut national des sciences appliquées de Rennes (INSA de Rennes) en 1969.

Membre des Verts puis d’Europe Écologie Les Verts, il est député du Val-d’Oise de 1997 à 2002, puis de la 11e circonscription de Paris de  à . Il est président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale durant ce dernier mandat. Il est député européen de 2011 à 2014.

Il a été ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement de  à , dans le gouvernement Jospin.

Il est président de l’Institut Momentum

Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d’auteurs, de scientifiques et d’institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu’elle s’est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d’éviter un tel scénario ?

Dans ce livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d’un possible effondrement et proposent un tour d’horizon interdisciplinaire de ce sujet – fort inconfortable – qu’ils nomment la « collapsologie ». En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d’entre nous, ce livre redonne de l’intelligibilité aux phénomènes de « crises » que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre…

Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et des mécanismes de l’entraide, il est l’auteur de Nourrir l’Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014).

Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socioécologiques, il est cofondateur du bureau de consultance Greenloop.

 

NEXT : Web-séries documentaires de Clément Montfort

pour faire un don sur Tepee

Pablo Servigne : l’effondrement qui vient 
Je vous encourage à regarder NEXT- Cyril DION

RACONTER L’EFFONDREMENT DE NOTRE CIVILISATION- (ANTHONY BRAULT, CONF. GESTICULEE) –

 

PABLO SERVIGNE ET LES COLLAPSOLOGUES – S01 E03 – (RAPHAEL STEVENS, ANTHONY BRAULT) – [ NEXT ]

BERCY INVITE LES COLLAPSOLOGUES (P.SERVIGNE, R.STEVENS) – S01 E04 – EFFONDREMENT – [ NEXT ]

L’EFFONDREMENT DE NOTRE CIVILISATION, PAR YVES COCHET, MINISTRE ET COLLAPSOLOGUE – S01 E05 – [ NEXT]

DIDIER SUPER & LE DENI ECOLOGIQUE – S01 E06 – [ NEXT ]

PABLO SERVIGNE : UNE RESILIENCE INTERIEURE #ECOPSYCHOLOGIE – S01 E07 – [ NEXT ]

EFFONDREMENT : UNE LECTURE QUI DERANGE – S01 E08 – (Corentin, Michel, Sunny, Une Anonyme) – [ NEXT ]

DU GIEC A L’ECO-PSYCHOLOGIE: UN COUPLE HORS NORME – S01 E09 (J.P.VAN YPERSELE – M.CAPRON) – [ NEXT ]

« L’EFFONDREMENT EST DEJA LA » CYRIL DION – S01 E10 [ NEXT ]

EFFONDREMENT AU SOMMET DE l’ETAT ? ÉCLAIREZ-NOUS MR LE PRÉSIDENT …S01 E11 – [ NEXT ]

UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EN PLEIN DELIRE – TEASER – SAISON 2 – [ NEXT ]

EFFONDREMENT : L’ELOGE DE LA FUITE (Zoé, Olivier, Carmen) – S02 E01 – [ NEXT ]

DECROISSANCE : ANTIDOTE A L’EFFONDREMENT ? S02 E02 – (Agnès Sinaï) [ NEXT ]

VIVRE L’EFFONDREMENT EN COLLECTIF ? FERME LEGERE – S02 E03 – [ NEXT ]

Effondrement : seul scénario réaliste ? Par Arthur Keller – S02 E04 – [NEXT]

 

Au coeur d’Extinction Rebellion (Partie 1/2) S02 E05 [ NEXT ]

Partie 2/2) Au coeur d’Extinction Rebellion S02 E06 [ NEXT ] Blocage de Châtelet

COLLAPSOS : LES NOUVEAUX PERMACULTEURS ? O. Gruié [ NEXT ] S02E07

 

PERMAFROST – LA BOMBE CLIMATIQUE & L’HYPOTHESE ZIMOV – S02 E09 – [ NEXT ]

critique de la collapsologie :

la collapsologie ou l’écologie mutilée

par Renaud Garcia , anarchiste, professeur de philosophie

(intervention durant les rencontres d’été 2020 de l’association Crise &  Critique)

critique de la collapsologie (Recueil d’articles et de textes trouvés sur Internet et réalisé, mis en page par Bertrand Louart