Le monothéisme du marché : une religion qui n’ose pas dire son nom

 

Roger Garaudy

extraits du Chap 2 -LE MONOTHÉISME DU MARCHÉ

Etats-Unis avant garde décadence

 

De l’une à l’autre forme de marché il y a une première différence:
l’existence d’un intermédiaire, la monnaie, servant, à l’origine, d’instrument de mesure pour ramener à un dénominateur commun les produits de travaux différents en qualité et en quantité. Mais ce marché demeure un moyen de communication et d’échange. Les fins dernières de la vie se définissent en dehors de lui, établies par des hiérarchies sociales, des morales implicites ou explicites, des religions qui n’ont en lui ni leur origine ni leur fondement.

Le marché ne se transforme en une religion que lorsqu’il devient le seul régulateur des relations sociales, personnelles ou nationales, seule source du pouvoir et des hiérarchies.

Nous nous contenterons de dégager les conséquences, économiques, politiques, spirituelles, de la phase ultime de ce cycle, et d’esquisser quelques pistes pour nous libérer de ce réductionnisme et de cette entropie humaine en laquelle certains théoriciens américains du Pentagone et leurs disciples à travers le monde voient, selon le titre du livre de Fukuyama, La fin de l’histoire.

Alors qu’il s’agirait, si cette dérive arrivait à son terme, d’une fin de l‘homme en ce qui le caractérise : la transcendance du projet, contre l’abandon à des déterminismes économiques tenus pour lois naturelles…

Ce qui caractérise en effet ce monothéisme du marché, ce « libéralisme» totalitaire, c’est le mépris de la liberté de l’homme, le mutilant ainsi de sa dimension spécifique : n’être pas une résultante

des lois de la nature, mais au contraire être capable de former des projets qui ne soient pas le simple prolongement du passé, de ses instincts animaux, de son intérêt individuel.

Il nous est possible aujourd’hui de retracer la trajectoire du modèle occidental de croissance depuis la mortelle erreur d’aiguillage de la prétendue Renaissance, c’est-à-dire de la naissance de la civilisation du quantitatif et de la raison instrumentale, la raison cartésienne, religion des moyens, mutilée de la dimension première de la raison : la réflexion sur les fins dernières de la vie et de son sens…

Telle est en effet la fin dernière du  « monothéisme du marché » nous « branchant » sur la plus fausse vie, depuis le film américain commençant par la chasse à l’Indien, avec les westerns, ou la jungle de l’argent, avec « Dallas », en passant par toutes les formes de la violence et de l’inhumain, de « Batman » à « Terminator », jusqu’à la parabole de notre régression vers le monde des « dinosaures ».

Nous ne retiendrons que ce qui constitue aujourd’hui les deux assises les plus solides pour l’expansion du marché : la drogue et l‘armement.

Autre corollaire d u « monothéisme du marché » : la corruption.

Alain Cotta définit la logique du système :

« La montée de la corruption est indissociable de la poussée des activités

financières et médiatiques. Lorsque l’information permet, à l’occasion

d’opérations financières de tous genres – en particulier celles de fusions,

d’acquisitions et d’OPA – de bâtir en quelques minutes une fortune impossible à constituer, fût-ce au prix du travail intense de toute une vie, la tentation de l ‘ acheter et de la vendre devient irrésistible. » Alain Cotta : « Le capitalisme dans tous ses États » (Ed. FAYARD. 1991.)

L’auteur ajoute : « l’économie marchande ne saurait qu’être favorisée

par le développement de cet authentique marché… La corruption joue en

somme un rôle analogue au plan».

L’on ne saurait mieux dire : dans u n système où tout s’achète et

se vend, non seulement la corruption, mais la prostitution, ont cessé

d’être des déviances individuelles pour devenir des lois structurelles

d u système…

La « spéculation » a un sens précis qu’enregistre le dictionnaire

« ROBERT » dans cette définition : « Spéculation : opération financière

qui consiste à profiter des fluctuations du marché (cours des valeurs et des

marchandises) pour réaliser un bénéfice. »

Maurice Allais (prix Nobel d’économie), se fondant sur les données

de la « Banque des règlements internationaux » note que : « les

flux financiers s’élèvent en moyenne à onze cents milliards de dollars par

jour, soit quarante fois le montant des flux financiers correspondant à des

règlements commerciaux. Un tel système est indéfendable. » Maurice

Allais : « L’Occident au bord du désastre ». Interview à « Libération » d u 2 août 1993. Et son livre : « Erreurs et impasses de la construction européenne » (Ed. Juglar, 1992).

Cela signifie que, dans le système actuel de « monothéisme du marché », l’on gagne 40 fois plus à spéculer sur les matières premières, les devises ou ce que les économistes appellent « les produits dérivés », c’est-à-dire tout ce qui ne porte pas sur le règlement au comptant des produits ou des services, qu’à travailler dans la production ou les services.

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