Les pesticides interdits pour mettre fin au massacre des abeilles

Presseurop

En réponse aux inquiétudes sur le déclin des populations d’abeilles, la Commission européenne a voté, le 29 avril, en faveur d’une suspension, pour une durée de deux ans, de pesticides considérés comme nocifs pour les insectes.


Quinze des vingt-sept Etats membres ont donné à la Commission le soutien dont elle avait besoin pour interdire l’usage de trois produits chimiques, des “néonicotinoïdes”, sur les cultures attractives pour les abeilles.

Le quotidien britannique The Independent, qui faisait pression pour bannir ces pesticides,écrit que le Royaume-Uni s’est prononcé contre cette suspension, en raison du manque de preuves scientifiques.

Or le journal rappelle que “plus de trente études scientifiques distinctes ont trouvé un lien entre les néonicotinoïdes […] et la baisse du nombre d’abeilles”, et que la proposition d’interdiction “était basée sur une étude conduite par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui a conclu en janvier que les pesticides constituaient bien un risque pour la santé des abeilles”.

Le quotidien reconnaît que la communauté scientifique est divisée sur cette interdiction. Le Professeur Lin Field,  à la tête du département de biochimie et de protection des cultures de l’Institut de recherche Rothamsted, craint que la décision soit le résultat d’un “lobbying politique” et qu’elle ne conduise les gouvernements à négliger d’autres facteurs. Dr Lynn Dicks, chercheur à l’Université de Cambridge, a quant à lui déclaré que le vote était “une victoire du principe de précaution, qui est supposé sous-tendre la réglementation environnementale”.

Le Daily Telegraph rapporte que certains observateurs agricoles sont inquiets des conséquences non intentionnelles de l’interdiction : ils craignent notamment que des agriculteurs utilisent des pesticides plus anciens, qui sont encore plus dommageables pour les cultures et d’autres espèces.

Cependant, dans un éditorial, The Times défend l’interdiction. Il écrit que cela va ouvrir la voie à une meilleure compréhension de ce qui arrive aux abeilles :

Le moratoire devrait permettre d’évaluer si les colonies d’abeilles se rétablissent en l’absence de néonicotinoïdes. C’est également une opportunité pour une étude compréhensive d’autres causes de cette diminution du nombre d’abeilles, et pour créer une stratégie infaillible pour les faire renaître.

 

Voir complément d’information sur article du Monde

 

 

 

 

 

 

 


Le déclin des abeilles accéléré par les pesticides

 

vu dans http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/29

Plus la recherche scientifique avance, moins il devient possible de contester la nocivité des pesticides sur l’environnement. Pour son rôle d’éclaireuse en territoire de plus en plus miné, l’abeille a déjà fait l’objet de nombreux travaux.

Elle a droit cette fois à deux études publiées dans la revue Science du 29 mars, inédites par la technologie retenue et parce qu’elles ont l’une et l’autre opté pour des conditions réalistes plutôt que pour des expériences de laboratoire.

Toutes deux soulignent l’impact des néonicotinoïdes – la famille d’insecticides la plus répandue dans le monde – sur les pollinisateurs. Diffusés à travers le nectar et le pollen des fleurs cultivées comme le maïs et le colza, ces produits chimiques agissent sur le système nerveux central des insectes.

L’équipe française a placé avec de la colle à dent une minuscule puce de radio-identification (RFID) sur le thorax de 653 abeilles mellifères. Les chercheurs voulaient vérifier si, comme certains apiculteurs en avaient formulé l’hypothèse, leur sens de l’orientation pouvait être perturbé par l’un de ces pesticides, en l’occurrence le thiaméthoxam, que l’on trouve dans plusieurs produits : Cruiser, Flagship, Illium, Axoris.

Après avoir observé les sorties et les retours de leurs petites protégées individuellement grâce à un lecteur électronique, ils ont constaté que 10 % à 31 % de celles qui étaient intoxiquées se montraient incapables de rejoindre leur ruche. La perte de repères joue effectivement un rôle significatif dans le syndrome d’effondrement des colonies, même lorsque les butineuses n’ont absorbé que de faibles doses de ces pesticides. Loin de leur ruche, elles meurent trois fois plus que le taux normal.

 

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