Le Prix mondial de l’alimentation à Monsanto, Syngenta & Co : une lamentable farce

 

pour lire la suite de cet article de Matthieu Ricard : billet publié le 4 novembre

Le 17 octobre, le « World Food Prize », présenté abusivement comme un « Prix Nobel de l’alimentation » a été remis au vice-président de Monsanto, ainsi qu’à une membre fondatrice du groupe Syngenta et à Marc Van Montagu, scientifique belge qui fait partie d’un puissant lobby européen pro-OGM (European Federation of Biotechnology).(cf liste des membres )

Signalons tout d’abord les flagrants conflits d’intérêts puisque Monsanto et Syngenta comptent parmi ceux qui financent ce Prix mondial de l’alimentation. C’est un peu comme si des fabricants d’armes finançaient le Prix Nobel de la paix.

Monsanto, en particulier, a incarné l’égoïsme institutionnalisé pendant près d’un siècle. Surtout connue comme le leader mondial des OGM, cette entreprise, implantée dans 47 pays, est l’un des principaux responsables de l’extension massive des monocultures. Elle exerce un contrôle draconien sur les fermiers à qui elle vend des semences, ces derniers n’étant pas autorisés à les réutiliser d’une année sur l’autre.

Ce que l’on sait moins, c’est que, depuis sa création en 1901, la firme a été l’un des plus grands producteurs de produits toxiques, y compris les PCB (commercialisés sous le nom de « Pyralène?» en France), qui ont contaminé la planète entière, de l’Arctique à l’Antarctique, et le tristement célèbre agent orange utilisé durant la guerre du Vietnam. Des milliers de personnes sont mortes à cause de ces produits qui contenaient notamment des dioxines. Pendant des dizaines d’années, Monsanto a dissimulé, puis nié les effets nuisibles de ces produits sur la santé, jusqu’à ce qu’une série de procès dévoile ses malversations criminelles. Monsanto se présente aujourd’hui comme une entreprise des « sciences de la vie?», soudain convertie aux vertus du développement durable.

OGM : Les super mauvaises herbes contre-attaquent

 

Vu sur Médiapart

Alors qu’en France, le débat sur les OGM s’intensifie après la décision du Conseil d’État de suspendre l’interdiction de cultiver le maïs transgénique de Monsanto, puis celle de François Hollande de prolonger le moratoire sur ces semences, aux États-Unis, un rapport vient apporter de l’eau au moulin des anti-OG

Publié en juillet par Food and Water Watch – l’organisation de lutte pour la protection de l’eau et de la nourriture –, le rapport Superweeds, how biotech crops bolster the pesticide industry (« Les super mauvaises herbes, ou comment les cultures biotechnologiques renforcent l’industrie des pesticides », à lire ici) dévoile l’une des conséquences de l’agriculture aux OGM : le recours à des quantités de plus en plus massives de pesticides nocifs pour la santé et l’écosystème.

Quelques années seulement après la mise sur le marché des semences de Monsanto Roundup Ready, génétiquement modifiées pour être résistantes à un pesticide, le Roundup (également vendu par Monsanto),« les mauvaises herbes ont développé une résistance au glyphosate (le principal composant du Roundup Ready) et les agriculteurs se sont mis à appliquer de plus en plus d’herbicides : la consommation totale d’herbicides a augmenté de 26 % entre 2001 et 2010 », y lit-on.

L'augmentation du volume d'herbicide.L’augmentation du volume d’herbicide.© Food and Water Watch

Cela se traduit d’abord par une augmentation de la dose de Roundup utilisée. « Le volume de glyphosate appliqué aux trois grandes cultures OGM, maïs, coton, soja, a été multiplié par dix entre 96 et 2012 », indique le rapport. « Les fermiers ont commencé par augmenter les doses de Roundup, puis ils sont passés d’une à deux applications par an », précise Chuck Benbrook, agronome à l’université de l’État de Washington, l’un des premiers chercheurs américains à avoir démontré l’augmentation de l’utilisation de pesticides, en 2004. « Les mauvaises herbes sont devenues folles ! À partir de 2005, ils ont commencé à ajouter d’autres pesticides… », poursuit-il.

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La situation est de plus en plus préoccupante. Quand des mauvaises herbes résistantes étaient recensées dans cinq États américains en 2005, on en compte dans une douzaine d’États en 2012, indique Food and Water Watch. Et cette évolution met les spécialistes d’autant plus en colère qu’elle était parfaitement prévisible, comme le rappelle l’agronome Chuck Benbrook.

 

 

 

 

Gilles-Eric Séralini : « Le réseau mafieux des OGM »

 

Vu dans la Provence

Vous évoquez une véritable stratégie pour vous « abattre » organisée par Monsanto. N’est-ce pas aller loin dans la thèse du complot ?
G-E S. : Attention, ne vous trompez pas. Il ne s’agit pas de moi. Je ne crains pas pour ma réputation. Il s’agit de défendre des intérêts industriels énormes et la violence terrible des attaques est à la mesure de ces intérêts. Moi je mets en avant, avec mes collègues, des dangers majeurs de santé publique. Dans ce contexte, j’ai l’habitude des controverses mais j’attaque systématiquement quand je suis diffamé comme lorsque Claude Allègre parle de « travail falsifié » à propos de mon étude.

Les méthodes utilisées contre mes recherches sont bien au-delà du simple débat scientifique. J’ai mis au jour un véritable réseau mafieux. Par exemple, un chercheur ex-salarié de Monsanto, Richard E . Goodman, d’éditeur associé, est devenu responsable des articles sur les biotechnologies et les OGM dans la revueFood and Chemical Toxicology, qui a publié mon étude en septembre 2012. Il a donc la haute main désormais sur ce que peut « sortir » la revue.

Cela va encore plus loin. Mes données biographiques sur Wikipédia sont systématiquement « révisées » avec des éléments pour me dénigrer par un autre lobbyiste lié à l’industrie biotechnologique. Autour de Monsanto, du secteur lié à la firme, gravite des chercheurs, des experts écoutés qui ont participé à l’offensive pour défendre les OGM et nous attaquer.

Vous allez plus loin en dénonçant les collusions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa)…
G-E S. : Oui, l’Efsa, qui a invalidé mes résultats, comporte dans son organigramme nombre des scientifiques qui ont travaillé pour Monsanto, ses satellites, son agence de biotechnologie Ilsi. Et son ancienne présidente, Diana Banati, vient d’ailleurs de démissionner pour prendre des responsabilités au sein de l’Ilsi. L’indépendance de cette structure, la validité de ses avis sur les produits est, elle aussi, faussée.

Vos adversaires vous reprochent de ne pas avoir la modération d’un scientifique, de vouloir promouvoir vos recherches…
G-E S. : J’ai respecté totalement la règle. Mon étude sur les tumeurs provoquées par les OGM et le Roundup a été acceptée par la revue scientifique avant que le livre, qui rend accessible les recherches et le film qui s’en inspire, ne sortent. Jamais une recherche avec de tels enjeux pour la population, pour nos enfants, n’avait bénéficié d’autant de crédits. C’était une nécessité citoyenne d’en restituer la teneur au grand public. Le rôle du chercheur est de dire ce qu’il trouve. C’est mon seul militantisme. Je ne défends pas de cause politique ni de groupe. Tout ce qui se dit en ce sens est une manière de détourner le grand public du vrai débat.

Après votre première étude, vous venez de dénoncer des faits encore plus graves dans une recherche sur la « face cachée des pesticides ». Pouvez-vous détailler cela ?
G-E S. : Eh bien, avec Robin Mesnage, avec qui je travaille à Caen, nous avons constaté que le composé le plus toxique des pesticides de type Roundup n’est pas le glyphosate, la substance couramment évaluée dans l’eau du robinet, mais le POE-15. Or, cet adjuvant est classé par Monsanto inerte et secret. Ses effets n’étaient jusque-là, de ce fait, jamais étudiés. Nous avons acheté des pesticides dans le commerce, nous avons pu identifier les composants, dont ce fameux POE-15. Pour en connaître les effets, nous avons pu mener des recherches sur des lignées de cellules humaines conservées en laboratoire puis les confirmer sur des cellules de placenta et de cordon ombilical. Elles montrent une toxicité 10 000 fois supérieure à celle du glyphosate pour ces cellules, avec notamment la possibilité de graves dérèglements hépatiques et rénaux.

On est là, comme pour les mesures faites à partir d’un échantillon témoin « infecté » face à un processus d’évaluation totalement à revoir car il n’étudiait pas ce « poison caché ». Il y a une sous-estimation systématique, encore une fois, de données majeures pour la santé publique.

Quelle est votre solution pour une vraie transparence des évaluations en santé publique ?
G-E S. : Je plaide pour des expertises contradictoires immédiates, à la manière de ce qui se fait en justice. Les processus qui existent aujourd’hui ne garantissent pas la sécurité alimentaire. Les processus sont trop atteints par les conflits d’intérêts.

Estimez-vous aujourd’hui que les universités peuvent mener des recherches indépendantes ?
G-E S. : J’ai les plus grandes craintes sur la loi dite « LRU » sur les libertés et responsabilités des universités. Elle permet notamment de faire rentrer des industriels au conseil d’administration des universités.

Nous ne sommes pas encore au niveau des Américains mais nous sommes en train de nous vendre à l’industrie. Les jeunes chercheurs, s’ils sont aidés par les entreprises, vont ensuite les intégrer et, en gardant leur réseau au sein des labos universitaires, bâtir une sphère d’influence pour leurs boîtes.

Vous ne vous sentez pas un peu seul dans votre combat, face à la pieuvre que vous décrivez ?
G-E S. : Franchement, je ne me suis jamais senti seul. Même si, au niveau français, j’ai subi dans le microcosme des attaques instrumentalisées par Monsanto, j’ai avec moi tout un réseau de 300 chercheurs qui me soutiennent au niveau européen, au sein de l’Ensser, des scientifiques engagés pour une responsabilité sociale et environnementale. J’ai aussi de mon côté l’Union of Concerned Scientists et tous ses chercheurs en Amérique du Nord.

Je suis invité dans une trentaine de pays et soutenu par 130 associations. Ce n’est pas le combat d’un homme solitaire. Demain, je serai au Parlement européen pour expliquer aux députés les compromissions de l’Efsa. Tout un réseau se lève face aux industriels qui sont capables de tout.

OGM : la justice américaine confirme le pouvoir absolu des brevets

 

vu sur Mediapart 

La fièvre médiatique autour de l’expérience controversée du biologiste Gilles-Éric Séralini sur la toxicité du maïs OGM NK 603 de Monsanto et de l’herbicide Roundup  en septembre dernier, avait passé sous le silence les dimensions économique et juridique de la transgenèse végétale.

La Cour suprême américaine vient de rappeler à quel point les OGM posent le problème de la brevetabilité du vivant : à l’unanimité, elle confirme l’obligation de payer une redevance pour l’usage de semences OGM, même dans le cas d’une réutilisation pour créer de nouvelles graines (lire ici son avis). Elle donne ainsi raison à Monsanto qui poursuivait un cultivateur de l’Indiana, Vernon Hugh Bowman, âgé de 75 ans, déjà condamné pour avoir replanté du soja transgénique sans payer pour ce nouvel usage.« Les cultivateurs peuvent consommer ou vendre » leur récolte de soja résistant à l’herbicide Round up ready, « mais n’ont pas le droit d’en conserver une partie pour la replanter ensuite », affirme la Cour, qui précise que les semences vendues sont soumises à un brevet « qui autorise les agriculteurs à les semer pour une récolte et une seule ».

Le mariage Gates et Monsanto : attention, danger pour le planète

sur Votre santé pour lire la suite de cet article

La puissante Fondation Bill et Melinda Gates, dédiée officiellement à des projets philanthropiques, vient d’acquérir 500 000 actions de la société Monsanto. Grâce à un large réseau de connivences, c’est l’ouverture de nouveaux marchés pour le géant des semences agricoles génétiquement modifiées, et des menaces sur la sécurité alimentaire balayées par le grand vent des profits et de la spéculation.
Enquête.

Créée en 1994 par le fondateur de Microsoft, la Fondation Bill et Melinda Gates gère un capital de 33,5 milliards de dollars pour financer ses projets “philanthropiques”. Un joli pactole investi à hauteur de 23 millions de dollars dans l’achat de 500 000 actions de Monsanto, comme le révélait la Fondation en août 2010. Acquisition aussitôt dénoncée par le mouvement international Via Campesina1. Gates-Monsanto, union entre deux monopoles des plus cyniques et agressifs : 90 % de la part de marché de l’informatique pour la premier, 90 % du marché mondial des semences transgéniques et la majorité des semences commerciales du monde pour le second. Négation même du fameux principe du capitalisme de “concurrence de marché”.

Désormais, la Fondation Bill et Melinda Gates utilise son influence sur les politiques mondiales de développement agricole, et incite paysans et agriculteurs à utiliser les semences et produits agrochimiques génétiquement modifiés de Monsanto.

Si doute il y avait, il n’est plus de mise. La Fondation Gates vient de jeter clairement le masque de la “philanthropie”.

Pour mieux conforter son emprise, la Fondation Gates a engagé en 2006 une collaboration avec la Fondation Rockfeller, “fondation caritative” privée dotée elle aussi d’un statut fiscal privilégié et fervent promoteur des OGM à destination des populations pauvres.

Ces deux grands humanistes se sont donc alliés pour mettre en oeuvre l’Alliance for a green revolution in Africa (Agra)2, “Alliance pour la révolution verte en Afrique”, qui est en train d’ouvrir le continent aux semences OGM et aux produits chimiques vendus par Monsanto, DuPont et Dygenta.

mardi 15 janvier 2013 :OGM : Le Professeur Séralini contre-attaque

Agriculture mardi 15 janvier 2013
  • Le professeur Gilles-Eric Séralini.

    Jean-Yves Desfoux.

Au Parlement européen Strasbourg, ce mardi 15 janvier, le Professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen, Gilles-Eric Séralini, et ses amis du CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie Génétique), présidé par Corinne Lepage et dont G.E Séralini préside le comité scientifique, ont indiqué « qu’ils déposent solennellement auprès d’un huissier de justice, les données brutes du travail réalisé par l’équipe caennaise sur les effets du round-up, et du maïs OGM NK603 de Monsato. »

 

L’équipe du Professeur Séralini et le CRIIGEN, promettent de les rendre publiques « dès que les agences ou Monsanto auront fait de même pour les leurs, et que les gouvernements y auront consenti. Ceci permettra vraiment à l’ensemble de la communauté scientifique de disposer de toutes les données toxicologiques existantes sur ces produits industriels. » Pour le CRIIGEN, « cela permettra à l’ensemble de la communauté scientifique de disposer de toutes les données toxicologiques existantes sur ces produits industriels». Ainsi, selon Gilles-Eric Séralini, « pourra s’opérer une véritable expertise contradictoire et transparente, et non plus une pseudo-expertise biaisée par des groupes de pressions. »

 

L’EFSA rend publiques ses données

 

Hier justement, l’équipe du professeur Séralini a obtenu une avancée. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a mis en ligne toutes les données qu’elle a utilisées pour donner son avis favorable à l’autorisation de commercialisation du maïs transgénique de Monsanto NK603 dénoncée par le chercheur français Gilles-Eric Séralini.

« Grâce à ce programme, l’EFSA aidera les scientifiques issus de différents domaines d’expertise à développer la recherche […] et offrir ainsi de nouvelles perspectives précieuses pouvant être intégrées dans l’évaluation des risques », explique Catherine Geslain-Lanéelle, directrice de l’EFSA.

De son c$oté, l’équipe indique que l’éditeur de Food and chemical Toxicolgy, qui a publié sont étude, vient de mettre en ligne des réponses détaillées à toutes les critiques. viennent d’être publiées. Elle indique qu’elle publiera bientôt de nouvelles données expérimentales sur le Roundup. Enfin, au plan judiciaire, le CRIIGEN a déposé fin 2012, des plaintes en diffamation contre les assertions de « fraude » et « données falsifiées » publiées respectivement dans Marianne et La Provence par Jean-Claude Jaillette et Claude Allègre.

Enfin, Dans une lettre ouverte, onze associations françaises – les Amis de la Terre, l’APSODA, la Confédération Paysanne, le CRIIGEN, la FNAB, FNE, Générations futures, le GIET, Greenpeace, Nature et Progrès et l’Union Nationale de l’Apiculture Française – demandent au gouvernement français « de réaffirmer avec force la décision du Conseil européen de 2008 de renforcer l’évaluation des OGM avant autorisation. Pour cela, le Gouvernement doit s’opposer au projet de règlement proposé par la Commission et obtenir, au minimum, une rédaction claire quant au caractère obligatoire des analyses de toxicologie et d’alimentarité »

DuPont et Monsanto se partagent le marché sud-africain des semences

Après une bataille juridique de deux ans, le géant DuPont a finalement obtenu des autorités sud-africaines le droit d’acquérir la principale compagnie nationale de semences. Alors que dix multinationales se partagent déjà les trois quarts du marché mondial des semences, la concentration du secteur s’étend sur le continent africain.

Deux géants de l’agro-industrie, DuPont et Monsanto, vont finalement pouvoir se partager le marché sud-africains des semences. Après une bataille juridique de deux ans, la cour d’appel de la concurrence sud-africaine a accordé le 28 mai à Pioneer, filiale agricole de DuPont, l’acquisition de la principale compagnie sud-africaine de semences Pannar. Cette décision en appel intervient après un double refus de la commission et du tribunal chargés de la concurrence, qui entendaient stopper la très forte concentration du secteur. Cette acquisition va en effet réduire de trois – Pioneer, Pannar and Monsanto – à deux les industries semencières dominantes. Mais la cour d’appel a rejeté cet argument au motif que Pioneer permettrait  de renforcer l’activité de Pannar en Afrique du Sud et sur le continent.Si les parts de marché des semences sont maintenues secrètes par l’industrie, la domination progressive du marché depuis 10 ans par DuPont et Monsanto est connue. En témoigne la progression fulgurante des OGM en Afrique du Sud depuis 1997, date de la première autorisation de commercialisation de semences génétiquement modifiées. Aujourd’hui, 77 % du maïs, 85 % du soja et 100 % du coton cultivés dans le pays sont OGM. Pioneer, Monsanto et Pannar se partagent la propriété des trois quarts des variétés OGM dans le pays. Concernant les semences de maïs par exemple, qui représentent à elles seules plus de 60 % du chiffre d’affaires du marché des semences, Monsanto est considérée comme dominante et Pioneer dit couvrir un tiers du marché.

 

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« la mort est dans le pré »-film documentaire d’Eric Guéret

FILM – A l’occasion de la Semaine pour les alternatives aux pesticides, nous nous sommes intéressés au dernier documentaire d’Eric Guéret, «La mort est dans le pré». Montré en avant-première vendredi 23 mars à l’Hôtel de Ville de Paris, le film se penche sur la vie des agriculteurs français victimes de leur utilisation massive de pesticides. Rencontre…

Parlez-nous de votre film…
C’est un documentaire qui aborde un sujet très douloureux: les problèmes de santé des agriculteurs à cause de l’utilisation de pesticides. Avant de me lancer dans ce projet, j’avais fait une enquête sur l’alimentation, dans laquelle j’avais déjà abordé le sujet des pesticides. Je trouvais intéressant de faire un film sur l’agriculture en voyant les producteurs comme les premières victimes de leurs pratiques. Je suis parti d’un constat assez incompréhensible : ces personnes tombent malades et meurent parfois à cause de leur utilisation de pesticides, pourtant, ils changent très peu leurs pratiques.

Avez-vous réussi à comprendre pourquoi?
Oui, et c’est un peu l’objet du film. J’y fais un constat de l’état de santé des exploitants, mais je m’interroge aussi sur leurs pratiques paradoxales. J’ai découvert le piège dans lequel ils sont tous pris: celui de l’utilisation intensive de la chimie qui a révolutionné leur métier. En même temps, il existe un contrecoup énorme puisque beaucoup d’entre eux développent des pathologies graves. Pourtant aujourd’hui, arrêter l’utilisation massive de pesticides, c’est extrêmement compliqué.

Pourquoi?
Le système est tenu par les firmes qui fabriquent ces pesticides, comme BASF ou Monsanto. Elles font du lobbying pour que rien ne change, et elles ont une grande influence sur la FNSEA, le syndicat majoritaire de l’agriculture. En 50 ans, elles ont réussi à imposer une idée simple: il n’y a pas d’autre modèle possible. Et quand on est persuadé que si on veut nourrir la planète correctement il n’y a pas d’autre modèle possible, on est piégé. Pour sortir du modèle chimique, il faudrait passer au bio, mais ça demande des moyens que les producteurs n’ont pas. Ils sont surendettés, ce qui permet aux banques et aux firmes de les tenir. Et puis en 50 ans, ils ont oublié les pratiques de l’agriculture traditionnelle. Aujourd’hui ils ne savent plus faire autrement.

Comment avez-vous rencontré les agriculteurs que vous avez choisi de suivre?
Je suis allé filmer la constitution de la première association des victimes des pesticides, Phyto Victimes. Enfin des personnes qui osent braver la loi du silence! C’est là que j’ai choisi mes personnages. Je voulais qu’il y ait une forme de cohérence dans leur combat, mais j’ai quand même choisi trois profils très différents, qui incarnaient aussi des combats différents.

Le film commence avec un quatrième personnage, qui reste absent du cadre: c’est Caroline, la femme de Yannick Chenet, le premier agriculteur décédé en étant reconnu victime des pesticides. C’est elle qui narre le film, en s’adressant aux autres producteurs. Ensuite, il y a Frédéric, qui a un cancer de la vessie et de la prostate et se bat pour faire reconnaître sa maladie par la Mutuelle sociale agricole, qui refuse la plupart des demandes des agriculteurs. Malheureusement, Frédéric meurt avant la fin du film.

Le deuxième personnage, c’est Paul,  qui a été intoxiqué par un produit de Monsanto, et qui a commencé un procès contre eux. Le film raconte donc aussi la préparation de son procès, qu’il gagne à la fin du film. Et enfin il y a Denis, dont la tumeur a attaqué la moelle épinière. Il est en fauteuil roulant, mais il continue d’exploiter sa ferme. On le voit tout au long du film se demander s’il peut changer ses pratiques ou non. Mais pour les agriculteurs, c’est un mur souvent infranchissable : ils ont une peur incroyable du regard des autres. Dans ce milieu, celui qui veut sortir du rang est montré du doigt. Les réactions peuvent être très brutales.

Pensez-vous quand même que les choses sont en train de changer?
Oui. Des substances dangereuses ont été retirées, les produits évoluent et il y a une prise de conscience citoyenne. Mais il reste tant à faire et je pense que bientôt on n’aura plus le choix. Aujourd’hui, on voit les premières conséquences de 50 ans de pratiques folles: si cette épidémie se confirme, on sera obligé de réagir, et les grandes firmes devront participer.

NB: le documentaire «La mort est dans le pré» sera prochainement diffusé pour la case Infrarouge de France 2.

*Pesticides et présidentielles*

Malgré des initiatives comme le plan Ecophyto 18 dont l’ambition est de réduire de 50% l’utilisation de produits phytosanitaires, les choses ne s’arrangent pas: entre 2008 et 2010, on observe au contraire une augmentation de 2,6% dans l’utilisation de pesticides pour les traitements foliaires, et de 7% pour les traitements de semences, selon la FNE (France Nature Environnement).

L’association appelle les candidats aux élections présidentielles à s’engager contre l’utilisation massive de pesticides, en évaluant les différents produits et en faisant un travail de prévention auprès des agriculteurs.

Ecophyto en Champagne-Ardenne: pour une baisse des produits phytosanitaires

 

Monsanto, un demi-siècle de scandales sanitaires

vu sur http://www.lemonde.fr/

Soren Seelow

 

Ancien géant de la chimie, Monsanto est aujourd'hui le leader mondial des OGM et l'un des premiers semenciers de la planète.

Ancien géant de la chimie, Monsanto est aujourd’hui le leader mondial des OGM et l’un des premiers semenciers de la planète.ASSOCIATED PRESS/JAMES A. FINLEY

 

La condamnation, lundi 13 février, du géant américain de l’agroalimentaire Monsanto, poursuivi par un petit agriculteur charentais intoxiqué par un herbicide, est une première en France. A l’échelle de l’histoire de la multinationale, centenaire, cette condamnation ne constitue qu’une péripétie judiciaire de plus dans un casier déjà très chargé.

PCB, agent orange, dioxine, OGM, aspartame, hormones de croissance, herbicides (Lasso et Roundup)… nombre de produits qui ont fait la fortune de Monsanto ont été entachés de scandales sanitaires et de procès conduisant parfois à leur interdiction. Mais rien n’a jusqu’ici freiné l’irrésistible ascension de cet ancien géant de la chimie reconverti dans la biogénétique et passé maître dans l’art du lobbying. Portrait d’une multinationale multirécidiviste.

Depuis sa création en 1901 à Saint-Louis, le petit producteur de saccharine devenu un des principaux semenciers de la planète n’a cessé de défrayer la chronique. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’explosion accidentelle d’une usine de plastique Monsanto provoquée par celle d’un cargo français chargé de nitrate, qui fit 500 morts à Texas City en 1947, est ainsi restée dans les annales comme l’un des premiers désastres de l’industrie chimique.

Deux ans plus tard, c’est au tour d’une deuxième usine de la firme, à Nitro en Virginie, de partir en fumée. Cette fois-ci, la responsabilité de l’entreprise est engagée. Plus de deux cents ouvriers développent des chloracnés, un trouble aussi rare que sévère de la peau, rapporte Marie-Monique Robin, lauréate du prix Albert-Londres, dans son documentaire Le monde selon Monsanto.

L’accident révèle que le produit phare de la marque, l’herbicide 2,4,5-T, contient des niveaux élevés de dioxines, des substances hautement toxiques et cancérigènes, de composition assimilable à celle des polychlorobiphényles (PCB). La première étude suggérant la dangerosité potentielle de la dioxine était connue de Monsanto dès 1938 : la commercialisation de l’herbicide se poursuivra pourtant pendant près de quarante ans, avant son interdiction dans les années 1970.

Monsanto, qui a dirigé l’usine de Nitro entre 1934 et 2000, a par ailleurs fait l’objet d’une plainte déposée en 2007 par 77 habitants de Virginie atteints de cancer, qui accusent la compagnie d’avoir diffusé « illégalement » de la dioxine dans les environs de l’usine.

 

pour lire l’article :

PCB : le procès de la honte

En 2001, 3 600 habitants de la ville d’Anniston, en Alabama, attaquent Monsanto pour une contamination aux PCB. Selon un rapport déclassifié de l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis (EPA), Monsanto a déversé pendant près de quarante ans des milliers de tonnes de déchets contaminés dans un ruisseau et une décharge à ciel ouvert, au cœur du quartier noir de la ville.

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En 1975, une étude menée par Monsanto révèle que le PCB provoque des tumeurs chez le rat. La multinationale décide d’en changer les conclusions, de « légèrement tumorigènes » à « n’apparaît pas cancérigène »« Nous ne pouvons nous permettre deperdre un seul dollar » : ainsi se conclut l’un des mémos consultés par TheWashington Post.

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Agent orange : condamné pour « empoisonnement »

Durant ces mêmes années, entre 1961 et 1971, Monsanto produit l’agent orange, constitué à partir de l’herbicide 2,4,5-T, dont la dangerosité est largement connue depuis l’explosion de l’usine de Nitro. Ce défoliant sera massivement déversé par l’aviation américaine au-dessus des forêts vietnamiennes pendant la guerre. Les conséquences se font encore sentir aujourd’hui, avec de nombreux cancers et des malformations de naissance au Vietnam, ainsi que des séquelles diverses chez nombre d’anciens combattants américains.

 

L’herbicide Roundup est-il toxique ?

Souvenez-vous de cette publicité et de ce bon chien Rex : « Roundup ne pollue ni la terre ni l’os de Rex ». Elle a valu à Monsanto d’être condamnée deux fois, aux Etats-Unis et en France, pour des mentions mensongères placées sur l’emballage de cet herbicide total (qui élimine toutes les plantes).

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Plusieurs études concordantes affirment pourtant que le pesticide phare de Monsanto – et son principe actif, le glyphosate – est potentiellement tératogène, c’est-à-dire responsable de malformations fœtales. L’une d’entre elles, publiée fin 2010 dans Chemical Research in Toxicology, montre que l’exposition directe d’embryons de batraciens à de très faibles doses d’herbicide à base de glyphosate entraîne des malformations.

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Herbicide Lasso : interdit à la vente

La condamnation qui a frappé, lundi 13 février, le deuxième herbicide de Monsanto est plus significative. Les juges français ont en effet considéré que le fabricant de produits phytosanitaires devra indemniser « entièrement » le plaignant, Paul François. Ce céréalier ne travaille plus qu’à mi-temps, en proie à des fatigues chroniques et des maux de tête tenaces. Les médecins considèrent que son système nerveux central a été affecté à la suite de l’inhalation du Lasso.

Monsanto a fait appel

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Hormones de croissance : scandale chez Fox News

Au début des années 1990, Monsanto commercialise son premier produit issu des biotechnologies : Posilac, l’hormone de croissance bovine recombinante (rBGH), une hormone transgénique destinée à augmenter la lactation des vaches de près de 20 %. L’hormone entraîne des mammites, des inflammations de la mamelle, qui contraignent les éleveurs à traiter leurs vaches avec des antibiotiques, dont on retrouve ensuite la trace dans le lait. Ce produit miracle est aujourd’hui interdit partout, sauf aux Etats-Unis.

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OGM : des procès en pagaille

Entre 1995 et 1997, le soja génétiquement modifié Roundup Ready, le colza Roundup Ready et le coton Roundup Ready, tous trois résistants à l’herbicide Roundup, reçoivent les autorisations de commercialisation. Détentrice d’un brevet aujourd’hui périmé sur le glyphosate (commercialisé sous le nom de Roundup), l’entreprise décide de changer de stratégie et entreprend de breveter le vivant. Elle produit actuellement 90 % des OGM de la planète.

Un quasi-monopole que la firme défend chèrement. Au cours des années 2000, Monsanto assignera ainsi devant les tribunaux des centaines de paysans accusés d’avoir utilisé « frauduleusement » ses semences transgéniques brevetées, c’est-à-dire de les avoir replantées.

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http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/02/20/ogm-paris-demande-a-l-ue-de-suspendre-l-autorisation-du-mon810_1646073_3244.html :

 

La Commission européenne a reçu, lundi 20 février, une demande du gouvernement français de suspendre d’urgence la culture du maïs OGM MON810 sur le territoire de l’UE, a annoncé Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire chargé de la santé et des consommateurs, John Dalli.

La requête des autorités français se fonde sur « de nouvelles études scientifiques », a-t-il expliqué, avant d’indiquer que la Commission allait les étudier et fournir sa réponse « dans les délais prévus ».

La requête française n’est pas une nouvelle clause de sauvegarde, mais une demande d’interdiction générale de la culture du MON810. La France avait adopté une clause de sauvegarde pour interdire la culture de ce maïs sur son territoire en février 2008, mais la mesure a été invalidée par la Cour européenne de justice de Luxembourg et le Conseil d’Etat.

Nathalie Kosciusko-Morizet s’était engagée récemment à redemander l’interdiction de culture de ce type de maïs avant fin février. La demande française « s’appuie sur les dernières études scientifiques », et notamment sur un avis de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA), publié le 8 décembre 2011, qui« montrent que la culture de ce maïs présente des risques importants pour l’environnement ».

L’avis de l’AESA porte sur le maïs OGM Bt11, mais « on argumente que nombre de problèmes soulevés par le Bt11 sont transposables au Monsanto 810 », a souligné la ministre à l’AFP à Paris. « Si l’Union européenne n’agit pas, on peut prendre une clause de sauvegarde », comme l’ont déjà fait six autres pays européens, a-t-elle indiqué.

Le maïs MON810 est cultivé dans l’UE depuis 14 ans, essentiellement en Espagne. La multinationale a demandé le renouvellement de cette autorisation, mais sa requête n’a pas encore été soumise aux Etats. Le processus d’autorisation des OGM est actuellement dans l’impasse, car aucune majorité n’est jamais trouvée entre les 27 Etats.

 

 

 

 

Aspartame : vers un nouveau scandale sanitaire ?

Monsanto le précise clairement sur son site Internet : après en avoir été l’un des principaux producteurs dans les années 1980 et 1990, l’entreprise ne produit plus d’aspartame depuis 2000. La firme tient pourtant à insister sur le fait que cet édulcorant, le plus utilisé au monde, « ne provoque aucune maladie ».

Des études récentes ont cependant mis en évidence un risque accru de naissances prématurées chez les femmes qui consomment ce produit. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a même été invitée en mai par la Commission européenne à anticiper la réévaluation complète de la sécurité de l’aspartame en 2012.

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