Les cyclistes français du Tour vivraient plus longtemps

Vu le Monde

La vie des cyclistes français du Tour de France est en moyenne plus longue de 6,3 années par rapport à la population générale masculine. C’est le résultat d’une étude de longévité présentée, mardi 3 septembre, au congrès de la Société européenne de cardiologie qui se tient à Amsterdam jusqu’à mercredi.

Les chercheurs Jean-François Toussaint de l’Irmes (Institut de recherche médicale sur le sport), Eloi Marijon (Inserm) et Grégoire Rey (Inserm-CépiDC) ont basé leur étude sur  les 786 cyclistes français engagés dans le Tour depuis 1947, première édition après la fin de la dernière guerre mondiale.

Sur la période étudiée (1947-2012) « la mortalité (toutes causes) de ces sportifs de haut niveau est de 41 % plus faible que celle des autres hommes vivant en France », a précisé M. Toussaint. Plus spécifiquement, la mortalité par cancer est inférieure de 44 %, celle de cause respiratoire est réduite de 72 % et celle de cause cardio-vasculaire est également inférieure de 33 %.

PAS ASSEZ DE RECUL SUR LES RÉCENTES AFFAIRES DE DOPAGE

« Cette augmentation de la durée de vie est valable pour toutes les tranches d’âge, sauf pour les moins de 30 ans qui ont la même mortalité que la population générale », en raison des risques traumatiques (accidents, chutes…) notamment, indique M. Toussaint.

Parmi les explications de cette vie plus longue, les prédispositions génétiques, les relations entre performance physique et durée de vie, les avantages sociétaux tirés de la carrière des cyclistes et un mode de vie plus sain, comme la poursuite d’une activité physique par les cyclistes, même à la retraite, sont évoqués par les chercheurs.

« la mort est dans le pré »-film documentaire d’Eric Guéret

FILM – A l’occasion de la Semaine pour les alternatives aux pesticides, nous nous sommes intéressés au dernier documentaire d’Eric Guéret, «La mort est dans le pré». Montré en avant-première vendredi 23 mars à l’Hôtel de Ville de Paris, le film se penche sur la vie des agriculteurs français victimes de leur utilisation massive de pesticides. Rencontre…

Parlez-nous de votre film…
C’est un documentaire qui aborde un sujet très douloureux: les problèmes de santé des agriculteurs à cause de l’utilisation de pesticides. Avant de me lancer dans ce projet, j’avais fait une enquête sur l’alimentation, dans laquelle j’avais déjà abordé le sujet des pesticides. Je trouvais intéressant de faire un film sur l’agriculture en voyant les producteurs comme les premières victimes de leurs pratiques. Je suis parti d’un constat assez incompréhensible : ces personnes tombent malades et meurent parfois à cause de leur utilisation de pesticides, pourtant, ils changent très peu leurs pratiques.

Avez-vous réussi à comprendre pourquoi?
Oui, et c’est un peu l’objet du film. J’y fais un constat de l’état de santé des exploitants, mais je m’interroge aussi sur leurs pratiques paradoxales. J’ai découvert le piège dans lequel ils sont tous pris: celui de l’utilisation intensive de la chimie qui a révolutionné leur métier. En même temps, il existe un contrecoup énorme puisque beaucoup d’entre eux développent des pathologies graves. Pourtant aujourd’hui, arrêter l’utilisation massive de pesticides, c’est extrêmement compliqué.

Pourquoi?
Le système est tenu par les firmes qui fabriquent ces pesticides, comme BASF ou Monsanto. Elles font du lobbying pour que rien ne change, et elles ont une grande influence sur la FNSEA, le syndicat majoritaire de l’agriculture. En 50 ans, elles ont réussi à imposer une idée simple: il n’y a pas d’autre modèle possible. Et quand on est persuadé que si on veut nourrir la planète correctement il n’y a pas d’autre modèle possible, on est piégé. Pour sortir du modèle chimique, il faudrait passer au bio, mais ça demande des moyens que les producteurs n’ont pas. Ils sont surendettés, ce qui permet aux banques et aux firmes de les tenir. Et puis en 50 ans, ils ont oublié les pratiques de l’agriculture traditionnelle. Aujourd’hui ils ne savent plus faire autrement.

Comment avez-vous rencontré les agriculteurs que vous avez choisi de suivre?
Je suis allé filmer la constitution de la première association des victimes des pesticides, Phyto Victimes. Enfin des personnes qui osent braver la loi du silence! C’est là que j’ai choisi mes personnages. Je voulais qu’il y ait une forme de cohérence dans leur combat, mais j’ai quand même choisi trois profils très différents, qui incarnaient aussi des combats différents.

Le film commence avec un quatrième personnage, qui reste absent du cadre: c’est Caroline, la femme de Yannick Chenet, le premier agriculteur décédé en étant reconnu victime des pesticides. C’est elle qui narre le film, en s’adressant aux autres producteurs. Ensuite, il y a Frédéric, qui a un cancer de la vessie et de la prostate et se bat pour faire reconnaître sa maladie par la Mutuelle sociale agricole, qui refuse la plupart des demandes des agriculteurs. Malheureusement, Frédéric meurt avant la fin du film.

Le deuxième personnage, c’est Paul,  qui a été intoxiqué par un produit de Monsanto, et qui a commencé un procès contre eux. Le film raconte donc aussi la préparation de son procès, qu’il gagne à la fin du film. Et enfin il y a Denis, dont la tumeur a attaqué la moelle épinière. Il est en fauteuil roulant, mais il continue d’exploiter sa ferme. On le voit tout au long du film se demander s’il peut changer ses pratiques ou non. Mais pour les agriculteurs, c’est un mur souvent infranchissable : ils ont une peur incroyable du regard des autres. Dans ce milieu, celui qui veut sortir du rang est montré du doigt. Les réactions peuvent être très brutales.

Pensez-vous quand même que les choses sont en train de changer?
Oui. Des substances dangereuses ont été retirées, les produits évoluent et il y a une prise de conscience citoyenne. Mais il reste tant à faire et je pense que bientôt on n’aura plus le choix. Aujourd’hui, on voit les premières conséquences de 50 ans de pratiques folles: si cette épidémie se confirme, on sera obligé de réagir, et les grandes firmes devront participer.

NB: le documentaire «La mort est dans le pré» sera prochainement diffusé pour la case Infrarouge de France 2.

*Pesticides et présidentielles*

Malgré des initiatives comme le plan Ecophyto 18 dont l’ambition est de réduire de 50% l’utilisation de produits phytosanitaires, les choses ne s’arrangent pas: entre 2008 et 2010, on observe au contraire une augmentation de 2,6% dans l’utilisation de pesticides pour les traitements foliaires, et de 7% pour les traitements de semences, selon la FNE (France Nature Environnement).

L’association appelle les candidats aux élections présidentielles à s’engager contre l’utilisation massive de pesticides, en évaluant les différents produits et en faisant un travail de prévention auprès des agriculteurs.

Ecophyto en Champagne-Ardenne: pour une baisse des produits phytosanitaires

 

Lait, mensonges et propagande

 

Journaliste et écrivain scientifique, Thierry Souccar est directeur de la rédaction des sites lanutrition.fr et sante.nouvelobs.com. Il traite des questions de santé et nutrition pour Sciences et Avenir depuis 1994. Il est membre de l’American College of Nutrition.

 

 

 

« Ce livre ne peut faire que du bien à la Santé publique. Il est en avance sur son temps. » Pr Henri Joyeux, cancérologue à la faculté de médecine de Montpellier

Dans cette nouvelle édition mise à jour et augmentée de près de 100 pages, Thierry Souccar conforte son enquête sur le lobby laitier et sur les effets réels du lait sur la santé. Il montre comment l’industrie a réussi à faire d’un aliment marginal et mal considéré un pilier incontournable de l’alimentation moderne. Présentés comme  » indispensables à la santé des os « , les laitages cachent une réalité moins glorieuse. Vous apprendrez ainsi : Comment le lobby laitier noyaute la communauté scientifique et médicale ; Comment l’industrie laitière a fait croire que la santé des os dépend du calcium laitier ; Pourquoi l’ostéoporose ne diminue pas avec la consommation de lait, et pourquoi au contraire elle progresse ; Pourquoi les amateurs de laitages ont plus de cancers de la prostate ; Pourquoi les chercheurs soupçonnent le lait de favoriser le diabète de l’enfant ; Comment l’industrie fait croire que le calcium laitier prévient l’obésité ; Pourquoi les besoins en calcium ont été exagérés et quels sont vos besoins réels ; Comment prévenir l’ostéoporose sans se bourrer de lait. Thierry Souccar a réuni des dizaines de nouvelles preuves. II répond aussi aux critiques de l’industrie laitière et à vos nombreuses questions.

 

Extrait

« Comme les extraterrestres de la série, d’autres Envahisseurs sont parmi nous depuis la fin des années 1960 : ce sont les représentants de l’industrie laitière ou les médecins qui travaillent pour elle. Rien, ou peu de chose ne permet de les distinguer d’un médecin ou d’un scientifique normal. Ils sont dans les instances officielles, les organisations gouvernementales, les colloques scientifiques et médicaux, les médias, les expositions pédagogiques, les écoles. Leur mission : nous faire avaler un maximum de laitages. Voici quelques traces de leur présence parmi nous !
La prolifération des Envahisseurs est orchestrée dans tous les pays par la grande famille des producteurs et des industriels de la voie lactée. Aux États-Unis, le National Dairy Council est aux commandes. En France, trois patriarches oeuvrent main dans la main : la Fédération nationale des producteurs de lait, la Fédération nationale des coopératives laitières et la Fédération nationale des industries laitières. Tout ce beau monde a porté sur les fonds baptismaux une structure de « promotion », le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL). Or figurez-vous que le CNIEL a fait des petits.
À commencer par le CIDIL (Centre interprofessionnel de documentation et d’information laitières), créé en 1981. Le CIDIL contribue selon sa propre profession de foi « au développement de la consommation du lait et des produits laitiers, par des programmes de promotion collective ». Le CIDIL porte la bonne parole laitière aux médecins et au grand public. Aux médecins, en finançant des numéros spéciaux de la presse médicale pour rappeler l’intérêt du calcium laitier. Ou en montant des conférences.
Comme le CIDIL avait un patronyme un peu trop voyant, le CNIEL a accouché au début des années 1990 d’une association loi 1901 – plus discrète et donc propice à la mission des Envahisseurs – le Centre de recherche et d’information nutritionnelles (CERIN). Pas de trace de lait là-dedans, un nom bien rassurant et quasi officiel qui leurre chaque année des journalistes et jusqu’à la Commission européenne, un temps persuadée, comme nous l’avons écrit dans Santé, mensonges et propagande, que ledit CERIN était un organisme officiel. Si le CERIN se présente comme « un organisme scientifique dont la mission est de favoriser le développement et la diffusion des connaissances sur les relations entre alimentation et santé », les objectifs y sont en réalité les mêmes qu’au CIDIL : vous faire ingurgiter des laitages.

ILS SONT PARTOUT

La stratégie des Envahisseurs repose sur l’établissement de liens étroits et réguliers avec des médecins, des chercheurs, d’ailleurs souvent naïvement persuadés de l’intérêt des laitages, mais aussi des organismes publics. Ainsi, l’industrie assure une large part du financement de l’Institut français pour la nutrition (IFN), une structure très influente auprès des pouvoirs publics qui permet de rapprocher les vues des médecins et chercheurs d’une part et celles des industriels de l’agro-business d’autre part. L’IFN fonctionne comme un lieu d’échange où se nouent des contacts fructueux entre scientifiques et industriels. Les premiers parlent, mais ce sont les seconds qui paient. Équilibre délicat. Passe encore pour les colloques organisés par l’IFN sur des sujets qui ne fâchent pas comme le vieillissement cérébral ou l’activité physique. Là où l’exercice trouve ses limites, c’est lorsqu’il s’agit de dire le rôle des aliments transformés sur la santé, ces aliments-mêmes fabriqués par les bâilleurs de fond de l’IFN. »

 

 

 

 

 

santé globale, médecine plurielle

livre publié en août 2008 aux éditions Jouvence collection savoir et agir pour ce siècle

Malgré ses très grandes réussites dans le cadre qu’elle s’est fixé, notre médecine manque d’une vision globale de l’être humain, d’où ses résultats contestables en terme de santé globale de l’individu et son coût démesuré qui pèse sur d’autres aspects de la vie.

Les dimensions physique, énergétique, mentale, sensible et spirituelle doivent pouvoir être prises en compte et traitées de façon adaptée par des moyens diversifiés.

Les textes réunis dans ce recueil tirent leur inspiration des approches holistiques millénaires des grandes civilisations ainsi que des données les plus récentes de la science moderne. Ils peuvent nourrir une réflexion en profondeur sur la santé, la maladie et l’acte thérapeutique.

Avec les contributions de Jean-Yves Leloup, Marguerite Kardos, pierre Dhombre, Jean-pierre Willem, Thierry Janssen, Eric Ancelet, Marc Sokol, Michel Odent

sommes-nous vraiment prêts à changer ?

Broché: 247 pages

  • Editeur : Les liens qui libèrent (28 septembre 2011)
  • Collection : LIENS QUI LIBERENT

Roger Sue est professeur à l’université Paris Descartes et l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La société contre elle-même (Fayard, 2005), De gauche ? (avec Alain Caillé) (Fayard, 2009), Renouer le lien social. Liberté, égalité, association (Odile Jacob, 2001), et La Richesse des hommes. Vers l’économie quaternaire (Odile Jacob, 1997).

Alors que débute la campagne présidentielle, voici le livre qui parle de la seule vraie question : comment, alors que nous sommes en train de vivre une mutation majeure -le passage d’une société du tertiaire à une société du quaternaire, ou d’une société industrielle à une société de la connaissance- réorganiser nos sociétés et nos économies ? Nos gouvernements sont obnubilés par le travailler plus, le PIB, la croissance, la question de l’autorité… Et pourtant ces questions sont déjà dépassées. Car en effet ils sont restés sur la problématique des sociétés industrielles alors que nous entrons dans une nouvelle ère : la «société de la connaissance». C’est par l’immatériel que nos sociétés vont se développer économiquement et socialement. Non simplement par la connaissance de soi, qui n’est pas nouvelle, mais par une transformation générale de notre rapport au monde, à nous-même, aux autres et à notre environnement. Cette société de la connaissance, c’est d’abord la production de la personne, la production de soi, et l’assemblage de nos individualités sensibles et créatrices. Chaque personne est singulière, chaque créativité apporte à la société. L’économie n’est plus fondée sur le travail reproductif comme dans les sociétés industrielles, mais sur la capacité de chaque individu à réaliser et à se réaliser. Le savoir ne se transmet plus le long d’une ligne hiérarchique, mais doit être capable de créativité, d’imagination, de relations. La plus-value devient culturelle, immatérielle, alors qu’elle était exclusivement matérielle. De même, la connaissance n’est plus exclusivement scientifique (même si la science en est une des composantes importantes, notamment avec le développement des biotechnologies) mais elle est également émotionnelle, sensible, artistique. C’est la multiplicité qui fonde la société, et non l’ordre par le haut ou un savoir absolu. Ce nouveau modèle de société va s’imposer. La priorité et l’urgence d’aujourd’hui sont donc de privilégier les investissements sur la santé, l’éducation et le bien-être, qui enrichissent les individus. Là exactement ou nos gouvernement serrent la ceinture. Ce nouveau modèle va s’imposer, car il correspond à une très forte demande sociale ; car il est le gage de la future production de richesses. Il est même voulu par les entreprises, qui, si elles revendiquent la diversité des compétences, ne savent pas encore la produire. C’est donc une véritable révolution, qui va modifier nos relations à l’apprentissage, au travail et à la production, à l’imagination et l’expression, à la santé, la politique. Tous ces changements dans la lignée de la substitution progressive d’une société hiérarchisée à une société d’intelligence collective et horizontale. Roger Sue analyse de manière remarquable cette mutation si peu évoquée dans son ensemble économique, politique, social. Il explique comment faciliter ce passage et évoque de nombreuses pistes intéressantes et novatrices : la nécessité d’un revenu minimum citoyen, le rôle essentiel des associations (formation, reliance aux autres…), une nouvelle forme de fiscalité et d’économie hors de l’alternative publique/privée, une nouvelle forme d’organisation du travail et de sa rémunération ou la création de services d’intérêt général indemnisé sur la base du volontariat, qui permettrait de dépasser le chômage et la précarité, et rendre notre démocratie plus participative… Bref, un nouveau type d’organisation socio-politique. Un livre essentiel donc, qui dessine ce que demain sera.

«Etre vieux serait la dernière des maladies»

INTERVIEW : Le gériatre Olivier Saint-Jean dénonce une surmédicalisation dans la prise en charge des personnes âgées depuis dix ans.

Par ERIC FAVEREAU

 

C’est un débat essentiel, mais il reste à bas bruit : la vieillesse est-elle une maladie ? Faut-il la médicaliser ? La médecine est-elle une chance pour les vieux ? Le professeur Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie à l’hôpital européen Georges-Pompidou (Paris), a toujours questionné le rôle de la médecine dans le grand âge. Il fait partie du jury qui suit les débats sur la vieillesse organisés par le Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin, en partenariat avec France Culture et Libération.

Ce qui vient de se passer autour des médicaments anti-Alzheimer – à savoir on continue de les rembourser alors que leur intérêt thérapeutique est nul -, est-ce le symbole de l’ambiguïté autour la médicalisation de la vieillesse ?

C’est en tout cas un très bel exemple de surmédicalisation, faute de savoir penser une médecine différente pour les personnes âgées. Dans la maladie d’Alzheimer, que voit-on ? D’un côté, il y a une tendance à identifier le déficit cognitif, c’est-à-dire les pertes de la personne, puis à essayer de les compenser. De l’autre, on va multiplier les examens, les analyses, faire des ponctions lombaires, lancer des IRM à la recherche d’éventuels marqueurs de maladie. Cela peut avoir du sens en matière de recherche, mais cela ne change en rien la prise en charge de ces malades. Tout cela n’a pas de sens, sauf celui de satisfaire cette logique biomédicale sur la vieillesse qui cherche à s’imposer.

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