Pr Dominique BELPOMME : Mon avis sur l’étude Seralini

vu sur le blog de Sylvie Simon

Mercredi 7 novembre 2012

Pr Dominique BELPOMME : Mon avis sur l’étude Seralini

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EUROPEAN CANCER AND ENVIRONMENT RESEARCH INSTITUTE
Newsletter de l’Appel de Paris n° 42
 
A propos des recherches de Gilles-Eric SERALINI
 
par le Professeur Dominique BELPOMME 1
Il m’est demandé un avis scientifique concernant le récent article de Gilles-Eric Seralini publié en septembre dernier dans le journal scientifique à comité de lecture « Food and chemical toxicology ».
Ayant lu attentivement cet article, c’est au strict plan scientifique que je réponds à cette demande.
Le travail réalisé est une expérimentation lourde puisqu’impliquant le suivi de 200 rats (100 femelles et 100 mâles) pendant deux ans. L’étude est tout autant ambitieuse, compte tenu des 10 groupes étudiés selon la dose d’OGM et la présence ou non de Round up, ce qui explique la faiblesse des effectifs dans chacun des groupes.
Au demeurant, comme clairement indiqué dans l’article, les reproches méthodologiques à faire, si tel est le cas, seraient encore beaucoup plus nombreuses et importantes concernant les études réalisées pour la mise sur le marché des OGM et des pesticides. Ainsi les critiques formulées par la plupart de ceux qui le font ne peuvent se retourner que contre eux-mêmes, puisque ceux-ci en invoquant la science, oublient l’extrême faiblesse des études réalisées pour la mise sur le marché de tels produits.
Si on peut considérer l’étude de Seralini comme présentant une certaine faiblesse méthodologique concernant notamment le choix du modèle (les rats Sprague – Dawley font déjà spontanément de nombreuses tumeurs) et l’absence d’estimation statistique des résultats obtenus par comparaison à des témoins concernant la première partie de l’étude, il n’en demeure pas moins que les observations réalisées sont particulièrement intéressantes. Au minimum ils créent un doute sur l’innocuité de l’OGM utilisé – le maïs NKG03 intolérant au Round up – et du Round up lui-même.
Je connais suffisamment Seralini pour savoir qu’il est un chercheur intègre. En outre, s’il doit y avoir une discussion sur la valeur scientifique de cet article notamment du point de vue des mécanismes de la cancérogenèse, c’est au sein de la communauté des chercheurs spécialisés dans le domaine qu’elle doit avoir lieu et non sur la place publique, par le biais d’Institutions en réalité non expertes dans le domaine et qui manifestement agissent sans le dire, en vertu d’intérêts économiques et/ou d’une complaisance aux autorités politiciennes. Le message de telle ou telle académie ou de telle ou telle agence, sur cette thématique bien particulière, est donc sans fondement scientifique.
La polémique d’aujourd’hui, fomentée par les lobbies économiques et financiers et aggravée par les représentants de ces agences ou académies, qu’ils se targuent ou non d’être les « vrais » scientifiques du pays, est inacceptable. D’ailleurs ce n’est pas la première fois que de telles agences ou académies se trompent. L’histoire de l’amiante est toujours présente dans la mémoire de nos concitoyens, l’inconscient collectif de notre société, pour nous rappeler les méfaits sociétaux de telles affirmations prises dans l’urgence et sans réelle confrontation scientifique. Il n’est d’ailleurs pas dit qu’à l’étranger le son de cloche ne soit pas différent ; l’acceptation de l’article par le comité ad hoc du journal scientifique « Food and chemical toxicology » en témoigne.
Il serait en outre largement préjudiciable à la science et à son indépendance que cet article, sous la pression de tels lobbies et du flot d’incompétences qu’ils suscitent, soit supprimé du journal qui l’a accepté le 2 août 2012. En réalité, je ne pense pas qu’il puisse en être ainsi, car si tel était le cas, le journal en question perdrait toute crédibilité scientifique.
Comme en témoignent les références scientifiques citées dans l’article, Seralini n’est pas le seul chercheur à remettre en cause l’innocuité des OGM et des pesticides, en particulier du Round up. Grâce au doute qu’il a su créer, cet article va donc avoir en réalité pour immense intérêt de redynamiser les équipes de chercheurs travaillant dans le monde sur un tel sujet – y compris celle de Seralini – à poursuivre les travaux dans cette direction et par conséquent à ne pas accepter comme scientifiquement établi l’innocuité de ces deux types de produits. La recherche scientifique pour ceux qui réellement la font, est une longue marche souvent hérissée d’épines, mais aussi parfois de gratifications. Seralini a fait un premier pas. Parions comme ce fut le cas pour l’amiante, qu’il y en aura d’autres et cela de plus en plus et très prochainement.
1 Professeur de cancérologie honoraire de l’Université Paris-Descartes, Président de l’ARTAC, Directeur exécutif de l’ECERI.
 rue Auguste Lambiotte, 14 – 1030 Bruxelles – BELGIQUE Tel :                             0033 (0) 1 45 78 53 53         0033 (0) 1 45 78 53 53                       0033 (0) 1 45 78 53 53         0033 (0) 1 45 78 53 53 – Fax : 0033 (0) 1 45 78 53 50 – Email : sg.eceri@gmail.com Association Internationale Sans But Lucratif. N° d’entreprise :                             0836.860.867         0836.860.867                       0836.860.867         0836.860.867. Moniteur belge du 22/06/2011

site de l’ECERI

Tumeurs sur des rats : les réponses à vos questions sur les OGM


Pour accéder à une présentation plus détaillée






Sophie Verney-Caillat | Journaliste 

L’étude Séralini est-elle sérieuse ? Que conclure pour l’homme d’une expérience sur des rats ? Rue89 répond à cinq questions et vous invite à soumettre les vôtres.

Capture d’écran de l’étude Séralini, parue dans la revue Food and Chemical Toxicology

Dès la publication de l’étude de l’équipe Séralini démontrant les effets toxiques des organismes génétiquement modifiés (OGM) sur les rats, la guerre des experts a, sans surprise, démarré. Les pro-OGM tentent de discréditer les anti-OGM, qui ont marqué un point et au moins réussi une belle opération de com’.

Pour aller plus loin

Pour un point de vue plus réservé sur cette étude 

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Les débats sur les OGM ont toujours fait rage en France. Ça ne risque pas de s’arrêter aujourd’hui. Une étude publiée mercredi a en effet déchaîné les passions en France, mais aussi à l’étranger. L’étude de Gilles-Eric Séralini et de ses collègues montre en effet que la consommation de maîs NK603 chez les rats augmente les risques de cancers ainsi que le taux de mortalité. Et la communauté scientifique de se diviser sur le sujet. Le professeur des sciences de l’alimentation Bruce Chassy estime dans le New York Times que « ce n’est pas une publication scientifique innocente, mais un coup médiatique soigneusement préparé« .

Dans un entretien donné au quotidien Le Monde, Gérard Pascal, ancien toxicologue spécialiste des OGM à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et aujourd’hui consultant pour des entreprises agroalimentaires, explique quant à lui que l’étude présente de « très sérieuses lacune qui invalident ses résultats« , ajoutant qu’elle « présente […] des faiblesses statistiques majeures » puisqu’elle ne se base pas « sur des groupes d’au moins cinquante animaux de chaque sexe« , ce qui permettrait d' »établir une analyse statistique représentative« . Selon Gérard Pascal, « au lieu de deux cents rongeurs au total, il en aurait fallu un millier« . Il ajoute par ailleurs que « l’équipe de chercheurs a choisi, pour les expérimentations, une espèce de rats qui développement spontanément des tumeurs« .

Les auteurs de l’étude de répondre immédiatement à ces accusations. Joël Spiroux, coauteur de l’étude, explique ainsi sur le site du Nouvel Observateur que le nombre de rats « correspond au nombre utilisé par Monsanto dans son étude sur trois mois« .

Gilles-Eric Séralini explique quant à lui qu’il nie toute autorité à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour mener une contre-expertise de ses recherches. Il déclare notamment qu' »il n’est pas question que ceux qui ont autorisé le NK603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d’intérêt avec leur autorité et leur carrière« . Le biologiste a par ailleurs expliqué qu’il pensait « également mettre en cause à la fois la compétence de l’EFSA et son honnêteté, au moins scientifique« . Le débat ne fait que commencer…

vu sur le Figaro

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Les conflits de chercheurs font avancer la science


La science tend vers un objectif : décrire la réalité objectivement. Refuser cet objectif revient à dire que la réalité dépend du point de vue de chacun, qu’il n’y a pas de faits mais uniquement des interprétations. C’est quelque chose de très dangereux, car cela permet par exemple de nier l’existence des chambres à gaz.

 

Je m’oppose formellement à cela, tout comme je m’oppose, à l’inverse, à l’idée que les savants seraient des individus éthérés et détachés de tout intérêt. Bien sûr qu’ils en ont. C’est même là que réside le moteur de l’évolution des sciences.

 

En effet, c’est grâce aux différents présupposés de chacun que naissent des controverses scientifiques, et les recherches qui vont avec pour tenter de démontrer que l’autre à tort.

 

Pasteur avait un adversaire scientifique, Félix Archimède Pouchet. Chacun se lançait dans de nouvelles expériences dès que le premier avait fait une découverte. La matérialité de la réalité a finalement donné raison à Pasteur.

 

C’est bien la conflictualité dans le champ scientifique qui fait avancer la science.

 

vu sur site du Nouvel Obs

Propos recueillis par Hélène Decommer.

 

voir aussi la page OGM