10. La médecine mécaniste est-elle la seule qui marche vraiment ?

La médecine moderne est incroyablement efficace. Il ya seulement 100 ans, ses exploits auraient semblé tenir du miracle : transplantation cardiaque, chirurgie endoscopique, prothèse de hanche, fécondation in vitro etc…

Il n’y a donc aucun doute, la médecine moderne marche très bien. Elle a pourtant d’importantes limites qui deviennent de plus en plus évidentes. Elle souffre d’étroitesse d’esprit : tous les organismes vivants, humains inclus, sont pour la médecine moderne des machines physico-chimiques, des « pesants robots ». Du coup le système médical a développé une approche matérialiste qui confine son attention aux aspects physiques et chimiques de l’être humain traités par la chirurgie ou les médicaments et il ignore tout ce qui n’en relève pas.

Les médecins se montrent souvent très contrariés par l’existence de systèmes rivaux comme l’homéopathie, la chiropraxie ou la médecine chinoise.

Cette vision a d’énorme conséquences économiques et politiques. Dans ce chapitre j’analyse les forces et les faiblesses de la médecine mécaniste. Son refus de prendre en compte la puissance du mental la rend beaucoup plus faible dans l’utilisation des pouvoirs guérisseurs des croyances, des espoirs des relations sociales et de la foi religieuse ou spirituelle.  Pourtant la recherche médicale elle-même ne cesse de révéler l’importance de la croyance et de l’effet placebo. je terminerai en explorant une approche plus globale. J’ai adopté une approche historique qui permet de mieux comprendre la situation présente.

Capacités naturelles de guérison et résistance aux maladies ( 422-424)

La faculté de guérir après une blessure et de se régénérer après un traumatisme est commune à presque toutes les formes de vie. Chez l’humain lui-même la peau tout comme le foie se régénèrent après une blessure et les cellules sanguines et la surface interne de l’intestin sont continuellement remplacées.

Beaucoup d’organismes vivants ont le pouvoir de résister aux maladies par une réponse immunitaire. Chez les bactéries, des systèmes enzymatiques attaquent les virus envahisseurs. le système immunitaire des plantes reconnaît et combat les agents pathogènes en produisant des composés chimiques qui les détruisent ou bloquent leur croissance. Le système des vertébrés va plus loin et garde une mémoire de certains agents pathogènes et déclenche une attaque plus forte quand il les rencontre de nouveau. On sait depuis fort longtemps qu’être exposé à une maladie confère une immunité à cette maladie. Ainsi l’historien Thucide raconte que la peste a ravagé Athènes en 430 av JC . Les gens ayant survécu à la maladie ont pu soigner les malades sans l’attraper.

Santé publique et hygiène (425-426)

L’amélioration de la santé publique apportée par la prévention des maladies infectieuses suite aux découvertes de Pasteur en 1860 ont été des triomphes remportés grâce à la recherche scientifique, l’édification des réseaux d’eau et d’égouts. Ni la découverte des microbes, ni le renforcement de l’immunité par vaccination ne repose sur la théorie mécaniste de la vie ou une vision matérialiste du monde. Une grande partie du succès de la médecine vient de la prévention des maladies par vaccination ou l’amélioration de l’hygiène. le résultat a été de passer de  1 milliard en 1800 à 3 milliards en 1960 et 7 milliards en 2012.

Guérir les infections (426-428)

L’une des découvertes emblématiques du XX ième siècle est celle de la pénicilline en 1928 par Alexander Flemming. Ce n’est qu’en 1941 que cette découverte a donné naissance à un médicament. Mais les scientifiques n’ont pas inventé les antibiotiques, ce sont des dons de la nature.

Les principaux défis posés à la médecine actuelle viennent des maladies de la vieillesse, du système circulatoire et des maladies chroniques « dégénératives ».

De nouveaux médicaments (428-435)

A travers toute l’histoire humaine et dans le monde entier, les gens ont utilisé les plantes comme remèdes . C’est seulement au XIX ième siècle que les chimistes ont isolé les « principes actifs » des plantes médicinales : morphine pour le pavot, cocaïne de la feuille de coca, nicotine du tabac, quinine du quinquina, acide salicylique de l’écorce de saule etc…De plus , une fois isolé le principe actif peut être modifié afin de produire une nouvelle substance plus puissante et aux effets secondaires moins nombreux : exemple avec l’aspirine et la morphine. Les composés d’origine naturelle et leurs variants représentent environ 70% de la pharmacopée moderne. ( Weil, 2004)

Une autre phase essentielle dans la mise au point d’un médicament est celle des essais : les compagnies pharmaceutiques testent les nouvelles molécules sur des animaux ( processus du screening=crible) et sur des cultures de cellules animales ou humaines in vitro ( dans du verre). Depuis 1960 des dizaines de milliers de molécules ont ainsi été passées au crible. Depuis les années 1980 tous les espoirs vont vers la compréhension du génome. Des centaines de milliards ont été ainsi investis mais les résultats sont décevants.  Beaucoup de nouveaux médicaments sont des variantes plus chères de produits existants. Les firmes consacrent d’énormes sommes à la publicité et promotion d’un nouveau médicament. De larges rétributions sont versées à des scientifiques pour qu’ils signent des articles ou mettent leur nom associé à des études qu’ils n’ont pas menées. ( Boseley, 2002- article Guardian). En 2009, 14000 femmes atteintes d’un cancer du sein suite à traitement par le Pempro ( thérapie de substitution hormonale (TSH) ont poursuivi le fabricant, la firme Wyeth. Lors du procès il est apparu il est apparu que nombre d’articles favorables avaient été écrits par la société de communication médicale Design Write qui écrivait un premier jet supervisé par Wyet puis envoyé à l’universitaire qui apparaîtrait comme son « auteur » n dans la revue académique. Les compagnies exercent aussi une grande influence sur les gouvernements et la recherche publique à travers le lobbying. Aux Etats Unis, par exemple,  entre 98 et 2004 les sociétés de lobbying pharmaceutique ont dépensé 900 millions de dollars. Il est évidemment dans l’intérêt des groupes pharmaceutiques de vendre autant de médicaments que possible et aussi cher que possible. Les industries pharmaceutiques ont une influence énorme sur le système médical tout entier.

L’effet placebo et le pouvoir de l’espoir ( 435-442)

Le fait que les attitudes et attentes des chercheurs puissent influencer le résultat d’une expérience a été amplement démontré ( Rosenthal, 1976).

Il a été établi que le placebo avait souvent les mêmes effets que le médicament testé, quoique généralement à un degré moindre. L’effet semble le plus fort quand patient et médecin croient que le médicament est un nouveau traitement puissant.

Lors de plusieurs essais cliniques l’antidépresseur Prozac s’était montré légèrement supérieur au placebo et a reçu, de ce fait l’autorisation de mise sur le marché générant des revenus annuels qui dépassent 2 milliards de dollars. Mais le Prozac avait des effets secondaires bien connus telles que nausées et insomnies. Ces effets auraient pu permettre de détecter le placebo et de réduire ainsi l’effet de ce dernier. En effet 80% des patients et 87% des médecins interrogés ont donné la bonne réponse sur l’interrogation de savoir si le médicament administré était le Prozac ou le placebo.

De même une étude contre placebo relative à une opération chirurgicale révéla que la fausse opération fonctionnait pratiquement aussi bien que la vraie.( Evans, 2003 )

Le problème de l’effet placebo a pris une autre dimension aux US depuis 2009 , année où on a pris conscience que le phénomène augmentait.

Si le matérialisme avait raison en médecine, l’effet placebo ne devrait pas exister. Le stress, l’anxiété , la dépression bloquent l’activité du système immunitaire et le rendent moins apte à résister aux maladies.

L’effet placebo montre que la santé et la maladie ne sont pas une affaire de physique et chimie. Elle dépendent aussi de l’espoir, du sens, de la croyance.

Cloques hypnotiques et « quitteurs » de gale (443-446)

Par suggestion on peut orienter les pensées et les sentiments de quelqu’un. L’hypnose peut donner des résultats particulièrement frappants. Un professeur à Cambridge prenant l’un de nous comme cobaye lui dit qu’il menait une enquête sur la réaction cutanée à la chaleur. Prenant le bout rond d’un crayon qu’il dit être une cigarette allumée il déclencha d’abord des rougeurs sur la peau puis une cloque apparut au point de contact. Ce sont les nerfs contrôlant les petites artères qui provoquent cette brûlure.

L’hypnose peut aussi produire des « guérisons miracles » comme le cas de ce jeune londonien dans les années 1950. Né avec une peau épaisse de couleur sombre son corps se couvrait en grandissant d’une enveloppe squameuse et noire. Les traitements prodigués dans les meilleurs hôpitaux de produisirent aucun résultat. Albert Mason, un jeune médecin intéressé par l’hypnose lui dit : « ton bras gauche va guérir ». Cinq jours plus tard les symptômes de guérison apparurent : la peau squameuse tomba remplacée par une peau rose et lisse. Mason parvint à guérir une par une les autres parties du corps. Trois ans plus tard il n’y avait pas de rechute.

L’influence psychique est souvent efficace contre la gale et différents procédés ont abouti à des résultats.

De nombreuses  études ont montré que les personnes ayant une religion, et quelque soit celle-ci, vivent plus longtemps avec moins de dépression que les gens sans foi religieuse.

Les effets du mode vie , du réseau social et des pratiques spirituelles (446-450)

Tout le monde est d’accord : notre santé est affectée par nos habitudes et modes de vie. Le lien entre fumer et contracter un cancer du poumon en donne l’exemple le plus clair. Jusque dans les années 1950, la plupart des gens ne connaissaient pas ce lien. L’éducation aux dangers du tabac, les restrictions à sa publicité et l’interdiction de fumer dans les espaces publics ont contribué à la baisse du nombre de fumeurs. Chez les hommes, au Royaume-Uni , l’incidence de ce cancer a atteint son maximum en 1970 pour diminuer en 2011 de 45% .

Enhardi par ce succès les responsables des politiques de santé ont adopté la « responsabilité sociale » de la maladie et de l’appliquer aux maladies cardiaques, puis récemment à l’épidémie d’obésité. Ils ont, avec raison, insisté sur l’importance d’une alimentation équilibrée. Plus de 2 milliards de personnes se trouvent en surcharge pondérale dont 500 millions sont considérés comme obèses.

Les approches socio-économiques de la médecine montrent que l’approche matérialiste est bien trop limitée. Beaucoup d’autre preuves démontrent que la santé est influencée par les facteurs sociaux, spirituels et émotionnels. Des études montrent que les hommes survivent mieux à une opération des coronaires si ils sont mariés ou vivent en concubinage, de même si ils ont un animal domestique.

Des études aux US  ont établi que les gens ayant une religion vivent plus longtemps en bonne santé et moins de dépression que les gens sans foi religieuse. ( Koenig,2008) ( cf aussi Cairn )

Des changements dans la pensée officielle (450- 452)

Michael Crow Président de l’Université d’Arizona et figure de la haute administration scientifique  a publié en 2011 dans Nature un article dans lequel il proposait une révision complète des organes de santé gouvernementaux américains dont la plus grande part du budget annuel de 30 milliards est affecté aux aspects moléculaires et génétiques des maladies.

Des changement d’optique comparables ont lieu dans d’autres pays. Un rapport publié en 2010 en Grande-Bretagne insistait sur les facteurs sociaux affectant la santé et proposait des réformes audacieuses.

Les théories alternatives et complémentaires (452-455)

En dépit des résultats de la médecine allopathique on assiste à une explosion de la popularité des médecines alternatives depuis les années 1980 notamment par le fait que les praticiens alternatifs consacrent plus de temps à leurs patients.

Les thérapies alternatives et complémentaires sont nombreuses et variées. Certaines sont apparues au XIX ième siècle en réaction à la médecine orthodoxe : homéopathie, naturopathie ou chiropraxie. Puis arrivèrent divers traitements fondés sur le mental ou la religion : voyages à Lourdes, séances de guérison évangéliques aux US. Il existe aussi beaucoup de thérapies venant d’autres régions du monde : guérisons chamaniques, médecine ayurvédique, médecine traditionnelle chinoise.

La plupart de ces thérapies étaient fondées sur des systèmes de pensée non matérialiste.

Médecine fondée sur la preuve et recherche comparative ( 455-459)

On suppose souvent que les seuls essais cliniques valables scientifiquement sont les études contrôlées en double aveugle et avec placebo , « l’étalon -or » méthodologique.

Le meilleur moyen de répondre serait de comparer honnêtement les différents traitement et de répondre à la question : qu’est ce qui marche ?

L’un des problèmes avec la médecine mécaniste, c’est son étroitesse de vue , son obsession des méthodes médicamenteuses  et chirurgicales à l’exclusion de toutes les autres. Depuis des décennies , la vision matérialiste du monde a nourri la façon d’enseigner la médecine , biaisé le financement de la recherche.

Fantasme d’immortalité ( 459-462)

Il existe une tension au coeur de la médecine moderne entre les espoirs réalistes qu’elle peut offrir et le rêve d’immortalité physique. Ce rêve était    influent aux premières années de l’URSS avec l’idée de « fabriquer des dieux ». Par la science, l’humanité deviendrait toute puissante.

Aujourd’hui aux US plusieurs entreprises proposent des systèmes de réfrigération et conservation dans l’azote liquide , de cryogénisation dans l’attente de résurrection. En 2009, le futurologue Kurzweil déclarait que les humains pourraient être immortels dans 20 ans et pour bénéficier des avancées futures il absorbe 250 pilules par jour.( Hamilton, 2005)

Aux Etats-Unis 30% de Médicare l’organisme qui finance les dépenses des plus de 65 ans est consacré à la dernière année de vie et 78% de cette somme concerne les derniers mois.

Les soins palliatifs constituent une façon très différente d’approcher la mort. Ils se concentrent sur la réduction et prévention de la souffrance. Au lieu de voir la phase terminale comme un problème médical on prend soin des patients.

Qu’est-ce que cela change ?

Nous avons actuellement un système de santé étatique officiel cher influencé par de puissants groupes pharmaceutiques  en recherche de gros profits. Le rythme  des avancées s’est ralenti et le coût ne cesse d’augmenter.

Si le monopole matérialiste était levé des champs de recherche nouveaux pourraient être développés .

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