12. L’avenir de la science

Les sciences entrent dans une nouvelle phase. L’idéologie matérialiste qui a régné depuis le XIXième siècle est dépassé. Ses dix dogmes essentiels ont été invalidés et l’illusion de l’objectivité et le fantasme d’omniscience n’ont plus rien d’utile.

Une autre cause oblige les sciences à changer : la mondialisation. La science mécaniste et et l’idéologie matérialiste ont grandi en Europe sous l’influence des conflits religieux qui ont obsédé les Européens à partir du XVI ième siècle.

En 2011, les dépenses mondiales en recherche et développement scientifique et technologique ont dépassé 1000 milliards de dollars dont 100 milliards pour la Chine (Royal Society, 2011)

En 2007, l’Inde a décerné 2,5 millions de licences ès sciences  et diplômes d’ingénieurs équivalents, la Cine 1,5 millions contre 515 000 aux Etats-Unis et 100 000 au Royaume -Uni ( chiffres 2005 Royal Society). La même année presque 1/3 des doctorants en sciences et en ingénierie aux Us étaient étrangers avec une majorité d’Indiens, de Chinois et de Coréens.

Pourtant, l’idéologie matérialiste née de leur passé européen continue d’accompagner l’enseignement des sciences en Asie, Afrique et pays musulmans. Le matérialisme tient son pouvoir de persuasion des applications techniques de la science mais ces succès ne prouvent pas que son idéologie soit la vérité.

La « science » a cédé la place aux « sciences ».

D’une science unique à des sciences multiples ( 512-517)

La science mécaniste a semblé fournir une vision du monde simple et unifiée. Tout était fait de particules ultimes de matière dont les propriétés étaient gouvernées par des lois mathématiques éternelles. Les physiciens s’efforcent toujours de trouver la théorie du Tout. Tout pourra alors être finalement réduit à la physique.

Cette croyance naïve et dépassée n’a rien à voir avec la réalité des sciences. Cette vision de la réalité est exprimée par le physicien John Ziman :  » A chaque niveau plus élevé de complexité, depuis les particules élémentaires et molécules chimiques jusqu’à l’être humain conscient et ses institutions culturelles, en passant par tous les organismes unicellulaires et pluricellulaires, nous trouvons des systèmes obéissant à des principes à chaque fois entièrement nouveaux. Les comportements de ces systèmes ne peuvent être prévus à partir de leurs constituants, il faut pour les décrire scientifiquement un nouveau « langage » pour chacun. La pluralité de nos sciences est une caractéristique irréductible de notre univers. (Zyman, 2003)

Il y a beaucoup de sciences et beaucoup de natures. Il n’y a pas de méthode scientifique : différentes sciences utilisent différentes méthodes. (Feyerabend, 2010). Certaines sciences impliquent de faire des expériences, d’autres non : un astronome ne peut manipuler une étoile. Certaines sciences font largement appel aux mathématiques comme la physique théorique, d’autres n’en ont que faire comme la taxanomie des libellules.

Les étudiants acquièrent leurs idées sur la nature de la réalité en assimilant des suppositions véhiculées par des articles de vulgarisation. Par exemple, la plupart des neuroscientifiques prennent pour acquis que l’esprit est à l’intérieur du cerveau et que les souvenirs existent sous forme matérielle. Ces affirmations font partie du paradigme standard et du consensus, protégées par des tabous contre toute pensée déviante.

On dit qu’un spécialiste est quelqu’un qui en sait de plus en plus sur de moins en moins de choses. Il existe aujourd’hui des centaines de spécialisations scientifiques toutes pourvues de leurs associations professionnelles, publications, colloques et conférences. En 2011, on comptait environ 25000 revues scientifiques (Royal Society, 2011)

Par défaut, la vieille idéologie matérialiste, physicaliste, reste indiscutée. L’un de ses effets est de placer la physique au sommet de la hiérarchie scientifique puisque le physicalisme affirme par définition que tout, en dernier ressort, est explicable en termes physiques.

Physicalisme et physique ( 517-520)

Les physiciens aiment penser que leur discipline est la plus fondamentale car elle unifie toutes les autres.Ses deux théories les plus fondamentales – la mécanique quantique et la théorie de la relativité générale sont incompatibles. La  relativité générale décrit la gravitation et s’applique aux structures à grande échelle et la mécanique quantique décrit les trois autres forces fondamentales : électromagnétisme, forces nucléaires forte et faible. La théorie des super-cordes et la théorie M avec leur dix ou onze dimensions respectives n’unifient pas véritablement la physique mais génèrent de multiples univers dont aucun ormis le nôtre n’est observable.

La physique ne peut prétendre à la primauté absolue car Tout est lié, rien n’est isolé de tout le reste. L’interdépendance règne entre toutes les choses et entre les niveaux d’organisation. Philosophie matérialiste et primauté de la physique vont de pair. Les sciences ont besoin de principes unificateurs mais ceux-ci n’ont pas à venir de la physique seule.

Principes unificateurs ( 521-522)

Comme il existe en physique des principes unificateurs tels les forces, les champs, les flux d’énergie il existe un principe d’organisation dans les hiérarchies imbriquées. A chaque niveau les holons, systèmes organiques sont des tout faits de parties elles-mêmes faites de parties.

L’hypothèse de la résonance morphique fournit un autre principe unificateur : tous les systèmes auto-organisés puisent dans la mémoire collective des systèmes qui leur sont similaires.

L’autorité scientifique ( 522-526)

Le problème avec l’autorité de la science , c’est que le désaccord et le débat sont pour elle une menace. Le besoin de préserver son autorité pousse à dissimuler les dissensions. Même la théorie de Thomas Kuhn sur la révolution scientifique comme changement de paradigme préserve l’image de l’autorité établie. Lors d’une révolution scientifique , un nouveau consensus remplace l’ancien.  Des idées préalablement révolutionnaires deviennent la nouvelle orthodoxie. Il n’y a qu’en science que l’on trouve cette culture de monopole de l’universalité et de l’autorité absolue que l’Eglise catholique prétendait détenir autrefois.

Au XVII ième et XVIII ième  siècle alors que l’Europe occidentale était déchirée par les conflits entre catholiques et protestants les idéaux de la science et de la raison semblaient dessiner un chemin vers la vérité s’élevant au-dessus des disputes sectaires. Les lumières ont émergé de ce respect pour la science et le pouvoir de la raison liée à, une attitude condescendante envers la religion. Comme l’a écrit John Brooke , la science n’était pas seulement respectée pour ses résultats mais en tant que façon de penser. Elle offrait la perspective lumineuse d’une correction des erreurs passées notamment par son pouvoir dans la lute contre la superstition. Ce sont souvent des penseurs ayant un programme politique ou social qui ont transformé les sciences en une force séculière dressée contre le pouvoir clérical.  ( Brooke, 1991)

Les scientifiques ont prétendu pouvoir atteindre la vérité absolue en regardant le monde en observateurs objectifs extérieurs. ( Fara, 2009). Selon cette image d’Epinal, les scientifiques échappent aux faiblesses humaines. Ils ont un accès direct à la vérité. Ils sont uniquement objectifs.

Cette mentalité autoritaire s’exerce avec le plus d’évidence dans l’approche des des phénomènes parapsychiques et de la médecine alternative traits comme des hérésies. Des inquisiteurs auto-proclamés tel le Committee for Skeptical Inquiry tentent de s’assurer que ces sujets seront pris à la légère dans les médias respectables.

En médecine seule la médecine allopathique est qualifiée de scientifique alors qu’il existe de nombreux systèmes médicaux.

Je suis tout entier pour la science et la raison si elles sont scientifiques et raisonnables.Mais je me refuse à exonérer les scientifiques et le matérialisme de la pensée critique et de l’enquête sceptique. Nous avons besoin d’éclairer les Lumières. ( Krönig, 1992)

Débats scientifiques et dialogue (526-529)

L’introduction de la culture du débat dans les institutions scientifiques serait un ingrédient important d’un processus de réforme. Débattre ne fait pas partie de la culture en science. Chacun des 10 dogmes des sciences exposés au début du livre ferait un excellent sujet de débat. De même tout les décisions pratiques comme celles des domaines de recherche à financer.

Selon mon expérience , les dialogues les plus productifs ont lieu entre 2 ou 3 personnes.

 

Participation publique au financement de la science (529-534)

La science a toujours été élitiste et antidémocratique mais elle devient aussi actuellement de plus en plus hiérarchisée. L’indépendance de Charles Darwin est rare aujourd’hui et les comités de financement déterminent ce qui pourra arriver en recherche.

En 2000, une étude sur l’opinion publique envers la science , financée par l’Etat a révélé que la plupart des gens pensaient que la science est dirigée par le monde des affaires.

Plus les sources de financement sont diverses , plus la liberté des sciences est grande. Il existe heureusement toute une gamme de sources non gouvernementales allant des entreprises aux fondations.

Apprendre des autres cultures ( 534-541)

Pendant des siècles, scientifiques et personnes cultivées d’Occident on rejeté le savoir chamanique considéré comme primitif, animiste, ou superstitieux. Les chamanes disent eux-mêmes depuis toujours que la connaissance pour soigner leur vient des « plantes qui enseignent  » ( Shannon, 2002). Le savoir chamanique voit dans chaque chose un quelqu’un sujet. La forme de l’autre est la personne. Attribuer une âme aux animaux et aux autres êtres dits naturels entraîne une façon très spécifique d’interagir avec eux.( Viveiros de Castro, 2004)

Les choses évoluent et il y a aujourd’hui beaucoup de professeurs de méditation, principalement ancrés dans la tradition bouddhiste ou hindouiste et certains scientifiques ont commencé à explorer leur propre esprit par eux-mêmes.( Horgan, 2003)

La médecine reconnaît de plus en plus les effets de la croyance sur la guérison comme le montre l’effet placebo et les études sur le  biofeedback montrent que l’on peut apprendre un contrôle mental sur la pression sanguine et d’autres processus physiologiques normalement inconscients.

Ces performances ne sont pas grand chose comparées aux exploits des yogis indiens notamment sur leur système digestif ou sanguin. Le contrôle de la respiration étant le principal moyen d’acquérir ces capacités.

Par arrogance et snobisme, la plupart des gens ayant une culture scientifique se sentent supérieurs à ceux qui n’en ont pas. Les anthropologues comme James Frazer pensaient que  les croyances humaines progressent en 3 étapes : l’animisme, la religion, la science.

Un nouveau dialogue avec les religions ( 541-545)

A mesure que les sciences se libèrent du matérialisme , de nombreuses possibilités nouvelles apparaissent dont beaucoup concernent le dialogue avec les religions.

Les statistiques montrent que les personnes ayant une pratique religieuse régulière ont tendance à vivre plus longtemps, en meilleures santé et avec moins de dépressions que les autres.

Si les organismes de tous niveaux de complexité sont en un certain sens rendus vivants par leurs propres intentions, alors la Terre, le système solaire, notre galaxie ont leurs propres vies et intentions.

L’univers entier sans doute. Le processus d’évolution cosmique aurait alors des intentions et des fins intrinsèques et le cosmos un esprit ou une conscience.

Cet esprit cosmique est-il Dieu ou équivalent à Dieu ? Seulement si l’on conçoit Dieu dans un esprit panthéiste comme âme ou esprit de l’univers ou de la nature. Le théologien du début du christianisme  Origène, par exemple, voyait l’âme du monde dans le Logos. Le Logos était un aspect de Dieu et non Dieu lui-même.

L’univers évolue, théâtre d’une permanente créativité. La créativité ne se limite pas aux origine de l’univers comme pour le déisme. Dans un univers évolutif et créatif, il n’y a aucune raison pour que l’apparition de la matière et d’énergie soit limitée au tout premier instant comme dans la théorie du Big Bang. Certains cosmologues soutiennent que l’expansion de l’univers est soutenue par la création permanente « d’énergie noire » due au champ de gravitation universelle ou à un « champ de quintessence » -cf ch. 2-

Si les lois de la nature sont davantage des habitudes que des lois, si le monde naturel possède sa propre mémoire intrinsèque quel lien sera a-t-il avec la notion de karma du bouddhisme et de l’hindouisme ?

Si l’esprit humain n’est pas limité au cerveau comment entre -t-il en relation avec l’esprit des systèmes d’organisation de niveau supérieur tels que le système solaire, la galaxie, l’univers et l’esprit de Dieu ?

Si des esprits humains peuvent individuellement et collectivement entrer en contact avec des esprits de niveau supérieur dans quelle mesure peuvent-ils influencer le processus d’évolution ou être influencés par la volonté divine ?

Toutes les traditions religieuses datent de l’ère pré-scientifique.

Questions ouvertes ( 545-547)

A mesure que les tabous matérialistes perdent leur force, de nouvelles questions scientifiques peuvent être posées et souhaitons-le résolues.

Tout au long de ce livre j’ai suggéré de nouvelles pistes de recherche.

Il existe aujourd’hui plus de 7 millions de chercheurs dans le monde. Je propose de consacrer une petite partie  des ressources à explorer de nouvelles questions.

Le programme matérialiste a été libérateur et enthousiasmant il est aujourd’hui déprimant. Ceux qui y adhèrent nient leur propre expérience et se sont coupés de toute tradition spirituelle ou religieuse et ont tendance à souffrir d’un sentiment d’isolement et de retrait.

Il reste beaucoup à découvrir ou redécouvrir, sagesse incluse.