Regards vers le vivant, regards vers la Vie

Le je-ne-sais-quoi et le presque rien

1ier mars 1981

Vladimir Jankélévitch 

La métaphysique du « je ne sais quoi » et du « presque rien »

Vladimir Jankélévitch est, à la suite de Bergson, le philosophe du devenir, qu’il veut surprendre « sur le fait », « en train de » devenir, en flagrant délit, en équilibre sur la fine pointe de l’instant10 ! Qu’il parle de la mort, de la liberté, de l’intention, de l’intuition, de l’acte, et finalement de l’amour, il tente d’encercler l’instant au plus près et des deux côtés (avant, dans le « pas encore », et après, dans le « jamais plus », qui ne sont pas symétriques), tout en rappelant sans cesse que c’est impossible.

Il a d’ailleurs été désigné par Bergson, avec Jean Guitton, comme l’héritier de sa pensée.

Dans la continuité de l’intervalle qui conduit à cet instant, tout est possible et l’être « s’arrondit » sur ce capital en espérance, sur cette potentialité : il est bien question de liberté, d’intuition, de création, d’amour, mais de loin et à la troisième personne (surtout dans le cas de la mort). Après, dans l’autosatisfaction du fait accompli, l’être se reforme autour de son égoïté, de ses souvenirs teintés de complaisance et de nostalgie : de mort, de liberté, d’amour, il n’est déjà plus question. Mais il reste de cet instant brèvissime, de ce « presque rien » où l’être s’est amenuisé jusqu’à n’être presque plus rien pour aimer, un « je ne sais quoi » qui traîne dans l’atmosphère, comme un charme, et rien ne sera plus comme avant.

Il est le chantre de la transcendance quotidienne, le philosophe mystique, puisqu’il dit emprunter cette expression « je-ne-sais-quoi » à saint Jean de la Croix lui-même qu’il cite d’ailleurs abondamment sans en partager la foi, ce saut dans l’inconnu. Le seul saut qu’il a expérimenté est celui de l’instant quel qu’il soit, celui de l’amour ou, par exemple, celui de la tentation : il décrit, comme seul peut le faire quiconque l’a expérimenté, le pécheur encore en équilibre, entraîné vers l’avant et retenu vers l’arrière, « en train » de basculer.

Sa conception de la liberté n’est pas statique, figée dans un état de conscience mais dynamique et progression constante vers un au-delà de conscience toujours à conquérir: « la liberté c’est de rester fidèle à la prise de conscience elle-même, laquelle n’est pas un exposant, ni un cryptogramme, mais un dynamisme et une mobilité ».

Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien

1. La manière et l’occasion

 » Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Titre énigmatique… Quelque chose – ou presque rien – reste hors prise et remet la pensée en mouvement.  »

Marcel Neusch, La Croix

 » Une voix merveilleuse, une des plus précieuses et des plus singulières de notre temps.  »

Catherine Clément, Le Matin

 » Jamais on n’a écrit de philosophie comme ça.  »

Michèle Le Doeuff, Libération

 » Moraliste actuel, à la mesure des inquiétudes de notre temps, de ses urgences…  »

Christian Delacampagne, Le Monde

Vladimir Jankélévitch (1903-1985)

Philosophe et musicologue, il est l’auteur d’une œuvre considérable, traduite dans le monde entier.

 

2. La méconnaissance. Le malentendu

 » La lueur timide et fugitive, l’instant-éclair, le silence, les signes évasifs – c’est sous cette forme que choisissent de se faire connaître les choses les plus importantes de la vie. Il n’est pas facile de surprendre la lueur infiniment douteuse, ni d’en comprendre le sens. Cette lueur est la lumière clignotante de l’entrevision dans laquelle le méconnu soudainement se reconnaît. Plus impalpable que le dernier soupir de Mélisande, la lueur mystérieuse ressemble à un souffle léger…  »

V. J.

Vladimir Jankélévitch (1903-1985)

Philosophe et musicologue, il est l’auteur d’une œuvre considérable, traduite dans le monde entier.

16 mars 2000

Pourquoi parler aujourd’hui de ce philosophe ? Parce qu’il nous offre une pensée résonante de sens et riche d’enseignements et d’ouvertures. Pourtant il ne dispense aucun savoir, son objet étant un je-ne-sais-quoi, un presque-rien. Le pages de ce travail sont nées de cette aporie : à savoir de l’écart existant entre ce que l’on sait superficiellement de ce philosophe et la profonde originalité de son message. Jankélévitch nous parle d’un « lieu » qui n’est déjà plus tout à fait le nôtre, apparu dans le sillage de la moderne séparation du « sujet » et de « l’objet ». En réalité au-delà du cartésianisme, du kantisme, du nihilisme et même du postmodernisme, il annonce une nouvelle ère celle du « lien » retrouvé et d’une joie possible. Notre propos n’est donc pas en premier lieu critique. Avant de critiquer, il faut comprendre. Il n’est pas non plus historique. Notre désir est de parler de la philosophie de Jankélévitch dans une perspective existentielle et spirituelle, en mettant à jour les chemins par lesquels elle peut se faire vivante et enrichissante, mais aussi d’en parler selon ce mouvement des profondeurs qui prend aujourd’hui de l’essor parce qu’il répond à une exigence secrète de notre époque : c’est qu’il en va de la possibilité même d’exister, de se réaliser, de partager, donc du sens. Aborder la philosophie de Jankélévitch d’une manière globale selon ses sources, son sens et ses enjeux, tel est le propos de cet ouvrage, le premier de ce type. L’auteur l’a conçu dans la conscience d’un décalage à combler entre ce que l’on sait de cette philosophie et la nouveauté, l’audace, l’ouverture de ce qu’elle donne à entrevoir pour peu que l’on prenne la peine de « l’écouter ». Cette parole est faite pour s’adresser à notre perplexité désenchantée en ouvrant au lecteur des perspectives neuves parfois oubliées. Souvent rapidement classé dans le domaine marginal de l’ineffable, en tant que chantre du « je-ne-sais-quoi » et du « presque-rien », Jankélévitch a charmé, intrigué, fasciné, mais a-t-on saisi la portée socratique d’un message invitant chacun à accoucher de la vérité ? L’auteur de ce livre qui désirait mettre à jour la fécondité existentielle et spirituelle de cette philosophie, a privilégié une méthode heuristique et non pas historique ou critique au sens courant de ces termes. Il s’est agi de redessiner les chemins par lesquels Jankélévitch nous invite à conquérir nos vrais domaines et avec eux notre joie. L’enjeu est de réconcilier la philosophie devenue abstraite avec la plénitude du réel. Voilà qui concerne à la fois l’avenir de la philosophie et celui de nos existences, celles-ci n’accédant à leurs plus hautes possibilités que dans la perspective du sens. »

 

Le Temps.ch

 

 

 

Itinéraire de l’égarement

Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine

1 ier octobre 2003

Olivier Rey      polytechnicien, mathématicien , développe une réflexion critique sur la science dans la société moderne. Il appartient depuis 2009 à la section philosophie du CNRS.

L’idéal moderne de liberté, l’affranchissement de la tradition pour mener sa vie propre et pour être soi-même ; comment cela a-t-il pu déchoir en liberté de choisir le lieu de ses prochaines vacances ?

Les questions de fond – la vie telle qu’on aimerait vraiment la vivre, le sens d’une existence humaine – disparaissent de l’horizon.

Comment en sommes-nous arrivés à cette insignifiance ? Comment avons-nous pu à ce point nous fourvoyer ? La chose paraît si incompréhensible qu’elle nous invite à parcourir à nouveau le chemin, comme lorsqu’on a perdu ses clés et qu’on repasse dans sa tête faits et gestes pour se souvenir où on les a posées. Alors on se heurte à ce fait massif : la science moderne a peu à peu capté l’essentiel des forces spirituelles et matérielles de la culture occidentale. Mais pourquoi l’Europe s’est-elle lancée à corps perdu dans l’aventure scientifique, du temps où la science ne servait pratiquement à rien ? Pourquoi Pascal, plein d’éloignement pour la science après sa conversion, reprit sous l’empire d’une rage de dents l’étude de la cycloïde ? Pourquoi Rousseau, à Venise, fit fiasco auprès de la prostituée Julietta au téton manquant, et pourquoi celle-ci lui conseilla de faire des mathématiques ?

Pour quelle raison, aujourd’hui, certains biologistes tiennent si fort à ce que l’homme soit une simple machine à survie pour ses gènes, ou une machine neuronale. Quels sont les rapports ambigus entre l’individu autonome, libre, et la pensée objectivante qui nie son autonomie et sa liberté ? Que demande-t-on ultimement à la science ?

C’est de telles questions que ce livre, en suivant pas à pas l’itinéraire de l’égarement, cherche à répondre.

La Terre comme soi-même: Repères pour une écospiritualité. 

11 février 2012 -préface Pierre Rabhi

Michel Maxime Egger sur Trilogies

De confession chrétienne orthodoxe, Michel Maxime Egger développe dans ce livre les fondements d’une écospiritualité capable d’inverser la dérive actuelle vers les destructions de la planète. Contre la modernité qui a installé un dualisme dangereux à l’origine de l’irrespect mortel de l’humain à l’égard de la nature, l’auteur propose une resacralisation de notre rapport à la création. En relisant les grands axes de la tradition orthodoxe, il souligne l’unité fondamentale existant entre l’humain, le cosmique et le divin qui conduit non seulement à préserver la nature, mais aussi à la célébrer et à favoriser son accomplissement. Concrètement, il s’agit d’acquérir une autre forme de connaissance, d’opérer une transformation intérieure, de réhabiliter les valeurs féminines, d’expérimenter de nouvelles ascèses et de s’engager concrètement dans le monde.

La Haine de la Nature

6 septembre 2012

 

Christian Godin enseigne la philosophie à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Il  collabore à différents journaux ou périodiques (Marianne, Le Magazine littéraire, Sciences et avenir, etc.) Il est également connu pour ses multiples ouvrages pédagogiques.

Ce essai tragique est dédié à tous ceux qui, dans le monde, s’efforcent de le maintenir en un état humainement vivable pour les générations futures.

 

L’homme moderne est en réalité travaillé par une passion sourde, inavouable et inadmissible, qui est son mépris et même sa haine de la nature…

Les gens ont intégré psychiquement l’idée que la nature est un ennemi à vaincre dans un combat perpétuel…

La fin de la nature est allée de paire avec celle de la poésie… Seul Heidegger en a pris toute la mesure. Désormais la nature n’est plus un espace de rêve mais un champ d’action.

Albert Camus a observé que la littérature ne décrit plus de paysage depuis Dostoïevsky. On peut dire dans le même sens que la peinture ne peint plus de paysage depuis Cézanne. La chanson et le cinéma contemporains ignorent systématiquement la nature…Au cinéma la nature ne sert plus que de décors…. Le cosmos contemporain n’est plus celui qu’inventa Pythagore – il n’évoque plus tant l’ordre des astres que les supposées prouesses de la technique et de la science-fiction. Les grands courants philosophiques contemporains – phénoménologie, existentialisme, philosophie analytique, structuralisme, déconstructionnisme, postmodernisme se signalent par un oubli presque total des astres, des plantes et des animaux.

La pensée tend à ne reconnaître d’autres supériorités qu’en elle. La dématérialisation de l’économie conduit à un éloignement toujours plus grand vis-à-vis de la nature.

C’est le mépris de la réalité qui rend possible le changement du monde et l’élévation de l’artifice humain au rang d’absolu.

En s’arrogeant le privilège du fairel’homo économicus a réduit la nature à un  cadre inerte, espace vide et matière informe, taillable et corvéable à merci-tournant ainsi le dos à la conception millénaire d’une nature féconde et nourricière.

Aujourd’hui nous voyons les Etats, par faiblesse, se coucher devant les puissances tyranniques de l’économie.

L’homme d’aujourd’hui a perdu le sens de la  totalité.

En trente ans le changement du paysage de la planète va dans un seul sens : celui de la dévastation.

Le monde humain devient inhumain à partir du moment où il n’est plus qu’humain.

La Terre a  connu déjà cinq extinctions massives dont la plus connue, la dernière, au début de l’ère tertiaire il y a 65 millions d’années. Nombre de spécialistes pensent que nous sommes en train d’assister à une sixième extinction provoquée par l’homme. Au XVI ième siècle une espèce animale disparaissait tous les siècles, en 1900 c’était une par an et aujourd’hui plusieurs par heure.

La volonté de puissance qui est le moteur de l’histoire humaine surtout depuis cinq siècles, va irrésistiblement dans le sens de la destruction de la nature.

L’homme moderne idéalisait son origine qu’il voyait comme pure et parfaite. Mais l’homme moderne est mort et l’homme postmoderne qui l’a remplacé cultive l’artificiel, le contraint, l’inquiétant, l’anormal, le monstrueux.

Soigner l’esprit, guérir la Terre

15 avril 2015

Michel Maxime Egger sur Trilogie

Cet ouvrage fait découvrir un mouvement clé et très peu connu en Europe continentale : l’écopsychologie. Il s’est cristallisé dans les années 1990 aux Etats-Unis et développé essentiellement dans le monde anglo-saxon. Transdisciplinaire, inspirée par les traditions premières, l’écopsychologie estime que, pour répondre en profondeur à la crise environnementale, l’écologie et la psychologie ont besoin l’une de l’autre. Elle montre comment sortir du déni et de l’impuissance, traite à la racine l’aliénation de l’humanité envers son habitat naturel, qui ne serait pas étrangère aux formes d’addiction à la consommation. Elle propose un changement du regard, à travers les idées fécondes de moi et d’inconscient écologiques, qui réinscrivent la psyché humaine dans la Terre et sa mémoire. Il en résulte des thérapies prometteuses qui ouvrent la porte pour s’immerger dans la nature sauvage, interpréter autrement les rêves et coopérer avec les animaux. Un champ d’intervention primordial est l’éducation, qui doit permettre à l’enfant de se construire une identité en interrelation non seulement avec les autres humains, mais aussi avec la toile de la vie. L’ouvrage offre une synthèse de l’écopsychologie, de son histoire et de ses enjeux, agrémenté de portraits de quelques grandes figures : Carl G. Jung, Paul Shepard, Theodore Roszak et Joanna Macy.

Ecospiritualité

17 avril 2018

 

sociologue, écothéologien et acteur engagé de la société civile, Michel Maxime Egger est l’auteur d’essais sur l’écospiritualité et l’écopsychologie : La Terre comme soi-même (Labor et Fides, 2012), Soigner l’esprit, guérir la Terre (Labor et Fides, 2015), Ecopsychologie (Jouvence, 2017).
Il a fondé et anime le réseau « Trilogies – entre le cosmos, l’humain et le divin » ( pour mettre en dialogue cheminements spirituels, grands enjeux de notre temps et engagements écocitoyens. Il est également responsable d’un laboratoire sur la transition intérieure à l’ONG suisse Pain pour le prochain, et il codirige la collection « Fondations écologiques » chez Labor et Fides.

« Méta-écologie » affirmant que l’écologie et la spiritualité forment un tout, parce que sans une nouvelle conscience et un sens du sacré, il ne sera pas possible de faire la paix avec la Terre.

S’ouvrir à la conscience d’une dimension de mystère qui échappe à notre compréhension, qui habite la nature et qui nous unit à la Terre : telle est la perspective défendue dans cet ouvrage pour construire un monde véritablement écologique, juste et résilient.

Selon Michel Maxime Egger, une double dynamique est en cours où convergent quête spirituelle et aspiration à des relations plus harmonieuses avec la Terre. Ainsi, il nous invite à redécouvrir la sacralité de la nature, à transformer votre cosmos intérieur et à développer des vertus écologiques comme la sobriété, la gratitude ou encore l’espérance. Avec à la clé une nouvelle manière de s’engager : le méditant-militant.

Un joli programme pour réenchanter nos relations avec la nature !

La Vie oubliée

26 avril 2018

Mahaut et Johannes Herrmann

Mahaut et Johannes Herrmann sont les pseudonymes de Marie et Cyrille Frey. Marie est journaliste spécialisée dans l’écologie et collabore à l’hebdomadaire La Vie et à la revue Limite. Cyrille est ornithologue et travaille pour le réseau LPO (Ligue de protection des oiseaux).

 

Fabien Vasseur, sur Eglise catholique.fr

Fiche de l’Observatoire Foi et culture (n°40) du mercredi 12 décembre 2018 sur l’ouvrage « La Vie oubliée, crise d’extinction : agir avant tout s’effondre » de Mahaut & Johannes Hermann.

On aurait tort de ne voir dans le petit ouvrage de Mahaut et Johannes Herrmann (1) qu’un énième opus de circonstance écologiste et chrétien dans le sillage de l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Quand bien même il s’inscrit dans ce sillage, les auteurs nous font craindre que celui-ci ne se soit déjà refermé dans l’indifférence générale – ce qu’ils appellent crûment « la retombée du soufflé de l’encyclique »… Certes, l’ouvrage a, comme d’autres, ses volets didactique, historico-politique, théologique et pratique, mais on ne saurait rester sourd au ton singulier qu’il offre. Peut-être est-ce l’écho assourdi de ces multiples chants d’oiseaux condamnés, que le membre actif de la LPO parvient à faire entendre entre les lignes, avant leur extinction, entre mille autres signes de cette « vie oubliée » que l’homme piétine, étouffe, empoisonne, extermine sans même s’en apercevoir. Il faut lire le premier chapitre déchirant, « La vie disparaît », pour se sentir interpellé comme un frère humain vivant, menacé au même titre que les batraciens, chauves-souris et autres insectes volants, par cet « effondrement de la biodiversité sans précédent » ; d’autant que le constat est clinique, monotone, devenu presque banal, pourrait-on dire, n’étaient les bouffées de mélancolie que lèvent « à notre porte » et « sous nos yeux », les observations comparées d’il y a seulement vingt ou dix ans !

L’ouvrage ne se contente pas de rappeler les aspects alarmants ni les causes humaines de la crise écologique générale dont nous sommes tous conscients : il suggère que la plupart des gens restent sceptiques ou incrédules devant la réalité concrète de ces phénomènes. De fait, il est à peine ici question du réchauffement climatique ; l’enjeu y est d’abord la menace pesant partout sur la « biodiversité fonctionnelle », grâce à laquelle, comme le martèle le pape François, « tout est lié ». Trop souvent oubliées, la richesse et l’interdépendance des écosystèmes sont à la fois une nécessité vitale absolue, y compris pour l’homme – qui ne saurait leur substituer d’alternative artificielle sérieuse – mais aussi une source d’émerveillement où, selon le Catéchisme de l’Église catholique, « les différentes créatures reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu ». Cette source, largement méconnue, semble n’avoir plus rien d’évident pour nous, car nous avons perdu contact avec la nature sauvage. L’homme se veut seul avec lui-même : « Notre monde se croit sans nature comme le monde de l’athée est sans Dieu. » C’est par là que les auteurs, à la suite de Laudato Si’, nous appellent à la conversion écologique, à un changement de regard, qui passe autant par un renouvellement de la spiritualité ou de la charité que par une adhésion rationnelle, utilitaire, à la « pensée systémique ».

L’ouvrage convoque, à titre de glorieux précurseurs, sainte Hildegarde de Bingen, saint François d’Assise ou saint Bonaventure, mais surtout cite longuement les trois derniers papes, estampillés « papes verts » : se trouve ici mis en valeur par maints détails leur enseignement, admirable de continuité, qui intègre avec toujours plus de radicalité le souci de la nature à la doctrine sociale de l’Église. De la « conscience écologique », révélatrice pour Jean-Paul II de la « crise morale de l’homme », à « l’écologie intégrale » de François, en passant par la sauvegarde de la Création comme « espace de l’alliance » chez Benoît XVI, se déploie une véritable théologie de la Création, qui fait justice de « l’anthropocentrisme déviant » par lequel l’homme, créé pour être l’intendant prudent de la terre que Dieu lui a confiée, s’est mué en tyran de la planète et pilleur de ses ressources jusqu’à l’absurde. « Il est temps aujourd’hui de descendre l’homme de ce funeste trône pour le replacer au centre du jardin. » C’est dire si le propos n’est pas ici celui d’un progressisme teinté de vague religiosité, mais d’un ressourcement théologique profond (2).

Mais – et ce n’est pas le moindre intérêt du livre – les auteurs ne cachent pas leurs doutes sur la traduction des bonnes intentions en actes, en particulier chez les catholiques français. « Protéger la biodiversité est-il le devoir d’un catholique ? » Deux exemples illustrent leur inquiétude. Le premier a trait à la méfiance longtemps entretenue par l’épiscopat envers la « mauvaise conscience » écologiste, qui tendrait à rabaisser l’homme au sein de la nature ou à prôner bientôt un « naturalisme planétaire », sinon un panthéisme (illustré notamment par la figure néo-païenne de « Gaïa » chez James Lovelock), même si la tendance s’est inversée depuis 2010 et la création du groupe de travail « Écologie et environnement » de la Conférence
des évêques (3). Le second exemple n’est autre que le malentendu persistant autour de l’écologie politique, que s’approprierait une gauche il est vrai fourvoyée dans des combats sociétaux qui ont peu à y voir, et snobée par une majorité de catholiques ancrés à droite. Les chiffres des derniers sondages ou de la dernière élection présidentielle traduiraient ainsi l’immobilisme politique des cathos, et les réticences profondes de certains d’entre eux à remettre en question les « dogmes » du capitalisme ou du progrès technologique, pourtant les premiers impliqués dans la dévastation en cours. Les Herrmann vont même jusqu’à regretter que la sauvegarde de la biodiversité n’attire pas dans la rue les mêmes foules ferventes que le combat contre le mariage pour tous. Ou encore : « Soyons pro-vie, soyons écologistes ! » Trait d’humour canonique, mais aussi réversible, semblent-ils suggérer, s’il est vrai que dans ces domaines la récupération n’est jamais loin. La « vie oubliée » ne saurait se fragmenter en victimisations ou en causes étrangères les unes aux autres. Seule une vision évangélique universelle peut nous aider à éviter ce piège : « C’est un même regard d’amour qui commande le soin aux frères et le soin aux autres créatures. »

(1) Pseudonymes de Marie et Cyrille Frey, qui ont co-écrit ce livre en couple. Marie est journaliste spécialisée dans l’écologie et collabore à l’hebdomadaire La Vie et à la revue Limite. Cyrille est ornithologue et travaille pour le réseau LPO (Ligue de protection des oiseaux).

(2) Les auteurs disent d’ailleurs s’inspirer en partie de la pensée du théologien Fabien Revol et de sa théorie de la « création continuée ».
(3) Plusieurs fois les auteurs rendent hommage à celui qui fut son président, l’évêque de Troyes, Mgr Marc Stenger.

Le crépuscule de l’Universel

13 février 2020
Chantal Delsol    née le  à Paris, est une philosophe et écrivaine française.

Nous avons cru que les droits de l’homme valaient partout et pour tous. Ils sont désormais dénoncés à l’extérieur par les autres civilisations et à l’intérieur même de nos démocraties. Comment penser cette crise ? Comment y répondre ? Comment maintenir l’idée de l’Universel ? Par l’une des grandes philosophes d’aujourd’hui.

Après la Seconde Guerre mondiale et la chute du mur de Berlin, nous avons cru à la victoire définitive de notre vision du monde, caractérisée par l’individualisme libéral, le cosmopolitisme et la démocratie des droits de l’homme. Mais depuis le tournant du siècle, plusieurs cultures mondiales s’opposent clairement et fermement aux principes occidentaux considérés jusque-là comme universels. La démocratie est décriée ou dégradée, et l’autocratie nommément défendue, en Chine et à Singapour, dans certains pays musulmans, en Russie. En outre, apparaissent au sein même de l’Occident des gouvernements dits populistes ou illibéraux, opposés au libéralisme et à l’individualisme postmodernes. Ce débat conflictuel déployé tant sur le plan occidental que sur le plan mondial traduit un nouvel assaut de la vision du monde traditionnelle, holiste, face à la vision progressiste et individualiste.
Des deux côtés fleurissent les excès. En Occident, l’humanisme classique transformé en humanitarisme. En face, des cultures parfois devenues des idéologisations de leurs traditions. C’est un énième épisode, mondialisé, de la discorde entre les modernes et les anti-modernes : ce qu’on a appelé au xxe siècle la  » guerre des dieux « .

François sarano, réconcilier les hommes avec la vie sauvage

22 janvier 2020

 

François Sarano en est convaincu : qui apprend à rencontrer la vie sauvage, qui prend le temps de se laisser apprivoiser par un cachalot, qui se montre bienveillant à l’égard du requin, aimera communiquer et partager avec les hommes et les femmes d’ici et d’ailleurs.

Plongeur professionnel et océanographe, il a pourtant commencé sa carrière près des pierres et des hommes, mais l’appel de l’océan a été plus fort, et l’amour de la plongée l’a rattrapé. Sa vie bascule un jour de 1985, quand il croise la route de Jacques-Yves Cousteau. Le voilà conseiller scientifique du commandant au bonnet rouge et chef d’expédition de la Calypso, à bord de laquelle il découvre l’océan et ses mystères pendant treize ans. Plus tard, il rejoint l’équipe de Jacques Perrin qui achève de le convaincre que le regard d’une baleine, la fulgurance des thons ou la cavalcade des dauphins en disent plus long sur la vie océanique que tous les chiffres du monde.

La vie sauvage comme source de quiétude, de sagesse et de concorde est au cœur de la philosophie et de la quête de François Sarano. Il a accepté de répondre à l’invitation de la journaliste Coralie Schaub pour une longue conversation, une plongée en eaux profondes dans ses pensées, son univers, son expérience. Un vagabondage guidé par son “étoile polaire”, son cap : réconcilier les humains avec la nature indomptée, puisque c’est au contact de celle-ci qu’Homo deviendra Sapiens et saura vivre en société, en paix.

François  Sarano : les cachalots, les requins, les baleines bleues et l’univers magique des océans

29 février 2020

Fançois Sarano est un océanographe et un plongeur exceptionnel. Depuis des décennies, il parcourt les mers du globe, accompagnant les expéditions de Jacques-Yves Cousteau, puis la réalisation du magnifique film de Jacques Perrin, « Océans ». Il vient de publier, avec Coralie Schaub, « Réconcilier les hommes avec la vie sauvage ».

Pour une écologie du sensible

29 janvier 2020

 

 

Eclaircir notre regard sur le vivant

Notre approche du vivant souffre d’oeillères et de biais. Nous restons prisonniers d’une distanciation de principe et demeurons attachés à des modèles de représentation fondés sur l’investigation de l’inerte. Les sciences de la vie pâtissent lourdement de l’absence de reconnaissance de la dimension sensible du vivant.

Promouvoir une écologie reconnaissant la dimension sensible du vivant

L’écologie nous convie à examiner comment les êtres vivants s’envisagent. C’est ce que j’ai étudié durant 20 ans, selon des modes d’investigation conventionnels, en ayant toutefois le sentiment de passer à côté des réalités… J’ai alors décidé d’enrichir mon approche par la philosophie et la poésie.

J’aspire à regarder le vivant par-delà le survol analytique que propose la science. Les espèces invasives ont été l’un de mes modèles d’étude favoris pour investiguer combien les sciences du vivant sont prédéterminées par des injonctions culturelles. Mon champ d’intérêt s’est élargi à la plante, archétype de l’altérité vivante que je voulais approcher dans sa réalité. J’ai alors compris combien l’écologie scientifique pâtissait d’une distanciation de principe avec la dimension sensible du vivant, pourtant fondamentale. J’en ai tiré mon dernier livre, intitulé Pour une écologie du sensiible (Odile Jacob, 2020).

Reconnaître et clarifier les facteurs altérant notre représentation du vivant

L’érosion de la biodiversité se poursuivra tant que nous n’aurons pas restauré notre lien premier au vivant. Quatre séries de facteurs s’y opposent, que je m’attache à considérer dans mes recherches :

– une distanciation opérée par un éloignement biologique constitutif de notre être (éloignement phylogénétique, écart physiologique) et renforcée par une science résolument analytique ;

– une déformation culturelle altérant notre représentation du vivant (leurre des représentations numériques, prédominance d’une rhétoriques du trésor) ;

– un déficit de porosité sensible affaiblissant notre lien au vivant (dénigrement de l’intuition et de l’expérience sensorielle) ;

– une déconnexion liée à nos pratiques de vie (inflation du « sans contacte », mise en réserve du sauvage, perte de l’art de composer avec le vivant).

Espèce d’abrutis

C.C Atman

Atman est un auteur français né en région parisienne qui a grandi auprès des forêts du Vexin durant la majeure partie de son enfance. C’est là qu’il a effectué, sans le savoir, ses premiers pas de découverte de la Nature et de toute la liberté et l’indépendance qu’elle peut procurer, en particulier pour qui sait l’approcher. Issu d’un milieu familial modeste et commun, il a suivi une scolarité traditionnelle, mais s’est néanmoins interrogé très tôt sur le sens de l’existence telle qu’elle lui était proposée, au point de rompre à plusieurs reprises avec la vie aisée dont il disposait. La naissance de ses deux enfants, la vie routinière dans laquelle il s’enlisait, et peut-être aussi la mort prématurée de sa mère après un long cancer alors qu’elle venait tout juste d’être retraitée, l’ont poussé instinctivement à opérer le plus grand des « sauts de foi » comme il aime les appeler. Il vendit sa voiture, sa maison, quitta sa profession de cadre ainsi que le confort et la sécurité acquis, et partit ainsi à la découverte du plus grand terrain de jeu qui puisse attendre un humain : la planète Terre. Accompagné seulement de son fils et de sa fille, alors âgés respectivement de dix et de huit ans, il se lança dans la quête ultime de renouer avec le plus haut état de bonheur qui puisse être vécu par un être humain. Ce long voyage guida ses pas à travers tous les continents et de nombreux pays. De l’Inde aux Amériques, en passant par l’Asie et l’Océanie, des déserts arides d’Australie aux jungles tropicales humides de Bornéo et ses dernières forêts primaires, des barrières de corail du Pacifique, jusqu’aux plus hauts plateaux et montagnes des Andes et de l’Himalaya, chacun de ses pas l’a mené vers une multitude de rencontres et d’expériences uniques, mais aussi vers des enseignements millénaires venant de la Nature ou de l’Humanité. Il partage cette richesse immatérielle depuis 2015 en consacrant sa vie à l’écriture d’essais et de romans inspirants.

– ESPÈCE : « Ensemble d’individus se distinguant des autres par des caractères communs. » – ABRUTIS : « Du verbe abrutir. Rendre quelqu’un stupide, incapable de réagir, de penser et de sentir. » – HUMANITÉ : « Ensemble des êtres humains, considéré parfois comme un être collectif ou une entité morale. Disposition à la compréhension, à la compassion envers ses semblables, qui porte à aider ceux qui en ont besoin. » Serions-nous vraiment insultés aujourd’hui en étant définis comme une espèce d’abrutis ? Au-delà de cette question provocante qui suggère une réflexion, l’auteur nous mène contre toute attente jusqu’à une invitation au plus grand voyage qui puisse être accompli au cours d’une vie. Nous sommes emportés au fil des pages à travers une exploration authentiquement humaine des aberrations auxquelles nous sommes confrontés depuis notre naissance jusqu’à la fin de notre existence. Cet examen inhabituel de notre reflet dans le miroir de la société est vécu aux côtés de la subtile plume d’Atman qui s’efface doucement de notre lecture pour ne laisser finalement place qu’à l’expression de l’humanité la plus profonde et insoupçonnée en chaque lecteur. Ainsi, nous parvenons à bien mieux comprendre quelles sont les principales causes et conséquences qui créent dans notre existence un tel conflit et un tel écart entre ce à quoi nous aspirons tant au plus profond de nous-mêmes, et ce que nous faisons du matin au soir. Chacun devient alors pleinement conscient de bel et bien détenir entre ses mains, ici et maintenant, un tout autre potentiel de vie qu’il lui appartient d’exprimer totalement. En se laissant guider par notre humanité qui se réveille, c’est une tout autre destinée qui se révèle. Comme toute aventure réussie, ce qu’il faut cependant c’est : oser !

Le Chemin, la Vérité et la Vie

1 ièr  janvier 2019

C.C Atman

Ce livre n’est pas un livre. Il est une invitation formelle ; un ticket d’or pour marcher vers une autre vision de la Vie plus épurée, plus libre, plus épanouie… puis pour la concrétiser, et l’incarner.
Ne vous y trompez donc surtout pas ; il ne faudra pas en rester là, assis à simplement lire et se laisser inspirer par les nombreuses pensées, observations et photographies présentes au cœur de cet ouvrage, bien que celui-ci puisse tout à fait être tranquillement parcouru ainsi, de page en page. À l’instar de son précédent livre percutant et du même acabit, vous serez ici aussi conviés avant tout par C.C. Atman à expérimenter personnellement le contenu.
Oui, vous devrez donc bel et bien vous lancer dans une marche, aux côtés de l’auteur, pas à pas, journée après journée, sur le chemin que vous aurez choisi d’emprunter. Qu’il s’agisse pour vous de suivre l’un des Chemins de Compostelle, comme fortement suggéré, ou de vous offrir une longue échappée sur un Chemin de Nature ou de Grande Randonnée (GR), le décor est posé, et l’aventure peut commencer.
Ce livre n’est donc pas un livre. Il est avant tout un ami bienveillant vous défiant de vous lancer avec lui sur le long Chemin intérieur de la Vérité et de la Vie. C’est un compagnon vous invitant pour un instant à la simplicité, au mouvement et à un certain dénuement pour rompre avec le monde, et ainsi fusionner avec la Vie. C’est une invitation au voyage ultime, qui peut avoir lieu à chacun de vos pas ou entre chacune des réflexions directrices présentes en ces pages.
Une chose est certaine : ceux et celles qui y répondront et qui oseront se lancer sur ce Chemin verront la perspective et les priorités de leur vie profondément changer, vers une plus grande et simple liberté.
Ce ticket que vous vous offrez est celui d’une expérience inégalée qui est par conséquent garantie… ou remboursée.

livre journal

Pablo Servigne, Vandana Shiva, Lamya Essemlali et d’autres auteurs de renom nous expliquent l’importance de protéger notre Terre et de devenir de véritables gardiens du Vivant. L’humanité est en passe de détruire, en cinq décennies, un écosystème qui a mis des milliards d’années à se constituer. Idées concrètes, réflexions et partages de savoir vous inspirerons à devenir des défenseurs de la Vie.

Pour notre quatrième ouvrage, nous avons axé notre domaine de recherche sur une thématique précise, le « Vivant ». Chaque espèce animale, végétale et humaine qui peuple notre Terre a un rôle à jouer. Seulement, l’une de ces espèces, l’humain, a tué plus de 60 % des espèces animales sauvages et 80 % des végétaux. L’humanité est en passe de détruire, en cinq décennies, un écosystème qui a mis des milliards d’années à se constituer. Nous verrons dans ce nouveau livre l’importance extrême de protéger notre Terre et de devenir des gardiens du Vivant. Pablo Servigne, Vandana Shiva, Lamya Essemlali (présidente France de Sea Sheperd), Sébastien Bohler, Manuel Cervera-Marzal, Valérie Cabanes… Que des grands penseurs pour vous éveiller sur les plus grands enjeux auxquels notre humanité doit faire face. Aujourd’hui, nous devons choisir : protéger le vivant ou le détruire. Le produit : Toujours dans le souci d’être cohérents avec nos valeurs, nous avons utilisé trois papiers différents certifiés PEFC. Du jamais vu dans l’édition. Grâce à notre direction artistique, Bureau Nuits, le graphisme a été, une nouvelle fois, révisité, les couleurs Pantone ont été minutieusement choisies, et une typographie a été inventée spécialement pour ce numéro. Nous avons tout mis en oeuvre pour dynamiser votre lecture et mêler l’information à l’art contemporain.

Fabien Moine, naturopathe, hygiéniste, magnétiseur à Dole : la spiritualité, clé de notre bien-être