RUDOLF STEINER

 

L’APOCALYPSE

 

Cycle de douze conférences faites à Nuremberg

du 17 au 30 Juin 1908

 

3 e édition entièrement révisée, annotée et complétée par une conférence d’introduction (Traduit de l’allemand)

CENTRE TRIADES

4 , r u e Gr ande-Chau m ièr e

PARIS – 1 9 7 8


 


 

Ce cy cle de confér ences a par u en allem and sou s le titr e : « Die Apokaly pse des Johannes » au Ru dolf Steiner Ver lag, Dor nach (Su isse) GA N° 1 04 Tr adu ction fr ançaise com plétée et r év isée par H. Bideau et H. Waddington Tou s dr oits r éser v és. Tr adu ction au tor isée


 

CONFÉRENCE D’INTRODUCTION

 

NUREMBERG pourra célébrer l’automne prochain un beau centenaire. Car c’est à l’automne de 1808 qu’elle a accueilli dans ses murs un des plus grands esprits d’Allemagne ; bien qu’on parle peu de lui aujourd’hui, et que ses œuvres soient bien mal comprises, il est de ceux qui, lorsqu’on les comprendra, seront d’une grande importance pour la vie de l’esprit. Et c’est à l’automne de 1808 que le philosophe Hegel est devenu directeur du Lycée royal de Nuremberg.

Or, Hegel a dit – et nous pouvons prendre pour point de départ cette affirmation – que la pensée humaine la plus profonde est liée à l’incarnation du Christ, à sa personne historique ; ce qui fait la grandeur de la religion chrétienne, a- t-il ajouté, c’est que malgré sa profondeur, elle peut être comprise par la conscience ordinaire, tout en l’incitant à une étude plus approfondie. Elle est accessible à n’importe quel niveau de culture, et en même temps répond aux exigences les plus hautes. {1}

Que le christianisme, le message de l’Évangile, soit compréhensible à chacun, quelle que soit sa culture, on le sait depuis près de deux millénaires. Qu’il fasse appel à la pensée la plus profonde, qu’il faille, pour le comprendre, connaître les enseignements de la sagesse humaine, la Science spirituelle a précisément pour tâche de le montrer. Et elle le montrera lorsque les impulsions qu’elle apporte seront bien comprises et se répandront parmi les hommes.

Ce serait une erreur de croire que la Science spirituelle, l’Anthroposophie, est une religion, et qu’elle cherche à supplanter les anciennes confessions. Pour couper court à tout malentendu, nous dirons que, tout en étant le soutien le plus


ferme, le plus sûr, de la vie religieuse, elle n’est pas elle-même une religion, et que par conséquent elle ne peut en aucun cas s’opposer à une religion. Cependant, elle peut  être l’instrument, le moyen par lequel les connaissances, les vérités les plus profondes et les plus grands mystères peuvent devenir compréhensibles.

Le rapport entre l’anthroposophie et les documents de telle ou telle religion il s’agira dans ces conférences  des  documents chrétiens – peut être éclairé par la comparaison suivante : entre l’anthroposophie et les textes sacrés, le rapport est le même qu’entre les vérités mathématiques et les manuels ou les livres écrits au cours de l’histoire pour en permettre l’étude. Il existe un livre très ancien que  connaît seul celui qui est familiarisé  avec  l’histoire  des mathématiques : c’est la Géométrie d’Euclide. Elle apporte pour la première fois, sous une forme propre à l’enseignement, ce qu’on enseigne en cette matière aux enfants de nos écoles. Ils ne savent pourtant pas que tout ce qu’ils apprennent  sur  les droites parallèles, sur les triangles, etc… a été formulé pour la première fois dans ce très ancien ouvrage. A juste titre, on fait comprendre à l’élève qu’il peut vérifier lui-même la vérité des affirmations mathématiques, que l’esprit humain, appliquant ses facultés à l’observation des formes dans l’espace, peut les comprendre sans connaître le livre d’Euclide. Mais s’il en prend connaissance un jour, il saura l’apprécier et en mesurer la valeur. Il comprendra ce qu’a donné à l’humanité celui qui fut le premier à offrir ce document à son intelligence.

Le rapport de la Science spirituelle avec les documents religieux est de même nature. Elle puise à des sources telles qu’elle n’a nul besoin de s’appuyer sur des traditions, sur des


 

textes, quand son impulsion est bien comprise.  La connaissance actuelle du monde sensible est née du libre usage des facultés humaines ; de même, les forces spirituelles, les facultés suprasensibles, tout d’abord endormies dans l’âme, nous donnent connaissance du monde suprasensible, invisible, qui sous tend le monde sensible tout entier. Celui qui se sert de ses organes sensoriels est à même de percevoir ce qui se présente à eux ; par son intelligence, il peut comprendre ce qu’il perçoit. De même, celui qui pratique l’entraînement de la Science spirituelle est capable de voir au-delà de l’apparence sensible, de découvrir les causes spirituelles, l’activité d’Êtres que ne voient ni n’entendent les yeux et les oreilles physiques, mais bien les organes de l’esprit. La source, la source indépendante et libre de la connaissance spirituelle, c’est donc  la mise en œuvre de certaines forces supra-sensibles, qui sont encore aujourd’hui en sommeil chez la majorité des humains  ; la connaissance du monde extérieur a de même pour source le libre usage des facultés aptes à le percevoir.

Lorsque d’une façon quelconque on est entré en possession de connaissances qui atteignent la réalité au-delà du monde des sens, l’invisible au-delà du visible, on peut, armé de ce nouveau savoir, et comme le géomètre se reporte à l’ouvrage d’Euclide, se reporter aux traditions, aux  livres,  aux documents qui ont communiqué cette réalité à l’humanité au cours de l’histoire. On peut vérifier l’exactitude de ces textes par une méthode analogue à celle du géomètre moderne qui lit le livre d’Euclide. Alors on les apprécie, on en reconnaît la valeur. Car pour celui qui est vraiment armé  de  la connaissance supra-sensible, les documents de la révélation chrétienne ne perdent nullement leur prix. Bien au contraire, ils brillent pour lui d’un éclat bien plus vif que pour le simple


 

croyant ; ils révèlent alors un contenu de vérité beaucoup plus profond qu’on ne le pensait auparavant.

Pour comprendre mieux encore le rapport de l’anthroposophie avec les documents religieux, posons-nous la question suivante : qui donc apprécie le mieux la géométrie d’Euclide, celui qui en parle parce qu’il sait traduire littéralement cet ouvrage tout en ignorant la géométrie, ou celui qui connaît la géométrie et sait la retrouver  dans l’ouvrage ? Imaginons un philologue lisant le livre : que d’erreurs il commettrait s’il voulait en expliquer le contenu ! C’est ce qu’ont fait pour les documents religieux un grand nombre de gens qui étaient appelés à en dévoiler le sens véritable. Ils ont abordé ces textes dans l’ignorance de toute autre source possible de connaissance. Cela nous vaut aujourd’hui des commentaires très scrupuleux, tout est vu sous l’angle historique – en particulier l’origine des documents eux-mêmes, mais qui n’ont pas plus de valeur qu’une explication de la Géométrie d’Euclide due à quelqu’un qui ne posséderait aucune notion de cette science.

La connaissance en matière de religion j’y insiste -– ne peut s’édifier qu’à l’aide de notions acquises par la voie de la Science spirituelle, bien que celle-ci ne soit que le levier de la  vie religieuse, et non une religion proprement dite. La religion est essentiellement du domaine du cœur, des sentiments, qui incitent l’homme à élever le meilleur de son âme vers les Entités suprasensibles. C’est de la chaleur de ces sentiments, de leur force, de leur qualité que dépend chez un être le caractère de sa religion, de même que la façon dont il apprécie un tableau dépend de son sens esthétique. Certes, la religion a pour objet ce que nous appelons le monde spirituel, le


suprasensible. Mais la sensibilité artistique est tout autre chose que la connaissance des lois spirituelles qui régissent les arts, bien que cette connaissance puisse aider à mieux les comprendre. De même la sagesse, la connaissance qui conduit vers le monde spirituel, est tout autre chose que  la  religion. Elle donnera au sentiment religieux plus de force, plus de gravité, plus de grandeur ; elle n’est pas par elle-même une religion, et ne fait qu’y amener celui qui la cultive.

Si l’on veut comprendre l’importance, le sens et la valeur spirituelle des révélations du christianisme, il faut pénétrer très avant dans le domaine de l’esprit. Il faut remonter à un passé infiniment lointain, se reporter même à l’époque qui a précédé l’établissement des religions, et chercher à voir comment elles sont nées. Car il y a bien eu sur la terre  un temps les pratiques religieuses n’existaient pas ; la Science spirituelle, elle aussi, le confirme, mais dans un tout autre sens que la science matérialiste.

Que signifie pour les humains la religion ? C’est – le mot même l’indique le lien qui unit l’homme à son Dieu,  au monde spirituel. Les époques dites religieuses furent essentiellement celles l’homme aspirait à cette union avec Dieu, soit parce qu’il avait soif de connaissance, soit parce qu’il éprouvait un certain sentiment, soit encore parce qu’il avait l’impression que sa volonté n’était vigoureuse que lorsque la force divine l’imprégnait. A ce temps, l’homme avait une prescience du monde spirituel plutôt qu’une véritable connaissance, qu’une vision ; il se sentait baigner en lui. Auparavant il n’éprouvait pas le  besoin, la soif de ce lien avec  le suprasensible, parce qu’il le connaissait aussi bien que l’homme d’à présent connaît le monde sensible. A-t-on besoin aujourd’hui d’être persuadé que les pierres, les arbres, les


 

animaux existent ? A-t-on besoin de documents, d’une doctrine pour en être certain ? Non, car on les voit, et point n’est besoin par conséquent d’une « religion » du monde des sens. Imaginons quelqu’un qui vivrait suivant un mode tout différent du nôtre, avec d’autres organes sensoriels, une autre forme d’intelligence, qui ne connaîtrait ni pierres, ni plantes, ni animaux, parce que tout cela serait invisible pour lui, un être qui ne pourrait acquérir la connaissance de ces choses dont nous avons l’expérience directe – que par des documents ou par une tradition. Ce qui lui serait ainsi transmis serait sa

« religion ». S’il lisait dans un livre qu’il existe des pierres, des plantes, des animaux, ce serait là l’objet de sa foi, sa religion, puisqu’il n’en aurait jamais rien vu.

Or, l’homme a connu une époque il vivait parmi  les êtres, dans le monde de l’esprit sur lequel le renseignent aujourd’hui les religions et les doctrines sacrées traditionnelles. Le mot « évolution » rend de nos jours un son magique ; pourtant   il    n’est   appliqué    par   les    savants   qu’aux                         faits matériels. Du point de vue de la Science spirituelle, tout dans l’univers est en évolution, et surtout la conscience humaine. L’état de conscience dans lequel, en vous réveillant le matin, vous voyez et comprenez le monde sensible, cet  état de  la claire conscience de veille est dû à la métamorphose d’un autre état de conscience, beaucoup plus ancien, dit « imaginatif ».

Par cette métamorphose, on parvient à des stades antérieurs de l’évolution humaine ignorés de la science qui s’appuie uniquement sur le témoignage des sens et les méthodes rationnelles. Selon cette science, l’homme d’un  passé infiniment reculé aurait connu des états de conscience semblables à ceux des animaux actuels.


 

Nous avons expliqué ailleurs comment la Science spirituelle conçoit le rapport de l’être humain avec l’animal. L’homme n’a jamais été comparable à l’animal actuel. Il ne descend pas d’êtres pareils aux animaux que nous connaissons. Les formes d’évolution par lesquelles il a passé se révéleraient, si nous les décrivions, bien différentes. Les animaux d’aujourd’hui représentent des stades antérieurs de cette évolution, des formes anciennes qui se sont en quelque sorte figées. Mais l’homme a continué sa marche ; et les animaux sont donc, par rapport à lui, descendus.

Le monde animal nous apparaît comme composé de frères arriérés de l’homme, et leurs formes actuelles ne sont même plus ce qu’elles étaient autrefois. A ces époques très anciennes, les conditions de la vie sur terre étaient tout autres ; les éléments n’étaient pas distincts les uns des autres comme ils le sont aujourd’hui. Bien qu’il fût déjà un être humain, l’homme n’avait pas de corps comparable au nôtre. Il attendait en quelque sorte, pour descendre dans la chair, le moment où, dans cette matérialité charnelle, il pourrait développer son esprit. Les animaux n’ont pas pu attendre ; ils se sont  figés  à un stade antérieur ; ils se sont chargés de chair plus tôt qu’il n’eût fallu. C’est pour quoi ils ont dû stationner, rester en arrière. Mais l’homme a vécu dans d’autres conditions, dans d’autres états de conscience que ceux d’aujourd’hui. Ce que nous appelons pensée logique, intellect, raisonnement, ne s’est développé que plus tard. En revanche, certaines facultés qui actuellement déclinent, étaient alors beaucoup plus puissantes, beaucoup plus développées, la mémoire en particulier. Du fait du développement de l’intelligence dans notre civilisation, la mémoire connaît un déclin.


 

Il suffit de regarder autour de soi pour voir que cette affirmation de la Science spirituelle est bien fondée.

Si ce que vous venez d’avancer est vrai, pourrait-on objecter, on devrait constater que des êtres humains qui, par suite d’un hasard quelconque, sont arriérés, ont une mémoire exceptionnelle, et que lorsqu’on cherche à développer leur intelligence, cette mémoire faiblit. – On peut en effet citer un cas bien caractéristique de ce genre, et précisément dans cette ville. Il s’agit de Gaspard Hauser, cet être arrivé un jour à Nuremberg dans le mystère, et mort à Ansbach d’une façon non moins mystérieuse. Si l’on ne tient compte que de ce qui est avéré à son sujet, on s’aperçoit que cet enfant trouvé, dont on ignorait l’origine et qu’on a appelé « l’enfant de l’Europe », ne savait ni lire ni écrire. A l’âge de 20 ans, il n’avait aucun acquis intellectuel. Mais, chose curieuse, il était doué d’une mémoire prodigieuse. Lorsqu’on entreprit son instruction, lorsque la logique pénétra dans son esprit, cette mémoire disparut. Et l’accession à la conscience eut encore chez lui un autre effet : A l’origine, il était d’une sincérité innée presque inconcevable, mais plus son esprit prenait le goût de l’intellectualité, et plus cette honnêteté foncière s’affaiblit.

Étudier cette âme artificiellement retardée serait  certes très instructif. Et celui qui s’appuie sur la Science spirituelle considère comme très fondée la tradition populaire, que nos érudits méprisent tant, et selon laquelle Gaspard Hauser, alors qu’il ignorait l’existence d’êtres différents de lui, s’est conduit d’une façon tout à fait singulière lorsqu’il fut mis en présence  de bêtes furieuses. Celles-ci se soumirent à lui avec la plus grande douceur. De lui, quelque chose émanait qui avait pour effet d’apaiser l’animal furieux prêt à se jeter sur un autre. A


l’occasion d’un pareil cas – que la Science spirituelle permet de comprendre alors qu’il paraît en général énigmatique –, vous pouvez constater que ce qui paraît inexplicable dans la vie ordinaire trouve une explication dans des faits  d’ordre spirituel. Certes, il ne faut pas aborder ces faits par la spéculation philosophique, mais uniquement par l’observation spirituelle ; toutefois, ils sont aussi accessibles à la pensée objective et logique.

Mon propos est ici de vous montrer que l’état de conscience actuel s’est développé à partir d’un autre, infiniment lointain, l’homme n’était pas, comme aujourd’hui, d’emblée en contact avec le monde sensible ; mais il avait un lien avec les faits et les êtres du monde spirituel. Il ne voyait pas son semblable sous sa forme physique, forme qui d’ailleurs n’existait pas telle qu’elle est à présent. Lorsqu’un être s’approchait de lui, une sorte de rêve s’élevait dans son âme. Selon la forme et la couleur de cette image, il voyait si cet être était bien ou mal disposé à son égard. Dans cet état de conscience, il percevait les faits spirituels, le monde spirituel en général. Tout comme il vit maintenant avec des êtres de chair et d’os, l’homme vivait au milieu d’êtres spirituels, alors qu’il était lui-même âme et esprit. Ces êtres étaient pour lui des réalités. Il était esprit parmi les esprits. Bien qu’il ne les ait connues que dans un état de conscience diffus, les images qui s’élevaient dans son âme étaient vivantes autour de lui.

De ce monde spirituel l’homme vivait encore à cette époque, il est descendu par la suite, afin de se créer un vêtement de chair adapté à l’état de conscience qui est le nôtre aujourd’hui. Les animaux existaient déjà  physiquement lorsque l’être humain était encore doué de perception spirituelle. Il vivait alors au milieu d’êtres spirituels, et n’avait


 

pas plus besoin de se prouver leur réalité que vous n’avez besoin de vous prouver l’existence des pierres, des  plantes, des animaux. Vivant parmi les Esprits et les Dieux, il n’avait pas besoin de religion.

Puis il est descendu vers la terre, et son ancien état de conscience s’est transformé. L’homme ne voit plus planer dans l’espace des couleurs et des formes ; pour lui, les couleurs recouvrent la surface des objets. Dans la mesure il apprend à orienter ses sens vers le monde extérieur, celui-ci s’étend comme un voile la grande Maya – devant le monde spirituel, un voile à travers lequel doit parvenir à l’humanité le message de ce monde spirituel. La religion est devenue nécessaire.

 

* * *

Pourtant, l’homme a passé par un stade intermédiaire entre celui de l’ère pré-religieuse et celui de l’époque religieuse proprement dite. C’est de que datent les mythologies, les légendes, les traditions populaires qui parlent des mondes suprasensibles. Il faut vraiment tout ignorer des véritables faits spirituels pour prétendre que les divinités  des  mythologies Scandinave, germanique et grecque, que tous les récits concernant les Dieux et leurs actions, sont  des inventions. Le peuple ne compare pas à des moutons les nuages qu’il voit passer dans le ciel. Seuls le prétendent nos érudits qui sont, eux, pleins d’imagination dans ce domaine. La vérité est tout autre. Les anciennes mythologies, les anciennes légendes, sont le dernier vestige, les dernières traces laissées par la conscience pré-religieuse. La tradition a conservé ce que des hommes percevaient eux-mêmes. Ceux qui ont décrit Wotan, Thor, Zeus, etc… se rappelaient encore qu’à une certaine époque, l’homme avait vu ces Êtres. Des bribes, des


 

vestiges arrachés à l’ensemble de ce qui fut jadis connu, voilà  ce que sont les mythologies.

Cet état de conscience intermédiaire se manifestait encore autrement ; à l’époque les hommes étaient déjà intelligents, disons même très intelligents, il y en a toujours eu qui étaient capables, dans un état second – appelez-le extase ou folie, comme vous voudrez – de voir les mondes spirituels, de percevoir ce que voyaient auparavant la plupart des êtres humains. Ceux-là racontaient qu’ils percevaient encore le monde spirituel ; ces récits se mêlaient aux souvenirs, si bien qu’une foi vivante gagnait le peuple. Ainsi s’effectua la transition qui devait aboutir à la naissance du sentiment religieux.

Le chemin à parcourir jusque-là fut frayé par les hommes qui surent comment développer leur vie intérieure de façon telle qu’ils purent à nouveau contempler les mondes spirituels, ces mondes dont l’homme est issu et qu’il percevait autrefois dans un état de conscience nébuleux. Nous abordons ici des connaissances qui paraîtront très peu vraisemblables à plus d’un de nos contemporains, entre autres la notion d’« initié ».

Les « initiés » sont ceux qui, en appliquant certaines méthodes, ont développé leur propre vie intérieure en vue de pénétrer à nouveau dans le monde de l’esprit. L’initiation est une réalité. En toute âme sommeillent des forces, des facultés suprasensibles. Pour tout être humain, il vient, il peut du  moins venir un moment solennel ces forces s’éveillent. Ce moment, nous pouvons l’évoquer en nous représentant ce qu’a été par ailleurs l’évolution de l’humanité.

Dans un très lointain passé, le corps humain ne comportait ni oreilles, ni yeux physiques du genre de ceux qu’il possède


actuellement. ils se trouvent maintenant, il était pourvu d’organes indifférenciés qui ne pouvaient ni voir, ni entendre. Puis vint l’époque certains de ces organes inertes sont devenus des points lumineux, ils se sont  développés  au point qu’ils ont vu la lumière ; à une autre époque encore, l’oreille humaine se développa au point que le  monde, silencieux jusqu’alors, lui devint perceptible par les sons, les harmonies. Les yeux, par exemple, se formèrent sous l’action du Soleil. {2}

Or, l’homme d’aujourd’hui peut vivre de telle façon que des organes psychiques et spirituels, indifférenciés en général, se développent également. Un moment peut arriver il l’est déjà pour certains – l’âme et l’esprit se transforment comme s’est autrefois transformé l’organisme physique. De nouveaux yeux, de nouvelles oreilles apparaissent, à travers lesquels brille la lumière et résonnent les sons d’un monde spirituel environnant, jusqu’alors obscur et muet. Toute progression est possible, même celle qui permet de pénétrer dans les mondes supérieurs. C’est en cela que consiste l’initiation.

Les méthodes d’accès à cette initiation sont à la portée des disciples comme le sont dans la vie ordinaire les méthodes en usage dans les laboratoires de chimie, de biologie. La seule différence, c’est que la science ordinaire se sert d’instruments, d’appareils, alors que pour celui qui aspire à l’initiation, il n’existe qu’un seul instrument, qu’il doit d’ailleurs façonner : lui-même, avec toutes ses facultés. Le fer possède une force magnétique latente. De même peut sommeiller dans l’âme humaine la force qui permet de pénétrer dans le monde spirituel de la lumière et des sons.

A partir d’une certaine époque donc, seul le monde


physique sensible est perçu d’une façon normale.  Les guides  de l’humanité sont alors ces initiés dont le regard pénètre dans le monde de l’esprit, et qui peuvent en communiquer le contenu et donner des explications à son sujet.

Le premier degré de l’initiation n’est pas atteint  lorsqu’on en reste aux spéculations philosophiques, aux notions plus ou moins subtiles, aux raffinements intellectuels. Ce qui est concept dans le monde sensible se transforme pour celui qui pénètre dans le monde spirituel ; il n’y trouve plus de notions nettement définies, mais des images, des Imaginations. Car il accède alors au plan spirituel, à celui de la création universelle. Seuls les objets du monde sensible ont des contours précis. Sur le plan se perçoit la création universelle, l’animal, par exemple, n’apparaît pas sous une forme aux contours fixes. On y trouve une image première, source des formes extérieures spécialisées, une réalité vivante, organique. Il faut à ce propos rappeler le mot de Gœthe : « Tout ce qui passe n’est que symbole. »

C’est en images que l’initié apprend tout d’abord à connaître, à comprendre, lorsqu’il s’élève dans le monde de l’esprit. Mais il faut que sa conscience devienne plus  mobile que celle qui nous sert à comprendre le monde sensible. C’est pourquoi elle est appelée conscience « imaginative » ; elle ramène l’homme au monde spirituel sans rien laisser dans la pénombre. Elle est tout aussi claire, tout aussi vive que l’est notre conscience à l’état de veille.

Cette conscience du monde spirituel vient s’ajouter  ainsi à la conscience de veille et enrichit l’âme. Ce qui a été révélé à l’humanité sous forme de traditions et de documents, c’est précisément ce qu’ont vu dans les mondes supérieurs ceux qui


avaient été initiés. Nous reconnaissons, nous  retrouvons  ce que contiennent les textes sacrés lorsque nous remontons à la source, c’est-à-dire à la vision des initiés.

Avec l’apparition sur terre de la plus haute entité qui ait jamais foulé le sol terrestre, le Christ Jésus, un nouvel élément intervint dans l’évolution. Pour bien voir ce que le don fait par le Christ apportait de nouveau, il faut se rappeler que  dans tous les centres antérieurs à sa venue, l’initiation nécessitait l’isolement total du néophyte, sur l’âme duquel on agissait dans le plus profond secret. Il faut aussi se rappeler  qu’un reste de l’ancienne conscience de rêve subsistait encore à l’époque chez celui qui s’élevait vers le monde spirituel. L’Être au sujet duquel on enseignait que l’homme verrait en  lui  le plus sublime de tous, le Christ Jésus, a pris place dans l’histoire de l’humanité. Et celui qui connaît la  Science spirituelle sait que tout enseignement religieux donné avant l’ère chrétienne est une « Annonciation ».

Lorsque les initiés de l’antiquité parlaient de ce qui était à leurs yeux l’Être spirituel le plus grand, l’origine de toute chose, ils parlaient du Christ, mais ils lui donnaient d’autres noms. Rappelons-nous par exemple l’Ancien Testament – qui est, lui aussi, une « Annonciation ». Rappelons-nous que Moïse fut chargé de conduire son peuple, et qu’alors un ordre lui fut donné :

 

« Dis à ton peuple que c’est le Seigneur Dieu qui t’a indiqué ce que tu devais faire. » A quoi Moïse répondit : « Comment les gens me croiront-ils ? Comment  pourrai-je  les  convaincre ? Que dois-je leur dire lorsqu’ils me demanderont qui m’a envoyé ? » Il reçut alors cette réponse : « Dis-leur  que c’est le « Je suis » qui t’a envoyé. »


 

« Je suis » – tel est le nom de l’entité divine, du principe du Christ en l’homme, de l’Être dont l’homme pressent qu’il porte en lui une goutte, une étincelle, lorsqu’il peut dire « Je suis ». La pierre ne peut pas le dire, la plante et l’animal pas davantage. L’homme est le couronnement de la Création parce qu’il peut se dire « Je suis » à lui-même, parce qu’il peut prononcer un mot qui n’a de sens pour personne d’autre que pour celui qui le dit. Vous ne pouvez dire « Moi » qu’à vous- même. Personne ne peut vous appeler « Moi ». L’âme s’adresse ici à elle-même dans ce mot où lui parvient ce qu’aucun sens ne lui révèle, rien de ce qui vient du dehors. Ici, le Dieu parle. C’est pourquoi le nom : « Je suis » a été donné à  la Divinité qui remplit l’univers. « Dis-leur que le « Je suis » t’a dit cela. » {3} Voilà ce que Moïse devait répondre à  son  peuple.

Les hommes ne découvrent que lentement le sens profond de ce « Je suis ». Ils ne se sont pas considérés d’emblée comme des individualités. On le voit encore dans l’Ancien Testament et chez les peuples germaniques, et même dans les premiers temps du christianisme. Pensez aux Chérusques, aux Teutons, aux peuples qui habitèrent autrefois l’Allemagne actuelle. Le Chérusque avait plutôt le sentiment d’appartenir au Moi de sa tribu. L’individu ne disait pas de lui-même à cette époque : « Je suis. » Il avait l’impression d’être enclos dans un organisme composé de tous ceux qui étaient du même  sang que lui.

Ce sentiment du lien par le sang englobait pour l’homme de l’Ancien Testament tout son peuple, gouverné par un Moi unique au sein duquel il se sentait porté. « Moi et le Père Abraham sommes un » – cette parole avait pour lui un sens


car il remontait à travers les générations jusqu’à Abraham. Au-delà des bornes de son Moi individuel, il se sentait reposer

« dans le sein d’Abraham », source d’où s’écoulait à travers les générations le sang porteur du Moi collectif.

Ce qui, pour tout homme de l’Ancien Testament, avait une si haute signification, comparons-le maintenant avec la parole du Christ Jésus : « Avant Abraham était le « Je suis ». {4} Tel un éclair, ces mots projettent leur lumière sur tout le progrès accompli  depuis  la  venue  du  Christ.  Avant  Abraham  était le

« Je suis » – car c’est bien ainsi qu’il faut traduire et interpréter le texte de la  Bible  signifie  : « Si vous remontez le cours des générations, vous trouverez en vous-mêmes, dans votre propre individualité, quelque chose de plus durable encore que la force qui se perpétue à travers ces générations. Avant vos ancêtres, il y avait le « Je suis », cette Entité qui pénètre dans tout être humain, dont chaque  âme  humaine peut faire en elle-même l’expérience directe. Non pas « Moi et le  Père  Abraham », non  pas  « Moi et  un père  mortel », mais

« Moi et le Père spirituel qui n’est lié à rien d’éphémère sommes Un ». En tout individu il y a le Père. Il possède, vivant en lui, le Principe divin qui fut, qui est et qui sera.

Après avoir ressenti depuis bientôt deux millénaires la force de cette impulsion cosmique, les hommes reconnaîtront pleinement dans les temps futurs ce que signifie pour l’humanité le « saut » qui s’est produit dans l’évolution, dans la mission de la Terre. Ce qu’on ne pouvait reconnaître qu’en dépassant l’existence individuelle, en saisissant l’Esprit de tout un peuple, c’était ce que cherchaient à atteindre les initiés d’autrefois. L’homme ordinaire ne voyait dans les liens du sang que ce qui est éphémère, ce qui commence à la naissance et finit à la mort. Mais pour celui qui connaissait les mystères, ce


 

qui passe à travers le sang des générations était un Être réel ;  il y voyait l’Esprit de son peuple. Il contemplait ce qui n’est accessible que dans le monde spirituel, le Dieu dont la force ruisselle à travers le sang des générations. Se trouver face à face avec ce Dieu, cela n’était possible que dans les Mystères.

Ceux qui dans l’entourage du Christ le  comprirent vraiment, ses disciples les plus intimes surent qu’ils avaient devant eux un Être de nature spirituelle, divine, vivant dans une forme charnelle, perceptible à leurs sens. Ils comprirent qu’en le Christ Jésus résidait pour la première fois  dans  un être humain individuel l’Esprit que jusqu’alors on avait senti vivre dans les collectivités, dans les masses humaines, et qui n’était visible dans le monde spirituel que pour les seuls initiés. Il était le « premier-né » parmi les hommes.

Plus l’être humain s’individualise, plus il peut devenir porteur d’amour. où le sang enchaîne les hommes les uns aux autres, ils aiment celui que ces liens du sang les poussent à aimer. Lorsque l’individualité est accordée à un être, lorsque cet être couve et nourrit l’étincelle divine qui est en lui, c’est d’un cœur libre qu’il peut aimer. Une impulsion nouvelle est donc ainsi venue renouveler l’ancien lien d’amour qui dépendait de la consanguinité. Ce dernier se transforme peu à peu en amour spirituel, en un lien d’amour fraternel qui, passant d’âme à âme, finira par embrasser toute l’humanité. Quant au Christ Jésus, c’est la force, la force vivante qui, en prenant place dans l’histoire, en se révélant à des yeux  de chair, a fait de l’humanité une communauté de frères. Les hommes en arriveront à comprendre que ce lien de l’amour fraternel est le véritable christianisme, le christianisme spirituel.


 

On dit facilement aujourd’hui que l’on doit rechercher le fonds unique de vérité commun à toutes les religions. Ceux qui parlent ainsi et qui ne comparent les religions que  pour trouver abstraitement ce qu’elles ont de semblable ne comprennent rien au principe de l’évolution. Ce n’est pas en vain que le monde évolue. Il est vrai que la vérité est contenue dans toutes les religions, mais en passant de révélation en révélation, elle évolue vers des formes plus hautes. On peut certes, en étudiant à fond les diverses religions, y trouver les mêmes enseignements que dans le christianisme. Celui-ci n’a pas apporté de nouvelles doctrines. Ce qu’il a d’essentiel, ce n’est pas la doctrine. Chez les fondateurs de religions préchrétiennes, l’essentiel était moins leur personne que ce qu’ils enseignaient. Tandis que pour le Christ Jésus, ce qui importe, c’est qu’il ait existé, vécu dans un corps de chair. Ce n’est pas la foi en sa doctrine qui est l’élément décisif, mais la foi en sa personne, en Lui premier-né divin parmi les mortels, Lui à qui on peut demander : « Si tu étais dans la même situation que moi, aurais-tu les mêmes sentiments que moi ? Penserais-tu comme je pense, voudrais-tu comme je veux ? »

L’important, c’est qu’il soit par sa personne  le  grand modèle dont il ne s’agit pas tant d’écouter les enseignements que de voir comment il s’est conduit. C’est pourquoi les disciples les plus intimes du Christ Jésus eurent de tout autres paroles que les élèves des autres fondateurs de religions. Ces derniers disaient : « Le Maître a enseigné ceci ou cela. » Les disciples du Christ Jésus disent : « Nous ne  vous parlons  pas de mythes subtils, nous ne vous donnons pas de préceptes ; nous vous rapportons simplement ce que nos yeux ont vu, ce que nos oreilles ont entendu. Nous avons entendu Sa voix, nos mains ont touché la Source de vie afin d’être en communion


 

avec vous. » Et le Christ lui-même a dit : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, en Judée et jusqu’aux extrémités de la terre {5} » Ce qui est essentiel, c’est qu’il y ait toujours, à toutes les époques, des gens qui puissent dire par expérience – comme les hommes de Judée et de Galilée – qui était le Christ au sens des Evangiles.

Car « au sens des Evangiles », cela veut dire que « dès le commencement », le Christ est le Principe qui vit dans tout ce qui est créé. Il le dit : « Si vous ne croyez pas en moi, croyez au moins en Moïse ; alors vous croirez en moi, car Moïse  a parlé de moi. » Nous l’avons déjà vu : Moïse a parlé du Christ en disant : « Le « Je suis » m’a dit… » ; mais alors ce « Je suis » n’était perceptible qu’en esprit. Que le Christ soit devenu visible dans le monde, qu’il soit apparu, homme parmi des hommes, c’est ce qui fait toute la différence entre l’Évangile du Christ et la révélation par les autres religions. Car dans celles- ci, la connaissance spirituelle était  toute entière orientée vers ce qui était alors hors du monde. Avec le Christ Jésus est apparu dans le monde quelque chose qui devait être saisi, compris sous la forme d’une manifestation sensible. Les premiers disciples avaient pour idéal de connaissance, non pas de comprendre comment les Êtres spirituels vivent dans le monde des esprits, mais de reconnaître que le plus sublime de tous a pu s’incarner sur la terre dans la personne historique du Christ Jésus.

Il est certes beaucoup plus commode de nier la nature divine de cette personnalité historique. C’est en quoi se distingue du christianisme ésotérique une certaine doctrine datant des débuts de l’ère chrétienne : la Gnose. Celle-ci  admet bien la divinité du Christ, mais elle n’a jamais pu


s’élever jusqu’à reconnaître que le Verbe « s’est fait chair et a vécu parmi nous », comme l’affirme l’auteur de  l’Évangile selon saint Jean. Celui-ci nous dit : « Il ne  faut  pas considérer le Christ comme n’étant accessible que dans l’Invisible, mais comme le Verbe qui est devenu chair et a vécu ici-bas. Il faut savoir que dans cette personnalité humaine s’est manifestée une force qui agira jusque dans un lointain avenir en tissant autour de la terre un réseau d’amour spirituel vivant et  actif en tout être. »

Si l’homme se confie à cette force, il regagnera le chemin du monde spirituel d’où il est descendu ; il aura de nouveau accès au monde qu’aujourd’hui déjà l’initié peut contempler. Il se dépouillera de toute trace liée aux sens en entrant dans le monde spirituel.

Le néophyte qu’on initiait jadis pouvait avoir la vision du passé spirituel. Ceux qui deviennent des initiés au sens christique du mot acquièrent la faculté – en participant aux impulsions du Christ – de découvrir ce qu’il adviendra  de notre terre si les hommes conforment leurs actes à ces impulsions. On peut jeter un regard rétrospectif sur les époques écoulées. On peut de même, à partir de l’apparition  du Christ sur terre, voir dans l’avenir le plus lointain et dire  :  la conscience humaine va se transformer encore ; voilà quelle sera plus tard la position de l’homme entre le monde  spirituel et le monde sensible.

Alors que l’ancienne initiation conférait la connaissance du passé, d’une sagesse infiniment ancienne, l’initiation chrétienne tend à dévoiler l’avenir. Il faut pour cela que l’homme ne soit pas seulement initié pour ce qui relève de son intelligence, mais aussi pour ce qui concerne sa volonté. Car il


sait alors ce qu’il doit faire, il peut se fixer un but. L’homme ordinaire se fixe un but pour l’après-midi, pour le soir, pour le lendemain matin. L’homme évolué est capable, guidé par les principes spirituels, de se fixer des buts qui stimulent sa volonté et vivifient ses forces. Fixer ainsi des buts à l’humanité, c’est, dans l’esprit du Principe christique à ses origines, concevoir le christianisme dans son ésotérisme. Et c’est ainsi que l’a compris celui qui a décrit l’initiation de la volonté : l’auteur de l’Apocalypse. C’est mal comprendre cette œuvre que de ne pas voir qu’elle apporte une impulsion pour l’action, pour l’avenir.

Tout ce qui précède – et qui n’est en fait qu’esquissé – doit être compris dans l’esprit de la Science anthroposophique. Lorsqu’avec l’aide de celle-ci, on entrevoit ce qui se cache derrière l’apparence sensible, on peut comprendre aussi ce qui est annoncé dans les Evangiles et dans l’Apocalypse. Mieux le regard plonge dans les mondes suprasensibles, et mieux se révèle la profondeur des documents chrétiens. Ceux-ci ont  plus d’éclat, leur contenu paraît plus vrai et plus profond lorsqu’on les lit d’un regard  affiné  par  l’anthroposophie. Certes, l’âme la plus simple peut pressentir les grandes vérités que recèle le christianisme. Mais la conscience humaine ne se contentera pas toujours de cette prescience ; elle voudra se développer, savoir, connaître davantage. Même alors, même lorsqu’elle s’élèvera vers les plus hautes connaissances, de profonds mystères subsisteront pour elle dans le christianisme. Il parle à l’âme la plus simple, et aussi à l’intellect le plus développé. L’initié, lui, le perçoit sous forme d’images.

L’homme un jour ne se contentera plus de pressentir que le christianisme contient de grandes vérités ; au-delà de la foi, il


 

aspirera à la connaissance. Il trouvera encore dans le christianisme de quoi satisfaire à ce désir. Il pourra être pleinement nourri lorsque les Evangiles lui seront  expliqués par la Science spirituelle. C’est pourquoi celle-ci va prendre la place des philosophies anciennes, même très évoluées.


 

PREMIÈRE CONFÉRENCE

 

L’Apocalypse de saint Jean, un des documents les plus révélateurs de l’ésotérisme chrétien. La confusion s’établit à partir d’une certaine époque dans la pensée humaine, qui interprète matériellement des symboles d’événements spirituels. La structure générale de l’Apocalypse et les différents niveaux d’initiation.

 

 

AVANT d’aborder le point important que nous  allons étudier ici, laissez-moi vous exprimer ma grande satisfaction de voir tant d’auditeurs, venus de pays si divers, pour participer à cette étude. Ils se retrouvent dans un cercle  d’amis qui non seulement nourrissent un grand intérêt  pour les vérités spirituelles, mais savent également vivre conformément à ces vérités. Ils ont compris qu’elles ne  sont pas de simples théories, mais des réalités qui peuvent émouvoir notre vie intérieure dans  ses profondeurs, l’animer de leur flamme, la fortifier, la spiritualiser, en nous  unissant plus étroitement à nos semblables, au monde entier.

Sentir que tout ce qui se présente à nous dans le monde sensible, tout ce qui est perceptible à nos sens, c’est le visage d’une réalité invisible, suprasensible, qui en est la texture, est une chose très importante. Le monde avec tout ce qu’il contient apparaît toujours plus à qui sait rattacher la Science spirituelle à la vie, comme l’expression d’une essence divine, spirituelle. Celui-là peut, à travers les traits d’un visage, sentir ce qu’est l’âme, le cœur d’un être ; de même, tout ce qu’il voit autour de lui montagnes, rochers, le vêtement végétal de la terre, les animaux, les activités humaines – est à ses yeux l’expression, le visage d’une existence divine sur laquelle tout repose. Cette façon de voir l’anime d’une force nouvelle ; un enthousiasme neuf et plus noble vient alors inspirer tout ce


qu’il entreprend.

Laissez-moi vous citer un exemple qui m’a frappé pendant mon dernier voyage. Il montre que lorsqu’on le considère comme l’expression d’un élément divin, le cours historique des faits devient significatif en tout événement, et nous parle un nouveau langage. Il y a quelques semaines, en Scandinavie, j’ai pu constater qu’à travers les pays du nord de l’Europe vibre encore un écho des temps anciens, de ceux l’on avait encore conscience de la vie des êtres invisibles, des Dieux de la mythologie nordique. On y trouve encore des réminiscences de ce qu’enseignaient à leurs disciples les initiés des mystères druidiques, des mystères des Trotts {6} . On y perçoit comme le souffle magique de la vie spirituelle des pays du Nord, et aussi la trace de certains rapports karmiques très remarquables. Tout cela, on le ressent lorsqu’on a devant les yeux, comme cela m’est arrivé à Upsal, la première traduction de la Bible en germanique ancien, le « Codex argenteus » d’Ulfila. {7} Ce document est parvenu à Upsal par un étrange enchaînement de circonstances. Il était auparavant à Prague. Pendant une guerre, les Suédois s’en emparèrent et il fut apporté à Upsal il est resté, véritable signe parlant à celui qui peut sonder le sens des anciens mystères. En effet, ces mystères des anciennes civilisations européennes ont tous en commun un trait curieux qu’ont perçu tous ceux qui, autrefois, reçurent cette initiation ; ils avaient le sentiment tragique que, si même ils parvenaient à percer les énigmes de la vie, seul l’avenir leur en apporterait la solution. Cette idée leur apparaissait constamment qu’une lumière plus haute allait venir un jour éclairer l’enseignement donné dans les mystères. On peut dire qu’ils pressentaient en prophètes ce qui devait se produire dans l’avenir : l’apparition du Christ Jésus. Un


sentiment d’attente, une atmosphère de prophétie régnaient dans tous ces mystères nordiques.

Ce que je vais vous exposer maintenant n’est pas à prendre trop au pied de la lettre, mais comme l’expression symptomatique d’une très profonde vérité. Il reste quelque chose du sentiment dont je viens de parler dans ce que la tradition nous transmet des anciens mystères nordo- germaniques, dans la légende de Siegfried en particulier. Siegfried est vraiment le représentant de l’ancienne initiation nordique. Il nous est dit qu’il est vulnérable en un seul point de son corps, à l’endroit une feuille de tilleul est tombée entre ses épaules. Or, celui qui reconnaît ici un symbole comprend qu’à cet endroit du corps, quelque chose d’autre viendra prendre place lorsque l’être humain n’aura plus à recevoir la blessure qui frappait l’initié des mystères nordiques. C’est ce point du corps en effet sur lequel pèsera la croix du Christ Jésus, ignorée encore de l’initié antique. C’est ce fait qu’évoquent les anciens mystères dans la légende de Siegfried. Ainsi se trouve indiqué par un symbole le lien interne qui rattache les initiations des Druides, des Trotts, et les mystères du christianisme. La présence dans un pays du Nord de la première traduction de la Bible en langue germanique nous rappelle également ce lien. On peut de même considérer comme symbolique l’enchaînement de faits karmiques à la suite desquels onze feuillets de ce document ont été volés un jour, puis restitués par un propriétaire ultérieur que sa conscience talonnait.

Tout comme les événements historiques, ce qui arrive dans la vie d’important ou d’insignifiant ne prend tout son sens qu’à la lumière de l’anthroposophie ; celle-ci nous apprend à voir dans tout ce qui est physiquement perceptible l’expression


 

d’une vie suprasensible, spirituelle. Que cette conviction nous anime pendant la durée de ce cours ! Nous aborderons alors dans l’attitude spirituelle, avec les sentiments qui conviennent, l’étude du plus profond des documents chrétiens : l’Apocalypse de saint Jean.

On peut en effet, sans le moins du monde extrapoler, trouver dans l’Apocalypse les plus grandes vérités du christianisme. Ce texte ne contient rien de moins  que l’essentiel des mystères du christianisme, de ce que nous appelons le christianisme ésotérique. Rien d’étonnant par conséquent à ce que, de tous les documents chrétiens, il ait été le plus mal compris. Presque dès le début du christianisme, il l’était déjà fort mal de tous ceux qui n’étaient pas vraiment initiés. Cette incompréhension a persisté depuis, soit aux époques l’on a interprété les faits spirituels dans un sens matériel, soit aux époques les grands courants religieux poussaient les différents partis au fanatisme, soit enfin de notre temps, par ceux qui croient pouvoir résoudre  les énigmes de l’univers dans l’esprit du matérialisme le plus exclusif.

Les plus hautes vérités spirituelles révélées au début de l’ère chrétienne, accessibles à ceux qui pouvaient les comprendre, ont donc été déposées, autant qu’on pouvait le faire par écrit, dans l’Apocalypse de saint Jean, dite canonique. Mais dès les premiers temps de l’ère chrétienne, la pensée exotérique ne fut guère capable de comprendre la substance profondément spirituelle du christianisme ésotérique. De sorte que, très tôt, on a pensé que les faits de l’évolution universelle qui se déroulent sur le plan spirituel, et que peuvent contempler les clairvoyants, allaient se passer sur la scène


extérieure, matérielle, du monde civilisé. L’auteur de l’Apocalypse décrit les expériences de l’initiation chrétienne qu’il a reçue ; on a pris ce texte dans une acception purement matérielle, et les événements que le grand voyant contemplait dans un avenir millénaire, on se les est  représentés  se réalisant à brève échéance dans le monde sensible. C’est ainsi qu’est née l’idée que le Christ allait revenir sur des nuages matériels ; comme ce retour ne se produisait pas, on en recula simplement la date en se disant : une ère nouvelle s’est instaurée sur la terre avec le Christ, mais elle ne  doit  durer que mille ans. Aux approches de l’An mille, beaucoup de gens s’attendirent donc au déchaînement dans le monde physique d’une force hostile au christianisme, d’un Antéchrist. Comme rien ne se passait, on fixa une nouvelle date, mais en même temps, les prédictions de l’Apocalypse furent élevées au rang de symboles. Tout en les interprétant comme devant se réaliser matériellement, lorsque la conception matérialiste du monde vint à se répandre, on donna à cette description d’événements une certaine valeur symbolique.

Au XIIe siècle, un homme donna de ce document une explication remarquable : il s’agit de Joachim de Flore {8} qui mourut au début du XIIIe siècle. Il  pensait  que  le christianisme recèle une force spirituelle très puissante, destinée à se répandre de plus en plus, mais que le christianisme officiel avait constamment déformée. Ainsi se répandit l’idée que l’Eglise des Papes, ayant dénaturé l’esprit du christianisme ésotérique, incarnait un élément hostile, anti chrétien. Cette idée gagna du terrain au cours des siècles suivants, du fait que certains ordres religieux attribuaient une valeur toute spéciale à la force spirituelle du christianisme.  C’est ainsi que Joachim de Flore trouva des adeptes parmi les


Franciscains, en la personne d’hommes qui considéraient le pape comme le symbole de l’Antéchrist. Cette même idée fut reprise par le protestantisme : pour lui, l’Eglise romaine était une déviation, une apostasie ; et l’on chercha le salut dans la Réforme. Mais si les protestants voyaient dans le pape le symbole de l’Antéchrist, pour celui-ci, en revanche, c’était Luther qui l’incarnait. Chacun interprétait l’Apocalypse dans un sens conforme aux opinions de son parti. L’adversaire était inévitablement l’Antéchrist, tandis que l’on identifiait son propre clan avec le véritable christianisme.

Cet état de choses se prolongea jusqu’à une époque récente, jusqu’à l’apparition du matérialisme moderne qui, tant il est grossier, n’est même pas comparable à celui qui était apparu au début de l’ère chrétienne. Car dans ces temps-là, on avait encore une certaine foi en l’esprit, une certaine conception de l’esprit. Si les gens ne comprenaient pas de quoi il s’agissait, c’est qu’ils n’avaient aucun initié parmi eux. Mais le fait même de se représenter qu’un Être peut descendre sur un nuage supposait qu’on avait encore foi en l’esprit. Une attitude spirituelle de cet ordre n’est pas compatible avec le matérialisme moderne. L’idée que le matérialiste contemporain se fait de l’Apocalypse est à peu près celle-ci : personne ne peut prévoir l’avenir – puisque moi-même je  ne  le puis pas. Ce que je ne vois pas, personne d’autre ne peut le voir. Croire en l’existence des initiés, c’est le fait d’une vieille superstition. Cela n’existe pas. La connaissance normale, c’est ce que moi je sais. Or, je prévois à peine ce qui peut arriver dans les dix prochaines années ; à plus forte raison ne peut-on prédire ce qui arrivera dans des millénaires. Par conséquent, à supposer qu’il fût honnête, celui qui a écrit l’Apocalypse devait parler de ce qu’il avait vu dans le passé ; car on ne peut


connaître que ce qui a été, et qui figure dans des documents. L’auteur de l’Apocalypse ne peut raconter que ce qui s’est passé avant lui. Dans ces descriptions de luttes entre le bien et le mal, entre la beauté, la sagesse et le mal, la laideur, la folie, dans ces récits dramatiques, il ne faut donc rien voir d’autre que ce qu’un homme a vu lui-même, et qui était déjà passé. Voilà comment parle le matérialiste moderne, affirmant que l’auteur de l’Apocalypse décrit comme lui-même l’aurait fait à sa place.

Or, ce qui pouvait sembler le plus horrible à un chrétien des premiers siècles, c’était la Bête dressée contre la puissance spirituelle du christianisme, contre le véritable christianisme. Malheureusement, les quelques hommes qui ont entrevu ce que cela signifiait n’ont pas pu comprendre tout.  Dans certaines écoles ésotériques, on pratiquait une sorte d’écriture chiffrée ; certains mots qu’on ne voulait pas écrire en caractères ordinaires étaient mis en chiffres. C’est ce qui s’est passé pour les profonds secrets de l’Apocalypse, notamment pour l’événement dramatique auquel correspond le nombre 6,6,6, et surtout lorsqu’il est répété avec insistance : « C’est ici la sagesse. Le nombre de la Bête est 6,6,6. »

Dans des cas de ce genre, on savait que  pour  comprendre ce que cela signifiait, il fallait remplacer les chiffres par des lettres ; mais ceux qui l’avaient entendu dire sans savoir comment procéder décidèrent, dans leur conception matérialiste des choses, que les lettres correspondant à 6,6,6, devaient former le mot « Néron » ou « César Néron ».

Vous trouverez aujourd’hui, dans un grand nombre d’ouvrages consacrés à l’Apocalypse, cette interprétation : les gens étaient si ignorants autrefois qu’ils voyaient toutes sortes


de mystères dans le passage en question ; mais aujourd’hui le problème est résolu ; nous savons qu’il s’agit simplement de Néron. Il est clair que l’Apocalypse a été écrite après le règne de Néron ; que l’auteur a voulu dire que celui-ci était l’Antéchrist, et que dans son récit dramatique il évoque des faits antérieurs en les grossissant. Pour peu qu’on recherche ce qui venait alors de se passer, on découvre ce que l’auteur de l’Apocalypse a voulu décrire. Il y eut en effet des tremblements de terre en Asie mineure au moment Néron persécutait les chrétiens. C’est à ces tremblements de terre que font allusion l’ouverture des Sceaux et les sons des Trompettes. Il est aussi question de sauterelles, et  justement, à cette époque, il y eut des invasions de sauterelles. Voilà ce que décrit l’Apocalypse.

C’est ainsi qu’au XIXe siècle, on en est arrivé à déformer le plus profond des documents chrétiens, à n’y voir qu’une description de faits matériels. La mention de ces détails est destinée à vous montrer à quel point ce document essentiel du christianisme ésotérique a été méconnu, mal compris. Nous réserverons les commentaires historiques pour le moment nous en aurons mieux compris la signification,  c’est-à-dire pour les dernières conférences de ce cycle.

 

* * *

Pour qui connaît déjà la Science spirituelle, il n’est pas douteux que, dès l’introduction, le texte de l’Apocalypse révèle sa véritable nature. Son auteur nous dit avoir été transporté dans la solitude d’une île dont l’atmosphère était imprégnée de spiritualité c’est-à-dire dans un lieu de mystères antiques. Il nous dit aussi « avoir été ravi en esprit », avoir perçu en esprit ce qu’il raconte. Cela nous indique aussitôt que le contenu de


l’Apocalypse a pour origine un état de conscience supérieur, auquel on parvient en développant la faculté créatrice de  l’âme, c’est-à-dire par l’initiation.

Ce qu’on ne peut ni voir ni entendre dans le  monde sensible, ce qu’on ne peut pas percevoir au moyen des sens, se trouve révélé au monde, sous la forme où le christianisme pouvait le faire, dans les « révélations secrètes » de saint Jean. L’Apocalypse nous met donc en présence d’une initiation,  d’une initiation chrétienne. Rappelons brièvement en quoi consiste l’initiation, et voyons quel rapport elle peut avoir avec le contenu de l’Apocalypse.

L’initiation est le développement des forces et des facultés latentes qui sommeillent en toute âme humaine.  Pour  s’en faire une idée juste, il faut avant tout se représenter ce qu’est l’état de conscience d’un homme normal d’aujourd’hui. On voit mieux alors en quoi il se distingue de celui d’un initié. L’état de conscience normal d’un homme moderne a deux aspects tout à fait différents : la conscience de veille (diurne) alterne  avec celle du sommeil (nocturne). Dans la conscience de veille, nous percevons les objets matériels qui nous entourent, et nous établissons entre eux des relations au moyen de concepts à la naissance desquels un instrument physique (le cerveau) est indispensable. Chaque nuit, le corps astral et le Moi se dégagent des éléments inférieurs de la nature humaine, c’est- à-dire des corps physique et éthérique, et par là-même les objets matériels qui sont présents autour de l’être endormi s’évanouissent dans l’obscurité pour la conscience de l’homme actuel. Non seulement ils s’obscurcissent, mais jusqu’au réveil règne ce qu’on appelle l’inconscience totale. C’est l’obscurité complète autour de l’être. Car à l’état normal, le  corps  astral est ainsi fait à notre époque qu’il ne perçoit par lui-même rien


 

de ce qui l’entoure. Il lui faut pour cela des instruments, et ces instruments, ce sont les sens physiques. C’est pourquoi, le matin, l’homme doit réintégrer son corps physique pour se servir de ces sens.

Si le corps astral ne voit ni ne perçoit rien lorsque, pendant le sommeil, il se trouve dans le monde spirituel, c’est pour la même raison qui fait qu’un corps physique dépourvu d’yeux et d’oreilles ne pourrait percevoir ni les couleurs, ni les sons du monde physique. Le corps astral n’a pas d’organes de perception pour le monde astral. Il en était de même du corps physique dans la nuit des temps. Il ne possédait pas encore les yeux et les oreilles qui se sont formés plus tard en lui. Les éléments et les forces extérieurs ont peu à peu ciselé, modelé ses yeux et ses oreilles, si bien que le monde qui lui restait ignoré auparavant s’est révélé à lui.

Supposons que le corps astral, qui se trouve actuellement dans les conditions se trouvait autrefois le corps physique, puisse être traité à son tour de telle manière que des organes y soient modelés comme les yeux l’ont été par la lumière du  soleil, et les oreilles par l’univers des sons, dans la masse  encore malléable du corps physique. Supposons que dans un corps astral encore malléable on puisse  modeler  des organes : il serait alors comparable au corps physique actuel. Il faut  donc, comme le fait un sculpteur avec la glaise, travailler ce corps astral afin d’y former des organes de perception qui appréhendent le monde suprasensible. C’est la première chose à faire pour celui qui veut acquérir la clairvoyance. Et c’est ce qui, de tous temps, s’est accompli dans les écoles d’initiation, dans les Mystères. On y travaillait à modeler les organes du corps astral.


 

Mais en quoi consiste cette activité formatrice ?  On pourrait supposer qu’il faut tout d’abord isoler ce corps astral, l’avoir devant soi avant de pouvoir en modeler les organes. Ce ne serait pourtant pas la bonne méthode, et surtout pas celle que doit suivre l’initiation moderne. Certes, un initié  capable  de vivre dans les mondes spirituels pourrait travailler à modeler un corps astral lorsque celui-ci est dégagé par le sommeil. Mais ce serait agir sur un individu à son insu ; ce serait intervenir dans la sphère de sa liberté sans qu’il en ait conscience. Nous verrons pourquoi, depuis longtemps déjà  et en particulier à notre époque, cela ne doit  jamais  se faire. Dès le temps des écoles pythagoricienne et égyptienne, on devait éviter tout ce qui eût permis aux initiés d’agir directement sur le corps astral des néophytes pendant qu’il était séparé des corps physique et éthérique. II fallait renoncer à cela dès le début. Chacun devait faire ses premiers pas vers l’initiation dans le monde physique ordinaire, celui l’on perçoit par les sens physiques.

Mais alors, comment opérer, puisque c’est justement cette perception physique qui, à mesure qu’elle est apparue dans l’évolution, a jeté un voile sur le monde spirituel, autrefois perçu par l’homme, bien que sans grande participation consciente ? Comment est-il possible d’agir par le physique sur l’astral ?

Voyons donc en quoi consiste la perception ordinaire, diurne.

Pensez à votre vie de chaque jour, suivez-la pas à pas. A chaque instant des impressions vous assaillent du dehors ; par la vue, l’ouïe, l’odorat, elles vous arrivent en foule toute la journée. Vous les élaborez avec votre intellect. Le poète, même


s’il n’est pas inspiré, les transforme par son imagination. Tout cela est évident, mais n’explique pas pourquoi l’élément suprasensible qui est à la source du sensible, de la matière, ne parvient pas jusqu’à la conscience de l’être humain.

Si celui-ci n’en prend pas conscience, c’est que toute cette activité qu’il tourne vers le monde extérieur n’est  pas conforme à la vraie nature du corps astral. Autrefois, lorsque dans un passé infiniment lointain le corps astral percevait en images, images psychiques de joie et de douleur, de sympathie et d’antipathie, certaines impulsions spirituelles répondaient intérieurement, et ce sont elles qui provoquaient la formation d’organes. Ces impulsions furent anéanties lorsque l’homme, progressivement, fut sensibilisé aux impressions du dehors. Aujourd’hui, de toutes les impressions reçues pendant la journée, plus rien ne subsiste qui exerce dans le corps astral une action formatrice.

Le processus de perception est le suivant : toute la journée les impressions du monde extérieur affluent vers nous. Elles agissent  par les sens sur les corps éthérique et astral jusqu’à  ce que le Moi en prenne conscience. Le corps astral subit les effets de ce qui a impressionné le corps physique. Si l’œil reçoit une impression de lumière, celle-ci impressionne l’éthérique et l’astral ; et le Moi en devient conscient. Il en est de même pour les impressions auditives ou autres. Toute la journée cette action s’exerce sur le corps astral qui est continuellement en activité du fait de ces impressions extérieures. Puis, le  soir, il  se sépare du corps physique ; il n’a plus alors la force  de rendre conscientes les impressions venant du monde qui l’entoure. Car les forces de perception suprasensible qu’il possédait dans un lointain passé ont été anéanties lors des premières perceptions du monde sensible. La nuit, le corps


 

astral reste dépouillé de ces forces, parce que rien de ce qu’il reçoit le jour n’est capable de façonner des organes en lui. Tout ce qu’on perçoit agit certes sur le corps astral, mais cette action est impuissante à préparer des organes suprasensibles.

Le premier pas de l’initiation doit donc consister à faire pénétrer dans l’âme, pendant la journée, des forces capables d’agir dans le corps astral lorsqu’il se dégage la nuit du physique et de l’éthérique. Supposez qu’un être humain pleinement conscient reçoive l’indication de quelque chose à faire, quelque chose qui ait été choisi de telle façon que l’effet s’en prolonge pendant la nuit. Représentez-vous cet effet comme un son qui continuerait de vibrer quand le corps astral est dégagé ; ce son agirait de la même manière qu’ont agi autrefois les forces qui ont modelé le corps physique. Le premier pas de l’initiation a toujours consisté à faire faire au néophyte, pendant la vie de veille, quelque exercice dont l’écho se prolonge dans sa vie nocturne. Tout ce qu’on appelle méditation, concentration, tout exercice effectué pendant la journée, tout cela n’est rien d’autre qu’une activité de l’âme dont l’effet se prolonge lorsque le corps astral se libère, et devient la nuit une force modeleuse d’organes.

On appelle cela : purifier l’astral, éliminer ce qui ne convient pas au corps astral. Ce premier pas s’appelait autrefois « catharsis », purification. Ce n’était pas encore une activité au sein des mondes suprasensibles, mais des exercices effectués pendant la journée, une sorte d’entraînement de l’âme. Il s’agissait d’acquérir certaines manières de vivre et d’être, d’organiser sa vie d’une façon qui puisse réagir sur le corps astral jusqu’à ce qu’il se soit transformé, que des organes s’y soient développés.


 

Dès que le néophyte avait atteint ce niveau, le pas suivant consistait à imprimer dans le corps éthérique ce qui avait été modelé dans le corps astral, tout comme le dessin d’un cachet s’imprime dans la cire. Ce second pas dans l’initiation  s’appelait « illumination » ; et l’on parvenait alors à un niveau très important. Un monde spirituel commençait à s’éclairer autour du néophyte, tout comme le monde sensible l’entourait auparavant.

Cette phase a d’autre part ceci de caractéristique que les faits du monde spirituel ne s’y manifestent pas de la même façon que les objets du monde sensible, mais sous forme d’images. On ne voit tout d’abord que des images. Pensez à ce que je vous ai dit de l’initié d’autrefois, qui percevait l’âme- groupe des peuples. Lorsqu’il en était arrivé là, il voyait cette âme-groupe sous forme d’images. Pensez par exemple à cet initié que fut Ezéchiel. Lorsque commença pour lui l’illumination, des êtres spirituels qui étaient les âmes des peuples lui apparurent sous l’aspect de quatre animaux symboliques. C’est ainsi, en images grandioses  qui constituaient une première étape, que le monde spirituel s’est tout d’abord manifesté à l’homme.

A son tour, le corps éthérique devait se trouver imprégné.

Cette sorte d’empreinte d’un cachet lui était également transmise. Aux images s’ajoutait peu à peu ce qu’on appelait la musique des sphères. Un monde spirituel supérieur est perçu en sonorités. L’initié qui, par l’illumination, n’a perçu le monde spirituel qu’en images, commence à entendre les sons que peut percevoir l’oreille spirituelle. Puis vient la transformation du corps éthérique et quelque chose de nouveau apparaît  dans une sphère plus élevée encore.


 

Dans le monde physique, vous pouvez entendre des sons, même lorsque quelqu’un parle derrière un écran, sans que vous le voyiez. Il en est un peu de même avec le monde spirituel. Il se présente tout d’abord en images, puis il retentit, et le dernier voile tombe. Comme si on enlevait l’écran  et qu’on voyait alors celui qui parlait. On le voit en personne. On contemple donc le monde spirituel et les êtres qui le peuplent. On perçoit tout d’abord des images, puis des sons, puis des êtres, – et finalement on voit vivre ces êtres.

Les visions du monde que nous appelons imaginatif ne peuvent être décrites qu’approximativement lorsqu’on fait usage de symboles tirés du monde sensible. Par des comparaisons avec la musique physique, on ne peut que faire entrevoir ce qu’est la musique des sphères. Quant à la vision des êtres spirituels au troisième degré, on ne peut la comparer qu’à ce qu’il y a de plus profond en l’homme, à son activité lorsqu’elle est harmonisée avec la volonté divine. Si l’homme agit dans le sens de la volonté des Êtres divins qui régissent notre univers et le font progresser, alors sa nature devient semblable à la leur, et il les perçoit  dans  cette  troisième sphère. Ce qui en lui s’oppose à l’évolution de l’univers, ce qui retarde le progrès du monde, il le perçoit alors comme un déchet à éliminer, comme un dernier voile qui doit tomber.

On perçoit donc tout d’abord un monde d’images (expressions symboliques du monde spirituel) ; puis  la musique des sphères (expressions symboliques d’un monde spirituel plus élevé) ; on perçoit enfin un monde d’Entités spirituelles qu’on ne peut de nos jours se représenter qu’en le comparant avec ce qu’on a en soi de plus profond, avec l’impulsion qui nous pousse, soit vers le Bien, soit vers le Mal.


Ces trois étapes, l’initié les parcourt, et l’Apocalypse de saint Jean en est la description fidèle. Le point de départ, c’est le monde physique. Ce qui est dit en premier lieu, c’est ce qui peut se dire avec les moyens d’expression du monde physique, c’est-à-dire les sept Lettres aux Églises. Ce qui doit être accompli dans le monde extérieur, ce qu’on doit dire à ceux qui agissent dans le monde physique, y est dit. Car ce qu’on exprime dans une lettre peut avoir une action dans le monde physique.

Après les sept Lettres vient le monde des sept Sceaux, images du premier degré de l’initiation. Puis vient le monde de l’harmonie des sphères, tel que le perçoit celui qui peut entendre en esprit. Il est représenté par les sept Trompettes. Le degré suivant, où l’initié perçoit des Êtres spirituels, est représenté par des entités qui rejettent les Coupes, les forces opposées à celles du Bien. Or, le contraire de l’amour divin, c’est la colère divine. Le vrai visage de l’amour divin qui fait progresser le monde est contemplé dans cette  troisième  sphère par ceux qui se sont libérés dans le  monde  physique des sept Coupes de la colère.

Voilà comment le futur initié est conduit peu à peu  à travers les sphères de l’initiation. Dans les sept Lettres de l’Apocalypse nous trouvons ce qui relève des sept catégories  du monde physique ; dans les sept Sceaux, ce  qui appartient au monde imaginatif ou astral ; dans les sept  Trompettes, ce qui se rapporte au monde spirituel, au Dévachan supérieur ; et dans les sept Coupes de colère, ce qui doit être rejeté pour que l’homme puisse accéder au degré de spiritualité le plus élevé que notre monde puisse atteindre ; car ce domaine spirituel supérieur est encore en rapport avec notre évolution.


 

Telle est la structure d’ensemble de l’Apocalypse de saint Jean. Nous n’avons pu en souligner que quelques traits, mais  ils suffisent à montrer que cette Apocalypse est un écrit initiatique.


 

SECONDE CONFÉRENCE

 

L’entraînement initiatique dans les anciennes écoles de Mystères et l’initiation chrétienne. Procédés initiatiques  du passé et méthodes du présent. Les  formes de conscience collective ou « âmes-groupes » d’autrefois. La voyance astrale et les  deux premiers Sceaux.

 

 

DANS la précédente conférence, nous avons vu dans quel esprit avait été composée l’Apocalypse de saint Jean et nous avons pu nous rendre compte qu’elle est le  récit  d’une initiation chrétienne. Aujourd’hui, ma tâche consistera à vous exposer la nature de cette initiation en général, et à vous décrire ce qui se passe dans l’âme d’un homme lorsqu’il doit devenir capable de voir par lui-même dans les mondes spirituels, au-delà du monde sensible. Je vous décrirai ensuite à grands traits les expériences que fait l’initié ; car c’est seulement en comprenant ce qu’est l’initiation que nous parviendrons peu à peu à saisir le sens de cet important document religieux qu’est l’Apocalypse.

Considérons tout d’abord d’une façon précise les deux états possibles de la conscience humaine : celui du jour, qui dure du réveil jusqu’au sommeil, et l’autre qui commence avec le sommeil pour cesser au réveil.

L’être humain est actuellement constitué de quatre éléments : corps physique, corps éthérique, corps astral et  Moi. Ces éléments apparaissent au clairvoyant sous une forme telle que le corps physique se trouve au centre, tel une sorte  de noyau. Le corps éthérique l’imprègne, dépassant un peu la tête d’un léger rayonnement, tandis que vers le bas, il devient nébuleux, indistinct ; et plus on va vers les  membres inférieurs, moins il épouse la forme du corps physique.


 

Pendant la journée, ces deux organismes sont entourés par le corps astral qui les dépasse de tous côtés et les enveloppe d’une forme ovoïde, elliptique. Des rayons lumineux le parcourent, semblant venir du dehors pour imprégner le centre. Ce corps astral est incessamment traversé de lignes, de figures, de rayons, parfois d’éclairs, de sinuosités étranges. L’homme est comme entouré de multiples phénomènes lumineux. C’est l’expression des passions, de  ses  instincts, de ses désirs, et aussi de toutes ses pensées, de ses représentations. Le clairvoyant y voit se refléter tout ce qu’on appelle expériences psychiques, depuis les instincts les  plus  bas jusqu’à l’idéal moral le plus élevé.

Enfin, pour représenter le Moi, quatrième élément de la nature humaine, il faudrait dessiner des sortes de rayons convergeant tous vers un point situé derrière le front, à distance d’un centimètre environ. Telle serait la description schématique de l’homme dans sa quadruple constitution. Nous verrons au cours de ces conférences quel rôle incombe dans l’ensemble de l’être à chacun de ces éléments.

Tel est l’humain pendant la journée, à l’état  de veille. Mais le soir, lorsqu’il s’endort, son corps physique et son corps éthérique restent dans son lit, tandis que s’en dégage ce que nous avons appelé son corps astral. Dire qu’il « se dégage » est un peu inexact. En réalité, c’est comme si une sorte de nuage  se formait ; de nuit, on voit le corps astral distinct des corps physique et éthérique, planant comme une nuée en forme de spirale, tandis que le quatrième élément disparaît presqu’entièrement, perd toute forme précise. La partie inférieure du corps astral n’est que faiblement visible ;  la  partie supérieure est celle dont nous disons qu’elle est “sortie”


ou “dégagée”.

Celui qui s’adonne tout entier aux préoccupations habituelles aux hommes de notre temps ne peut prétendre à cette initiation. Car il faut s’y préparer en pratiquant pendant  la veille les exercices que prescrivent les écoles d’initiation, en particulier des exercices de méditation et  de  concentration. Par leur but, ces exercices sont au fond les mêmes dans toutes les écoles. Ils ne se différencient, à mesure qu’on remonte dans le passé vers les anciennes méthodes d’entraînement, celles d’avant le christianisme, que par l’importance plus grande que prenait alors la culture des forces de la pensée, des forces de l’intelligence. A mesure qu’approche l’ère chrétienne, ils visèrent davantage à développer les forces du sentiment ; enfin, plus on approche des temps modernes, et plus on voit comment, dans les écoles rosicruciennes notamment, on tend avant tout à cultiver la volonté, conformément aux exigences, aux besoins actuels de l’humanité. Bien que les méditations y soient apparemment assez semblables à celles des écoles pré- chrétiennes, l’entraînement des Rose-Croix tend particulièrement à développer la volonté.

Mais ce qui caractérise ces exercices, qu’ils proviennent des mystères orientaux, des écoles égyptienne ou pythagoricienne, ou qu’ils aient pour base l’Évangile de saint Jean, c’est qu’ils exercent une influence sur l’âme. S’ils  sont  pratiqués  à l’état de veille, ne serait-ce que peu de temps – cinq à quinze minutes par jour – l’effet en persiste dans l’âme lorsque le méditant passe au sommeil et que son corps astral est dégagé. Peu à peu des modifications multiples apparaissent dans ce corps astral pendant la nuit.

D’autres   phénomènes   lumineux        s’y            produisent et les


organes dont nous avons parlé viennent à prendre forme. Tout comme il y a dans le corps physique des organes pour voir et pour entendre, un organisme interne s’ébauche peu à peu dans le corps astral.

Toutefois, cet entraînement ne permet pas encore de voir grand-chose, surtout à l’homme d’aujourd’hui. Certes, quand ses organes astrals sont formés depuis quelque temps, il commence à devenir un peu conscient dans son sommeil. Un monde spirituel se dessine peu à peu, sortant de l’obscurité totale il était plongé jusqu’alors. Ce qu’on peut alors percevoir – et qu’on percevait surtout  autrefois,  plus rarement de nos jours – ce sont de merveilleuses images végétales. Telles sont les premières acquisitions de la clairvoyance. régnait la nuit de l’inconscience apparaissent comme en un rêve mais ce sont des réalités – des sortes de formes végétales. Beaucoup de choses qui sont décrites dans les mythologies des peuples anciens ont été perçues de cette manière. Lorsque la légende nordique raconte par exemple que Wotan, Willi et Weh trouvèrent un arbre sur une plage et qu’ils en firent un être humain, il s’agit  d’une vision de ce genre. A la base de toutes les mythologies se  trouve cette voyance primitive, celle qui perçoit le monde végétal.

La description du Paradis avec l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie, a pour origine, elle aussi, une vision de ce genre. C’est une acquisition de la voyance astrale. Ce n’est pas sans raison que, dans la Genèse, le Paradis nous est  présenté comme étant « vu ». Il faut apprendre à lire la Bible ; on comprend alors que les descriptions qu’elle contient, si profondes et si riches de sens, se rapportent à cet état de conscience mystérieux. Autrefois, on ne commentait pas la


 

Genèse comme on le fait aujourd’hui. On soulignait par exemple le fait qu’Adam « tomba dans un profond sommeil ». On enseignait aux premiers chrétiens que, pendant  ce sommeil, Adam avait eu la vision rétrospective de tous les événements décrits dans la Genèse. Aujourd’hui, on croit que ces paroles se trouvent par hasard. Mais c’est inexact. Chaque mot de la Bible est riche d’un sens profond,  et  seul peut le comprendre celui qui accorde une valeur à chacun isolément.

Tel était donc le premier pas à faire, qui devait être suivi d’un autre dans les mystères pré-chrétiens.  Quand  le néophyte avait pratiqué pendant assez longtemps – car c’était très long les exercices ayant pour but de mettre de l’ordre dans sa vie intérieure, quand il avait acquis l’équivalent de ce que nous appelons aujourd’hui l’anthroposophie, il accédait alors à l’initiation antique.

Il ne suffisait pas pour y atteindre que des organes se développent dans le corps astral ; il fallait en outre que ces organes viennent s’imprimer dans le corps éthérique. Comme un cachet grave son empreinte dans la cire, les organes du corps astral devaient s’imprimer dans l’éthérique. Dans ce but, le néophyte était plongé pendant trois jours et demi dans un état tout à fait spécial, ressemblant à la mort. Cette opération, nous le verrons, ne peut et ne doit plus être pratiquée de nos jours ; l’initiation moderne doit faire appel à d’autres moyens. Ce que je décris en ce moment, c’est l’initiation pré-chrétienne. Le futur initié était donc plongé pendant trois jours  et  demi par le hiérophante dans un état semblable à la  mort. Ou bien on le plaçait dans un étroit réduit, dans une sorte de tombeau il reposait dans un sommeil voisin de la mort ; ou bien il


était lié sur une croix, les bras étendus, ce qui l’aidait à entrer dans l’état à atteindre.

La mort intervient quand le corps éthérique, le corps astral et le Moi se séparent de la dépouille physique. Cela ne se produit jamais dans le cours régulier de la vie, car même dans  le sommeil le plus profond, l’éthérique n’abandonne jamais le corps physique. Il ne le quitte qu’à la mort. Or, pendant le sommeil du futur initié, son corps éthérique quittait son corps physique, au moins partiellement, et se trouvait alors en dehors de celui-ci. Dans le langage exotérique, on dit que le corps éthérique est extrait. Ce n’est pas tout à fait le cas, et nous pouvons faire ici une distinction plus subtile. En fait, pendant les trois jours et demi il veillait tout spécialement sur le futur initié, le prêtre initiateur l’amenait à un état seule la partie inférieure de son corps physique restait unie à son corps éthérique. C’est à ce moment que son corps astral, avec tous les organes qu’il avait acquis, pouvait s’imprimer dans son corps éthérique ; et l’illumination avait lieu.  Lorsqu’on le réveillait après ces trois jours et demi, le néophyte était parvenu à ce qu’on appelle l’illumination, qui succède à la purification au cours de laquelle s’étaient formés les organes de son corps astral. Dès lors, il était un  initié capable de connaître les mondes spirituels. Ce qu’il avait vu auparavant n’était qu’un stade préliminaire à cette contemplation. Le monde des images végétales s’enrichissait désormais pour lui de formes entièrement nouvelles. Etant parvenu à l’illumination, il savait en s’éveillant qu’il avait contemplé quelque chose dont auparavant il n’aurait pu avoir  la moindre notion.

Mais pour se faire une idée des grandes visions qu’il pouvait ainsi évoquer dans sa mémoire, il faut revenir à


 

l’évolution par laquelle l’être humain a passé. Rappelons-nous qu’il n’est parvenu que bien lentement au niveau actuel de conscience. Il n’a pas toujours pu se dire « Moi » à lui-même comme il le fait à présent. II suffit pour le voir de remonter au temps les Chérusques, les Hérules, etc…, vivaient dans les contrées du centre de l’Europe. Alors l’individu n’avait pas de conscience personnelle ; il vivait tout entier dans le sentiment d’appartenir à sa tribu. Comme les doigts de la main n’ont pas l’impression d’exister par eux-mêmes, le Chérusque ne percevait pas en lui un « Moi » individuel. Le Moi était celui de toute la tribu. Celle-ci constituait un organisme et les groupes d’êtres humains qu’unissaient les liens du sang avaient pour ainsi dire une âme-groupe en commun. Tout comme vos deux bras font partie de votre corps, ces hommes étaient les membres d’une grande communauté.

Cet état d’âme est encore très perceptible chez le peuple de l’Ancien Testament. Chacun s’y considérait comme un membre de la communauté. L’individu isolé ne parlait pas vraiment de lui-même lorsqu’il disait « Moi », mais il se sentait lié  à quelque  chose  de plus  profond qu’il exprimait  en disant :

« Moi et le Père Abraham sommes un. » Car pour lui, une certaine conscience du Moi remontant à Abraham lui  parvenait à travers toutes les générations. C’était comme une âme-groupe englobant le peuple entier. Les plus intelligents se disaient : « Ce qui constitue vraiment notre être le plus intime, immortel, ne réside pas dans un seul d’entre  nous, mais  dans le peuple tout entier. Tous les individus font partie d’un Moi commun. » C’est pourquoi chacun pensait qu’à sa mort, il se réunirait à une entité invisible qui remontait jusqu’au Père Abraham. On croyait réellement que, recueilli dans le sein d’Abraham, on était pour l’éternité absorbé dans l’âme-groupe


 

du peuple. Cette âme-groupe ne pouvait pas descendre sur le plan physique, l’on voyait des formes humaines ; mais celles-ci n’étaient pas la véritable réalité, qui se trouvait dans le monde spirituel uniquement. Ces hommes sentaient confusément que la force qui animait le sang était de nature divine ; et voyant Dieu en Jéhovah, ils appelaient « Iahvé » ce principe divin et « Michaël » sa face. « Iahvé » était considéré par eux comme l’âme-groupe de leur peuple.

Ces Entités spirituelles, l’homme ordinaire ne pouvait pas  les voir. Il n’était donné de les contempler qu’à l’initié, lors de cet instant grandiose son corps astral venait apposer son empreinte dans son corps éthérique. Lorsqu’on remonte dans le passé de l’humanité, on voit bien que le Moi actuel s’est développé à partir de cette conscience collective, de ce Moi- groupe. Plus le clairvoyant remonte en arrière, plus il constate que les individus étaient unis pour former des âmes-groupes. Or, il existe quatre types principaux d’âmes-groupes, quatre prototypes. Si l’on considère l’ensemble des âmes-groupes, on voit en effet que tout en se ressemblant, elles diffèrent aussi entre elles. Elles se répartissent en quatre types primordiaux. On les voit nettement lorsqu’on remonte par la clairvoyance aux temps l’homme n’était pas encore revêtu d’un corps de chair, il n’était pas encore descendu sur la Terre.

Il faut maintenant que nous nous représentions plus exactement ce moment où, venant des hauteurs spirituelles, l’homme est descendu ici-bas dans un corps de chair. On ne peut le décrire qu’à l’aide de symboles. A une certaine époque, la matière terrestre était bien  moins  consistante qu’aujourd’hui ; les rochers et les pierres n’étaient pas aussi durs ; les plantes avaient un aspect tout différent. L’univers


formait comme un océan primordial contenant toutes choses,  l’air et l’eau n’étaient pas distincts l’un de l’autre, de tous les êtres qui existent actuellement sur la terre, seuls les animaux et les plantes avaient pris forme dans l’eau. C’est lorsque les minéraux commencèrent à prendre l’aspect qu’ils ont aujourd’hui, qu’à vrai dire l’homme émergea  de l’invisibilité. C’est ce que percevait la vision du futur initié. Enveloppé d’une sorte de gaine, l’humain est descendu de ces régions qui correspondent à ce qu’est aujourd’hui l’atmosphère. Il n’avait pas encore un corps physique dense, alors que l’animal existait déjà en chair et en os. Même à l’ère lémurienne, l’homme était encore un être « aérien ». L’humanité s’est alors répartie entre  quatre  âmes-groupes que le regard clairvoyant contemple sous forme d’images  : d’un côté celle du Lion, en face celle du Taureau, en haut celle de l’Aigle, et au centre quelque chose qui ressemble déjà à un être humain. C’est ainsi que les perçoit le clairvoyant.

C’est ainsi que des ténèbres du pays de l’esprit a  surgi  l’être humain. La force qui l’a construit décrit une sorte d’arc- en-ciel autour de lui. Les forces plus proches du physique entourent la forme humaine à la façon d’un arc-en-ciel. Cette naissance de l’homme doit être décrite dans des perspectives très diverses. Ici, nous la décrivons telle qu’elle apparaît à la vision rétrospective du clairvoyant. Pour lui, ces quatre âmes- groupes sont issues d’une essence commune, à la fois humaine et divine, qui est descendue vers la Terre. Le souvenir symbolique de cet événement s’est conservé sous la forme du second des sept Sceaux occultes, qui n’est pas seulement un symbole. Ces quatre âmes-groupes sont bien issues de l’infini spirituel indéterminé, entourées d’un arc-en-ciel à quoi s’ajoute le nombre 12. Ce nombre, nous allons chercher à


comprendre ce qu’il signifie.

Lorsqu’il voit apparaître ce qui vient d’être décrit, le clairvoyant a en effet l’impression que cette vision se détache sur un fond de tout autre nature qu’elle. Et ce qu’il voit ainsi, c’est ce qui fut autrefois symbolisé par le Zodiaque  et  ses douze signes. Le moment l’on accède à la clairvoyance est encore lié à bien d’autres expériences. La première que fait celui dont le corps éthérique se dégage, c’est la sensation de s’étendre, de se dilater jusqu’à se confondre avec tout ce qu’il perçoit. Le moment vient où l’initié se dit : « Non seulement je vois ces quatre formes mais je suis en elles ; je me suis étendu jusque-là. « Il s’identifie avec ce qu’il voit tout en percevant ce qui est symbolisé par le Zodiaque et le nombre 12. Tout ce qui entoure sa vision, nous le comprendrons mieux en nous remémorant que notre Terre a passé par plusieurs incarnations antérieures {9} : l’état de l’ancien Saturne tout d’abord, puis celui de l’ancien Soleil, enfin celui de l’ancienne Lune, avant la Terre actuelle. Tout cela était nécessaire ; c’est ainsi seulement qu’ont pu apparaître sur notre Terre les êtres qui y sont nés, et dont le développement  ne pouvait s’accomplir qu’à la faveur de ces métamorphoses.

Si donc on remonte à un lointain passé, on a la vision du premier état de notre Terre, celui de l’ancien Saturne qui, au début de son existence, n’était même pas lumineux. Il existait sous forme de pure chaleur. En s’approchant de lui, on n’aurait pas pu voir un globe lumineux ; on serait entré dans un espace plus chaud, justement parce qu’il n’existait qu’à l’état calorique.

On peut se demander si c’est avec Saturne que l’univers a commencé. D’autres états, d’autres incarnations planétaires


n’ont-ils pas précédé l’existence saturnienne ? Mais il serait difficile de remonter au-delà de Saturne, justement parce que c’est seulement que commence ce que nous appelons le temps. Il y eut certes auparavant d’autres formes d’existence, mais au fond, nous ne pouvons même pas dire « auparavant » puisque le temps n’existait  pas encore. Le temps a, lui aussi,  eu un commencement. Avant Saturne, il n’y avait pas de temps, il n’y avait que l’éternité, la durée, tout était simultané. Une succession ne s’établit pour les phénomènes qu’avec Saturne. Dans la situation de l’univers il n’y a qu’éternité, durée, il n’y a pas non plus de mouvement. Car le mouvement implique le temps. Mais avant Saturne, le temps ne s’écoule pas. Il n’y a que durée, immobilité. Comme on dit en occultisme : c’est un état d’ineffable repos dans la  durée.  Il faut dire exactement : un état d’ineffable repos dans la durée a précédé Saturne.

Le mouvement des corps célestes n’a  pris  naissance qu’avec Saturne et l’orbe ainsi décrite fut conçue comme un cercle, celui des 12 signes du Zodiaque. Le temps mis par une planète à parcourir un de ces signes fut appelé une « heure du monde ». Il y a ainsi 12 heures cosmiques, 12 jours cosmiques, 12 nuits cosmiques. Chaque phase d’évolution cosmique – Saturne, Soleil, Lune – a connu une succession d’heures cosmiques qui, groupées, forment les jours cosmiques. De ces 12 époques, sept sont extérieurement perceptibles et cinq plus ou moins invisibles dans leur déroulement. On distingue donc sept cycles saturniens, c’est-à-dire sept jours et cinq nuits de Saturne. On pourrait aussi dire cinq jours et sept nuits, car le premier et le dernier de ces jours sont crépusculaires. Dans la cosmogonie hindoue, on appelle Manvantara ces sept jours cosmiques et Pralaya les cinq nuits cosmiques. Si l’on utilise


notre manière de calculer le temps, on réunit les états planétaires deux à deux : Saturne et Soleil, Lune et Terre. On obtient ainsi 24 cycles qui constituent des époques essentielles dans l’évolution. On peut se les représenter comme régies par les Êtres que l’Apocalypse appelle les 24 Vieillards et qui règlent la marche de l’univers et le temps. Ce sont les Rois du temps qui gouvernent les mouvements des corps célestes.

L’initié revoit donc tout d’abord ces images du passé. S’il a cette vision, c’est qu’en elle s’exprime, par un symbole astral, les forces qui ont modelé le  corps éthérique et d’après celui-ci le corps physique de l’homme. Il vous est facile de le comprendre. Représentez-vous l’homme endormi  dont  le corps astral et le Moi ont quitté ses corps éthérique et physique. Or, tels qu’ils sont aujourd’hui, l’astral et le Moi appartiennent nécessairement aux corps physique et éthérique. Ceux-ci ne peuvent pas exister par eux-mêmes. Ils ont pris leur forme actuelle parce qu’un corps astral et un Moi leur ont été incorporés. Dépourvu d’astral et de Moi, un corps physique n’aurait ni sang, ni système nerveux. Telle est la plante qui peut vivre sans corps astral et sans Moi  parce qu’elle n’a ni sang, ni nerfs. Le système nerveux est en effet lié au corps astral et le sang au Moi. Aucun être possesseur d’un système nerveux dans un corps physique qui n’ait également un corps astral. Et aucun être n’a de système sanguin sans qu’un Moi y soit présent.

Réfléchissez à ce que vous faites chaque nuit : vous abandonnez sans regret vos corps physique et éthérique, laissant livrés à eux-mêmes votre sang et votre système nerveux. S’il ne tenait qu’à vous, votre corps ainsi abandonné devrait entrer en décomposition, il devrait mourir au moment votre corps astral et votre Moi le quittent. Mais le


 

clairvoyant s’aperçoit que d’autres Êtres, de hautes Entités spirituelles viennent alors y prendre place. Il les voit faire ce que l’homme lui-même ne fait pas pendant la nuit : elles veillent sur son sang et son système nerveux. Or ce sont ces mêmes Entités qui ont formé l’homme éthérique et physique, non pas aujourd’hui, mais au cours des incarnations. Ce sont  ces mêmes Entités qui, sur Saturne, ont fait apparaître le premier germe du corps physique et qui, sur l’ancien Soleil ont modelé le corps éthérique. Ces Êtres qui ont, dès les origines saturniennes et solaires, élaboré les corps physique et éthérique de l’homme, agissent encore en lui toutes les nuits pendant qu’il dort et qu’il abandonne pour  ainsi dire son corps à la mort ; ils le pénètrent et veillent sur ses systèmes sanguin et nerveux.

C’est pourquoi on peut comprendre qu’au réveil, au moment où le corps astral entre en contact avec le corps éthérique pour s’y imprimer, l’homme peut voir les forces qui l’ont créé et dont il est encore imprégné (l’image des quatre âmes-groupes et de la couronne zodiacale). {10} Ce qui le maintient en vie et le relie à tout le Cosmos s’éclaire à ce moment de l’initiation. On voit ce qui a formé le  corps physique et le corps éthérique, ce qui assure chaque nuit leur existence. Mais l’homme lui-même ne peut exercer aucune action directe sur ces deux éléments de sa nature. S’ils ne dépendaient que de lui, son corps physique et son corps éthérique, laissés à eux-mêmes, seraient réduits, la nuit, à une vie végétative. C’est pourquoi l’homme est inconscient dans l’état de sommeil, comme l’est toujours la plante.

Des éléments de la nature humaine – corps astral et Moi – qui se dégagent pendant le sommeil, l’homme n’a pas


davantage conscience. A l’ordinaire, le corps astral ne perçoit rien pendant la nuit. Mais supposez que vous vous exerciez à passer par les sept degrés de l’initiation johannique, ces étapes essentielles de l’initiation chrétienne. Alors, non seulement vous pourriez développer une certaine clairvoyance au moment vos corps astral et éthérique entrent en contact, mais il se produirait encore autre chose : vous deviendriez conscient de la nature de l’âme, du monde astral et du monde spirituel supérieur, du Dévachan d’où cette âme tire son origine.

A cette vision vient s’ajouter un symbole plus élevé encore, et qui semble embrasser le monde entier. Le symbole de l’ancienne initiation se complète pour celui qui a franchi les étapes de l’initiation johannique par une vision que représente le premier Sceau. Il voit apparaître le Prêtre-Roi avec sa ceinture d’or, ses pieds semblables à du métal en fusion, sa chevelure blanche comme de la laine ; une épée flamboyante sort de sa bouche et il tient à la main les sept étoiles : Saturne, Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus. {11}  La forme  qui se trouve au centre du second Sceau représente ce qui n’existait qu’en germe dans l’humanité des temps anciens, des forces qu’a développées l’initiation chrétienne : c’est ce qu’on appelle le « Fils de l’Homme », celui qui gouverne les sept étoiles lorsqu’il se révèle dans sa réalité toute entière. Dans l’initiation antique, cette forme était représentée par la cinquième âme-groupe {12} .

Cette représentation symbolique des choses est surtout destinée à nous faire comprendre que les différents éléments de la nature humaine, isolés pour notre conception : corps physique et éthérique d’une part, corps astral et Moi de l’autre

– ont  à remplir chacun une fonction au moment  de l’initiation :


 

lorsque le corps astral entre en contact avec  le  corps éthérique, les quatre âmes-groupes deviennent visibles ; puis l’entraînement par lequel passe le corps astral rend celui-ci clairvoyant.

Jadis, la vision spirituelle s’élevait tout au plus jusqu’à une sorte de participation à la vie végétale du Cosmos. Par l’initiation chrétienne, un degré plus élevé est atteint par le corps astral, et cette phase est symbolisée par les quatre animaux entourant l’Agneau. Ainsi s’éclairent par la connaissance de l’initiation les deux visions  décrites au début de l’Apocalypse. Elles y figurent seulement dans l’ordre inverse, et ceci à bon droit. L’auteur décrit d’abord le Visage  du Fils de l’Homme, de Celui qui est, qui était, qui sera. L’autre vision vient ensuite ; l’une et l’autre sont les représentations symboliques des expériences initiatiques.


 

TROISIÈME CONFÉRENCE

 

Les grands rythmes de l’évolution : cycles planétaires ou « globes » – ères – civilisations. Leur reflet dans les sept Lettres. Les sept Esprits de Dieu et les sept Étoiles, et le but de l’évolution terrestre.

 

 

NOUS avons vu précédemment ce que révèle un symbole grandiose de l’initiation spécifiquement chrétienne, celle qui plus tard, est devenue l’initiation chrétienne-rosicrucienne. Nous avons montré l’importance de ce symbole, de ce signe de l’initiation qu’on appelle le « Fils de l’Homme. » Celui qui tient dans sa main droite les sept étoiles et de la bouche duquel sort l’épée à deux tranchants. Nous avons vu que cette initiation permet d’atteindre à une certaine clairvoyance du Moi et du corps astral, ceux-ci étant dégagés du physique et de l’éthérique. C’est ce que nous allons maintenant étudier  de  plus près.

Toute initiation a pour effet d’ouvrir les yeux de l’esprit sur des choses qui ne sont accessibles qu’à l’observation suprasensible. Or, parmi les connaissances que doit acquérir celui qui aspire à l’initiation chrétienne, la première et la plus importante, c’est celle de l’évolution de l’humanité et du stade elle en est actuellement, afin que chacun puisse reconnaître clairement les devoirs qui lui incombent. Car l’acquisition de la connaissance supérieure, comme tout perfectionnement de l’être humain, est lié à cette question : Que suis-je ? A quelle tâche suis-je appelé à notre époque ? – Répondre à ces questions est de la plus haute importance.

Chaque degré de l’initiation conduit à un niveau supérieur de la connaissance. Dès la première conférence, nous avons pu voir que l’homme s’élève graduellement du monde physique


au monde imaginatif, où il apprend à connaître les sept Sceaux, puis à ce que nous appelons la connaissance inspirée, il entend résonner les sept Trompettes, enfin à un niveau plus élevé encore – qui correspond aux Coupes de colère il découvre la nature et la véritable signification des Êtres spirituels.

Il nous faut maintenant étudier une certaine étape de l’initiation. Supposons que l’initié soit parvenu au degré que nous avons décrit à la fin de la conférence précédente. Il a atteint un seuil où, entre les êtres les plus subtils de notre monde physique et le monde astral, il lui est permis de contempler, comme du sommet d’une montagne, ce qui est au- dessous de lui.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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La réalité profonde qu’il contemple alors du haut de ce premier palier de l’initiation, c’est tout ce qui s’est passé  depuis que le Déluge a détruit l’ancienne Atlantide et que l’homme post-atlantéen est entré dans l’existence terrestre. Il voit se succéder les civilisations jusqu’au moment où la nôtre, disparaissant à son tour, fera place, elle aussi, à une nouvelle. L’ancienne Atlantide fut engloutie dans les flots du Déluge. C’est par ce que nous appelons la « Guerre  de  tous  contre tous », par des déviations morales terriblement destructrices que s’achèvera l’ère actuelle. Cette longue période qui va du Déluge atlantéen à la Guerre de tous contre tous se divise à  son tour en sept civilisations, dont l’ensemble constitue  une ère, qui est elle-même la septième partie d’une période plus vaste encore, d’un « globe ». Il faut donc  nous  représenter sept ères comme la nôtre, celle qui est comprise entre le Déluge et la Guerre de tous contre tous. Quatre d’entre elles ont précédé le Déluge, les deux dernières suivront  la  Guerre de tous contre tous. Notre ère post-atlantéenne est donc la cinquième.

Il faut atteindre un palier plus élevé encore de l’initiation pour embrasser l’ensemble des sept ères dont chacune comprend sept civilisations. Elles deviennent visibles lorsque, s’élevant de degré en degré, on parvient à la frontière entre le monde astral et le monde spirituel, dévachanique. Tout d’abord, on atteint un palier d’où sont visibles, telle une vaste plaine du haut d’une montagne, les sept civilisations de l’ère post-atlantéenne. Nous les connaissons déjà. Nous savons que lorsque l’Atlantide fut engloutie sous les flots, une première civilisation fleurit dans l’Inde et fut remplacée par la Perse antique. Vient ensuite la civilisation des peuples assyrien, babylonien, chaldéen, égyptien, hébreu, à laquelle succéda la


 

gréco-latine, puis la cinquième, la nôtre. La sixième, qui lui succédera, devra en quelque sorte porter les fruits spirituels que nous devons préparer. La septième civilisation durera jusqu’à la Guerre de tous contre tous. Seul un petit nombre d’individus survivra, ceux qui auront compris et accueilli l’esprit, et qui seront sauvés de la décadence générale causée par l’égoïsme.

Nous vivons donc à la cinquième civilisation post- atlantéenne. Tels les villes, les villages et les bois qu’on voit du sommet d’une montagne, la succession des civilisations se déploie au regard qui atteint les hauteurs de l’initiation. Nous voyons ce qu’elles ont apporté, c’est-à-dire tous les fruits qu’elles ont porté dans le monde physique.  C’est  pourquoi nous parlons de civilisations et non de races. Toute conception rattachée à l’idée de race est une survivance de l’ère qui a précédé la nôtre, de l’ère atlantéenne. Nous vivons à l’époque des civilisations. L’ère atlantéenne fut celle se formèrent, l’une après l’autre, sept grandes races. Les conséquences de cette évolution se font naturellement sentir encore à notre époque, et c’est pourquoi, aujourd’hui, on parle encore  de  races ; mais les distinctions très nettes qui existaient du temps de l’Atlantide s’effacent déjà. Aujourd’hui, la notion de civilisation a remplacé celle de race.

L’antique culture de l’Inde, la civilisation sacrée dont les Védas ne sont déjà plus qu’un écho, est donc la toute première aube de l’ère post-atlantéenne. Représentons-nous une fois de plus comment l’homme vivait dans ce temps-là, il y a huit ou neuf mille ans. La civilisation de l’Inde portait encore la  marque du grand Déluge atlantéen, de ce que la science moderne appelle la période glaciaire. Morceau par morceau,


l’Atlantide avait disparu, recouverte par les eaux ; et sur la Terre vivait désormais une humanité dont une partie s’éleva jusqu’au niveau de civilisation le plus élevé qu’on puisse alors atteindre. Ce très ancien peuple hindou, dans la lointaine Asie, vivait plutôt du souvenir des temps passés que dans la conscience du présent. C’est ce qui a donné sa force, sa grandeur à cette civilisation dont les Védas et la Bhagavad- Gita, par exemple, ne nous apportent plus que des échos.

Dans ce temps-là, nous l’avons vu, les humains étaient encore doués d’une clairvoyance confuse. Leur faculté de perception ne se bornait pas au monde physique ; ils vivaient parmi des êtres spirituels, divins ; ils voyaient ceux-ci autour d’eux. Ainsi s’opéra la transition entre l’ère atlantéenne et la post-atlantéenne, pendant laquelle le monde spirituel, astral, éthérique allait se fermer à la vision humaine, désormais restreinte au monde physique.

La première civilisation post-atlantéenne fut marquée par une profonde nostalgie de tout ce que les Atlantes avaient encore contemplé, et dont l’accès était barré à leur descendance. Bien que d’une façon indistincte, ils avaient encore pu contempler de leurs yeux spirituels la Sagesse primordiale. Ils vivaient parmi les Esprits, parmi les Dieux. Aussi les hommes de la première civilisation hindoue aspiraient-ils de toutes leurs fibres à retourner vers ce  passé, à contempler ce qu’avaient vu leurs ancêtres, ce qu’enseignait la toute première Sagesse. Le monde sensible nouvellement apparu aux regards humains, ces rochers terrestres désormais visibles, alors qu’auparavant on ne les voyait qu’en esprit, tout ce décor leur semblait moins réel que ce dont ils gardaient le souvenir. Ils appelaient Maya – grande illusion – tout ce que percevaient leurs sens physiques, et cherchaient à s’en


 

détourner. Les meilleurs d’entre eux parvenaient, par les procédés initiatiques dont quelques traces subsistent dans le Yoga, à s’élever au niveau spirituel de leurs ancêtres. La conséquence en fut une attitude religieuse foncière qu’on peut traduire ainsi : « Ce qui nous entoure n’est que leurre, apparence fallacieuse. Ce qui est vrai et véritable se trouve dans le monde spirituel que nous avons quitté. » Ceux qui pouvaient s’élever jusqu’aux régions dans lesquelles on vivait auparavant devenaient alors des guides spirituels.

Telle fut la première des civilisations post-atlantéennes. L’ère post-atlantéenne dans son ensemble a ceci de caractéristique que l’homme apprend peu à peu à comprendre la réalité extérieure, sensible, à se dire : « Ce qui s’offre ici-bas à nos sens physiques ne doit pas être considéré comme une simple apparence ; c’est un présent des Êtres spirituels ; ce n’est pas en vain que les Dieux nous ont donné  des  sens. Ce qui, ici-bas, sur la Terre, permet d’édifier une civilisation, nous devons peu à peu en reconnaître la valeur. »

Ce que l’Hindou appelait Maya, et qu’il fuyait pour se tourner vers le passé, les hommes de la seconde civilisation l’ont au contraire considéré comme un champ de travail qu’ils avaient à marquer de leur génie propre. Telle fut la civilisation de la Perse primitive, il y a environ 5000 ans, à l’époque où la nature avait encore pour l’homme un visage hostile, mais non plus l’apparence d’une illusion qu’il fallait fuir. Ce monde  fait  de matière, il le voyait placé sous l’empire d’une force contraire au Bien, c’est-à-dire du dieu Ahrimane. Mais le Dieu bon, Ormuzd, aide les hommes qui se mettent à son service. Quand ils exécutent sa volonté, ils transforment la Terre en un champ s’activent les forces spirituelles ; ils incorporent au


monde sensible ce qu’ils puisent dans l’esprit. Ainsi, pour la seconde civilisation, le monde des réalités physiques est devenu un champ d’activité. Pour l’Hindou, il était encore illusion. Pour le Perse, il est certes dans la main des démons malfaisants, que l’homme a pour tâche de chasser, pour faire place aux serviteurs du Bien, du Dieu de Lumière, Ormuzd.

A la troisième époque post-atlantéenne, l’homme se rapproche encore davantage de la réalité extérieure qui n’est plus pour lui un ennemi à vaincre. L’Hindou se disait en regardant les astres : « Tout ce qui m’entoure, tout ce que voient mes yeux n’est qu’illusion, Maya. » Le prêtre chaldéen, observant le cours et la position des étoiles, se disait : « Les astres visibles sont pour moi les caractères d’une écriture je puis lire la volonté des Êtres spirituels. Je discerne cette volonté des Dieux dans leurs œuvres. » Pour lui, le monde matériel n’était plus une Maya. Ce que l’homme écrit est l’expression de sa volonté – et de même, la volonté divine s’exprime dans les astres et les forces de la nature. Et cette écriture divine, il la déchiffrait avec amour. Ainsi naquit une admirable connaissance des astres, dont on soupçonne à peine de nos jours ce qu’elle pouvait être. L’astrologie pratiquée aujourd’hui est basée sur la méconnaissance des véritables faits. Le prêtre chaldéen lisait autrefois dans les astres la substance d’une profonde sagesse, d’une astrologie en laquelle se dévoilaient les mystères du ciel visible. C’était pour lui la manifestation d’un élément secret, imprégné d’esprit.

Les Égyptiens, rappelons-le, ont découvert comment mesurer cette Terre conformément aux lois de l’espace, aux principes de la géométrie. Ils ont, eux, exploré la Maya pour connaître les lois terrestres. La Perse primitive avait appris à labourer la Terre. L’Egypte en étudie les proportions. Mieux


 

encore, elle se dit : « Ce n’est pas en vain que les Dieux nous  ont donné à lire dans les étoiles, ce n’est pas en vain qu’ils ont inscrit leur volonté dans les lois de la nature. Si l’homme veut travailler par lui-même à son salut et pour le Bien,  il  doit fonder ses institutions sur ce que les étoiles lui enseignent. »

Si seulement vous pouviez plonger le regard dans une  de ces pièces travaillaient les initiés égyptiens ! Ce travail n’avait rien de commun avec celui qui s’accomplit aujourd’hui dans les laboratoires. Les initiés égyptiens étaient les savants de l’époque ; ils observaient les étoiles, leur marche régulière, leurs positions, leur cours, et aussi les influences qu’elles exerçaient sur les événements terrestres. Ils se disaient : quand au ciel apparaît telle ou telle constellation, tel ou tel fait doit se produire dans la vie de la communauté, et quand une autre constellation apparaîtra, elle entraînera d’autres conséquences. Dans un siècle, d’autres constellations se présenteront de nouveau qui donneront lieu aux faits correspondants. Et l’on décidait des millénaires à l’avance  de ce qui devait se faire.

Les « Livres sibyllins » n’ont pas d’autre origine. Ce qu’ils contiennent n’est pas inventé. Des initiés y ont consigné, d’après des observations effectuées avec soin, ce qui devait être prévu pour des milliers d’années, et leurs successeurs savaient qu’il fallait en tenir compte. Aussi n’entreprenaient- ils rien qui ne fût indiqué dans ces livres comme conforme à la marche des étoiles. Supposons qu’il ait fallu établir une nouvelle loi. Cela ne se faisait pas par un vote, comme aujourd’hui ; on consultait les livres sacrés dans lesquels était inscrit ce qui devait être fait sur la Terre pour qu’elle soit le miroir se reflètent les événements inscrits dans les astres ;


et l’on agissait en conséquence. En écrivant ces livres, le prêtre égyptien savait que ses successeurs agiraient conformément à ce qui y figurait, intimement convaincus de la nécessité d’obéir à ces lois.

La quatrième civilisation n’a gardé que fort peu de chose de la sagesse prophétique des Égyptiens, dont elle est pourtant issue, et dont nous mentionnerons encore un vestige : Lorsqu’on cultivait en Egypte la connaissance de l’avenir, on divisait ce qui allait venir en sept parties, et l’on établissait à l’avance ce qui correspondait à chacune d’elles.  Les successeurs n’avaient plus qu’à se conformer à ces prédictions. Mais cette conception caractérise surtout la troisième civilisation, et lorsqu’elle est passée, on n’en trouve  plus  que de faibles traces dans la quatrième. Le récit des origines de Rome nous offre une de ces traces : Enée, fils d’Anchise, et originaire de Troie – ville de la troisième civilisation – parvient au cours de ses voyages jusqu’à Albe-la-Longue. Ce nom de ville évoque l’existence d’un très ancien centre de sagesse religieuse ; c’est de cette « Albalonga », de cette civilisation sacerdotale, que devait naître la civilisation romaine. Et  nous en trouvons encore un souvenir dans l’« aube » que revêtent les prêtres catholiques pour dire la messe.

Dans ce centre religieux, on prévoyait aussi d’une certaine manière les sept périodes de l’époque à venir, les règnes successifs des sept rois de Rome.  Mais  les  historiens  du  XIXe siècle, une fois de plus, se sont laissé  induire  en erreur ;  ils ont découvert que matériellement, rien n’était vrai de ce qu’on racontait à ce sujet. Quant à voir plus loin, c’est-à-dire à reconnaître qu’il s’agit des sept civilisations prévues dans les Livres sibyllins, cela ne leur était pas possible. Si nous pouvions étudier ce sujet en détail, vous verriez que ces Rois


 

de Rome : Romulus. Numa Pompilius, Tullus Hostilius, etc… correspondent exactement aux civilisations  successives, d’après ce principe du sept dont nous retrouvons la trace dans tant de domaines.

Pendant la troisième civilisation, l’esprit humain avait donc su pénétrer peu à peu au cœur de la « Maya ». La quatrième acheva cette tâche. Pensez à cette civilisation gréco-romaine où, dans les admirables chefs-d’œuvre de son art,  l’homme crée une parfaite image de lui-même, une image matérielle ;  dans la tragédie – chez Eschyle par exemple – sont représentées des destinées humaines. A l’époque égyptienne, on s’efforce encore de connaître la volonté des Dieux. La conquête de la matière telle que les Grecs l’accomplissent, correspond à un pas de plus : l’homme apprend à aimer la vie sur terre. Et finalement, à l’époque romaine, il est tout à fait adapté au monde physique.

Lorsqu’on comprend bien cela, on voit également que la personnalité humaine atteint alors à son plein épanouissement, et le manifeste. Aussi est-ce à Rome qu’est apparue pour la première fois la notion de « droit », celle qui voit en l’homme le

« citoyen ». Seule une connaissance faussée des choses peut faire remonter cette notion à des temps plus anciens. Ce qu’on entendait auparavant par « droit », c’était tout autre chose. Pour l’Ancien Testament, ce sont les Dix Commandements, le Décalogue. Le Code de l’époque, c’étaient les Commandements de Dieu. C’est une erreur de faire remonter la création d’un code au-delà, à Hammourabi par exemple. Ce n’est qu’à Rome que l’on commence à donner une valeur à la notion d’homme- citoyen. En Grèce, il n’était encore qu’un membre de la cité. L’Athénien ou le Spartiate était plus qu’un individu : il se


ressentait comme une partie intégrante de la Cité. Tandis qu’à Rome, c’est l’individu qui devient citoyen. On le voit à toutes sortes de détails : ce qu’aujourd’hui nous appelons un testament n’existe pas avant l’époque romaine. Il n’apparaît avec sa valeur actuelle que lorsque l’individu fait prévaloir sa volonté personnelle et l’impose à ses descendants. Par bien d’autres exemples, on pourrait montrer comment l’être humain s’est adapté entièrement au plan physique.

Les temps nous vivons sont ceux de la cinquième civilisation, où se poursuit cette descente, qui atteint maintenant un niveau inférieur à celui de la véritable nature humaine. L’homme est devenu l’esclave des conditions matérielles, de son milieu. En Grèce, l’esprit servait encore à spiritualiser la matière, et c’est une matière ainsi idéalisée qui nous apparaît dans une statue d’Apollon, de Zeus, dans les drames d’un Sophocle par exemple. L’homme  a  pris possession du monde physique, mais il n’est pas encore descendu au-dessous du niveau humain. Il en est de même à Rome. C’est de nos jours seulement que cette descente atteint au-dessous de la sphère humaine. L’esprit est au service de la matière. Une vie spirituelle intense est mise en œuvre pour pénétrer jusqu’aux forces naturelles agissant sur le plan physique, afin de faire de celui-ci un séjour aussi confortable que possible.

Comparons encore une fois l’antiquité avec notre  temps. Les étoiles étaient alors pour les hommes le grand livre écrit par les Dieux – et cependant, avec quels moyens primitifs furent exécutés des ouvrages tels que les Pyramides et le Sphinx ! Et comme l’alimentation était simple !

Quels n’ont pas été, depuis lors, les progrès réalisés ! Quelle


force d’intelligence n’a-t-il pas fallu dépenser pour imaginer et construire la machine à vapeur, pour inventer les chemins de fer, le télégraphe, le téléphone ! Ces conquêtes matérielles ont demandé une somme énorme de forces spirituelles ; et dans quel but ? Cela fait-il une différence pour la vie de l’esprit que l’on broie le grain de blé entre deux meules, comme autrefois – ce qui demande naturellement très peu de force spirituelle ou que l’on soit à même de télégraphier en Amérique pour en faire venir de grandes quantités de blé qui seront moulues par des machines conçues avec une admirable ingéniosité ? Seul l’estomac tire profit de tout cela. Rendons-nous bien compte qu’une masse énorme de forces spirituelles est ainsi mise au service d’une civilisation strictement matérielle. L’esprit ne  tire de ces inventions que très peu de chose. Il est rare, n’est- ce pas, que le télégraphe serve à répandre  la  Science spirituelle ? Si à l’aide de statistiques on comparait ce qui sert d’une part à la vie matérielle, de l’autre à celle de l’esprit, on verrait bien que l’esprit est descendu au-dessous de l’humain, qu’il est devenu l’esclave de la vie matérielle. Sans aucun doute, au cours de la cinquième époque, la civilisation est allée en déclinant et tend à descendre de plus en plus.

Aussi fallut-il qu’une nouvelle impulsion vienne préserver l’homme d’une descente totale dans la matière. Il ne s’était encore jamais lié à elle aussi profondément. Une force puissante, la plus puissante possible, devait intervenir : ce fut celle du Christ Jésus dont l’impulsion est venue orienter les hommes vers une vie spirituelle nouvelle. Si  malgré  la descente dans la matière, nous possédons aujourd’hui des forces de redressement, nous le devons à cette puissante impulsion du Christ. Au cours de la descente, des impulsions spirituelles sont toujours intervenues. Alors s’est développé,


tout d’abord lentement, puis de plus en plus, un christianisme qui n’est encore qu’à ses débuts, mais qui rayonnera un jour dans toute sa gloire, car l’humanité ne comprendra les Evangiles que dans l’avenir. Lorsqu’ils seront bien compris, on verra quelle surabondance de forces spirituelles  ils contiennent. Plus l’Évangile se répandra sous sa véritable forme, mieux l’humanité pourra, en dépit du matérialisme, cultiver une vie spirituelle et remonter vers les sphères de l’esprit.

Le chemin ainsi parcouru de civilisation en civilisation, pendant l’ère post-atlantéenne, l’auteur de l’Apocalypse le décrit en rapport avec de petites communautés qui, dispersées dans l’espace sur la Terre, représentent les différentes civilisations de cette ère. Quand il parle de l’Eglise d’Ephèse, il veut dire ceci : « Je suppose qu’à Ephèse a vécu une communauté qui, dans une certaine mesure, s’est ouverte au christianisme. Mais comme toute évolution est progressive, il reste toujours à chaque stade quelque chose de la civilisation précédente. Il y avait bien à Ephèse une école d’initiation, mais l’enseignement chrétien y revêt une nuance qui portait la marque de l’Inde antique. » En parlant d’Ephèse, l’auteur évoque donc la première époque post-atlantéenne. Et ce qui doit être enseigné à ce moment se trouve dans une Lettre adressée à cette communauté. Les caractéristiques de l’ancienne civilisation hindoue ont persisté à travers plusieurs courants dont l’un se retrouve dans la communauté d’Ephèse. Le christianisme y portait encore l’empreinte de  l’Inde antique.

Chacune des Lettres s’adresse ainsi à une ville  représentant une des sept civilisations post-atlantéennes. A chacune il est dit : Tu es ceci, tu es cela ; certaines de tes


 

caractéristiques sont conformes à l’esprit du christianisme ; le reste doit être modifié. L’Apocalypse énonce ce qui, pour chaque civilisation, peut être conservé et ce qui, étant dépassé, doit être modifié.

Voyons maintenant si dans ces sept Lettres se trouve vraiment la trace des sept civilisations  successives. Essayons de voir comment ces Lettres devaient être conçues pour correspondre à l’idée que nous venons d’exprimer. L’auteur de l’Apocalypse pense qu’il existe à Ephèse une communauté, une Eglise qui professe le christianisme mais avec la coloration que pouvait lui donner l’esprit de la première civilisation, indifférente au monde extérieur, et sans intérêt pour la véritable mission de l’humanité post-atlantéenne. Ce qui lui plaît pourtant en elle, c’est qu’elle a renoncé à la basse sensualité et s’est tournée vers la vie spirituelle. Ce qu’il  a voulu dire par là, nous le comprenons en nous rappelant qu’à Ephèse se trouve un sanctuaire se célébraient les mystères de Diane, la chaste déesse. On y apprenait en effet tout particulièrement à se détourner du monde des sens pour s’orienter vers l’esprit. Et cependant : « J’ai contre toi que tu as délaissé ton premier amour. » Cet amour, c’est  celui que doit avoir la civilisation post-atlantéenne pour la Terre, ce champ doit être implantée la semence divine.

Celui qui dicte cette lettre se désigne comme le précurseur du Christ Jésus, le guide de la première civilisation. Le Christ parle en quelque sorte à travers lui, ce Maître d’une époque les initiés avaient la vision du monde de l’au-delà. Il dit de lui- même qu’il « tient dans sa main droite les sept étoiles et les sept chandeliers d’or ». Les sept étoiles ne sont pas  autre chose que les symboles des sept Entités spirituelles qui


guident les sept civilisations. Et  à propos des sept  chandeliers, il est dit expressément qu’il s’agit d’Êtres spirituels qu’on ne peut pas voir dans le monde sensible. Il en est très clairement question dans l’initiation par le Yoga l’on souligne aussi que l’homme ne travaille pas dans le sens de l’évolution lorsqu’il méprise les œuvres extérieures, lorsqu’il cesse de  les  aimer. La communauté d’Ephèse s’est détournée de cet amour. Aussi l’auteur de la Lettre lui dit-il justement : « Tu hais les œuvres des Nicolaïtes. » Les Nicolaïtes, ce sont ceux qui ne vivent que d’une vie matérielle. A l’époque à laquelle se rapporte cette Lettre, il existait une secte ainsi nommée qui n’attachait  de prix qu’à la vie extérieure, charnelle, matérielle. « Tu ne dois pas les imiter » dit celui qui inspire la première Lettre, mais il ajoute : « Tu ne dois pas abandonner ton premier  amour.  » Car en aimant le monde extérieur, on lui insufflera la vie, on l’élèvera jusqu’à l’esprit. « Que celui qui a des oreilles entende. A celui qui vaincra, je donnerai à manger de l’arbre de vie. » Pas seulement de l’arbre périssable. C’est-à-dire que celui-là sera capable de spiritualiser ce qui est matériel ici-bas pour le déposer sur l’autel de la vie spirituelle.

Ce qui représente la seconde civilisation, c’est la communauté ou Eglise de Smyrne. A celle-ci le Guide de l’humanité s’adresse sous l’aspect d’un autre de ses précurseurs, le Maître de l’antique civilisation perse, qu’inspiraient les pensées suivantes : « A l’origine régnait le Dieu de lumière. Il avait un adversaire, la matière  extérieure, le sombre Ahrimane. Jadis j’étais uni à l’Esprit de  lumière, celui des origines. Puis j’ai été entraîné dans le monde de la matière à laquelle est venue se lier la puissance hostile d’un Esprit resté en arrière dans l’évolution, Ahrimane. Et maintenant, en collaborant avec l’Esprit de la lumière, je vais


travailler la matière pour la pénétrer d’esprit. Alors, la Divinité du Mal étant vaincue, la Divinité du Bien, de la lumière se manifestera à nouveau. » « Je suis le Premier et le Dernier, Celui qui meurt dans la vie matérielle et ressuscite en esprit. » Nous lisons donc dans cette seconde Lettre : « Je suis le Premier et le Dernier, celui qui est, qui fut et qui sera, et  qui est revenu à la vie. » (II-8)

Cela nous mènerait bien loin d’étudier chaque phrase en détails, mais il nous faut encore expliquer celle qui nous apprend comment se comporte un membre de l’Eglise de Smyrne qui s’efforce de christianiser cette communauté. Il est dit qu’on peut vivifier la mort, spiritualiser ce qui est mort, qu’on ne périt pas dans la mort. La mort absolue, totale, mènerait bien l’homme à une vie spirituelle, mais il ne récolterait pas les fruits de sa vie terrestre. Quelqu’un qui n’a pas vécu de façon à tirer de cette existence des fruits spirituels n’emportera rien dans le monde de l’esprit. Or là, on ne peut vivre que des fruits amassés sur la terre. Celui qui n’en a pas devra subir « une seconde mort ». Celui qui a su travailler le champ de l’existence terrestre sera sauvé de cette seconde mort. « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : celui qui vaincra n’aura pas à souffrir la seconde mort. » (II-11)

Vient ensuite l’Eglise de Pergame. Elle représente l’époque l’humanité s’est approchée davantage du plan physique. L’homme lisait dans les étoiles ce que pouvait saisir son esprit. C’est cela qui lui est accordé pendant la troisième civilisation. Il agit en fonction de ce qu’il porte en lui. Ayant une vie intérieure, il peut désormais observer le monde qui l’entoure. Etant doué d’une âme, il peut étudier la marche des étoiles, découvrir la géométrie. C’est ce qu’on appelait « la recherche


 

par la Parole » et que l’Apocalypse représente par « l’épée qui sort de la bouche ». Celui qui inspire cette Lettre indique par que la force de cette époque, c’est une parole acérée, une épée  à deux tranchants. C’est la parole d’Hermès, celle des prêtres de l’antiquité, la parole qui donnait autrefois accès aux forces de la nature et des astres. Cette civilisation s’organise ici-bas, sur le plan physique, grâce surtout aux forces astrales intériorisées dans l’âme humaine. Lorsqu’elle se réalise sous cette ancienne forme, c’est vraiment une épée à deux tranchants. La connaissance est alors à la limite entre la magie blanche et la magie noire, elle peut s’engager vers ce qui mène au salut, ou vers ce qui aboutit à la perdition. C’est pourquoi il est dit que là où demeurent les représentants de cette époque se trouve aussi le trône de Satan. C’est une allusion à ce qui peut détourner l’évolution de son véritable but. Et la

« doctrine de Balaam » n’est pas autre chose que la  magie noire. C’est la doctrine de ceux qui « dévorent », qui  détruisent les peuples. Les destructeurs de peuples, ce sont les mages noirs qui ne travaillent qu’à leur profit personnel, détruisent les communautés et engloutissent tout ce qui fait la vie d’un peuple.

Mais ce que cette troisième civilisation a de bon, c’est qu’alors l’homme peut entreprendre la tâche de purifier son corps astral, de le transfigurer. C’est ce que signifie la « manne cachée ». Une fois transformée en nourriture pour les Dieux ce qui n’était destiné qu’au monde, ce qui ne devait alimenter que l’égoïsme humain, cela devient la « manne cachée ». Tous ces symboles montrent que l’homme purifie alors son âme pour faire de lui-même le pur véhicule du « Manas ».

Mais pour cela, il faut encore passer par la quatrième


civilisation ; alors apparaît le Rédempteur, le Christ Jésus lui- même. C’est à l’Eglise de Thyatire qu’il s’annonce  comme étant le « Fils de Dieu, Celui qui a des yeux comme une flamme de feu et dont les pieds sont semblables à de l’airain ardent ». (III-18) Il est le Guide de cette quatrième  civilisation l’homme, entièrement descendu sur le plan physique, crée sa propre image par des moyens extérieurs. Le moment est arrivé où la Divinité elle-même se fait homme, se fait chair, personne humaine. C’est l’époque l’homme descend lui-même jusqu’au niveau de la personnalité, dans la statuaire grecque, la Divinité individualisée se présente comme une personne, où la personnalité humaine s’affirme sur le plan matériel chez le citoyen romain.

Cette époque devait donc recevoir une impulsion nouvelle du fait que la Divinité y est apparue sous forme humaine. L’homme descendu sur terre ne pouvait être sauvé que par cette apparition de Dieu Lui-même sous la forme humaine. Au

« Je suis », au Moi dans le corps astral devait être donnée l’impulsion du Christ. Ce qui ne s’était encore manifesté qu’en germe devait maintenant apparaître dans le monde extérieur, dans l’histoire. Le Fils de Dieu, maître de l’avenir, peut donc dire : « Toutes les Églises connaîtront le « Je suis » qui sonde  les reins et les cœurs. » L’accent est mis ici sur le « Je suis », le quatrième élément de l’être humain. « Comme j’en ai reçu le pouvoir de mon Père, je lui donnerai l’étoile du matin. » (III-

28) Que signifie ici ce terme d’« étoile du matin » ? La terre, nous le savons, passe par les étapes de Saturne, Soleil, Lune, Terre, Jupiter, Vénus, Vulcain. C’est ainsi que nous les nommons d’habitude et ce sont bien les noms qu’elles doivent porter. Mais j’ai déjà fait remarquer que l’incarnation Terre se divise  en deux  périodes  :  celle  de  Mars  et  celle  de Mercure.


{13} Il y a en effet une relation mystérieuse entre la première moitié de l’évolution terrestre et Mars, et de même entre la seconde moitié et Mercure. C’est pourquoi la quatrième incarnation planétaire peut aussi bien s’appeler « Terre » que

« Mars-Mercure ». On dira en ce cas qu’au cours de son évolution, la Terre passe par les étapes de Saturne, Soleil, Lune, Mars-Mercure, Jupiter, Vénus, Vulcain.

L’astre dont l’influence est prépondérante, dont la force se manifeste pendant la seconde phase de la Terre est donc Mercure. C’est Mercure qui donne à l’homme l’orientation ascendante qu’il doit prendre. Nous abordons ici un secret secondaire qu’il nous faut révéler et on ne peut  le  révéler qu’ici. En matière d’occultisme en effet, par précaution contre ceux qui pourraient faire, et qui ont fait dans le passé, mauvais usage de la connaissance spirituelle, on s’est toujours servi de  ce qu’on peut appeler un masque. On ne s’exprimait pas clairement, on parlait en termes voilés. Dans un cas comme celui-là, l’ésotérisme médiéval ne savait recourir qu’à des moyens primitifs. C’est ainsi qu’on a simplement dit Vénus pour Mercure et Mercure pour Vénus. En réalité, si nous employons le langage ésotérique de l’Apocalypse, il nous faut appeler Mercure l’étoile du matin et lire : « J’ai donné à ton Moi la direction ascendante vers l’étoile du matin, vers Mercure. » Dans certains textes du Moyen Age,  vous trouverez encore les astres de notre système planétaire énumérés ainsi : Saturne, Jupiter, Mars, Terre, puis non pas Vénus et puis Mercure, mais Mercure et ensuite Vénus. Voilà pourquoi il est écrit : « Comme j’en ai reçu le pouvoir de mon Père, je lui donnerai l’étoile du matin. »

Venons-en maintenant à notre époque et demandons-nous si les révélations de l’Apocalypse s’y rapportent également.


 

Dans ce cas, Celui qui s’est adressé aux quatre civilisations précédentes doit aussi nous parler et il faut que nous apprenions à comprendre son langage pour connaître la tâche spirituelle qui nous incombe. Si un courant de vie  spirituelle doit exister qui englobe la mystique universelle,  ce  courant doit aussi, conformément à l’Apocalypse de saint Jean, pouvoir accomplir ce que le grand Inspirateur exige de notre époque. Or que demande-t-il ? Et d’ailleurs, qui est-il ? Essayons, si nous pouvons, de l’identifier. « Écris à l’ange de l’Eglise de Sardes (il faut sentir que ces paroles s’adressent à nous) : Voici ce que dit Celui qui a les sept Esprits de Dieu et les  sept  étoiles. » (III-1) Que sont donc ces sept Esprits et ces sept étoiles ? Au sens de l’Apocalypse, l’homme, tel qu’il apparaît ici, est l’expression visible des sept principes de la nature humaine qui sont : le principe physique dont le corps physique est l’expression, le principe de vie ou corps éthérique, le principe du corps astral ; au centre le principe du Moi, puis Manas ou le corps astral transformé, Bouddhi ou le corps éthérique métamorphosé, Atma ou le corps physique spiritualisé. Tel est l’éventail des sept substances spirituelles à travers lesquelles se répartit la nature divine de l’être humain. En occultisme, on appelle ces sept principes les « Sept Esprits de Dieu dans l’homme ».

Quant aux sept étoiles, ce sont celles qui nous permettent  de comprendre à quel point de son évolution en est actuellement l’être humain, et ce qu’il doit devenir. Les incarnations successives de la Terre : Saturne, Soleil, Lune, Terre, Jupiter, Vénus, Vulcain, sont les sept étoiles qui englobent l’évolution humaine. Saturne a donné à l’homme le germe de son corps physique, le Soleil celui de l’éthérique, la Lune celui de l’astral et la Terre lui a donné le Moi. Pendant les


 

trois phases suivantes – Jupiter, Vénus, Vulcain – s’élaboreront les éléments spirituels de sa nature. Si nous comprenons l’appel de l’Esprit qui tient dans sa main les sept étoiles et les sept Esprits divins, la nature septuple, nous retrouvons à travers l’Apocalypse les enseignements de la Science spirituelle. Nous saisissons que ce texte fait  ici allusion à la cinquième civilisation post-atlantéenne. Nous comprenons qu’à notre époque, l’homme est profondément enchaîné à la matière, nous devons remonter la pente sur les pas du grand Être qui, pour éclairer notre route, nous donne les sept Esprits de Dieu et les sept Étoiles.

Si nous suivons ce chemin, nous introduirons dans la sixième civilisation la véritable vie de l’esprit, de la sagesse et de l’amour. Alors, de la connaissance spirituelle que nous aurons acquise naîtra l’impulsion d’amour de cette sixième civilisation. Celle-ci est représentée par la communauté dont le nom traduit déjà ce qu’elle sera : la communauté de l’amour fraternel, « Philadelphie ». Car ces noms n’ont pas été pris au hasard. A l’avenir, l’homme développera son Moi jusqu’à une maturité telle que, libéré de ses chaînes, il pourra de son plein gré – à la sixième époque représentée par la communauté de

« Philadelphie » – aimer toutes les créatures. C’est là la forme future de vie spirituelle que nous devons préparer. Nous porterons en nous une individualité plus élevée, de sorte qu’aucune force extérieure ne pourra avoir prise sur elle  si nous nous y refusons ; ce Moi, nous pourrons le fermer et personne ne pourra l’ouvrir malgré nous ; et si nous l’ouvrons, aucune force adverse ne pourra le fermer. C’est  cela, la  « clé  de David ». C’est pourquoi Celui qui inspire la sixième Lettre dit qu’il possède la clé de David : « Écris à l’ange de l’Eglise de Philadelphie. Ainsi dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clé de


 

David, qui ouvre et personne ne  peut  fermer, celui qui ferme et personne ne peut ouvrir… J’ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer. » (III-7-9). C’est le Moi qui s’est trouvé lui-même.

Enfin la septième civilisation rassemblera autour du grand Guide tous ceux qui auront trouvé la vie spirituelle. Elle les unira autour de lui. Ils participeront déjà à la vie spirituelle au point de se distinguer de ceux qui s’en sont détachés, des

« tièdes » qui ne sont « ni froids ni chauds ». La petite troupe qui aura trouvé la spiritualité comprendra Celui qui, en se faisant reconnaître, dit de lui-même qu’il est la Fin véritable vers laquelle tout tend. Cette Fin, c’est l’« Amen » (III-14). Ce verset dit : « Écris à l’ange de l’Eglise de Laodicée  : Voici ce  que dit l’Amen », c’est-à-dire celui dont la nature correspond au principe de la Fin.

Ainsi, nous le voyons, l’Apocalypse de saint Jean contient la substance d’une initiation. Dès le premier degré nous  voyons se succéder les sept civilisations post-atlantéennes, décrites dans la perspective physique, il est clair qu’il s’agit d’une initiation de la volonté. De nos jours encore, l’Apocalypse peut enflammer notre volonté si nous reconnaissons qu’il nous faut écouter les Esprits qui l’ont inspirée et  qui  nous instruisent ; si nous comprenons ce que signifient les sept Étoiles et les sept Esprits de Dieu, et que nous  avons  pour tâche de transmettre aux générations futures la connaissance de l’esprit.


 

QUATRIÈME CONFÉRENCE

 

Rapports entre l’évolution des races et celle des âmes individuelles.

Modifications de l’organisme au cours de l’évolution. A l’avenir, le visage de l’homme sera l’expression de son âme véritable. Les progrès de l’âme humaine au cours du passé, et l’apparition parallèle des espèces animales, déchets nécessaires. Le « Livre aux Sept Sceaux » et l’« Agneau ».

 

 

L’APOCALYPSE de saint Jean décrit en termes prophétiques le cycle de l’évolution humaine qui va du grand bouleversement qu’on appelle le Déluge – c’est la période glaciaire des géologues – à ce que nous appelons la Guerre de Tous contre Tous. Tout ce qui sépare ces deux événements est décrit ou prophétisé dans l’Apocalypse sous la forme des sept Lettres ; de tout cela se dégage pour nous le sens dans lequel doit être stimulée notre volonté, comment doivent naître en nous des impulsions d’avenir. Nous avons vu que, pour le mouvement spirituel dont nous faisons partie, la cinquième de ces Lettres est une exhortation à agir, à suivre l’Être qui tient les sept Esprits de Dieu et les  sept  Étoiles. Ainsi se préparera la prochaine civilisation, celle que représente l’Eglise de Philadelphie, celle doit régner, en tous ceux qui ont compris les paroles d’exhortation, l’amour fraternel étendu à la Terre toute entière, et tel qu’il est préfiguré dans l’Évangile de saint Jean.

Ensuite viendra une septième civilisation : il nous est  dit  que d’une part, tout ce qui est mauvais dans la communauté qu’elle constituera, tout ce qui est ni froid, ni chaud – « tiède »

– ce qui n’a pas su s’enthousiasmer pour la vie spirituelle, devra tomber. Et d’autre part, ceux qui ont entendu l’appel formeront le cortège de Celui qui a dit : « Je suis l’Amen » – ce qui signifie :


 

Je suis celui qui porte en lui l’idéal de l’être humain,  celui en qui vit le principe du Christ.

 

Réservant pour une étude ultérieure les explications à donner sur les différents noms des Églises, nous allons voir aujourd’hui ce qui s’offre à la vue de l’élève qui aborde le degré suivant de l’initiation.

Le cycle des sept civilisations que nous venons d’étudier est une portion d’un autre cycle, l’ère post-atlantéenne, qui les embrasse toutes les sept et constitue elle-même la septième partie d’un ensemble encore plus vaste. Elle fut précédée par l’ère atlantéenne au cours de laquelle se développèrent les races dont il reste quelques vestiges. Une autre grande ère lui succédera – après la septième civilisation. Elle aussi aura sept subdivisions, et elle se prépare déjà de nos jours. Peu à peu notre monde moderne va évoluer vers une civilisation fondée sur l’amour fraternel ; celle-là aura été préparée par ce groupe relativement restreint de l’humanité qui aura compris ce qu’est la vie de l’esprit, et cultivé l’état d’âme, l’attitude intérieure favorables à l’amour fraternel. De cette civilisation naîtra à son tour le noyau de ceux qui survivront au bouleversement mettant fin à l’ère post-atlantéenne :  la Guerre de tous contre tous. Au sein de la destruction générale, partout des individus isolés se distingueront de l’humanité en guerre contre elle-même : ceux qui auront compris en quoi consiste la vie de l’esprit. Ceux-là constitueront la souche de la nouvelle, de la sixième grande civilisation post-atlantéenne. Il en avait été de même lors du passage de la quatrième à la nôtre.

Celui qui, par la clairvoyance, peut remonter le cours du temps en arrive – après avoir revu les civilisations passées, la


gréco-latine, l’égypto-chaldéenne, celles de l’ancienne Perse et de l’Inde – au Déluge, puis remonte au-delà encore, à l’ère atlantéenne. Sans entrer dans les détails, il nous faut pourtant nous faire une idée de ce qu’il est advenu de cette civilisation atlantéenne. A ce moment également, la plus grande partie de la population atlantéenne n’a pas pu  continuer à  se développer ; elle était incapable de s’adapter à nos conditions de vie. Seul un petit groupe d’êtres humains qui vivaient dans une région avoisinant l’Irlande actuelle, est parvenu au niveau le plus élevé de la civilisation atlantéenne ; ce groupe émigra vers l’est. Mais il faut bien voir que ce ne fut que  la migration la plus importante. Sans cesse des peuplades ont émigré d’ouest en est, et tous les peuples des régions septentrionales et centrales de l’Europe proviennent de ce mouvement migrateur orienté d’ouest en est. C’est la partie la plus évoluée de la population qui, sous la direction d’un des grands guides de l’humanité, a parcouru la plus grande distance. Petite tribu formée d’une élite, elle s’est établie en Asie centrale et c’est à partir de qu’elle a colonisé successivement les différents pays dont nous avons parlé  ; c’est de qu’est parti le courant de civilisation  qui,  après l’Inde et la Perse a gagné l’Egypte, la Grèce, etc…

On peut certes trouver cruelle l’idée que des masses entières soient restées incapables de développer des facultés leur permettant d’évoluer. Pourquoi seul un petit nombre d’êtres parvient-il à transmettre le germe  d’une  civilisation à la suivante ? Cette idée perdra pour vous son caractère angoissant si vous savez distinguer entre développement de la race et développement de l’âme. Aucune âme n’est condamnée à toujours vivre au sein d’une certaine race. Une race, un peuple peuvent rester arriérés mais les âmes s’élèvent et les


dépassent. Pour voir avec une grande précision ce qu’il en est, il faut nous dire que toutes les âmes qui sont actuellement incarnées dans les peuples civilisés ont vécu autrefois dans des corps atlantéens. Certaines d’entre elles se sont développées ; elles n’en sont pas restées au niveau correspondant  à  des corps atlantéens. Ayant évolué, elles ont pu habiter des organismes plus évolués eux aussi. Seules les âmes restées en arrière ont revêtir des corps restés à un niveau inférieur. Si toutes les âmes avaient progressé de la même manière,  ou bien la population des races arriérées aurait été peu nombreuse, ou bien ces corps arriérés auraient été habités par des âmes inférieures nouvellement venues. Car il se trouve toujours des âmes pouvant habiter des organismes retardés. Mais aucune ne reste liée à un de ces organismes si elle ne s’y est pas enchaînée de son propre fait. Quel rapport s’établit entre l’évolution des âmes et celle des races, c’est ce qu’un mythe merveilleux nous rappelle.

Les races succèdent aux races, les civilisations aux civilisations. L’âme qui accomplit normalement sa mission terrestre s’incarne dans une race ; elle en acquiert les qualités, elle fait effort de manière à s’incarner la fois suivante dans une race plus évoluée. Seules les âmes qui s’enlisent dans leur race, qui ne font aucun effort pour s’élever au-dessus de la matérialité physique, y sont retenues, en quelque sorte  par leur propre poids. Elles s’y incarnent une seconde fois, éventuellement une troisième fois dans une race analogue. De telles âmes exercent sur le corps de la race une influence retardatrice. C’est ce que décrit certaine légende. L’homme progresse sur sa voie terrestre en écoutant les grands Instructeurs qui montrent à l’humanité le but qu’elle doit atteindre. S’il s’écarte de cette voie, il lui faut alors rester dans


sa race ; il ne peut pas s’élever au-dessus d’elle. Supposons qu’un homme ait eu le grand bonheur de se trouver en présence d’un des grands Guides de l’humanité, du Christ lui- même par exemple, d’assister à tous ses miracles, d’être témoin de son action pour faire progresser le genre humain ; et que cet homme ait refusé ce progrès, repoussé ce  Guide. Il sera condamné à rester dans sa race. A l’extrême, il devra y revenir sans cesse, et c’est ce que présente l’histoire d’Ahasvérus, le Juif errant qui se réincarne toujours dans la même race parce qu’il a repoussé le Christ. Comme sur des tables d’airain, les grandes vérités de l’évolution humaine sont gravées dans ces légendes.

Il faut faire une distinction entre l’évolution des âmes  et celle des races. Aucune âme n’est forcée de rester dans un corps arriéré ; aucune âme ne devra se réincarner dans un corps de notre niveau actuel si elle ne l’a pas mérité. Les âmes qui entendront la voix du progrès intérieur survivront à la grande destruction, à la Guerre de tous contre tous ; elles réapparaîtront dans des corps nouveaux très différents  de ceux d’aujourd’hui.

C’est en effet faire preuve de bien courtes vues que se représenter par exemple les organismes atlantéens comme semblables aux nôtres ; au cours des millénaires, les hommes changent, même physiquement, et l’aspect des corps, après la Guerre de tous contre tous, sera tout différent de l’actuel. De nos jours l’être humain est ainsi fait qu’il peut dissimuler ce qu’il a en lui de bon et de mauvais ; certes, sa physionomie le trahit souvent déjà, et celui qui voit clair peut lire bien des choses sur les traits d’un visage. Mais il est encore possible aujourd’hui au scélérat de sourire d’un air innocent et de passer pour un honnête homme. Inversement il est possible


 

également que les belles qualités d’une âme restent méconnues. Intelligence et bêtise, laideur et beauté peuvent se dissimuler derrière le type de telle ou telle race. Il n’en sera plus ainsi dans l’ère qui suivra la nôtre, après la  Guerre  de tous contre tous : sur le front, sur toute la physionomie de l’homme on lira s’il est bon ou méchant. Son visage, tout son corps même sera l’image de ce qui vit dans son âme. La manière dont il a évolué, dont il a cultivé de bons ou de mauvais penchants, tout se reflétera sur son front.

Il y aura donc deux sortes d’hommes après la Guerre de tous contre tous : ceux qui se seront efforcés d’obéir à l’appel de la vie spirituelle, qui auront ennobli leur âme et leur esprit, porteront sur leur visage l’empreinte de leur spiritualité et la manifesteront dans leurs gestes, dans les  mouvements  de leurs mains. Les autres, ceux qui se seront détournés de la vie spirituelle, représentée dans l’Apocalypse par la communauté de Laodicée, les tièdes qui n’étaient ni froids ni chauds, seront dans la prochaine civilisation les représentants des forces rétrogrades, qui paralysent l’évolution. Ceux-là porteront sur leur figure méchante, inintelligente et laide, l’expression des passions et des instincts les plus hostiles à l’esprit. Leurs gestes, tout leur comportement, seront le reflet visible des laideurs de leur âme. Les hommes autrefois se sont répartis en races, en communautés civilisées ; ils se diviseront à  ce moment en deux grands courants, celui des bons et celui des méchants. Et leur visage révélera – car l’individu ne pourra plus dissimuler le niveau véritable de leur vie intérieure.

A voir rétrospectivement comment l’humanité s’est développée jusqu’ici sur la Terre, nous reconnaîtrons que son évolution future, telle que nous venons de la caractériser,


s’accorde parfaitement avec ce passé. Évoquons le point de départ de notre Terre actuelle, après Saturne, le Soleil et la Lune, suivis d’une longue pause intermédiaire après laquelle la Terre émerge à nouveau des ténèbres cosmiques. Il n’y avait pas encore ici-bas d’autre créature que l’être humain. Il est le premier-né. Mais il n’est encore qu’esprit, et l’incarnation consistera en une matérialisation de cet esprit. Représentons- nous une masse d’eau qui pourrait flotter librement ; un processus quelconque y provoquerait la formation de petits cristaux, de particules de glace se renouvelant sans cesse. Supposons que quelques-uns de ces petits glaçons se séparent de la masse liquide. Comme chacun d’eux ne peut grossir qu’aussi longtemps qu’il est dans l’eau, il reste, une fois qu’il en est sorti, dans l’état il se trouvait. Supposons que la congélation de la masse liquide se poursuive, que de nouveaux glaçons s’ajoutent aux premiers de sorte qu’à la fin presque tout le liquide soit cristallisé. Ce sera alors le dernier morceau de glace qui aura le mieux gardé l’essence de la substance- mère, lui qui a su attendre le plus longtemps avant de se séparer de l’eau-mère originelle.

Il en est de même dans l’évolution. Les animaux inférieurs n’ont pas su attendre ; ils ont quitté trop tôt  la  substance- mère spirituelle et, de ce fait, ils sont restés à un stade primitif d’évolution. Les espèces animales correspondent donc à des paliers, à des arrêts successifs dans le cours de  l’évolution. C’est l’homme qui a attendu  le  plus longtemps  pour s’incarner ; il a été le dernier à quitter la substance-mère spirituelle, divine, à s’en détacher pour se condenser en un corps de chair. Les animaux sont descendus trop tôt et se sont par conséquent arrêtés dans leur développement. Pourquoi, nous le verrons plus tard. Ce qui nous intéresse à présent c’est


que, s’étant prématurément détachés de l’esprit dont ils sont issus, les animaux en sont restés à  d’anciens  stades d’évolution.

Une forme animale aurait donc pu, si elle était restée unie à l’esprit dont elle provient, progresser jusqu’au degré auquel  est parvenue l’humanité actuelle. Mais les animaux sont restés stationnaires ; ils se sont détachés du germe spirituel et sont aujourd’hui en décadence. Ils constituent les dérivations, les rameaux du grand arbre humain. L’être humain portait, comme englobé en lui, tout le règne animal ; il l’a éliminé progressivement. Les animaux, dans leurs multiples formes,  ne sont pas autre chose que des passions humaines ayant pris corps prématurément. Ce qui, actuellement, est encore non matérialisé dans le corps astral de l’homme, ce qu’il a conservé dans son corps astral jusqu’à une période tardive de l’incarnation Terre, les formes animales en sont l’image dans le monde physique. Et c’est ce qui a permis à l’homme de continuer à s’élever. Actuellement encore, il a en lui des forces qui, comme ces éléments décadents qui ont donné naissance aux formes animales, doivent être éliminées de l’évolution générale. Tout ce qui est aptitude au bien ou au mal, prédisposition à l’intelligence ou à la bêtise, germe de  beauté ou de laideur, correspond chez l’homme à une possibilité de progrès ou de régression. De même que se sont détachées les formes animales, la race des êtres mauvais, aux visages repoussants, se détachera de l’humanité en marche vers l’esprit et vers son but final. A l’avenir, on ne verra pas seulement des formes animales, images des passions humaines incarnées. Une race existera dans laquelle se sera incarné ce qu’il y a de mauvais dans l’homme actuel et qu’il peut encore dissimuler, mais qui alors paraîtra au grand jour. Une étude


que vous allez peut-être trouver un peu étrange va nous permettre de préciser ce point.

Il faut bien voir qu’en fait, l’élimination des  formes animales était une nécessité. En se détachant du courant commun, chacune des formes animales a permis à l’être humain de faire un pas en avant. Au lieu de garder en  lui toutes les passions qui apparaissent aujourd’hui dispersées dans les espèces animales, l’homme a été purifié. Lorsque des particules en suspension dans un liquide trouble se  déposent, le liquide devient plus limpide. De même, dans les formes animales, et telles une lie, se sont déposées les forces les plus grossières, que l’homme ne pouvait pas utiliser  pour  parvenir à son niveau actuel. Il a rejeté ces formes animales – qui sont comme des frères nés avant lui – et il a pu ainsi s’élever au niveau qui est le sien aujourd’hui. L’humanité a donc progressé en se débarrassant de ces formes inférieures, et s’est purifiée. Elle s’élèvera encore en éliminant  un nouveau  règne, celui de la race des méchants.

Or, chacune des facultés que l’homme possède actuellement, il la doit au fait d’avoir rejeté une certaine forme animale. Le clairvoyant qui observe les différentes espèces animales sait exactement ce que nous devons à  chacune d’elles. Pensons au lion par exemple ; s’il n’existait pas, l’homme ne posséderait pas une certaine qualité qu’il a acquise en éliminant la nature-lion. Et il en est de même pour toutes  les autres espèces animales.

Or, les cinq étapes de l’évolution, les cinq civilisations – depuis l’Inde antique jusqu’à la nôtre – ont eu pour but de former l’intelligence, la raison humaine, et tout ce qui est lié à ces deux facultés. Celles-ci n’existaient pas pendant l’ère


atlantéenne. A ce moment, l’homme possédait la mémoire, ainsi que d’autres facultés, mais le développement de l’intelligence appliquée à l’observation du monde sensible incombe à la cinquième civilisation.

Le clairvoyant qui tourne son regard vers le monde cherche à quoi nous devons d’être devenus intelligents, quelle forme animale nous avons éliminé pour cela. Si étrange, si grotesque que cela puisse paraître, il n’en est pas moins  vrai que  si la race chevaline n’existait pas, nous n’aurions jamais pu acquérir l’intelligence. Cela, on le savait encore autrefois. Tous les liens qui se sont créés entre certaines races humaines et le cheval avaient pour origine une sorte d’amour mystérieux, le sentiment de ce que l’homme doit au cheval. C’est pourquoi, lorsque fut fondée la civilisation de l’Inde primitive, le cheval joua un rôle dans le culte rendu aux Dieux. Toutes les coutumes se rapportant au cheval nous ramènent à ce lien. Si vous étudiez les anciennes mœurs des peuples encore doués d’une certaine clairvoyance, les peuples germano-nordiques par exemple, vous verrez qu’ils suspendaient des crânes de chevaux devant leurs maisons ; ils avaient encore confusément conscience du fait que l’homme a dépassé l’état de non- intelligence en éliminant la forme du cheval. L’acquisition de l’intelligence, on le sentait obscurément, est en relation avec ce fait dont il subsiste encore des traces dans certaines légendes, entre autres, dans l’Odyssée, celle du cheval de Troie. Les légendes de ce genre recèlent une sagesse profonde, beaucoup plus profonde que notre philosophie moderne. Ce n’est pas par hasard que le type du cheval a été choisi dans ce cas.

Ainsi, l’être humain est issu d’une forme qui contenait ce  qui est actuellement le cheval. Les artistes ont autrefois représenté ce stade par la forme du Centaure, afin de rappeler


 

à l’homme le niveau d’évolution au-dessus duquel il s’est élevé par ses efforts, pour devenir ce qu’il est actuellement. Or, ce qui s’est passé dans les temps préhistoriques pour donner naissance à notre humanité se reproduira à un niveau plus élevé dans l’avenir, mais ce ne sera pas comme autrefois dans le monde physique. A celui qui devient clairvoyant à la limite entre l’astral et le plan du Dévachan, il se révèle que l’être humain ennoblira et développera encore ce qu’il doit à l’élimination de la nature-cheval. En lui, l’intelligence se spiritualisera.

Ce qui n’est aujourd’hui que simple raison, ingéniosité, il le transformera en sagesse en le spiritualisant, après  la  Guerre de tous contre tous. C’est ce que verront s’accomplir ceux qui auront atteint le but final. Alors apparaîtront les fruits de cette élimination de la nature-cheval.

Un clairvoyant qui lit ainsi dans l’avenir peut  voir  se révéler à lui tout ce que l’homme aura préparé au cours des sept civilisations. Car son âme s’est incarnée dans les civilisations passées et se réincarnera dans les suivantes – tout cela se manifestera, survivra à la Guerre universelle, et atteindra une ère plus spirituelle. L’homme aura tiré de chacune des sept civilisations ce qu’elle  a pu donner. Pendant la civilisation de l’Inde antique, vous avez reçu l’admirable enseignement des saints Rishis. Vous l’avez oublié, mais cela vous reviendra plus tard en mémoire. D’incarnation en incarnation, vous avez progressé. Vous avez appris ce que les civilisations perse, égyptienne, grecque, romaine, vous offraient. Tout cela fait aujourd’hui partie de votre âme ; votre visage ne le révèle pas encore, mais vous  revivrez à l’époque de Philadelphie, celle régnera l’« Amen », et peu à peu se


formera une communauté d’hommes dont les visages refléteront ce qui s’est préparé de notre temps. Ce que vous aurez acquis pendant l’Inde antique se révélera dans votre physionomie pendant la première subdivision de la prochaine ère, après la Guerre de tous contre tous. Lors de la seconde se révélera le fruit des acquisitions de la Perse primitive, et ainsi de suite. La connaissance spirituelle que vous acquérez aujourd’hui portera des fruits visibles après la Guerre universelle. Aujourd’hui vous recevez en votre âme les dons offerts par les sept Esprits de Dieu et les sept Étoiles. Vous les emporterez ; cependant personne ne le lira sur vos traits, ni maintenant, ni dans les siècles prochains. Mais ils se révéleront après la Guerre de tous contre tous. La future grande ère aura aussi sa cinquième civilisation, et vous porterez alors sur vos traits l’empreinte de ce que vous acquérez aujourd’hui. Sur votre front sera inscrit le résultat de votre effort actuel, ce que sont actuellement vos pensées et vos sentiments.

Peu à peu, tout ce qui est caché se dévoilera – après la Guerre universelle. L’âme qui a répondu à l’appel que le Christ fait retentir de civilisation en civilisation, cette âme survivra avec tout ce qui est indiqué dans les sept Lettres.  Pendant  sept civilisations a été déposé en elle ce que celles-ci pouvaient lui donner. Elle attend, en passant d’incarnation  en incarnation. Elle a été sept fois « scellée ». Chaque civilisation lui a imprimé son sceau. Ainsi est scellé en vous ce que vous devez à l’Inde antique, à la Perse, à la Grèce, à Rome  et  à notre propre civilisation. Ces Sceaux seront ouverts, c’est-à- dire qu’après la Guerre de tous contre tous, ce qui est gravé dans l’âme se révélera. Et le principe, la force qui guide les hommes afin qu’apparaissent sur les visages les véritables fruits des diverses civilisations, ce principe, c’est le Christ.


 

Les sept Sceaux d’un livre doivent être ouverts. Mais quel est ce livre ? Où est-il ? Nous allons essayez de comprendre le sens que les Écritures donnent au mot « livre ». Il n’apparaît que rarement dans la Bible, remarquez-le. Vous le  trouvez dans l’Ancien Testament :

 

« Ceci est le livre de la race humaine. Lorsque Dieu créa l’homme, il le créa à l’image de Dieu ; il fit un homme et une femme, etc… » (Genèse V-1).

 

Puis on a beau chercher, on ne retrouve le mot « livre » que dans l’Évangile de saint Matthieu au chapitre I :

 

« Ceci est le livre de la naissance de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham, etc… »

 

Une fois de plus, il s’agit d’une généalogie. Enfin le mot

« livre » revient dans l’Apocalypse, lorsqu’il est dit que seul l’Agneau est digne d’ouvrir le livre aux sept Sceaux. Il est donc toujours employé pour désigner un ensemble, jamais autrement. Pour les comprendre, il faut prendre les textes anciens au pied de la lettre. Il ne s’agit pas d’un livre au sens actuel du mot, mais plutôt d’un registre l’on inscrit à la suite l’une de l’autre des choses reliées entre elles, comme par exemple des apports successifs qui pourront constituer un héritage, ce qui peut se transmettre. Dans l’Ancien Testament, le « livre », c’est un document, une chronique   s’inscrivent les générations reliées entre elles par le sang. Et dans le premier Évangile, le mot est employé dans le même sens. Il désigne donc uniquement une suite d’événements, dans le sens d’une « chronique », d’une histoire.


 

C’est bien ce qu’entend l’Apocalypse par le « Livre de vie » qui concerne l’humanité entière, et contient tout ce qui, d’époque en époque, se grave dans le Moi de l’homme, ce que chacune des civilisations lui a donné. C’est ce Livre qui sera

« descellé » après la Guerre de tous contre tous. On y trouvera ce que les civilisations auront inscrit. Dans les livres de famille d’autrefois, on inscrivait les acquisitions des générations successives ; il en est de même ici, sauf qu’il s’agit des conquêtes spirituelles de l’homme.

Or, c’est par l’intelligence que se feront les acquisitions propres à notre civilisation ; le progrès qu’elle doit apporter va donc être représenté par une image, par un symbole de l’intelligence. Au temps de l’Inde antique, l’homme vivait dans un état d’âme dans lequel il se détournait du monde physique et cherchait du regard le monde spirituel ; à la première des civilisations qui suivront la Guerre de tous contre tous, il triomphera donc des liens qui l’attachent au monde physique, sensible. Il en sera vainqueur parce qu’il aura assimilé ce qui s’est inscrit dans son âme pendant la première civilisation de notre ère. Puis la conquête de la matière pendant la seconde civilisation, celle de la Perse antique, nous apparaîtra dans la seconde époque consécutive à la Grande Guerre, symbolisée par l’épée, l’instrument de domination sur le monde extérieur. Ce que l’homme s’est assimilé pendant la civilisation babylonienne et égyptienne en apprenant à mesurer et à peser selon des règles, réapparaîtra à l’époque suivante. La Balance en est le symbole.

La quatrième civilisation révélera ce qui est de  la  plus haute importance, c’est-à-dire ce que l’être humain a reçu du Christ et de son Incarnation à ce moment : la vie spirituelle,


l’immortalité du Moi. A la quatrième civilisation de l’ère  à venir, se révélera ce qui n’est pas destiné à l’immortalité, ce qui, étant voué à la mort, disparaîtra. Ainsi réapparaîtra peu à peu tout ce qui s’est préparé pendant les différentes civilisations, et cela se présente ici sous la forme symbolique exprimant l’intelligence. Lisons dans le chapitre VI de l’Apocalypse comment se fait l’ouverture des quatre premiers sceaux ; nous verrons que le texte décrit, étape par étape, en un puissant symbolisme, ce qui se manifestera un jour :

« … Et je vis un cheval blanc (c’est l’indication que l’intelligence spirituelle apparaît) ; celui qui le montait  tenait un arc et on lui donna une couronne et il partit en vainqueur pour remporter la victoire. Lorsque l’Agneau eut ouvert le second Sceau, j’entendis le second animal qui disait : Viens et vois. Et il sortit un cheval rouge. Celui qui le montait reçut le pouvoir de bannir la paix de la terre afin que ses habitants s’entr’égorgeassent et une grande épée lui fut donnée », c’est- à-dire que périt tout ce qui ne mérite pas de participer au progrès de l’humanité.

« Quand l’Agneau eut ouvert le troisième Sceau, j’entendis le troisième animal dire : Viens et vois. Et je vis un cheval noir et celui qui le montait tenait à la main une Balance. Et j’entendis une voix qui venait du milieu des quatre animaux et qui disait : une mesure de blé pour un denier et trois mesures d’orge pour un denier. » Mesure et denier désignent ce que l’homme a appris pendant la troisième civilisation ;  les  fruits en seront conservés jusque-là et descellés.

A la quatrième civilisation le Christ Jésus est apparu pour vaincre la mort. Ce qui se révèle ainsi : « Et quand l’Agneau ouvrit le quatrième Sceau, j’entendis la voix du quatrième


animal dire : Viens et vois. Je regardai et je vis paraître un cheval blême et celui qui le montait se nommait la Mort et l’enfer le suivait. » Ce cheval blême, c’est ce qui succombe, ce qui sombre dans la race des méchants. Mais ceux qui auront entendu l’appel et qui auront vaincu la mort auront part  à la vie spirituelle. Ceux qui ont compris le « Je suis » et son appel sont ceux qui ont vaincu la mort. Ils ont spiritualisé l’intelligence.

Dorénavant, ce qu’ils sont devenus ne peut donc plus être symbolisé par le cheval. Il faut un nouveau symbole pour désigner ceux qui ont compris et suivi l’appel de « Celui qui a les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles ». Ceux-là sont représentés symboliquement par « ceux qui portent des robes blanches », le vêtement de la vie immortelle, de l’éternelle vie spirituelle. Il nous est dit ensuite très clairement comment se manifestera tout ce qui s’élève vers le Bien, ou qui sombre dans le Mal : « Quand l’Agneau eut ouvert le cinquième Sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été mis à mort à cause de la Parole de Dieu et du témoignage qu’ils avaient donné. Elles criaient à haute voix et disaient : Jusqu’à quand, Seigneur qui es saint et véritable, tarderas-tu à juger et à venger notre sang sur les habitants de la Terre ? Et  il  fut donné à chacun une robe blanche et on leur  dit  de demeurer  en repos encore un peu de temps, jusqu’à ce que soit complet le nombre de leurs compagnons et de leurs frères qui devaient être mis à mort comme eux. » C’est-à-dire qu’ils seront tués dans leur forme extérieure pour renaître dans l’esprit. Comment cela se manifestera-t-il ?

Représentons-nous ce que devient le monde extérieur sensible dans une vie véritablement imprégnée d’anthroposophie. Pour décrire les sept étoiles, nous avons


 

remonté jusqu’à l’ancien Saturne et nous avons vu comment le corps physique humain s’était formé, un corps uniquement fait de chaleur. Nous avons vu ensuite apparaître l’ancien Soleil. Nous l’avons évoqué en esprit. Pour nous, le Soleil n’est pas simplement un globe physique ; c’est le dispensateur de la vie, de cette vie de l’esprit qui prendra chez l’homme de l’avenir sa forme la plus haute. L’ancienne Lune est pour nous l’élément qui retient la vie dans sa marche impétueuse et ralentit l’évolution humaine dans la mesure cela est  nécessaire. Soleil et Lune sont donc pour nous des Puissances spirituelles. Et la connaissance anthroposophique que nous acquérons se retrouve également dans la future époque sous forme symbolique : Soleil et Lune se révèlent à notre  vision  spirituelle comme nous ayant édifiés, nous autres hommes. Symboliquement, le soleil et la lune physiques disparaissent alors et deviennent semblables à un être humain, mais sous une forme élémentaire.

« Et je regardai lorsque l’Agneau eut ouvert le sixième Sceau et il y eut un grand tremblement de terre, et le soleil devint noir comme un sac de crin, et la lune parut comme du sang. » C’est, symbolisé, l’accomplissement de ce que nous recherchons dans la vie spirituelle. Ainsi se trouve annoncé en images grandioses l’avenir de la prochaine ère, tel qu’il se prépare dans la nôtre. Aujourd’hui, nous portons en nous, mais invisible, cette transformation du Soleil et de la Lune que nous opérons quand l’élément physique se métamorphose en esprit. En effet, lorsque le regard clairvoyant se tourne vers l’avenir, toute chose physique disparaît pour lui, et le symbole de la spiritualisation de l’humanité lui apparaît.

Nous avons ainsi tenté d’esquisser en quelques traits le


sens des sept Sceaux et de leur ouverture, telle que les décrit l’Apocalypse. En creusant davantage encore le sens de ce  texte, beaucoup de choses s’éclaireront tout à fait, qui ont pu nous paraître bien invraisemblables. Mais déjà nous voyons comment s’ordonnent les puissantes images de l’évolution présente et à venir, que le clairvoyant peut contempler. Son regard s’étend à un avenir lointain et nous devons nous sentir stimulés toujours plus à préparer cet avenir, à contribuer nous-mêmes à cette spiritualisation de l’existence humaine.


 

CINQUIÈME CONFÉRENCE

 

I ncarnations successives de la Terre : Saturne, Soleil, Lune. Entités normalement évoluées et entités retardées. Les 24 Vieillards. L’apparition du règne minéral.

 

 

LORSQUE sera achevé le cycle actuel de notre évolution, l’humanité nous l’avons vu dans la précédente conférence doit se scinder en deux races : celle du Bien et  celle  du Mal.  Les secrets de cet avenir nous sont dévoilés par les  sept  Sceaux dont l’ouverture est décrite dans l’Apocalypse par des images. Ce tableau d’ensemble de ce qui se prépare déjà de notre temps dans les âmes humaines pourrait inciter à poser la question suivante : comment se fait-il que l’auteur de l’Apocalypse nous décrive les premiers Sceaux en tableaux si effrayants ? Cette question, nous pourrons d’autant mieux y répondre que nous ferons ici un détour avant de poursuivre notre étude de l’Apocalypse.

Jusqu’ici, nous avons essayé de montrer que cette Apocalypse décrit l’initiation chrétienne, et que par la voie de cette initiation, on parvient dans une certaine mesure à dévoiler l’avenir de l’humanité. Rappelons une fois de plus ce que fut le passé de l’évolution humaine en remontant aussi loin en arrière que le nécessite la compréhension de notre texte. Les traits essentiels de ce passé, vous les connaissez déjà. Vous savez que notre Terre, aujourd’hui lieu de séjour des humains, a une origine infiniment  lointaine, qu’elle est en quelque sorte  la réincarnation d’un autre monde planétaire qu’on peut appeler « ancienne Lune » ou encore « Cosmos de sagesse », alors que notre Terre actuelle est pour nous le « Cosmos de l’Amour ». Ce Cosmos de sagesse ou ancienne Lune était lui-


même la réincarnation d’un monde encore plus ancien, celui de l’ancien Soleil. Il ne s’agit donc pas de l’astre actuel, mais d’un globe qui était lui-même la réincarnation de l’ancien Saturne. Notre système planétaire a donc passé par quatre états successifs que nous appelons Saturne, Soleil, Lune et Terre. Entrons maintenant dans le détail de ces quatre états, pour autant que nous avons besoin de le faire pour éclairer le texte de l’Apocalypse.

Lorsqu’on remonte par la clairvoyance jusqu’à l’ancien Saturne, on découvre une planète bien étrange. C’est un corps céleste sur lequel rien n’existait de ce que nous appelons aujourd’hui minéraux, corps solides, rien de ce qui est actuellement plante, animal, rien de ce que nous connaissons sous forme d’eau, de gaz et d’air. Supposez que vous  soyez dans l’espace et que vous vous approchiez de ce Saturne en l’observant avec vos yeux actuels – qui naturellement n’existaient pas alors – vous n’auriez rien vu dans ce tout premier état, car Saturne ne brillait pas pendant la première moitié de son existence. Si vous aviez pénétré dans l’espace qu’il occupait, vous auriez eu la même impression – si vous aviez eu des sens physiques – qu’en entrant dans un four chaud. Vous n’auriez pu distinguer cet espace en forme de globe du milieu environnant que parce que la chaleur y était plus forte. La chaleur est le seul de nos états actuels qui ait existé sur Saturne. Mais c’était une chaleur étrange.  Elle n’était pas répandue d’une manière uniforme. Certains endroits étaient plus chauds, d’autres moins, de sorte qu’en réunissant par des lignes ceux qui étaient à la même température, on aurait obtenu des formes qui se distinguaient entre elles par leur diversité calorique seulement. Tout était chaleur, mais chaleur organisée, différenciée. Si vous aviez pu


voler à travers ce globe, vous vous seriez dit qu’il y avait  bien quelque chose mais vous n’auriez pu percevoir que des différences de température.

Or, dans ces états caloriques différenciés la seule alors existante des caractéristiques de notre vie sur Terre il  y avait la première ébauche du corps physique humain. Ce qui existait alors, vous l’avez en vous ; cela s’est intériorisé  : c’est  la chaleur de votre sang. Si avec votre chaleur intérieure vous pouviez construire des formes, vous auriez une idée de ce qu’était le corps physique sur Saturne. La chaleur que vous avez dans votre sang, c’est la première forme du corps physique, son élément le plus ancien, si bien qu’on  pourrait dire de Saturne qu’il était entièrement composé de chaleur sanguine ; on aurait pu y discerner des formes analogues à celles qu’on pourrait voir se dessiner aujourd’hui si l’on suivait le cours de la circulation sanguine, et les différences de température qu’elle présente. Telle était l’existence physique de cet ancien Saturne. Des conditions terrestres  actuelles, seule la chaleur y était présente. De tous les êtres qui peuplent notre Terre, seul existait l’être humain, mais uniquement en tant que corps physique à l’état de germe. L’astre tout entier était constitué de ces germes de corps physiques humains à l’état calorique. De même que la mûre est composée de petits grains, Saturne était fait de l’assemblage des  premiers humains sous cette première forme.

D’autre part, ce globe était entouré d’Entités spirituelles. Tout comme aujourd’hui la Terre est entourée d’air, Saturne était entouré d’une atmosphère spirituelle   se  trouvaient des Entités parvenues à différents degrés d’évolution, mais qui avaient toutes besoin de résider sur Saturne. Y vivre leur était nécessaire. Certaines par exemple étaient déjà constituées de


 

sept principes mais pas de la même façon que l’être humain aujourd’hui. Celui-ci possède les sept principes que nous appelons les « sept Esprits de Dieu » et dont le premier est le corps physique. Il n’en était pas ainsi de ces Êtres spirituels. Certains avaient pour principe inférieur le corps éthérique. En guise de corps physique, ils se servaient des éléments physiques de Saturne sur lesquels ils greffaient leur corps éthérique. Comparé à notre Terre, Saturne était donc un corps céleste d’une substance immatérielle, infiniment moins grossière que le gaz. Il n’était que chaleur entourée d’Entités spirituelles.

Or, sous l’influence de ces Entités qui évoluaient dans son atmosphère, Saturne est passé par plusieurs métamorphoses. L’une d’elles est facile à décrire : en effet, vers la moitié de son existence, Saturne commence à projeter des lueurs. Tout d’abord corps de chaleur obscur, il commence à briller et  vers la fin il peut faire rayonner dans l’univers une faible lumière.

Dans l’atmosphère qui l’entoure habite entr’autres une sorte d’Entités qui nous intéresse tout spécialement. Elles passent, vers le milieu de la période saturnienne, par la phase d’évolution à laquelle l’homme en est actuellement sur la Terre ; ce sont les Esprits de la Personnalité. Vers le milieu de l’existence  saturnienne,  ceux-ci  sont   parvenus  au  stade  de

« l’humain ». Vous ne ferez naturellement pas l’erreur de vous imaginer qu’ils avaient un corps de chair humaine. On peut en effet vivre le stade humain sous les formes les plus diverses. Quand ces Esprits de la Personnalité passent par leur stade humain, ils utilisent en guise de corps physique ce qui existe  sur Saturne, c’est-à-dire la chaleur, et en guise de corps éthérique – car ils n’en possèdent pas non plus l’éthérique


présent dans l’atmosphère de Saturne, ils trouvent également la substance astrale qu’ils n’ont pas. Ils n’ont vraiment, pour l’essentiel, que le support du Moi. Et ce Moi qui se trouve au stade humain est vivant comme actuellement le Moi humain est présent sur la terre, bien que sous une autre forme et d’une manière différente. Les Esprits de la Personnalité sont donc parvenus, vers le milieu de l’évolution saturnienne au niveau de l’« humanité ».

 

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Ce milieu de l’évolution saturnienne est précédé de trois périodes et suivi de trois autres dont l’ensemble forme une sorte de courbe.

Au centre de la courbe se trouvent les Esprits de la Personnalité. Au cours de chacune des sept périodes, des trois premières et des trois dernières – car tout comme celle de notre Terre, l’évolution de Saturne se divise en sept périodes

– d’autres Êtres parviennent au stade humain quand pour eux le moment est venu ils peuvent utiliser ce qui se trouve sur Saturne afin de faire des expériences « humaines ». Il y a donc sept sortes d’êtres sur Saturne ; chacune atteint son niveau humain et n’aura plus besoin d’y passer par la suite. Quant à l’être humain, il n’est pas encore « homme » sur Saturne. Les Esprits de la Personnalité qui le sont alors devenus ont avancé depuis lors ; ils sont maintenant bien au-dessus du stade humain qui est pour ainsi dire en eux une étape définitivement révolue… Après un certain temps, toute  l’évolution saturnienne passe dans une sphère, dans un état purement spirituel qui ne serait pas perceptible pour des sens comme les nôtres.


 

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Puis apparaît la seconde incarnation de notre planète : c’est l’étape solaire. Celle-ci se distingue par le fait que, très tôt, l’astre est assez avancé pour émettre de la lumière. C’est qu’il n’est plus seulement fait de chaleur ; la substance calorique s’est condensée en gaz, en air. II n’y a encore ni liquide, ni solide. C’est une masse d’air et de gaz qui par conséquent peut briller. Vu par des yeux comme les nôtres, c’est déjà une planète brillant dans l’espace ; elle est suffisamment évoluée pour qu’au germe primitif du corps physique humain soit incorporé un corps éthérique. L’homme d’alors est donc fait d’un corps physique et d’un corps éthérique alors que sur Saturne, il n’avait qu’un corps physique. Sa forme est par conséquent tout à fait différente de celle d’aujourd’hui et s’apparenterait plutôt à celle du végétal. Il a, comme la plante, une nature physique et une nature éthérique mais sous une toute autre apparence que celle de la plante actuelle.

Ce progrès dans l’évolution est lié à l’entrée en scène d’une seconde catégorie d’Entités qui apparaissent sur le Soleil. Sur Saturne, il n’y avait que des germes d’êtres humains agglomérés comme les petits grains d’une mûre. Or, quelques- uns de ces germes se sont attardés à l’étape saturnienne ; ils n’ont pas évolué comme ils l’auraient dû. De ce  fait, ils  n’ont pas pu acquérir de corps éthérique sur le Soleil ; ils ont été réduits à la seule possession d’un corps physique. Ces êtres sont les premiers germes de notre règne animal. De sorte que sur l’ancien Soleil se trouvent les précurseurs des êtres humains, dotés d’un corps physique et d’un corps éthérique, et les précurseurs des animaux qui n’ont qu’un corps physique.

De nouveau, vers le milieu de l’évolution solaire, certains


Êtres spirituels passent par le stade humain. L’homme actuel n’en était pas encore là. Les Entités spirituelles venant de l’entourage du Soleil, qui parviennent alors à leur

« humanité », nous les appelons Esprits du feu ou Archanges. Ils sont en avance de deux degrés sur l’être humain.  Ils  portent en eux « l’humanité » et connaissent sous une autre forme les expériences que l’homme actuel vit sur la Terre.

Le Soleil, lui aussi, passe par sept périodes, sept phases d’évolution. A chacune d’elles, certaines Entités atteignent le stade humain. Elles peuvent se souvenir, lorsqu’elles évoquent le passé de leur existence cosmique, d’avoir vécu les mêmes expériences que l’homme d’aujourd’hui bien qu’elles n’aient connu ni l’état solide, ni l’état liquide. Elles peuvent ainsi partager les sentiments qui sont ceux de l’homme terrestre et participer à son existence, en avoir une certaine compréhension, cela parce qu’elles en ont elles-mêmes fait l’expérience jadis.

Alors commence une nouvelle phase intermédiaire pendant laquelle le globe lumineux s’éteint peu à peu pour l’observation extérieure – si tant est qu’elle eût pu se faire – et disparaît totalement même pour l’observateur clairvoyant. Il n’est perceptible qu’au degré le plus élevé de la clairvoyance. Puis il réapparaît dans une nouvelle forme d’existence, un troisième état que nous appelons l’ancienne Lune. C’est la troisième incarnation de notre planète. La substance en  est suffisamment évoluée pour que ce qui était gaz sur l’ancien Soleil se condense jusqu’à l’état liquide. Grâce à  la condensation de cet élément liquide, un corps astral peut être ajouté à l’être humain qui réapparaît graduellement, comme la plante sort de la graine. Maintenant, il est donc fait de trois éléments, le physique, l’éthérique et l’astral. Il n’est pas


 

vraiment « homme » car dans ces trois corps, aucun Moi n’a encore pénétré.

Comme à chaque étape de l’évolution cosmique, certains êtres restent en arrière. Ceux qui l’ont fait sur le Soleil et n’ont pas pu poursuivre leur évolution en restent sur la Lune au niveau d’existence solaire. Ils n’ont donc aucune possibilité d’y recevoir un corps astral ; sur la Lune, ils n’ont qu’un corps physique et un corps éthérique. Ce sont entr’autres ceux qui s’étaient déjà mis en retard sur le Soleil ; mais comme ils ont pourtant progressé entre temps, ils peuvent maintenant recevoir un corps éthérique ; ce sont les ancêtres de certaines espèces animales actuelles. Quant à ceux qui ne peuvent même pas recevoir un corps éthérique sur la Lune, ils sont les prédécesseurs d’êtres d’un règne encore inférieur, le règne végétal actuel. Nous avons donc sur cette ancienne Lune trois règnes : celui des humains, dotés de trois corps : le physique, l’éthérique et l’astral ; le règne animal, constitué de physique  et d’éthérique, et le règne végétal qui ne dispose que  d’un corps physique.

Certaines Entités spirituelles atteignent à leur tour le  niveau « humain » vers le milieu de l’évolution lunaire. Ce sont celles que nous appelons d’ordinaire Esprits du Demi-Jour ou Anges. Elles aussi gardent le souvenir du stade d’humanité qu’elles ont alors traversé. La Lune évolue également au cours de sept phases. A chacune de celles-ci, la possibilité s’offre à  des Entités de passer par le niveau humain. Quelques-unes avancent plus vite que d’autres, qui restent en arrière. Lorsque s’achève l’évolution lunaire, sept sortes d’Entités ont donc acquis leur « humanité ».

Pour bien comprendre ce qu’était cette ancienne Lune, il


faut encore mentionner un fait important de son évolution. A son début – ou plutôt quelque temps après qu’elle eût commencé – c’était encore un globe liquide. Si elle en était restée pendant les sept périodes de son existence, elle n’aurait jamais pu fournir à l’être humain la base nécessaire à son progrès ultérieur. Ce qui a fait d’elle l’étape préparatoire à l’humanité terrestre, c’est qu’elle s’est scindée en deux corps célestes dont l’un fut le précurseur du Soleil actuel, et l’autre devint l’ancêtre de notre Terre. Mais il faut bien vous représenter que la substance de la Lune actuelle était encore mêlée à celle de la Terre, de sorte que Terre et Lune actuelles ne faisaient alors qu’un. Il y a donc d’un côté Terre et Lune ensemble et de l’autre le Soleil. L’ancienne Lune était encore  un corps liquide et l’ancien Soleil en voie de devenir une étoile fixe. Cette scission est allée de pair avec un fait très important. En réalité, c’est le Soleil qui a effectué la scission en entraînant avec lui les parties les plus subtiles, les plus éthériques de la matière, tandis que restaient dans le globe lunaire c’est-à- dire dans ce qui devait former la Terre et la Lune actuelles – les substances les plus grossières. C’est pourquoi le Soleil est composé de substances infiniment subtiles tandis que la  Lune, à ce moment, devient un corps bien plus dense, une masse liquide.

Le Soleil ayant emporté avec lui les forces les moins matérielles, il a pu devenir le champ d’évolution d’Entités beaucoup plus avancées. De fait, un grand nombre de ces Êtres très élevés qui avaient encore pu supporter l’existence sur Saturne, auraient été entravés dans leur développement s’ils étaient restés plus longtemps attachés à la Lune. Ils avaient besoin, pour évoluer, d’un champ d’action fait de substances moins denses. C’est ce qu’ils ont trouvé sur le Soleil, après


l’avoir extrait de la masse « Lune ». Par contre, les germes humains composés d’un corps astral, d’un corps éthérique et d’un corps physique, ainsi que les ébauches des règnes animal et végétal, sont restés attachés à la Lune qui s’est condensée d’autant mieux que les substances moins matérielles l’avaient quittée.

Elle est d’un aspect bien étrange, cette ancienne Lune. Bien qu’elle ait déjà tourné autour de son Soleil, rien de solide ne s’y trouvait encore, ni rochers, ni terre, rien de minéral. Alors que la masse principale de notre Terre est faite d’un sol ferme, labourable, celle de l’ancienne Lune – sur laquelle les êtres se déplaçaient comme en sautillant consistait en une sorte de bouillie, d’une consistance de laitue cuite ou d’épinards. D’autres corps s’y inséraient qui ressemblaient à du bois ou à de l’écorce d’arbre. Quand de nos jours vous gravissez une montagne, vous marchez sur le roc. Dans ce temps-là, le terrain, lorsqu’il était solide, était comme du bois – ceci dit en matière de comparaison. Telle était dans l’ensemble cette masse lunaire, animée de vie végétale, qui engendrait sans cesse des formes bourgeonnantes. Son sol constituait le règne  le plus bas, celui qui allait devenir notre règne minéral. C’était une sorte d’intermédiaire entre le règne minéral et le règne végétal actuels. Ce