Accorder de la valeur aux animaux

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Par Matthieu Ricard
Plus que le droit, c’est par l’altruisme et la compassion que l’on doit protéger les animaux.

Si la question des droits de l’homme est déjà suffisamment complexe — certains, presque toujours pour justifier leurs régimes totalitaires, contestent encore l’universalité des droits de l’individu telle qu’elle a été énoncée par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme — celle des animaux l’est encore plus. Nombre de philosophes considèrent que droits et devoirs ne peuvent concerner que des personnes précises et que nous ne sommes pas responsables de la souffrance et du bonheur des êtres en général. Dans le cas des êtres humains, ils appliquent ce raisonnement aux générations à venir, qui ne sont à nos yeux qu’une multitude de personnes indéterminées. Ils arguent également que l’on ne peut parler de droits que dans la mesure où les individus concernés sont conscients de leurs droits et les associent à la responsabilité de reconnaître ces mêmes droits chez autrui, ce qui ne peut être le cas des êtres à venir, ni des animaux.
Pour sortir de cette impasse, il suffit, au lieu d’argumenter sur la notion de droits, de parler le langage de l’altruisme et de la compassion. Si l’extension de l’altruisme à tous les êtres qui nous entourent est une faculté unique au genre humain, son extension aux animaux n’en est qu’une conséquence logique.
Que les animaux ne puissent pas être conscients du concept de « droits », n’enlève rien au fait que, comme nous, ils aspireront à ne pas souffrir, à rester en vie, et à rechercher les conditions les plus propices à leur bien-être. Nous ne pouvons donc nous sentir dispensés de nous interroger sur les conséquences de nos actions et de notre mode de vie.
Accorder de la valeur à l’autre et être concerné par sa situation représente deux composantes essentielles de l’altruisme. Lorsque cette attitude prévaut en nous, elle se manifeste sous la forme de la bienveillance envers ceux qui pénètrent dans le champ de notre attention et elle se traduit par la disponibilité et la volonté de prendre soin d’eux.
Lorsque nous constatons que l’autre a un besoin ou un désir particulier dont la satisfaction lui permettra d’éviter de souffrir ou d’éprouver du bien-être, l’empathie nous fait tout d’abord ressentir spontanément ce besoin. Ensuite, le souci de l’autre, l’altruisme, engendre la volonté d’aider à le satisfaire. À l’inverse, si nous accordons peu de valeur à l’autre, il nous sera indifférent : nous ne tiendrons aucun compte de ses besoins peut-être ne les remarquerons-nous même pas
Ceci étant dit, se contenter de miser sur la compassion de nos semblables ne suffit pas. Il est indispensable de protéger les animaux contre les abus et les souffrances auxquels les soumettent ceux qui, précisément, manquent de compassion à l’égard des êtres sensibles que sont les animaux. On ne protège par les êtres humains de la torture, de la privation de liberté et de tous ceux qui entreprennent de porter atteinte à leur vie, simplement parce qu’ils sont conscients de leurs droits, mais parce qu’il est inadmissible de les traiter de la sorte.
Or, comment une bonne partie de notre société traite-t-elle les animaux ? Écoutons un dirigeant de la firme américaine Wall’s Meat : « La truie reproductrice devrait être conçue comme un élément précieux d’équipement mécanique dont la fonction est de recracher des porcelets comme une machine à saucisses, et elle devrait être traitée comme telle. »
Si la dévalorisation des êtres humains conduit à les assimiler à des animaux et à les traiter avec la brutalité que l’on réserve souvent à ces derniers, l’exploitation massive des animaux s’accompagne d’un degré de dévalorisation supplémentaire : ils sont réduits à l’état de produits de consommation, de machines à faire de la viande, de jouets vivants dont la souffrance amuse ou fascine les foules. On ignore sciemment leur caractère d’être sensible pour les ravaler au rang d’objets.
La notion d’altruisme est ainsi mise à rude épreuve avec la façon dont nous traitons les animaux : lorsqu’une société accepte comme allant de soi la pure et simple utilisation d’autres êtres sensibles au service de ses propres fins, n’accordant guère de considération au sort de ceux qu’elle instrumentalise, alors on ne peut parler que d’égoïsme institutionnalisé. C’est ce qu’exprimait Gandhi dans sa célèbre maxime : « La grandeur et le développement moral d’une nation peuvent se mesurer à la manière dont elle traite ses animaux. »
Nous sommes donc encore loin du compte. Dans les élevages industriels, la durée de vie des animaux est d’environ 1/60e de ce qu’elle serait dans des conditions naturelles. Tout se passe un peu comme si les Français ne pouvaient pas espérer vivre plus d’un an et quatre mois. On confine les animaux dans des boxes dans lesquels ils ne peuvent pas même se retourner ; on les castre ; on sépare à la naissance les mères de leurs petits ; on les fait souffrir pour nous divertir (corridas, combats de chiens, etc.) ; on les attrape avec des pièges qui leur broient les membres dans des mâchoires d’acier ; on les écorche vifs, on les broie vivants (C’est le sort réservé à des centaines de millions de poussins mâles chaque année). En bref, on décide quand, où et comment ils doivent mourir sans nous soucier de leur sort, de leur ressenti et de leur volonté de rester en vie.
Dans les abattoirs, nombre d’animaux sont saignés, écorchés et démembrés alors qu’ils sont encore conscients. Cela arrive tout le temps, et l’industrie comme les autorités le savent.
Les chiffres dépassent l’imagination. Chaque année, plus de 1 milliard d’animaux terrestres sont tués en France, 15 milliards aux États-Unis, et approximativement 100 milliards dans le monde. Quant aux poissons, crustacés et « fruits de mer, une étude utilisant les données fournies par plusieurs organisations internationales concernant les prises annuelles, étude qui tient compte du tonnage des prises et d’une évaluation du poids moyen de chaque espèce, aboutit au chiffre astronomique d’environ 1 000 milliards, de poissons tués annuellement.
Certains objecteront : « Après tout, c’est la vie. Pourquoi tant de sentimentalité à l’égard de comportements qui ont toujours été les nôtres ?  À quoi bon vouloir les changer ? » Mais ne sommes-nous pas supposés avoir évolué depuis les époques considérées comme barbares, en devenant plus pacifiques et plus humains ? À quoi bon sinon s’émerveiller des progrès de la civilisation ?
Est-il encore possible de garder les yeux fermés ?
Cela ne dépend que de nous.

Andrew Cohen Maître spirituel, initiateur de l’éveil évolutionnaire

L’univers évolue depuis 14 milliards d’années et nous, qui en sommes le dernier fruit connu, nous pensons que la suite de l’aventure dépend de nous, de notre éveil et de nos actions.
Cette « coévolution » peut-elle s’organiser ? Andrew Cohen pense que oui. Après une crise mystique, à 16 ans, ce juif athée new-yorkais renonce à centrer sa vie sur le jazz et part chercher la vérité en Inde. Les sages qu’il y rencontre lui apprennent à entrer dans des états de conscience fantastiques. Mais ce sont des prémodernes : ils ne connaissent pas nos intenses problèmes narcissiques et égotiques.
Aussi quand, à 33 ans, Andrew Cohen rentre aux Etats-Unis, il lance une voie indépendante de toute tradition. «Je l’ai baptisée Eveil évolutionnaire, dit-il, parce que cette voie vise la synthèse entre deux visions apparemment contradictoires : la sagesse orientale, fondée sur ce que la conscience a d’éternel, et la science occidentale, essentiellement évolutionniste.» Le résultat est un mélange original de méditation et d’intelligence collective, aujourd’hui suivi par des milliers de personnes dans le monde, et soutenu par plusieurs centres et par la revue internationale « EnlightenNext » qui fédère des chercheurs de tous horizons. Andrew Cohen, qui cite Bergson, Sri Aurobindo, Teilhard de Chardin et Ken Wilber, sera le 13 octobre à la Sorbonne, à Paris.
http://www.enlightennext.fr/

Vivre relié à l’essentiel

livre paru en avril 2007 aux éditions Jouvence collection savoir et agir pour ce siècle

Pierre Rabhi, Eric Julien, Marc Sokol, Hugues Rainer, Faouzi Skali, Bertrand Vergely, Christiane Singer

Le XXI e siècle sera spirituel… ou ne sera pas !

« On peut vivre sans être conscient de notre nature profonde qui est d’être reliée à cet essentiel de l’homme que la tradition occidentale appelle « Esprit » et que l’Inde a nommé le « Soi ». Mais quand la connexion est faite, c’est une sève nouvelle qui irrigue l’être, c’est l’énergie de l’univers qui vient nourrir chaque cellule, chaque pensée, chaque acte. C’est une toute autre dimension qui pénètre notre existence. C’est la Vraie Vie qui entre dans notre vie. » Alain Chevillat

« La nature nous rappelle que nous sommes faits de ce qu’elle est, et que toute transgression grave des règles qui la régissent entraîne à court ou long terme des sanctions qui s’expriment aussi bien dans notre environnement qu’à travers nos propres corps et esprit. » Pierre Rabhi

« La pratique essentielle, c’est de s’autoriser à sentir ce que l’on sent. Nous vivons tellement à côté de nous-mêmes, comme plastifiés, nous ne sentons plus ce qu’il y a à sentir et après,il n’y a plus d’odeur en nous.  S’autoriser à sentir et après, tout est rond de nouveau, il n’y a plus rien à ajouter. » Christiane Singer

la Charte de l’Europe des Consciences

 

Cette charte a été rédigée en l’an 2000 par l’association pour l’Europe des Consciences.

  « Aucune mesure, aucune tentative d’intervention demeurant à l’intérieur des paradigmes scientifiques et politiques actuels, n’évitera la grande implosion. Le salut ne peut venir que d’un bouleversement culturel radical, totalement imprévu pour l’instant, mais qui commence à germer dans les mentalités d’innombrables hommes et femmes, emportés par le courant général dans une direction où ils ne veulent plus aller, et même dans l’esprit de certains hauts responsables et décideurs. La gravité de la situation actuelle n’est ni économique, ni financière, ni politique, elle est spirituelle. Elle concerne l’idée même que nous nous faisons de l’Homme.. »
Arnaud Desjardins, Regards sages sur un monde fou.

Réconcilier sagesse et société

Livre publié en septembre 2006 aux éditions Jouvence Terre du ciel collection savoir et agir pour  ce siècle

Alain Chevillat

 

La Charte de l’Europe des Consciences est née d’un refus du monde moderne-condamné, car non aligné sur les lois de la vie-et d’une recherche passionnée d’un art de vivre juste, s’inspirant des sagesses anciennes telles qu’on les trouve encore vivantes sur divers continents.

Cette quête a cristallisé en Inde avec l’expérience de la dimension spirituelle de la vie, qui s’est révélée clé de voûte d’une existence humaine et fondement d’une société structurée dans la justesse.

La Charte a eu alors l’ambition de décliner quelques-uns des grands principes d’une société en harmonie avec la vie, indépendamment de toute considération géographique ou historique. Elle a cherché à poser des repères d’ordre universel et éternel qui, à notre époque de grande confusion, pourraient nous aider à y voir plus clair, et à passer de la construction d’une Europe des marchés à celle d’une Europe des Consciences.

Alain Chevillat,

Alain Chevillat est avec son épouse Evelyne directeur-fondateur de l’université Terre du Ciel des savoirs et sagesses du monde qui organise de nombreux stages, séminaires, formations et forums, et publie les revues Terre du ciel et Alliance. Il est aussi directeur-fondateur de l’école Yoga-Sadhana dont la pédagogie est inspirée de la spiritulaité et de l’art de vivre de l’Inde ancienne.

Tout est conscience-une voie d’éveil bouddhiste

Editions Albin Michel (17 février 2010)

Jean-Marc Vivenza, auteur de Nâgârjuna et la doctrine de la vacuité, poursuit ici son exploration limpide des philosophies fondatrices du bouddhisme ancien.

Née au IVe siècle de notre ère au Gandhara, l’école du Yogâcâra ou voie de  » l’esprit seul  » est l’une des écoles philosophiques bouddhistes les plus fécondes. Ses idées ont imprégné la pensée bouddhique à un point tel qu’on ne les distingue plus de l’enseignement originel du Bouddha. Ses maîtres enseignent l’inexistence pure et simple du monde de l’illusion et de l’impermanence. Tout ce à quoi nous sommes attachés, tout ce qui pour nous est chargé de vérité et de sens, ne relève que d’une trompeuse construction de l’esprit nous enchaînant à un rêve qui, il faut bien l’avouer, n’est en général qu’un triste cauchemar.