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Emergence d’une communauté technocritique-Conférence Paris 29 mai 2019

Communauté technocritique

 

 

« Pourquoi (et comment) critiquer la technologie à l’heure de la crise sociale et écologique ?

Pour l’émergence d’une communauté technocritique !

 

 

Sciences Critiques invite à deux conférences-débats le mercredi 29 mai, à Paris, de 15h à 22h30 :

 

Seront présents avec nous : Paul Jorion, Serge Latouche (sous réserve), Jean-Baptiste Fressoz, Alain Gras, François Jarrige, Fabrice Flipo, Célia Izoard, Cédric Biagini et Joël Decarsin

Nous aborderons, entre autres sujets, l’histoire du mouvement technocritique en Europe, les imaginaires du progrès technique, l’apparition de l’Anthropocène comme conséquence de la « démesure technicienne », les effets et les méfaits du techno-capitalisme et enfin la nécessité de faire émerger une communauté technocritique aujourd’hui, à travers notamment le projet politique alternatif de la décroissance, l’action directe contre les machines ou encore le retour à une véritable culture humaniste.

« Pourquoi (et comment) critiquer la technologie à l’heure de la crise sociale et écologique ?

Première table-ronde (de 15h à 18h)
– L’Anthropocène, ou les dégâts du Progrès
– Une (brève) histoire de la technocritique
– Les imaginaires de l’innovation technique
– Les effets et les méfaits du techno-capitalisme

Pour l’émergence d’une communauté technocritique ! ,

Seconde table-ronde (de 19h30 à 22h30)
– Pour l’émergence d’une communauté technocritique
– La décroissance pour sortir de la “Mégamachine”
– La révolte contre les machines aujourd’hui
– La culture face à la tyrannie technologique

 

Vous pouvez aborder les sujets suivants sur le site de Sciences critiques :

– “Se débarrasser du capitalisme est une question de survie”Un “Grand Entretien” avec Paul Jorion.

Paul Jorion (né le  à Bruxelles) est un anthropologue, sociologue et essayiste belge

Nous vivons aujourd’hui dans un système politique extrêmement inégal, qui engendre la concentration de la richesse par quelques-uns. Or, les personnes bénéficiaires de ce système bloquent l’accès à une vie meilleure pour tout le monde. 

Le développement technologique est indépendant du développement des sociétés. Il peut être une catastrophe uniquement parce qu’il manque autour de lui l’environnement pour le canaliser.

En janvier dernier, des chercheurs d’Oxford ont affirmé que la robotisation créera à l’horizon 2022 un million d’emplois aux États-Unis. 

En réalité, il y aura peut-être un million de travailleurs supplémentaires, mais 100 millions d’emplois vont disparaître dans le même temps… Il est très difficile, en réalité, d’imaginer les conséquences du développement technologique.

Ceux qui calculent combien d’emplois vont disparaître dans les années qui viennent sont naïfs, parce qu’ils considèrent que seul l’emploi manuel sera remplacé. Or, le système financier actuel conduit aussi à remplacer le travail qui coûte cher, même, et surtout, le travail intellectuel. 

Si l’on accepte le principe que c’est le marché qui dirige, c’est-à-dire le simple rapport de force entre la main-d’œuvre et les employeurs, les salaires se rapprocheront de zéro… A fortiori dans un monde où la concurrence entre les candidats pour un emploi augmente. Il n’y a plus de limite, c’est ça le problème ! 


– “Il faut décoloniser les sciences”Un “Grand Entretien” avec Serge Latouche.

Serge Latouche, né à Vannes le , est un économiste français, professeur émérite de l’université Paris-Sud.

La science occidentale – on la fait remonter à Galilée – part du principe que la nature serait more geometrico, qu’elle obéirait à la raison mathématique. Or, si les mathématiques sont effectivement une science abstraite − une formidable construction par ailleurs −, en revanche, la nature n’obéit pas à cette réalité mathématique.

la science qui pense qu’il n’y a pas de limite aux possibilités de l’homme de tout faire, de tout résoudre, c’est ce qu’on appelle « la science prométhéenne » 4, qui pense l’homme comme un démiurge. Cette science-là, il faut la réviser. 

Toutes les autres conceptions de la science avaient, bien sûr, un idéal de la connaissance, de la curiosité scientifique, mais elles n’étaient pas dévorées par la volonté de puissance, si caractéristique de notre conception. Toutes les autres conceptions de la science avaient, bien sûr, un idéal de la connaissance, de la curiosité scientifique, mais elles n’étaient pas dévorées par la volonté de puissance, si caractéristique de notre conception.

– Qu’est-ce que le progrès technique ?Une tribune libre d’Alain Gras.

Alain Gras, né le , est un sociologue français et professeur des universités émérite.

L’idée de progrès ne fait plus recette, c’est un fait. Les politiques, ou plutôt les acteurs de ce « pouvoir » qui n’est pas nécessairement politique, ont tiré depuis longtemps les leçons de cette désaffection et les économistes de service ont rebaptisé « croissance » le progrès en lui enlevant tout contenu éthique.

Mais qu’y a-t-il de plus absurde qu’une croissance illimité dans un monde limité ?

Dans le domaine techno-scientifique survit cet aphorisme archaïque : « On n’arrête pas le progrès ! ». Même si l’on sait que cette direction nous amène dans une voie sans issue !

L’une des raisons doit être, selon moi, à chercher dans la manière dont l’évolutionnisme progressiste bénéficie d’un privilège méta-philosophique.

Et de citer Peter Sloterdijk :

« C’est dans l’évolutionnisme qu’est la racine logique des cynismes théorisants qui jettent sur la réalité le regard olympien des maîtres.
Les théories de l’évolution recueillent l’héritage métaphysique au bénéfice des sciences.
Elles seules ont une force logique suffisante pour intégrer d’un regard englobant le Mal, la décadence, la Mort, la douleur, toute la somme des négativités qui sont la part de l’être vivant.
L’« évolution » (progrès) est pour cela la théodicée moderne, cette théodicée permet l’ultime interprétation logique de la négativité
. » 

– Aujourd’hui, il est trop tardUne tribune libre de Joël Decarsin.

Joël Decarsin, artiste de formation et membre fondateur de l’association Technologos.

En novembre 2017, un cri d’alerte a été lancé par 15 364 scientifiques de 184 pays, dont la revue américaine BioScience puis le journal Le Monde ont fait leurs unes : « Notre planète est en danger, il sera bientôt trop tard. »

Refuser d’admettre que si l’idéologie de la croissance a pris l’ampleur que l’on connaît, c’est justement parce qu’elle a pour corolaire la sacralisation de l’État, quasiment théorisée dès le XVème siècle par Machiavel.

Parce que nous avons laissé les scientifiques − dont ceux qui poussent aujourd’hui des cris d’orfraie… − jouer aux apprentis-sorciers en triturant la matière dans ses plus intimes retranchements et parce que, contrairement à la fable de Goethe, aucun maître-sorcier ne viendra jamais mettre un terme au sortilège déclenché, la catastrophe est inéluctable.

– Impasse de la technoscienceUne tribune libre de Joël Decarsin.

Joël Decarsin, artiste de formation et membre fondateur de l’association Technologos.

L’idée domine par conséquent qu’on peut jouer avec le feu tant que l’on dispose d’extincteurs toujours plus performants, réalité que résume l’adage : « On n’arrête pas le progrès ».

Ce goût du risque est né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, après qu’il a été d’usage d’afficher sa foi dans ce fameux progrès et sans que l’on ait vraiment pris la peine ensuite de peser le sens de ce mot. Aux tranchées de Verdun avaient succédé les Années folles, Hiroshima et Auschwitz ont distillé un parfum d’angoisse et d’incertitude : chacun a appris que les applications de la science pouvaient être létales à grande échelle.

e qui la lie à la science et à la technique à la fois et ce sur quoi elle s’appuie quand elle prétend en même temps comprendre la société et agir sur elle, c’est l’exercice de la modélisation.

« Je propose, écrit Saint-Simon vers 1830, de substituer le message suivant à celui de l’Évangile : l’homme doit travailler. L’homme le plus heureux est celui qui travaille, la famille la plus heureuse est celle dont tous les membres emploient utilement leur temps ».

Et dix ans plus tard, Ernest Renan déclare : « Organiser scientifiquement l’humanité, tel est le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention. » Or, c’est là précisément l’objectif que s’assignent l’économiste – du moins dans sa version néo-classique, qui domine aujourd’hui – puis l’entrepreneur.

– L’université sous hypnose numériqueUne tribune libre de François Jarrige.

François Jarrige est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne

L’UNIVERSITÉ française et la science qu’elle produit sont en phase de mutation accélérée. Elles sont lancées dans une course effrénée à l’innovation, sans cesse stimulée par les injonctions de l’État et des milieux économiques, ainsi que par la mode des classements internationaux, tel celui de Shanghai.

Depuis les années 1980, les innovations et les trajectoires technoscientifiques sont de plus en plus modelées par un nouveau régime de production néolibéral des sciences avec sa flexibilité accrue, sa valorisation des performances à court terme et son pilotage croissant de la recherche par les grandes firmes et les marchés financiers.

Comme de nombreux autres secteurs de la société, l’université est envahie par les outils et les discours du numérique censés résoudre « la crise ». En dépit des idéologies de l’horizontalité et du partage qui devaient accompagner les nouvelles technologies numériques, c’est bien l’imposition par en haut qui l’emporte dans les faits. Mais à l’égard du numérique, les universitaires semblent plongés dans une véritable hypnose collective qui met en péril leur capacité critique. 

– La technologie est une politiqueUne tribune libre de Philippe Godard.

Philippe Godard, né en 1959, est un écrivain et essayiste français. Il écrit notamment, pour la jeunesse, des ouvrages documentaires sur des sujets de société et, pour les adultes, des essais. Il est par ailleurs intervenant à l’Institut Régional du Travail Social de Franche-Comté et a été directeur de collections chez différents éditeurs.

La rationalité politique n’est plus compréhensible par les citoyens puisqu’elle est dominée par une autre rationalité, cachée, celle d’un système économique dominé par des réalités technologiques. Or, de nos jours, cette rationalité technologique, qui a envahi le champ du politique, rend encore plus illusoire une émancipation politique, culturelle et sociale, sans repolitisation du corps social.

– Religiosité de la technoscienceUne tribune libre de Simon Charbonneau.

Simon Charbonneau, est né en 1941, il a été  professeur de droit de l’environnement à l’Université de Bordeaux Montesquieu et à l’Université d’Aix-Marseille, a publié de nombreux ouvrages et articles sur le thème de l’écologie militante, dans la lignée de son père Bernard Charbonneau.

 

La science remplit dans notre société technicienne le rôle que la religion jouait jadis dans les sociétés du passé. C’est donc la posture de liberté d’esprit qui doit être aujourd’hui à l’origine de sa remise en question comme religion séculière.
– “Les deux cultures”, ou la défaite des humanitésUn texte du collectif Pièces et Main-d’Oeuvre (PMO).

Puisque le vivant est désormais computable, pourquoi la culture ne le serait-elle pas ? Bienvenue dans l’ère des humanités numériques, un mouvement qui a pris son essor dans les années 2000 au sein des sciences humaines et sociales, des arts et des lettres, pour les rendre, eux aussi, connectés, numérisés, big datés. Reductio ad numerouniverselle, dont l’objectif est d’annihiler toute humanité dans la compréhension et le récit du monde.

– La technologisation de la vie : du mythe à la réalitéUn article d’Anthony Laurent.

Après des années d’études de sciences naturelles à l’Université de Franche-Comté, à Montbéliard (Doubs), Anthony Laurent se tourne vers le journalisme scientifique. Deux années de formation à l’Université Paris 7-Denis Diderot l’ont ensuite conduit à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) où il obtient un Master de sociologie, histoire et philosophie des sciences au Centre Alexandre Koyré. Anthony s’intéresse notamment à la place de la technique dans la société contemporaine au sein de l’association Technologos. Il est co-créateur et rédacteur en chef du site Sciences Critiques (site d’information dédié exclusivement aux sciences, traitant tout particulièrement des sciences « en train de se faire », dans les laboratoires comme en-dehors – par opposition aux sciences « déjà faites » que sont les découvertes scientifiques et les innovations technologiques)

Le déferlement technologique bouleverse notre vie quotidienne. Le travail, les relations familiales et amicales, les loisirs, etc. Quasiment plus aucun pan de l’existence humaine, individuelle comme collective, n’échappe désormais à l’emprise numérique. Or, cette « technologisation » de la vie et de la société − largement impensée − a des effets déterminants, voire des impacts préoccupants, et pour la plupart irréversibles, sur la nature, la santé, la politique et in fine sur le devenir de notre « communauté de vie et de destin ». Dans le cadre d’une séance publique, tenue en janvier dernier à l’Université du Bien Commun à Paris, Sciences Critiques était invité à dresser un constat critique de cet état de fait. Première partie.

 

 

 

 

 

chamanisme et christianisme

 

 

Jacques Mabit dirige le centre Takiwasi  de réhabilitation et de traitement des toxicamanies, mais qui propose aussi des séminaires et retraites dans la forêt amazonienne et permet  également une recherche sur les médecines traditionnelles amazoniennes.

Takiwasi, ou “La maison qui chante” en langue quechua, est une association à but non lucratif, située dans la ville de Tarapoto, en Haute-Amazonie péruvienne. Sa fondation en 1992 fut le résultat d’un projet de recherche, commencé en 1986, sur les pratiques millénaires de la médecine traditionnelle amazonienne, dans l’une des régions du Pérou les plus riches en termes de connaissances ancestrales liées à l’utilisation des plantes médicinales et sacrées, qui contribuent à la guérison physique, mentale et spirituelle.

Depuis sa création, le Centre Takiwasi s’est consacré à l’amélioration des conditions de santé de la population et à la préservation de l’environnement, en développant des techniques et des modèles d’intervention innovants qui sauvegardent les connaissances traditionnelles amazoniennes et les articulent avec la science médicale moderne, tout en tenant compte des préoccupations thérapeutiques, scientifiques, écologiques, culturelles et humaines. cf “Ressources humaines”

Takiwasi est considérée comme la plus ancienne et la plus prestigieuse institution alliant la psychothérapie et les plantes médicinales pour des traitements de santé mentale. Avec une trentaine d’années d’expérience dans ce domaine, son modèle, offrant l’équilibre parfait entre médecine, psychologie et spiritualité, a été l’objet de plus de 50 travaux de recherche internationaux réunissant une communauté académique interdisciplinaire, intégrée par des institutions scientifiques d’excellence mondiale. (cf les publications des chercheurs externes)

voir là la documentation produite par  Takawasi

Qui est Jacques Mabit ?  Voici sa présentation sur le site de Takiwasi.com

Jacques Mabit est médecin de formation. Au cours d’un parcours de vie très riche il découvre la médecine traditionnelle indienne et devient guérisseur.

Voir là la description du parcours de Jacques Mabit, les doutes et expériences traversées avant de devenir le créateur et directeur du centre Takiwasi .

chamanisme et christianisme

conférence de Jacques Mabit à Paris en mai 2016 ajoutée sur Youtube par François Delonnay le 11 octobre 2016

Quelques notes prises à l’écoute de cette vidéo  et complétées de certains liens hypertextes:

 

Jacques Mabit a une double appartenance : il est médecin conventionnel – faculté de Nantes- et il est guérisseur reconnu par les associations de guérisseurs.

La jonction entre chamanisme et christianisme se fait au niveau de la clinique. Et Jacques Mabit rappelle que le chamanisme est avant tout une médecine et n’est pas une religion. Par contre le christianisme devrait-être une religion guérissante : Jésus guérit et soigne puis il prêche.

Chamanisme et christianisme ont en commun de se relier à un autre monde. Jésus répond à Pilate mon royaume n’est pas de ce monde ” – Jean 18:36.

Actuellement de nombreux courants occidentaux néo-chamaniques ont créé une religion chamanique de l’ayahuasca comme le Santo Daime au Brésil. Il y a une explosion du néo-chamanisme dans le monde par exemple en Australie ou à Hawaï ( je rajoute : cf sciences et Avenir de septembre 2018 )

Dans le christianisme la théologie s’est détachée de l’expérience pour devenir spéculative. Je me réfère souvent aux écrits du Père Brune et je recommande son livre : Pour que l’homme devienne Dieu.

partie 1 : Je vais résumer notre clinique et les observations (points clé et voir convergence avec le christianisme).

Tout d’abord il faut insister sur le fait qu’au cours des procédures, les plantes ne créent rien. Elles amplifient ce qui est déjà là dans notre corps et qui remonte à nos ancêtres jusqu’à la création. Ces procédures aident à faire mémoire : je suis fils de qui ?

D’autre part toute parole prononcée avec les tripes ou le coeur est opératoire. La parole peut bénir ou maudire.

Les procédures sont d’abord purgatives : on se purge avant d’accéder à la connaissance et dans celles-ci le rituel est fondamental.

Dans ces procédures la notion de conscience morale est fondamentale : c’est un sérum de vérité et toute falsification va être mise en évidence. Il y a un ordre du monde, il y a des lois. Tout ce qui est New Age “je sens, je ne sens pas, c’est sympa…” n’est pas dans cette initiation.

Ces lois sont non jugeantes et le fait de dire est libératoire. Le pardon surgit spontanément : pardonner aux autres et soi-même.

Il y a apparition de la gratitude : remerciement pour la vie même si l’observation de notre ombre est parfois terrible mais tout va bien.

Dans cette procédure surgit toujours la conscience du mal que j’ai fait ou que j’ai subi.

Il apparaît que le corps sait déjà avant le coeur et la tête : d’abord des réactions corporelles puis émotionnelles et enfin compréhension.

Ce qui conditionne ces procédures est l’investissement. Il faut une sincérité de base, du coeur. Si on triche soit il ne se passe rien soit au contraire on reçoit une grande claque.

Avant la procédure il faut se mettre au clair . Il y a une confession : dire ce qu’on a fait  de mauvais. C’est très important il faut une médiation.

De même l’initiateur doit avoir aussi une intention claire, une sincérité de base. La bonne conscience n’est pas suffisante, il doit avoir un inconscient clair et une connaissance de ce qu’il fait.

Pour le patient il faut un abandon total au thérapeute. Il faut la foi, c’est fondamental.

Surgit alors un enseignement simple  -mais non simpliste– sous la forme de  ce que j’appelle la Voix de la Sagesse. Elle peut-être entendue, elle peut venir de l’intérieur, elle peut s’exprimer sous d’autres formes perceptibles aux autres sens, par exemple des odeurs. C’est une voix non jugeante, bienveillante mais ferme. C’est une voix non manipulable, peu bavarde, qui attire , ne présente pas d’arguments et ne se contredit jamais.

Pour la procédure il faut donner du temps à lui consacrer exclusivement en définissant combien ça va durer et aller au bout de ce temps car c’est alors que la voix s’exprime.

La procédure est une prise de contact avec les esprits : esprits des plantes, esprits des défunts ( notamment s’il y a eu contentieux du vivant), puissances angéliques bonnes ou mauvaises, figures du panthéon religieux ( pour les chrétiens souvent la Vierge.)

On peut cliniquement détecté les démons – à la fois vision par le patient et par le thérapeute- Cette emprise démoniaque peut-être suite à des expériences de contact et elle peut se poursuivre toute la vie. Les entités maléfiques sont représentées par des formes par notre cerveau. Ces problèmes peuvent être hérités de nos ancêtres.

partie 2 : cohérences chamanisme et christianisme ( cette deuxième partie – pourtant au centre de la conférence-est très abrégée en raison du temps consacré à la première )

  • la bonté précède la connaissance ( alors que c’est l’inverse dans la gnose à la base de toutes les sociétés secrètes)
  • des deux côtés il y a l’exigence  d’un coeur et corps purifié
  • il y a des deux côtés un rituel
  • la guérison est une grâce
  • contrairement au New Age   les deux approches supposent une certaine dose de souffrance
  • On accède à un monde réel, primordial
  • on accepte le combat spirituel
  • le chamanisme réveille ce qui est présent dans le corps de l’homme
  • le prêtre devrait guérir et enseigner au niveau du corps
  • la confession
  • je conseille de lire le Lévitique ( cf présentation sur Wikipedia). Les Thomistes en ont fait une interprétation symbolique qui a sa valeur mais qui ne doit pas occulter le premier niveau : oui les objets, les corps peuvent être chargés d’une puissance propre. Cette observation dans le chamanisme se retrouve aussi  dans la Bible. ( cf ici les mouchoirs de Saint-Paul , ou là.)
  • cf l’ombre de Saint-Pierre guérissante : « Par les mains des Apôtres, il se faisait de nombreux signes et prodiges parmi le peuple (…) à tel point qu’on allait jusqu’à transporter les malades dans les rues et à les déposer là sur des lits et des grabats, afin que tout au moins l’ombre de Saint Pierre, à son passage, couvrit l’un d’eux ». Actes des Apôtres, chapitre 5, versets 12 à 15

Dans son “récit du pélerin” autobiographie, Saint Ignace de Loyola, créateur de l’ordre des Jésuites,  évoque la présence démoniaque en lui au cours de sa vie .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Matérialisme, Terreur, relativisme moral… : le côté obscur des Lumières

d’après l’interview de Paul Sugy Figarovox

 

Bertrand Vergely est normalien, agrégé de philosophie et théologien. Professeur en classes de Khâgne et enseignant à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, il vient de publier Obscures Lumières (éd. du Cerf, 2018), essai philosophique décapant qui fait voler en éclat certains des mythes qui entourent le siècle des Lumières, pour en révéler aussi la part d’ombre.

 

La religion est ce qui relie les hommes à Dieu. Vivre religieusement conduit à élever sa conscience au plus haut niveau qui soit. Mais les hommes peuvent détourner le religieux, et quand c’est le cas, cela donne les tyrannies et les sectes qui font basculer le religieux dans la violence.

La bonne réponse à l’obscurantisme religieux consiste à revenir au religieux authentique, celui de l’homme profond se purifiant de la soif de pouvoir afin de faire vivre une conscience transformée.

Au XVIIIe siècle, lors de la Révolution Française, c’est l‘inverse qui s’est produit. Sous prétexte de libérer la société de l’obscurantisme, les révolutionnaires opposent au pouvoir de l’obscurantisme religieux le pouvoir non religieux dit des Lumières. Ils ne suppriment pas la soif de pouvoir, ils la déplacent seulement de son expression cléricale vers une expression laïque.

Ils mettent en place une idolâtrie, celle de l’homme total contrôlant la nature et l’homme par la raison humaine.

Au XVIIIe siècle cette idolâtrie débouche sur la Terreur,

au XIXe siècle, sur le nihilisme intellectuel,

au XXe siècle, sur le totalitarisme.

Quand les villes se développent, une civilisation se développe avec elles, la civilisation commerçante et marchande. La bourgeoisie est l’expression de cette civilisation.

En Occident, le développement de cette civilisation aurait pu garder sa conscience religieuse. Tel n’a pas été le cas. La civilisation urbaine, commerçante et marchande qui s’est mise en place a décidé de se débarrasser de cette conscience en mettant à sa place une conscience se préoccupant non plus de l’être mais du bien être, non plus de la vie spirituelle mais de la vie matérielle. L’esprit bourgeois réside dans ce nouveau type de conscience. À sa base, on trouve un agnosticisme se muant en pragmatisme.

-Selon cet esprit bourgeois, ce que les hommes  veulent-,c’est pouvoir manger et être heureux. Cela donne l’empirisme et la quête du bonheur, le matérialisme, l’utilitarisme et l’hédonisme.

Quand on a comme projet de transformer ce qui fait l’essence de l’humanité, que peut-il se passer? Sur un plan théorique et culturel, on est obligé de se prendre pour Dieu en remplaçant la loi divine par la loi humaine qui devient une nouvelle loi divine. Hobbes dans le Léviathan réécrit le livre de la Genèse en faisant naître l’homme du contrat social et, derrière lui, du Droit humain. Résultat: c’est désormais l’État qui garantit le Droit, devenant en quelque sorte le nouveau Dieu sur terre.

La morale qu’ont inventée les Lumières est une morale libertine, dont j’ai montré qu’elle pouvait être illustrée par trois visages: la critique intellectuelle, Don Juan, et le Marquis de Sade. Cette nouvelle morale repose donc sur un triptyque: Liberté d’esprit – Séduction – Transgression. On retrouve ces valeurs, très présentes, en art contemporain!

Que manque-t-il à la révolution des Lumières ? Il faudrait qu’elle prenne le chemin inverse de ce qu’elle a accompli dans l’histoire, à savoir tuer le religieux du cœur de l’homme occidental afin de le remplacer par une idolâtrie de l’homme total. Le cœur de l’homme recèle un potentiel et des richesses inouïes. Encore faut-il qu’il rentre en lui-même et qu’il accepte que ce potentiel et ces richesses lui soient donnés, au lieu de vouloir être un homme auto-créé dans une folle solitude.

 

MOÏRA LA PRINCESSE DE NAMIBIE SAMEDI 16 MARS 2019

 

DESSIN COIFFE DE MOÏRA EN FORME DE CORNE DE TAUREAU
COIFFE TRADITIONNELLE DE FEMME HERERO EN NAMIBIE

MOÏRA LA PRINCESSE DE NAMIBIE   XVème siècle

RENCONTRE DU SAMEDI 16 MARS 2019

Le récit qui va suivre est assez étrange. Il s’agit d’une rencontre avec une personne d’un autre siècle ,venue de l’au-delà . Je n’aime pas spécialement  communiquer  avec les défunts, car il ne faut pas les déranger dans leur évolution , mais je suis curieuse de connaître leur histoire , dès qu’ils se déplacent à travers le temps .  J’en profite alors, pour me projeter dans une autre époque , et découvrir des évènements  qui m’étaient inconnus.  Mes enquêtes aboutissent rarement , mais si les anges en sont d’accord , je passe un moment exceptionnel , avec des êtres, qui désirent témoigner   d’une existence quelquefois tragique ,afin de délivrer un message universel. Celui-ci  est d’autant plus bizarre , qu’il fait référence à deux faits de société, , qui sont toujours  d’actualité de nos jours .

Samedi matin , j’avais décidé de faire un portrait, pour voir si mon dessin rappelait celui des anges . Je ne sais pas dessiner , et bien sûr , le stylo  , de son propre chef, a commencé à tracer le visage d’une jeune femme , d’environ cinq centimètres ,portant une coiffe très haute et très pointue , plus large du côté droit . Elle se présente :                                                                        _  Je m’appelle Moïra .                                                                                                                Le visage est grave , et je comprends qu’un défunt  demande à me parler.      Je m’informe, malgré tout :  Es-tu un ange doré ?                                                         _ Non , je suis une princesse triste , et j’ai vécu au quinzième siècle , dans le fin fond de l’ Afrique, avec  d’autres épouses  d’un roi maudit .

L : Pourquoi désires-tu me voir ?                                                                                           _ Je réclame justice , pour toutes les femmes en esclavage , sur cette terre , esclaves de leurs maris , de leurs pères ou de leurs frères , ou de tyrans qui les empêchent  de vivre , de parler , d’ exister .

L : Tu as raison , Moïra ! Comme tu as dû souffrir !  C’est quoi , cette coiffe ornée de perles ?                                                                                                                            _ C’est une coiffe d’apparât , très lourde et très difficile à supporter .              L : Qui était ce roi dont tu parles ? Ton époux ?                                                             _ C’était le roi  Abdallah , roi de Namibie , un despote cruel et assoiffé de sang .                                                                                                                                                  Là-dessus , je fais quelques recherches ,mais il semble presque impossible d’avoir des renseignements précis sur la Namibie, avant la période de son évangélisation.  En 1486 , un Portugais du nom de Diego Cao , pose une croix sur le sol de ce pays , mais il faudra attendre 1589 pour qu’un soldat anglais Andrew Battels ,recruté en Angola , découvre le premier , l’intérieur du territoire ,de  l’actuelle Namibie .

L :  Où te trouves-tu , ma Princesse , pendant que tu me parles ?                         _ Je suis dans un lieu doux et paisible , que je ne reconnais pas ; des anges viennent me rendre visite , de temps en temps , et me disent de ne pas m’inquiéter.                                                                                                                                    L : Tu peux les croire , mon amie . Voudrais-tu revenir sur cette terre, dans une époque plus moderne , celle où je vis , par exemple ?                                        _ Non , je suis trop effrayée !  J’ai trop souffert , et d’autres épouses , avec moi .                                                                                                                                                      L : As-tu eu des enfants ?                                                                                                      _  Oh oui , des enfants que je n’ai jamais vus , élevés par des serviteurs , des esclaves du Roi .  Je n’ai jamais pu aimer mes enfants .                                              L : Je te plains , Princesse ! Tu sembles si triste ! Les anges t’ont-ils appris qu’il existait un Dieu , notre Seigneur , et que tu devais l’ honorer  et l’aimer  car il est ton Père , qui t’a fait venir dans cette vie , et t’a rappelée à lui , pour vivre dans la paix ?                                                                                                                         _ Oui , ils me l’ont dit , mais moi , mon père m’a vendue, et je n’ai jamais su ce qu’était la joie , le bonheur , et ce que vous appelez l’amour .                      L : Les anges vont te l’apprendre , ma mie . Ne t’inquiète pas ! Un jour , tes larmes seront des larmes de bonheur . Ecoute -les, et ne crains rien !                _  Ils me font peur. Ils sont trop brillants et trop sévères .                                        L : Sévères avec toi ! Une victime ! Il faut que je leur parle ! Ce n’est pas possible !   Mom , où es-tu ?                                                                                                    _  Je suis là , lulu .                                                                                                                          L : Qui est cette Princesse ?                                                                                                      _  Elle a demandé à te parler , et nous avons accepté .                                                L : Pourquoi moi ?                                                                                                                        _  Je ne sais pas comment elle l’a appris, mais elle savait que tu pouvais communiquer avec nous.                                                                                                            L : C’est incroyable !                                                                                                                    _ Les chemins de Dieu sont pleins de mystères , lulu !                                                L : Elle se trouve au Paradis ?                                                                                                  _  Non, elle est dans une zone de détente et de repos . Il va falloir la former, lui apprendre l’ existence de Dieu , mais beaucoup plus tard .                                L : Elle dit que vous l’effrayez ! Pourtant , votre douceur et votre amour devraient l’envelopper  , et lui apporter un sentiment de confiance , non?     _  En effet ,  mais la vie qu’elle a eue , l’empêche de s’ouvrir aux autres, et  elle est très impressionnée par notre apparence .                                                          L : Ne peux-tu pas changer d’aspect , si tu le désires ?                                              _   Pas au Ciel , dans l’entourage de notre Seigneur . Nous brillons d’un éclat que tu ne peux imaginer , et même si cet éclat est doux , il peut éblouir et déconcerter.  Ne t’inquiète pas pour Moïra , nous allons bientôt nous occuper d’elle , et lorsqu’elle sera prête , nous l’éduquerons , et nous la remettrons dans les mains de Dieu .

L : J’ai de la peine pour toi Moïra ! Merci d’être venue me parler de ton destin si cruel ! Il faut le faire savoir , car cela existe toujours , hélas , même dans notre société du 21ème siècle ! Va en paix Moïra !  Les anges sont avec toi et ils t’aimeront pour toujours .                                                                                   _  Je vais suivre ton conseil ,  merci .

Je m’adresse alors à Mom  , pour lui faire part d’un détail du portrait qui m’avait interpellée .                                                                                                                     L : La coiffe de la princesse , vue latéralement , rappelle la coiffe traditionnelle, en forme de corne de taureau , des Héréros de Namibie. Etait-elle issue de ce peuple qui , plus tard, en 1906 ,subira un effroyable génocide , de la part des colons allemands ?                                                                     _  Elle n’était pas une Héréro , mais la coiffe rappelle , en effet ,la corne de taureau , sur le côté du visage . Pour le reste , la parure a été embellie , mais elle l’ a sans doute portée , car elle se plaint de son poids !

L : A-t-elle voulu attirer mon attention sur le génocide des Namibiens, sous Guillaume II ? Des milliers d’hommes , femmes et enfants ( environ cent mille) furent massacrés par les colonisateurs allemands, dirigés par Lothar Von Trotha . Les Héréros réclament toujours justice , à ce jour .                           Par contre ,aucune trace du Roi Adhallah de Namibie ,au quinzième siècle , où la religion musulmane ne semble pas être implantée , seulement des Abdhallahs du Moyen Orient ,  où les rois saoudiens possèdent de nombreuses épouses .                                                                                                                 Mom , ai-je bien compris les deux messages imbriqués ? D’une part, l’évocation d’un peuple martyr , et d’autre part ,sa propre expérience de femme d’un roi polygame,  comme cela existe encore de nos jours .    Penses-tu que l’intention de Moïra  , était que je parle  du génocide , ainsi que des rois polygames ?                                                                                                            _ Oui lulu , et c’est pourquoi le prénom du Roi est Abdhallah .

Quelques explications me paraissent nécessaires . Les messages du Ciel ne doivent pas être pris au pied de la lettre ,et on ne doit pas toujours y rechercher une vérité historique ,qui coïncide avec nos connaissances .         Ils sont avant tout symboliques , et cet échange avec la princesse en est un bon exemple . Ce qui importe c’est que le message soit reçu et compris .  C’est une clé qui ouvre notre esprit, vers la réflexion , et la compréhension des innombrables souffrances qui affectent nos sociétés .                                          Il y a tout de même des choses étranges !  Concernant ce récit, j’ai découvert la coiffe traditionnelle des Héréros  , en forme de corne de taureau , et j’en ai fait une photo que j’ai comparée au portrait de Moïra : « Tu as vu Mom , le dessin de la coiffe est identique ! Mais certains vont dire que  j’extrapole ! »

_  Non  mon amie , car le dessin et cette photo super bien choisie, sont surprenants !

Je vous  y laisse réfléchir !

 

 

Le vivant, la machine et l’homme

https://sniadecki.wordpress.com/2013/06/07/louart-vmh/ : Et vous n’avez encore rien vu …Bertrand Louard à la lecture d’André Pichot – 7 juin 2013

Les êtres vivants ne sont pas des machines : Notes et morceaux choisis n°13 – 14 février 2018

présentation de l’auteur sur la cheminée

A la suite des luttes contre l’introduction des OGM en France, auxquelles il avait participé autour de l’an 2000, Bertrand Louart – menuisier de son état et ancien étudiant en biologie – a décidé d’examiner de plus près la conception de l’être vivant comme machine qui sous-tend l’ingénierie génétique. Il en est sorti cet ouvrage ambitieux, histoire critique d’une discipline profondément conditionnée, à chaque époque, par les idéologies politiques et les intérêts économiques.
Dans le sillage des travaux d’André Pichot, Bertrand Louart dévoile les fondements idéologiques des notions de « sélection naturelle » et de « programme génétique » ; et il met en évidence le poids des représentations eugénistes dans cette communauté scientifique. Critiquant le darwinisme d’un point de vue athée et égalitaire, il oppose au paradigme de la machine une vision de l’autonomie des êtres vivants.

 

 

La vie n’existe pas !

Depuis les années 1990, André Pichot a écrit une douzaine d’ouvrages sur l’histoire des sciences et plus particulièrement sur l’histoire de la biologie, son domaine de prédilection.

L’histoire qu’il nous raconte n’est pas celle d’un long fleuve tranquille menant aussi paisiblement qu’inéluctablement au triomphe des théories actuelles sur le vivant.

C’est surtout le récit du triomphe, envers et contre toutes les évidences du contraire, d’une conception fondamentalement erronée : celle de l’être vivant comme machine.

Autrement dit, Pichot retrace une histoire de la biologie qui est avant tout critique. Ce point de vue original repose d’une part sur une solide documentation, un retour vers les textes originels qui permet de démonter les nombreux mythes et légendes qui encombrent cette histoire, et d’autre part sur une “théorie de la biologie”, une théorie sur ce qu’est un être vivant, aux antipodes de l’être vivant comme machine et qui constitue en quelque sorte la pierre de touche qui lui permet d’analyser de manière critique l’ensemble de cette histoire.

En effet, plus de deux siècles après son invention par Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) en France et Gottfried Reinhold Tréviranus (1776-1837) en Allemagne (aux alentours de 1802), la biologie – la science qui étudie les êtres vivants – n’a toujours pas de définition de son “objet”. C’est en partie cette absence de définition claire, précise et unanime chez les scientifiques qui explique la succession plus ou moins chaotique des théories. Et c’est surtout la difficulté à en élaborer une – toujours repoussée, jamais affrontée – qui explique le triomphe, par défaut et faute de mieux, de la conception de l’être vivant comme machine.

Le premier à soutenir une telle position a probablement été le biochimiste hongrois Albert Szent-Györgyi (1893-1986), découvreur de la vitamine C et prix Nobel de médecine en 1937. Dans un ouvrage traitant de La nature de la vie, il n’a pas hésité à écrire :

“La vie en tant que telle n’existe pas, personne ne l’a jamais vue… Le nom de “vie” n’a pas de sens, car une telle chose n’existe pas.” 

En 1970, le biologiste François Jacob (1920-2013) renchérissait :

“On n’interroge plus la vie aujourd’hui dans les laboratoires. On ne cherche plus à en cerner les contours. On s’efforce seulement d’analyser les systèmes vivants, leur structure, leur fonctionnement, leur histoire […]. C’est aux algorithmes du monde vivant que s’intéresse aujourd’hui la biologie.”

François Jacob, La logique du vivant, éd. Gallimard, 1970

Plus proche de nous encore, Henri Atlan, prolonge ces déclarations :

“Ce qui a disparu, c’est la distinction entre la vie comme objet de recherche et l’inanimé, l’inerte.”

H. Atlan, Question de vie, entre le savoir et l’opinion, p. 48-49.

Le déni de la spécificité du vivant

Pichot dénonce l’erreur des scientifiques qui prétendent que « la vie n’existe pas ! » : en fait, la biologie moléculaire n’étudie pas les êtres vivants en tant que tels, mais seulement la matière des êtres vivants. Cette matière, constituée de molécules (protéines, enzymes, ARN, ADN, etc.), n’est en effet pas vivante en elle-même, elle n’est pas animée par une “force vitale”, elle est semblable à celle des objets inanimés – quoique de nombreuses macromolécules soient propres aux seuls êtres vivants. C’est au-delà de l’échelle moléculaire que se situe la vie, dans l’organisation dynamique des cycles biochimiques du métabolisme cellulaire pris en son ensemble…

Lamarck avait déjà compris cela lorsqu’il a fondé la biologie : la vie était pour lui le produit d’une organisation particulière de la matière spécifique aux êtres vivants, et la “force vitale” – l’activité autonome des êtres vivants que tout un chacun peut observer – était pour lui la conséquence de cette organisation et non sa cause, contrairement à ce que pensaient les vitalistes, auxquels il s’opposait.

A la suite du clonage de mammifères ou du séquençage du génome humain, Pichot a dénoncé le fait que ces grands projets de biotechnologie, loin d’aider à mieux comprendre ce qu’est un être vivant – sans parler de l’être humain –, servaient en fait à dissimuler le vide théorique dans lequel est tombée la biologie moderne et le désarroi des biologistes devant un “objet” qui n’a eu de cesse de démentir les théories qu’ils avaient échafaudées à son propos.

Qu’est-ce qui distingue fondamentalement les êtres vivants des objets et des machines ? Bien souvent ce qui nous permet de les reconnaître au premier coup d’œil, aussi étranges soient-ils parfois, c’est avant tout le fait qu’ils sont dotés d’une activité autonome. L’activité de la flamme de la bougie est éphémère, elle ne durera que le temps de consumer toute la cire de la bougie. Par contre, l’être vivant est capable de puiser dans l’environnement de quoi renouveler son organisation interne et donc sa propre activité ; il est une auto-organisation de la matière qui est elle-même auto-catalytique, qui se génère elle-même. C’est ce qui distingue radicalement et irréductiblement les êtres vivants des machines.

Comprendre cette spécificité des êtres vivants par comparaison avec ce qu’ils ne sont pas est une approche que l’on peut qualifier de philosophique, épistémologique ou encore théorique, mais c’est un point qui est central pour Pichot, puisque de la réponse à cette question aurait dû résulter, selon lui, une compréhension toute différente des êtres vivants : une méthode d’étude qui soit adaptée à cette spécificité et qui, par là, révèle toute l’originalité de la logique du vivant.

Or, il n’en a rien été : les biologistes ont préféré s’obstiner à appliquer aux êtres vivants la logique de l’ingénieur, du constructeur de machines.

L’être vivant comme machine

Les raisons qui ont amené les biologistes à soutenir la conception de l’être vivant comme machine sont multiples. La première d’entre elles, et probablement la plus puissante, est liée à la forme même de la méthode des sciences.

Cette méthode, développée à partir du XVIIe siècle pour l’étude des objets physiques, demande un certain nombre de conditions pour pouvoir être appliquée : l’objet doit être isolé, ses mouvements ou ses transformations sont étudiées indépendamment de toutes forces et influences étrangères à celles qu’exerce de manière contrôlée l’expérimentateur ; l’objet doit être simple, on étudie ses « qualités primaires », celles qui peuvent aisément être mesurées et quantifiées ; enfin, la connaissance issue de ces études doit être « universelle », en ce sens que l’application d’un protocole expérimental partout ailleurs avec les mêmes objets doit permettre de reproduire des résultats identiques et aboutir à l’énoncé des mêmes « lois de la nature ».

Comme le souligne le chercheur en physiologie végétale Gérard Nissim Amzallag, l’application de la méthode scientifique à l’étude du vivant engendre « l’inadéquation chronique de l’être vivant à son cadre d’investigation » [9]. Autrement dit, la méthode des sciences, qui a été développée par et pour la physique, l’étude des objets considérés comme inertes et morts, atteint ici ses limites. L’être vivant est trop complexe et turbulent dans toutes ses innombrables formes et manifestations pour une méthode qui réclame l’isolement et la stabilité de l’objet, reproductibilité des expériences, quantification et mathématisation des résultats comme condition d’étude et de connaissance.

Or, à partir du XIXe siècle, sous l’effet de l’expansion de la société capitaliste et industrielle, et grâce aux succès des sciences et techniques dans la maîtrise de la matière brute, un certain scientisme a imposé l’idée que la méthode scientifique expérimentale était suffisante et seule valable pour appréhender la totalité des phénomènes. La spécificité, et donc les limites, de la méthode des sciences ont été occultées. Et la physique a été érigée en modèle de scientificité pour toutes les sciences, de la biologie à la sociologie.

Idéologies scientifiques

La biologie moderne repose actuellement sur trois piliers, en réalité trois idéologies scientifiques, qui sont apparues successivement et se sont complétées pour former une théorie unifiée ayant sa cohérence propre, mais ne faisant qu’accommoder à diverses sauces l’être vivant comme machine.

Il y a d’abord le darwinisme.

Le mérite de Charles Darwin (1809-1883)c’est avant tout d’avoir arraché à la théologie naturelle l’idée de l’être vivant comme machine. Darwin s’oppose en permanence aux « créations spéciales », à l’idée que Dieu aurait lui-même créé les différentes espèces.

Vient ensuite la génétique.

Au début du XXe siècle, des biologistes « redécouvrent » les travaux sur l’hybridation des plantes que le moine Gregor Mendel (1822-1884) avait publiés en 1865. Les lois de Mendel répondent alors à l’idée que l’on se fait de l’hérédité : des particules isolables (les gènes) qui déterminent des caractères héritables (la couleur, l’aspect, etc.) ; le génotype détermine le phénotype, l’invisible détermine le visible par de savants calculs.

….

En effet, face au développement rapide de l’industrie, à l’émergence de la classe ouvrière comme force sociale et à tous les bouleversements que cela induisait, diverses idéologies se constituent, élaborées et partagées par de nombreux médecins et biologistes, à droite comme à gauche, qui cherchent dans la nouvelle science de l’hérédité des solutions techniques à ces problèmes politiques et sociaux.

Enfin la biologie moléculaire.

 Les progrès de la physique et de la chimie effectués durant la guerre permettent une analyse beaucoup plus avancée de la matière des êtres vivants. Les physiciens importent donc en biologie leurs techniques expérimentales (cristallographie, radioactivité, accélérateurs de particules, etc.) et aussi leur manière propre d’aborder le vivant.

S’inspirant de la « théorie de l’information » (plus exactement la théorie de la transmission du signal dans les télécommunications) de Claude Shannon (1916-2001) et de la cybernétique (la théorie du « contrôle et de la communication chez l’animal et la machine »), de Norbert Wiener (1894-1964) apparues toutes deux dans les années 1940, les biologistes moléculaires adoptent l’idée que les êtres vivants seraient dirigés par un « programme génétique » sur le modèle des programmes d’ordinateurs.

Le mythe du « programme génétique » est donc né dans les années 1960, et un demi-siècle plus tard, il est encore très populaire chez nombre de biologistes. Les raisons en sont diverses : il y a d’abord l’analogie avec les machines les plus perfectionnées développées à l’époque, les ordinateurs (que l’on qualifiait alors de « cerveaux électroniques ») ; analogie et qui recelait la promesse de très nombreuses applications pour le « génie génétique ».

Contrairement à ce que prétend François Jacob, ce n’est donc pas la nature qui « bricole » les êtres vivants, mais bien les biologistes qui construisent leurs théories de bric et de broc, et sur ces bases branlantes bidouillent les êtres vivants, sans réellement savoir ce qu’ils font.

Le problème n’est donc pas que ces théories soient fausses, mais bien que, sur la petite part de vérité et de réalité qu’elles recouvrent, on en a fait des explications générales et exclusives des phénomènes du vivant. Les êtres vivants sont en effet si complexes qu’il est toujours possible d’accumuler « un grand nombre de faits » (comme le fit Darwin) en faveur d’une thèse et de croire ainsi avoir enfin percé les « secrets de la vie » : pour celui qui ne sait se servir que d’un marteau, le monde n’est qu’une immense accumulation de clous à enfoncer… Et la spécialisation scientifique croissante fait aisément perdre de vue la totalité organique que constitue n’importe quel être vivant.

Ces trois idéologies scientifiques ont en commun d’exclure le métabolisme cellulaire et la physiologie des organismes comme déterminants actifs au profit d’éléments matériels ayant le rôle de systèmes de commande. L’activité du métabolisme est négligée, réduite au rôle de simple exécutant .

 

Dans son dernier ouvrage [25], Pichot analyse l’impasse dans laquelle s’enfonce la biologie moderne : en se voulant strictement mécaniste – au sens où seuls interviennent des rapports entre éléments matériels – elle s’est en réalité fourvoyée dans une conception machiniste du vivant. Si, bien sûr, il y a des mécanismes à l’œuvre dans le vivant, ce n’est pas pour autant que l’être vivant, en tant que totalité organique, est une machine. Car dans une machine, les rapports entre ses différents rouages sont fixes et déterminés une fois pour toutes de manière à transformer les flux de matière qui la traversent. Par contre, l’être vivant est une organisation matérielle capable, en incorporant les flux de matière qui la traversent, de se composer par elle-même : les rapports entre ses différents éléments sont dynamiques, ils peuvent se modifier et se recomposer pour former une nouvelle organisation. Cela est particulièrement évident lors du développement embryonnaire et de l’évolution.

C’est incontestablement René Descartes (1596-1650) qui a popularisé la thèse de l’être vivant comme machine.

En 1802, Jean-Baptiste Lamarck crée la biologie en tant que science autonome, c’est-à-dire distincte non seulement de la physique et de la chimie, mais aussi de la taxonomie, de l’anatomie, de la physiologie, et de la médecine. Cette biologie a pour but d’étudier les caractères communs aux animaux et aux végétaux, caractères par lesquels ils se distinguent radicalement des objets inanimés que la physique étudie. Pour lui, la spécificité de l’être vivant par rapport aux objets inanimés réside dans un certain « ordre de choses », une organisation particulière de la matière, propre aux êtres vivants et à eux seuls, qui oriente le jeu des lois physiques vers la production de l’être vivant lui-même. Il s’oppose ainsi aux vitalistes, car pour lui, la « force vitale » est une conséquence de cette organisation – que sa biologie a pour but d’étudier et de comprendre – et non ce qui produit, de manière mystérieuse et inconnue, cette organisation.

Pichot définit ainsi le vivant :

Le vivant se définit donc par la capacité de sa matière à se constituer en une entité distincte de ce qui devient ainsi son milieu extérieur, milieu avec lequel il effectue divers échanges (matière, énergie, information) régis de manière stricte par l’organisation physico-chimique de part et d’autre de la frontière les séparant (frontière qui, dans le cas de la cellule, est concrétisée par la membrane cellulaire, la cellule étant l’élément matériel le plus simple satisfaisant à cette définition).

Tout se passe comme si une partie de la matière prenait son indépendance vis-à-vis du reste de celle-ci ; indépendance relative puisqu’elle doit en tenir compte à tout moment, mais indépendance tout de même puisque, si elle en tient compte, c’est pour en rester distincte.

[Cette définition montre] combien est particulier le statut de la biologie non réductionniste que nous proposons. Ce statut curieux provient bien évidemment de ce que la définition du vivant, sur laquelle elle se fonde, est la définition du vivant par lui-même. En se définissant lui-même, le vivant fait irruption dans la théorie biologique, qui ne le définit pas autrement que lui-même ne le fait (et qui donc ne définit pas le milieu extérieur autrement que le vivant lui-même ne le fait dans le mouvement même de son autodéfinition).

A. Pichot, Éléments pour une théorie de la biologie, 1980, pp. 28-29.

 

 

Nous demeurons aveuglés par les Lumières

 

 

Le 2 février 2018 Jean François Colosimo chrétien orthodoxe , directeur des Editions du Cerf publiait son livre Aveuglements

Dans un article du 10 septembre publié sur ce blog je présentais cet ouvrage à travers une interview donnée au magazine La Vie et une présentation par Jean Birnbaum dans le journal Le Monde du 29 mars 2018.

Un peu plus d’un an après la parution de ce livre je reviens sur celui-ci qui m’apparaît fondamental par rapport à l’existence de  ce site et blog. Le thème central du livre est  le constat que Les Lumières  sont venues jeter la vision d’un homme seul et maître de lui-même et du monde. Elles ont voulu s’extraire de  ce qu’elles ont qualifié l’obscurantisme moyen-âgeux. Elles  ont en fait jeté un terrible voile qui nous étreint et nous rend aveugle en nous confinant dans un monde strictement rationnel et voué, corps sans âme, au mythe du Progrès, notre nouvelle religion. De ce monde, au XX ième siècle, ont surgi le nihilisme, le nazisme, le communisme, le génocide du Cambodge. J’ajouterai que ce mythe ou religion du Progrès – cf là par exemple -, largement partagée mondialement, nous entraîne vers une fin de l’homme – cf Fin de l’homme de Fukuyama– avec l’extinction des espèces, la déforestation, les déséquilibres planétaires qui commencent dont celui du climat. La seule issue envisageable actuellement par cette humanité vouée à la religion du Progrès est de nous proposer le surhomme technologique . Il faut poursuivre ce mythe du Progrès et s’orienter vers le transhumanisme, l’homme machine pourra seul résister au développement de la machine, à l’intelligence artificielle. L’homme poursuit donc sa course folle vers l’abîme dominé  qu’il est par l’hybris.

“Nous demeurons aveuglés par les Lumières” – La Vie  – Henrik Lindell  le 27/02/2018

Iconoclaste, l’historien et théologien s’attaque à la part obscure de la « religion du progrès » née en Europe au XVIIIe siècle. Et il pourfend le nihilisme qu’elle aurait, selon lui, enfanté.

Dans Aveuglements, puissante fresque de plus de 500 pages, le bouillonnant Jean-François ­Colosimo, directeur des éditions du Cerf, règle ses comptes avec la modernité, toutes ses guerres et ses nouvelles idéologies trompeuses.

Vous dénoncez la « face cachée » des trois derniers siècles, à savoir le nihilisme qui serait à l’origine des idéologies meurtrières modernes. Et la source de nos aveuglements serait les Lumières. Pouvez-vous expliquer ?

Ce livre procède d’un constat : la modernité, qui est née avec les Lumières, et particulièrement les Lumières françaises, a marqué l’avènement d’un temps qui se voulait radicalement nouveau. Il fallait en finir avec « l’obscurantisme », et la religion était le signe éminent de tous les esclavages passés. Pendant deux siècles, l’idéologie dominante a été que l’homme devait devenir le créateur de lui-même. Mais cette époque-là est révolue.

Nous assistons désormais à la fin du mythe du progrès et de ce que j’appelle la religion du progrès. Fini l’homme autonome, l’homme sans transcendance et sans limites. Problème : nous ne l’avons pas encore bien compris, car nous demeurons aveuglés par le soleil des lendemains radieux que promettaient les Lumières. Il en va de ce soleil comme des astres quand ils vieillissent et meurent : ils deviennent noirs. Ils irradient alors d’une lumière qui est fausse, ce qui provoque une forme d’éclipse et on ne voit plus rien. Nous n’avons pas pris la mesure de cet échec monstrueux que sont les Lumières.

( cf l’exposé sur la page du Temple des Consciences )

Vous suggérez même que les Lumières, contrairement à ce qu’elles prétendaient, ont fait naître des religions plus oppressives que jamais. N’est-ce pas aller trop loin ?

Les Lumières françaises ont critiqué radicalement le fait religieux. Elles l’ont stigmatisé comme le signe de l’humanité débile qui n’a pas pris la pleine mesure de ses pouvoirs. Elles l’ont condamné en le réduisant à la soumission à un Dieu faux, inexistant, arbitraire. À une idiotie ou à une pathologie. La modernité nous a bercés de l’illusion que la religion appartenait au passé. Mais que voit-on aujourd’hui ? Il suffit d’allumer la télévision et il saute aux yeux qu’on tue au nom de Dieu.

On parle de « retour de la religion » ou de « revanche du sacré ». On dit que « le Moyen Âge resurgit ». Ce qui prouve que l’on n’a vraiment rien compris. La stratégie des Lumières a été de noircir le passé pour mieux exalter un futur libéré du religieux. Mais, à la vérité, le religieux ne nous a jamais quittés. La grande tromperie de la modernité est là : elle a prétendu qu’elle allait chasser le religieux, alors qu’elle n’a fait que créer des religions séculières qui, oui, sont plus criminelles que ne l’ont jamais été les religions historiques.

Mais quelles religions ?

En 1793, Robespierre crée le culte de l’Être suprême, avec son catéchisme, ses rites, son calendrier (Le « culte de l’Être suprême » était une cérémonie déiste, influencé par la pensée des philosophes des Lumières, et consistait en une « religion » qui n’interagissait pas avec le monde et n’intervenait pas dans la destinée des hommes. Il ne s’agissait pas d’un culte, au sens fort du terme, mais plutôt une sorte de religion civile à la Rousseau). Robespierre s’est alors opposé aux Hébertistes et leur culte de la Raison (Le culte de la Raison procède de l’athéisme et du naturalisme de Denis Diderot, dont s’inspirait Jacques-René Hébert. Plusieurs églises furent transformées en temples de la Raison, notamment l’église Saint-Paul-Saint-Louis dans le Marais. Le mouvement s’est radicalisé en arrivant à Paris avec la fête de la Liberté à la cathédrale Notre-Dame le , organisé par Pierre-Gaspard Chaumette. Le culte était célébré par une beauté figurant la déesse de la Raison. ) . Il se montre en cela plus religieux que Louis XVI. Il sait également que, sans la croyance dans ­l’immortalité, on ne peut fonder la vertu publique et mobiliser les masses. La conscription lui permet de faire de tous les citoyens des soldats (créée par la Révolution française, avec la fameuse levée en masse de l’an II ( au ). Il ouvre ainsi l’ère des grandes apocalypses. D’abord le « populicide » en Vendée , bien sûr – terme alors employé par Babeuf en 1794 – cf là “la République populicide : du système de dépopulation de Babeuf par Ronan Chalmin)-. Puis les massacres à l’échelle industrielle lors de la Première Guerre mondiale – cf ici les pertes mondiales de la première guerre- cf là “guerre de masse” et ceux de la deuxième guerre mondiale – cf pertes humaines-. Enfin, la Shoah cf ici, le Goulag cf làet tous les charniers sans nom.

Ces religions modernes réclament le sang. Elles sont sacrificielles.

C’est le cas du nazisme avec ses grandes messes, son culte de la personnalité et ses folies scientistes, qui représentent une manipulation typique de la modernité : dans sa volonté illimitée, l’homme-Dieu se fabrique lui-même.

Même constat pour le communisme, avec ses pontifes Lénine et Staline, ainsi que l’hérétique en chef, Trotski, et son Internationale missionnaire. Quoi de plus religieux que les liturgies militaires sur la Place Rouge ? Lénine embaumé s’inscrit dans le mythe de l’immortalité.

Le génocide au Cambodge -cf conflit cambodgien-revêt, lui aussi, un aspect religieux. Dans les camps, les Khmers rouges diffusent pour message : « Jusqu’après ta mort, l’Organisation continue de te surveiller. » Il y a donc eu un au-delà même pour l’athéisme militant.

LE MONDE |  |Par Jean Birnbaum

Dans un bref essai paru à Vienne en 1938 et immédiatement confisqué par la Gestapo, le philosophe Eric Voegelin (1901-1985) faisait du nazisme une expérience religieuse, une espérance apocalyptique, une mystique sanglante : « Et le geste sera bon, si rouge coule le sang », disait un poème récité par les zélateurs hitlériens. Raillant les intellectuels qui refusaient d’envisager le noyau religieux du totalitarisme, Voegelin écrivait : « La question religieuse reste taboue pour ces esprits sécularisés ; et la soulever sérieusement et radicalement aujourd’hui leur apparaît comme douteux – peut-être aussi comme une barbarie ou un retour vers le sombre Moyen Age. » Ce petit livre indispensable, Les Religions politiques, a été traduit en français en 1994 aux éditions du Cerf.

Un demi-siècle plus tard, Jean-François Colosimo, le patron de cette vénérable maison fondée par des frères dominicains, s’inscrit en partie dans le même sillage. Alors que d’autres fanatiques font couler le sang avec ferveur, il publie Aveuglements, livre plus épais que celui de Voegelin, mais qui décrit également le « lien impensé » entre politique et théologie. Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, Colosimo signe ici son essai le plus personnel. On y retrouve son érudition exaltée, mais aussi cette écriture subtilement ténébreuse qui vaut sans doute fidélité à son maître, le penseur post-maurrassien Pierre Boutang (1916-1998).

« A quoi mourons-nous symboliquement et de quoi meurent, assassinés, trop d’entre nous ? » D’entrée de jeu, la question est vaste. Pour y répondre, Colosimo emmène son lecteur dans une méditation de longue haleine, où il croisera de nombreux auteurs d’époque et d’horizon différent.

DANS L’ ENTOURAGE DE JESUS MESSAGE DU DIMANCHE 24 FEVRIER 2019

DANS L’ENTOURAGE  DE  JESUS

MESSAGE DU DIMANCHE 24 FEVRIER 2019

Je n’avais plus revu Momo  depuis quelques temps, et elle me manquait  énormément , mais voilà que Dimanche , elle me rend visite , et  bien sûr ,  j’en profite , pour avoir d’autres informations sur la vie au Ciel .

L : Qui est là ?                                                                                                                                  _  C’est  Momo  .                                                                                                                            L : Tu es enfin revenue , mon amie  ! Où étais-tu ?                                                        _ J’étais à un niveau , que tu ne pourrais pas imaginer,  dans l’entourage de Jésus .                                                                                                                                                  L :  Tu peux voir Jésus ?  Comment est-il ?                                                                        _   Il est une lumière incandescente et douce , qui vous enivre et vous pénètre . Vous êtes pris dans une sorte de flot de lumière , dont vous ne voulez plus sortir . Vous baignez dans une joie indicible , et plus rien ne compte que son amour .                                                                                                             L : Est-ce un bain qui vous est imposé , pour vous ravitailler en amour ?      _ Rien  ne nous est imposé , au Ciel , ma lulu,  et ce bain d’ amour est une grâce, octroyée par Dieu à ses anges,  afin de renouveler , en eux ,la mission divine , pour laquelle ils ont été choisis . C’est à la fois , une purification et une réinitialisation , qui nous remet à neuf , même si notre pureté initiale , reste intacte . Il s’agit d’un surcroît de pureté et d’énergie qui va nous permettre de vous sauver . Nous devenons beaucoup plus forts ,  et nous pouvons ainsi , intervenir encore davantage , parmi vous .

L: Je suis si heureuse que tu sois là ,  Momo !  Donne-moi la force pour le second livre , je t’en prie !                                                                                                           Dis-moi , mon ange , j’ ai l’impression , et beaucoup  d’autres autour de moi  , que les vibrations de la terre  s’accélèrent, et certains interprètent la fréquence des acouphènes , de plus en plus répandus dans notre société , comme un changement  de vibration vers un stade spirituel supérieur , pour l’Homme .                                                                                                                                        _  Il y a véritablement une prise de conscience , et notre travail est en train de porter ses fruits , ce qui met le  Perverti , en fureur . Mais , il ne gagnera pas .  Les anges guerriers sont à ses trousses et protègent les humains , afin qu’aidés  par les  Justes ,  ils puissent changer de vibration et commencer à monter vers nous.                                                                                                                        L : Que se passe-t-il ?                                                                                                                _  Des perturbations .  Traduis, et reprends-moi , plus tard.

En effet , l’écriture commence à se transformer et trace des mots sans suite,  illisibles . Au bout d’un moment,  cela s’arrête et je reprends le dialogue , avec mon guide préféré .

L : Peux-tu apercevoir la silhouette de Jésus ? Car il  n’est pas seulement lumière , n’ est-ce-pas ? Nous ressemble-t-il ?                                                            _  Il est difficile , pour un être humain , de concevoir  l’apparence de notre Seigneur.  Lorsqu’il est venu sur terre , il a pris votre aspect , voulu par Dieu.    Mais , au ciel , cette présence , que tu pourrais croire physique , avec un modèle de sa personne incarnée , est en fait , une sorte de chaleur , qui vous enveloppe et vous entoure de ses bras . On perçoit une forme, on entend des paroles , mais tout cela est fondu dans un amour si ardent , qu’on semble brûler d’un feu de douceur , dont nous sommes le centre .        Il diffuse cet amour , et nous ressentons , nous vivons sa présence , mais nous ne distinguons pas vraiment ses traits .                                                                  Nous les anges, nous l’avons connu depuis sa naissance , au cours de sa vie d’ homme  , et pendant son calvaire , jusqu’à la résurrection , et nous t’avions déjà raconté , combien il était d’ une beauté irradiante  , et ensorcelante de grâce .  Mais, au Ciel , la lumière qu’il génère , ne permet pas d’apercevoir son visage . Nous le connaissons intuitivement et nous n’avons nul besoin de le voir .

L : Vous m’aviez dit que Jésus écoutait les conseils des êtres célestes, très haut placés dans la  hiérarchie.  Ils se tiennent autour de lui , ils parlent avec lui , sans doute mentalement , mais y-a-t-il vraiment un échange ?

_ Oui , il y a un échange , mais ce sont surtout des prières et des supplications , car Dieu connaît tout, de vous  , et nos informations sont inutiles . Seules comptent  nos prières et nos supplications , afin de  vous défendre et de vous trouver des excuses. Mais Jésus est toujours de votre côté, et intercède toujours , pour vous, auprès de son Père .

 

Aux racines de la critique des sciences

Survivre et vivre : Critique de la science, naissance de l’écologie  – 13 février 2014

 

Renaud Debailly, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne sur Sciences critiques

La culture du narcissisme ou la critique de l’idéologie du progrès

Thibault Isabel sur l’Inactuelle 

Thibault Isabel est docteur en esthétique. Il est directeur de publication de L’inactuelle.

Christopher Lasch, né le  à Omaha (Nebraska) et mort le  à Pittsford (en) (État de New York), est un historien et sociologue américain, intellectuel et critique social important de la deuxième moitié du xxe siècle.

EFrance, Lasch est présenté par la Revue du MAUSS comme « spécialiste de l’histoire de la famille et des femmes, critique de la société thérapeutique et du narcissisme contemporains, pourfendeur des nouvelles élites du capitalisme avancé1 » et comme un « historien et philosophe d’inspiration marxiste » par la revue Raisons politiques.

C’est vers la fin des années 1970 que Lasch entreprend ses recherches sur l’apparition d’un nouveau type d’individu caractérisé par une « personnalité narcissique » (en même temps que les travaux de Richard Sennett sur le « repli sur le privé »)8. Pour Danilo Martuccelli, chez Lasch, « le narcissisme comme figure sociale de repli ou d’implosion vers soi apparaît comme une conséquence de l’effondrement de l’autorité et des sources possibles d’identification normative ».

 

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, la pensée de Christopher Lasch (1932-1994) a marqué au fer rouge l’analyse critique du libéralisme. Ancien marxiste et héritier de l’école de Francfort, Lasch se distingue surtout par une réflexion iconoclaste sur les ambiguïtés du progrès, qu’il accuse d’avoir favorisé l’essor du monde industriel et de la consommation.

Dès les années 1970, Christopher Lasch a tenté de démontrer que la puérilité et le dévergondage étaient les conditions de possibilité morales du capitalisme mondialisé : notre système économique repose sur ce que le philosophe et historien appelait la « culture du narcissisme ».

Il faut que les consommateurs soient frivoles pour gaspiller leur argent dans des gadgets inutiles au lieu d’épargner et de préparer l’avenir de leurs enfants.

Il faut que les hommes d’affaires soient cupides pour vouloir sans cesse s’enrichir au lieu de privilégier les biens existentiels comme la communion et le partage.

Il faut que les laboratoires scientifiques soient présomptueux pour s’affranchir des contraintes de la nature au lieu d’en respecter modestement le cours : c’est ce qui débouche désormais sur le transhumanisme, c’est-à-dire le désir de transformer l’homme par l’entremise de la science.

L’optimisme libéral

La réflexion politique de Lasch s’articule autour d’une critique de l’idée de progrès. Le progressisme a en effet toujours été au service de l’optimisme libéral. Au lien d’entraver l’expansion du capitalisme, il lui a servi d’ai­guillon.

Selon Lasch, le libéralisme recouvre un patri­moine commun à la droite et à la gauche, ou tout du moins à une certaine droite et à une certaine gauche : à savoir le culte de la raison instrumentale, le goût du confort et la croyance en la supériorité de l’avenir sur le passé.

L’idéologie du progrès est liée à la mainmise du désir sur tous les comportements humains ; dans l’Antiquité et au Moyen Âge, nos penchants étaient toujours modérés par la morale commune, qui leur mettait un frein. La « réhabilitation du désir » dissimule en réalité une dévalorisation de la morale, qui conduit à son tour au consumérisme et à la domination technologique du monde : plus rien ne vient entraver notre soif de possession, de contrôle et de conquête. Les sociaux-démocrates et les gens de gauche, en réclamant une meilleure répartition des richesses, s’opposent certes à l’idéologie libérale ; ils refusent que le « progrès de l’éco­nomie » soit poussé trop loin. Mais ils restent fermement attachés au « progrès des mœurs », sans admettre un seul instant que l’excès de permissivité et de relativisme moral favorise l’avidité, qui favorise elle-même le marché capitaliste. En soi, il est évident que les mœurs anciennes méritent à plus d’un titre d’être amendées : Lasch n’était pas un conservateur au sens où nous entendons généralement ce terme aujourd’hui. Il n’empêche que les sociaux-démocrates modernistes ont échoué à comprendre combien le « laisser-aller » moral convergeait avec le « laissez-faire » économique. Ils ont été les idiots utiles du capitalisme.

Les sociaux-démocrates sont restés assujettis à la logique du confort et de l’indus­trialisation, censée permettre à chacun de vivre matérielle­ment épanoui.

Les élites gagnées à la cause de l’éga­litarisme individualiste ont donc permis à leur insu l’hégémonie de la société de consom­mation. Les sociaux-démocrates n’ont jamais cessé de souscrire à la mobilité professionnelle, au festivisme consumériste et à la promotion de la vie matérielle, au détriment de la vie spirituelle. 

Face au libéralisme envisagé sous toutes ses formes et au culte du progrès qui y est associé, Lasch en appelle à la revivis­cence du populisme. Le courant d’idées historique auquel il fait référence n’a cependant rien à voir avec le populisme actuel, qui s’appuie plutôt sur une rhétorique nationaliste et plébiscitaire, alors que le populisme historique des Etats-Unis était farouchement localiste et hostile à toute centralisation du pouvoir.

Sur le plan philosophique, le populisme constitue selon Christopher Lasch une résurgence du républicanisme de l’Antiquité et de la Renaissance, et trouve par conséquent ses premières influences chez Aristote et Machiavel. Ces deux auteurs avaient la conviction que la « vertu » doit être l’objet de la citoyenneté. Lasch envisage le mot « vertu » au sens ancien de « virtù », qui signifiait « cou­rage » et « noblesse » ; ce terme constitue en quelque sorte l’équivalent chez lui de ce que Michéa appelle la « décence commune », en référence à George Orwell.

 

 

 

Aux origines de la décroissance

 

 

 

 

Dans un article publié le 10 mars l’Est Républicain,  sous la plume d‘Elodie Bécu , titre sur deux pages : “Comment les collapsologues se préparent à la fin du monde“. Elle interview Gauthier Chapelle coauteur avec Pablo Servigne et Raphaël Stevens de “Une autre fin du monde est possible”.

Elle rappelle qu’un  deuxième salon des survivalistes aura lieu à Paris du 22 au 24 mars.

Voilà un exemple qui montre que la presse régionale s’intéresse aux conséquences possibles et désastreuses de nos modèles économiques.

Cette dénonciation des orientations de nos modes de vie traverse déjà  la pensée  de nombreux  écrivains du XX siècle. Elle est à l’origine du terme décroissance employé pour la première fois par André Gorz en 1972 puis du mouvement et des actions qui s’y rattachent.

Sur sa page la décroissance,  Timothée Duverger rappelle l’histoire de cette idée de décroissance.

Timothée Duverger est docteur en histoire contemporaine, maître de conférences associé à Sciences Po Bordeaux et chercheur associé au Centre Émile Durkheim (CED). Il se présente comme  spécialiste de l’histoire des alternatives et ses  travaux portent sur la décroissance, l’économie sociale et solidaire et le revenu de base.

Voici quelques unes des idées qui caractérisent selon lui la décroissance :

Considérant que la croissance économique n’est ni possible ni souhaitable, elle dénonce le concept de développement durable, qualifié d’oxymore. C’est un concept-plateforme riche de plusieurs sens, travaillé par cinq sources de pensée :

1- la source écologiste, qui affirme le primat de la nature ;
2- la source bioéconomiste, qui assume les limites de la croissance économique ;
3- la source anthropologique, qui remet en cause l’uniformisation du monde ;
4- la source démocratique, qui re-légitime le débat public ;
5- la source spirituelle, qui répond à la crise de sens des sociétés modernes.

Cet article me donne l’occasion de présenter un long travail sur ce site effectué autour des penseurs à l’origine de l’idée de décroissance. Celui-ci est effectué à partir d’un ouvrage collectif paru en mars 2017 qui présente les 50 penseurs et écrivains qui au XX e siècle ont lancé des cris d’alarme et contesté l’orientation de notre société occidentale.

Cette page est visible dans “projets de lecture” avec le lien suivant : https://www.cielterrefc.fr/des-projets-de-lecture-des-videos/aux-origines-de-la-decroissance/

Voici d’abord quelques citations issues de cette page :

Edward Abbey, : Dans le Fou sur la montagne en 1962 Edward Abbey écrit “je me dis que dans 40 ans la civilisation sera effondrée”

Dans Désert solitaire en 1968 il écrit : “Car il y a un nuage à l’horizon. Un petit nuage noir pas plus gros que mon poing et dont le nom est progrès.”

Georges Bernanos

Dans une interview de 1944

A quoi bon distinguer entre le capitalisme d’Etat et le capitalisme privé ? Ils procèdent tout deux d’une même conception de la vie, de l’ordre, du bonheur..“.

Murray Bookchin

Dans une société à refaire (1989) : ” Une économie structurée autour de la maxime croître ou mourir doit nécessairement prendre le monde naturel comme adversaire…”

Albert Camus (discours de Suède 1957) :

“Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse.”

 Cornelius Castoriadis

Une société à la dérive. Entretiens (1974-1997) :”...il faut que l’idée que la seule finalité de la vie est de produire et consommer davantage -idée à la fois absurde et dégradante – soit abandonnée; il faut que l’imaginaire capitaliste d’une pseudo-maîtrise pseudo-rationnelle, d’une expansion illimitée soit abandonnée”

Bernard Charbonneau – le changement (2013) “La vraie question n’est plus de choisir entre capitalisme et socialisme mais de dominer un développement sans frein ne pouvant mener qu’à la destruction de la nature et de la liberté”

 Gilbert Keith Chesterton:  Plaidoyer pour une société anticapitaliste (1926) “Nous ne sommes pas tenus d’être plus riches, plus affairés plus efficaces, plus progressistes si tous nos efforts ne tendent pas à nous rendre plus heureux

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