
L’encyclique « Magnifica Humanitas » : face au vertige de l’IA sans conscience, le sursaut millénaire de la Foi exprimé par le pape Leon XIV
L’encyclique est divisée en 245 paragraphes répartis en cinq chapitres :
Introduction
CH 1 : Une pensée dynamique fidèle à l’Évangile
CH 2 : Fondements et principes de la doctrine sociale de l’Église
CH 3 La grandeur de la personne humaine face aux promesses de l’IA
CH 4 : Préserver l’humain dans la transformation, vérité, travail, liberté
CH 5 : La culture du pouvoir et la civilisation de l’amour
Conclusion
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Une première historique dans l’histoire de l’Église
En promulguant et présentant à la presse l’encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV pose un acte d’une portée inédite. Si le magistère romain s’est historiquement confronté aux révolutions industrielles (Rerum Novarum) ou atomiques, c’est la toute première fois qu’une lettre encyclique est entièrement consacrée à l’intelligence artificielle et aux technologies de l’esprit. L’Église universelle ne se contente plus de réagir aux bouleversements du monde ; elle prend les devants pour édifier un rempart doctrinal face à ce qu’elle perçoit comme la mutation la plus critique de l’histoire humaine.
Le mythe de Babel : la racine biblique de la mise en garde
Au cœur de l’armature théologique du texte se déploie une relecture fulgurante du récit de la Tour de Babel (rapporté dans Genèse 11 peu après l’épisode du Déluge).
Léon XIV utilise cette matrice biblique non pas comme une simple métaphore, mais comme la clé de lecture spirituelle du risque gigantesque de l’IA. Babel fut la tentative des hommes de s’élever au rang de Dieu par la seule puissance technique, pour aboutir à la confusion des langues et à l’effondrement de la communauté humaine.
Le Pape avertit : l’IA générative et prédictive est la Nouvelle Babel. En cherchant à bâtir un esprit artificiel désincarné, en voulant cloner ou dépasser la conscience par le calcul, l’humanité réitère son péché d’orgueil originel. La punition ne sera pas seulement la confusion, mais l’abolition de ce qui fait notre singularité divine.
Le pape Leon XIV oppose à l’orientation de Babel l’exemple de Néhémie qui reconstruit les murs de Jérusalem avec tout son peuple
Ce message est celui déjà développé par la doctrine sociale de l’Église du pape Leon XIII il y a 135 ans- encyclique Rerum Novarum – 1891 – auquel Léon XIV se réfère, pour indiquer que les humains doivent orienter l’IA dans l’usage coopératif mis au service du bien de tous plutôt que dans celui de la vision de la tour de Babel.
La résistance d’une sagesse bimillénaire face au réductionnisme matérialiste
Face à une civilisation techno-marchande qui glisse vers un matérialisme absolu — où la pensée est réduite à des impulsions électriques et l’homme à une somme de données biologiques —, l’Église déploie les forces de sa tradition de près de 2 000 ans. L’encyclique rappelle que la foi chrétienne a façonné une définition inviolable de la personne humaine : un être doté d’une conscience propre, capable de libre arbitre, de compassion véritable, et habité par une âme transcendante.
Le calcul pur, même ultra-rapide, est intrinsèquement incapable de charité (agapè). Opposer la Foi à l’algorithme, c’est rappeler à notre civilisation qu’une IA sera toujours « sans conscience » et que déléguer les choix moraux à des lignes de code revient à démissionner de notre condition humaine.
L’alliance inattendue : quand l’athéisme de la Silicon Valley cherche un recours dans l’Église
La profondeur de cet appel se mesure à l’écho qu’il trouve bien au-delà du cercle des croyants. La présentation de l’encyclique au Vatican le 25 mai 2026 par le pape est une première dans l’Eglise.
Mais cet événement exceptionnel a particulièrement frappé les esprits à cause de la présence active et des déclarations de Christopher Olah avant cette présentation. Christopher Olah est cofondateur d’Anthropic qui a mis au point le modèle Claude aujourd’hui largement utilisé en informatique.
Se déclarant pourtant ouvertement athée, ce dernier a créé la surprise en affirmant voir dans la tradition millénaire de l’Église catholique l’ultime recours et l’aide morale la plus solide pour lutter contre les dérives imminentes de l’IA.
En quittant en 2021 OpenAI qui a développé le modèle Chat GPT Christopher Olah, Dario et Daniela Amodei ont choisi de partir pour créer une structure entièrement dédiée à la sécurité et à la fiabilité des grands modèles d’IA et ont ainsi développé le modèle Claude.
Pour ce pionnier de la Tech, la rationalité économique et la philosophie laïque se révèlent trop fragiles face à la puissance d’attraction des profits et de l’hyper-puissance computationnelle. Seule une institution portée par une vision éternelle et sacrée de la dignité humaine possède la stature nécessaire pour imposer des limites éthiques absolues.
L’usage militaire de l’IA
Cette convergence entre la foi chrétienne et les lanceurs d’alerte de la Silicon Valley se cristallise sur un sujet brûlant : l’usage militaire de l’IA. L’encyclique, appuyée par le témoignage du cofondateur d’Anthropic, dénonce de manière prophétique le développement de systèmes comme ceux de Palantir aux États-Unis, outils d’analyse de données de masse, utilisés pour la guerre algorithmique et la désignation automatisée de cibles létales.
Quand la guerre est confiée à des machines froides, sans empathie et sans conscience du péché ou du pardon, l’humanité franchit un point de non-retour vers la barbarie technologique.
Face à ces architectures de mort, Magnifica Humanitas n’est pas un texte de compromis, c’est un ultimatum spirituel : la conscience humaine doit demeurer le seul et unique sanctuaire des décisions de vie et de mort.
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Partage de richesse autour des bénéfices de l’IA
(Le Figaro -Jean-Marie Guénois -27 mai 2026)
Les précisions de Leon XIV au sujet de l’IA :
« À l’image de celle de Léon XIII, j’ai écouté des scientifiques et des ingénieurs qui travaillent avec un enthousiasme sincère à des technologies capables de soulager d’immenses souffrances ; des responsables politiques et des agents publics qui ont cherché avec persévérance des règles justes ; des parents et des éducateurs profondément préoccupés pour l’avenir des jeunes générations. D’autres voix, très inquiétantes, me sont également parvenues, au sujet de systèmes d’armes de plus en plus autonomes, pratiquement soustraits à toute capacité de gouvernement humain effectif. » Sans parler de « récits très troublants sur des algorithmes capables de bloquer l’accès aux soins, à l’emploi et à la sécurité sur la base de données entachées de préjugés et d’injustices ». « J’ai entendu le silence de ceux qui n’ont pas de voix lorsque sont prises des décisions susceptibles de générer de nouvelles formes d’exclusion et de souffrance », a-t-il ajouté.
Cette longue écoute a conduit Léon XIV à une « conviction inquiète » :
« L’intelligence artificielle doit être désarmée ! La parole est forte, je le sais, mais je l’ai choisie délibérément, car notre époque a besoin de mots capables d’attirer l’attention, d’éveiller les consciences et d’indiquer des chemins à l’humanité. » Il a alors choisi l’analogie du nucléaire pour expliquer sa démarche :
« En un sens analogue, l’intelligence artificielle demande aujourd’hui à être “désarmée” et libérée des logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion et de mort. Comme l’énergie nucléaire, elle doit être mise au service de tous et du bien commun. » En effet, a-t-il assuré, quand « la technologie affaiblit notre sens critique, la paix elle-même est en danger ». Il a alors conclu : « N’ayons pas peur de l’intelligence artificielle ! » Il s’agit d’aider à « construire » ensemble cette nouvelle réalité « sans prendre la place de ceux qui ont les compétences », mais « sans négligence » ni « naïveté ».
Acteur mondialement reconnu de l’IA, Christopher Olah venait précisément de tendre une main à l’Église catholique en exprimant sa « reconnaissance » pour ce travail. « La voix de l’Église est particulièrement nécessaire », a-t-il confié, car « des parents s’inquiètent pour l’intelligence de leurs enfants ; des individus s’inquiètent pour l’avenir de leur travail. Et ce ne sont pas des questions auxquelles un laboratoire de recherche peut répondre . Ce sont des questions que des traditions comme la vôtre portent depuis des millénaires, et nous avons besoin que vous continuiez à les porter dans ce nouveau moment de l’histoire. »
L’homme de l’art a alors demandé que « davantage d’acteurs dans le monde – communautés religieuses, société civile, chercheurs, gouvernements – fassent ce que Sa Sainteté réalise ici : prendre les développements de l’IA au sérieux, regarder attentivement et orienter les événements dans une meilleure direction. Nous avons besoin de critiques éclairées qui diront aux laboratoires quand nous nous égarons. »