C’est dans une chronique parue dans le journal « le Figaro » du 2 mai dernier que Luc Ferry, philosophe athée – cf article le Point 19/1/2025-, présente le message chrétien comme étant à l’origine de notre démocratie.
Il souligne d’abord qu’à l’encontre de ce que beaucoup d’athées s’imaginent, l’idée de laïcité vient du message christique. Et il cite bien sûr la réponse de Jésus rapportée dans Marc 12:17 « De qui sont cette effigie et cette inscription ? De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Et ils furent à son égard dans l’étonnement. » Ces propos se retrouvent aussi chez Matthieu 22:21 « De César, lui répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Et Luc Ferry écrit que le chrisitianisme est une religion de la conscience et de l’intériorité plus que de l’observance littérale et mécanique de règles de vie façonnées par les coutumes et les traditions.
Le Christ renvoie les hommes à eux-mêmes et de faire référence à ce que rapporte notamment Jean 8 :1-59 à propos de la femme adultère :
Jésus se rendit à la montagne des oliviers. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S’étant assis, il les enseignait. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée?…
Luc Ferry fait observer à la suite que le christianisme à la différence des grands monothéismes ne juridifie pas la vie quotidienne et il enchaîne sur la place unique accordée à l’intériorité qui a, dit-il, permis le passage à la laïcité. Pour les Européens, la séparation du religieux et du politique va largement de soi et de citer Toqueville qui écrit dans la démocratie en Amérique : « nous avons répandu dans tout l’univers la notion de l’égalité des hommes devant la loi comme le christianisme avait créé l’idée de l’égalité de tous les hommes devant Dieu ».
Il relève ensuite la critique de l’dolâtrie de l’argent qui permettra à de nombreux chrétiens de s’ouvrir à la question sociale et il cite entre autre la parabole du chameau rapporté dans Mathieu 19:24 :Jésus dit à ses disciples: Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Les disciples, ayant entendu cela, furent très étonnés, et dirent: Qui peut donc être sauvé ?… Ce n’est pas l’argent qui est mauvais mais le glissement vers le fait qu’il devient une fin et ne reste pas un moyen.
On retrouve, conclut Luc Ferry, la philosophie de l’amour, celle d’Agapé qui est à l’origine de notre civilisation démocratique.