L’étude AWARE de l’Université de Southampton -octobre 2014

d’après Medscape

Southampton, Royaume-Uni – Il est classique de penser que l’arrêt de la fonction cardiaque, puis cérébrale dans les 30 secondes qui suivent, signent la mort d’un individu. Pourtant, les récits rapportant des expériences de mort imminente (ou near death experience, NDE) viennent contredire les données de la science et de la médecine sur ce que l’on pense être la mort, et la perte définitive de conscience qui l’accompagne. Dans une grande étude scientifique consacrée à l’examen approfondi des expériences de mort imminente, le Dr Sam Parnia (professeur assistant en soins intensifs et chercheur en réanimation, New York) et son équipe viennent de montrer que, primo, 39% des patients faisaient état d’une certaine sorte d’«éveil » pendant leur arrêt cardiaque, secundo, les sensations visuelles et auditives décrites ne relevaient pas forcément d’un phénomène hallucinatoire et, tertio, le délai de « conscience » pouvait s’étendre jusqu’à 3 minutes après l’arrêt cardiaque. De quoi repenser nos définitions de la «mort».

39 % des ressuscités disent avoir « ressenti » quelque chose pendant l’arrêt cardiaque

Dans notre monde cartésien, les frontières de la mort restent floues. En témoignent les récits d’expériences de mort imminente (ou near death experience, NDE) auxquels le monde médical et scientifique accorde, dans sa grande majorité, peu de crédit. Ce n’est assurément pas le cas du Dr Sam Parnia qui, depuis plus d’une dizaine d’années, s’intéresse de près à ce qui ce passe en péri-arrêt cardiaque, au point d’avoir mis en place l’étude multicentrique et transdisciplinaire AWARE (AWAreness during REsuscitation) afin d’approcher scientifiquement les états de conscience et les expériences de mort imminente (NDE) – rapportées par 10% des ressuscités – au moment de l’arrêt cardiaque.

L’étude AWARE se déroule dans 5 hôpitaux au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Autriche. Elle a inclus 330 arrêts cardiaques ressuscités dont 140 étaient éligibles. Chacun des patients – des hommes à 67 %, d’âge moyen : 64 ± 13 ans (21 – 94) – a été interviewé sur ses souvenirs et son état de conscience au moment de l’arrêt cardiaque et de la réanimation. A l’issue d’un premier entretien, 61 % (85 des 140 patients) ont rapporté n’avoir aucun souvenir ni conscience de quoi que ce soit pendant l’épisode d’arrêt cardiaque. Et bien qu’aucun signe clinique d’un quelconque état de conscience n’ait été rapporté (pas de réponse moteur, ni verbale à la douleur, yeux clos et score de Glasgow de 3/15), 39 % (55/140) des participants à l’étude ont décrit à l’interview une sensation/souvenir de quelque chose, mais sans pouvoir forcément formuler ce dont il s’agissait.

 

« Cela suggère que davantage de personnes puisse avoir une activité mentale mais que leurs souvenirs leur échappent, soit en raison des lésions cérébrales consécutives à l’accident, soit en raison de l’effet délétère de la sédation sur la mémoire » commente le Dr Parnia dans un communiqué de l’Université de Southampton.

Au cours d’une seconde étape, 101 personnes sur les 140 ont été réinterrogées quelques temps après (celles qui étaient en état de répondre à une interview). Les 85 personnes qui n’avaient gardé aucun souvenir/perception de l’arrêt cardiaque ont confirmé leurs dires, là encore pour celles qui étaient en état de le faire (soit 46 d’entre elles).

Parmi les autres participants à l’étude,

-9 des 101 (9%) ont rapporté des « sensations » compatibles avec ce qui est décrit lors des NDE (lumière, impression de bien-être, etc),

-46 (46%) ont évoqué des souvenirs précis mais sans rapport avec les descriptions classiques des NDE,

-2 (2%) des 101 personnes ré-interviewées ont été capables de décrire l’épisode de l’arrêt cardiaque et de la réanimation avec des détails visuels et auditifs précis.

Sur ces deux patients, l’un n’a pu continuer à être suivi car son état était trop sévère, l’autre, en revanche, fait un récit très étonnant de l’épisode hospitalier. Cet homme de 57 ans affirme être sorti de son corps et avoir observé la scène depuis un coin du plafond. Il a décrit de façon précise les faits et gestes de l’équipe médicale, de même que l’utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE), dont il dit avoir entendu 2 bips consécutifs. Fait étonnant : la description de la scène (y compris les paroles prononcées lors de la réanimation et la description physique de certains intervenants) rapporté par ce patient ont été corroborés par l’équipe médicale. Plus surprenant encore : les 2 bips du DAE « entendus » par ce patient ont permis d’évaluer la durée du phénomène de sortie de corps à 3 minutes !

Un état de « conscience » de 3 minutes

Pour le Dr Parnia, « ce témoignage est d’autant plus significatif que jusqu’à présent, les expériences en relation avec l’état de mort sont assimilées à des hallucinations qui surviendraient juste avant l’arrêt cardiaque ou lorsque le cœur repart à l’occasion d’une réanimation réussie. Dans ce cas, une conscience de ce qui s’est passé a été mise en évidence pendant une période de 3 minutes où le cœur était à l’arrêt. Ceci est d’autant plus paradoxal que le cerveau cesse de fonctionner dans les 20 à 30 secondes qui suivent l’arrêt du cœur et que son activité ne redémarre pas tant que le cœur n’est pas reparti. De plus, les souvenirs précis notamment visuellement de ce cas étaient totalement cohérents avec les événements réels. »

Au final, si cette étude, la plus vaste à ce jour sur le sujet, « ne permet pas de conclure à la réalité ou à la signification des expériences d’ « éveil » rapporté par certains patients, en raison de la trop faible incidence du phénomène de souvenirs visuels (2%), elle ne permet pas non plus de les désavouer et requiert de poursuivre les études dans ce domaine » indique Sam Parnia [2].

Tout en reconnaissant un certain nombre de limites, notamment le fait que les interviews aient eu des durées irrégulières compte-tenu de l’état de santé des personnes interrogées, les auteurs considèrent que cette étude apporte de nouvelles informations quant aux expériences mentales susceptibles de survenir au moment de la mort après un arrêt circulatoire. Ils suggèrent en revanche d’utiliser d’autres termes que celui de NDE pour d’écrire les expériences vécues en état de mort clinique, probablement trop restrictifs, au vu de la variété des situations décrites, et contribuant peut-être aux prises de position conflictuelles de la communauté scientifique sur la question.

« Contrairement à ce que nous pensons, la mort ne serait pas un instant donné, mais un processus potentiellement réversible » conclut Sam Parnia.

REFERENCES :

  1. Parnia S, Spearpoint K, de Vos G et all. AWARE—AWAreness during REsuscitation—A prospective study. Resuscitation, Available online 7 October 2014. DOI: 10.1016/j.resuscitation.2014.09.004
  2. University of Southampton. Results of world’s largest Near Death Experiences study published, 7 octobre 2014.

 

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