Le Panpsychisme

Le panpsychisme ( source Wikipédia) est une conception philosophique selon laquelle l’esprit est une propriété ou un aspect fondamental du monde qui s’y présente partout. L’esprit se déploierait ainsi dans toute l’étendue de l’Univers.

On trouve la première occurrence du terme « panpsychisme » au xvie siècle dans les écrits du philosophe italien Francesco Patrizi. Le mot est forgé à partir des termes grecs « pan » (partout) et « psychê » (esprit, âme).

Aujourd’hui, le panpsychisme désigne plus spécifiquement l’attribution d’une forme de conscience (primitive ou élaborée) à toute entité fondamentale ou organisée.

Dans sa définition générale d’attribution de l’esprit à tout ce qui existe, le panpsychisme peut recouvrir des positions différentes, voire incompatibles entre elles, selon la conception que l’on se fait de ce qui existe vraiment ou de ce qu’est l’esprit.

Ceux parmi les partisans du panpsychisme qui admettent, par exemple, l’existence d’entités fondamentales telles que les électrons ou les photons accordent un certain esprit – ou proto-esprit – à ces particules physiques élémentaires. A contrario, ceux parmi eux qui rejettent l’idée qu’il existe vraiment des choses comme les forêts, les amas d’étoiles ou les sociétés humaines – parce qu’il ne s’agirait là que de constructions conceptuelles formées à partir de certains éléments comme les arbres, les étoiles ou les êtres humains – refusent d’attribuer un esprit à ces systèmes complexes.

De plus, la question se pose dans le cadre du panpsychisme de savoir exactement ce que l’on entend par esprit, ou par conscience, et il revient aux partisans de cette conception d’élucider le rapport entre l’esprit et l’expérience subjective.

Panpsychisme et microphysique

Dans le contexte de la physique contemporaine, le panpsychisme recouvre deux positions métaphysiques distinctes:

  1. Les particules élémentaires – électrons, quarks, photons, etc. – dont certaines entrent dans la composition des organismes auxquels on attribue une conscience, possèdent à un degré élémentaire ou minimal une dimension psychique qui est constitutive de l’esprit de ces organismes. Thomas Nagel, par exemple, définit le panpsychisme comme « la théorie selon laquelle les constituants physiques ultimes de l’univers ont des propriétés mentales, qu’ils soient ou non des parties d’organismes vivants ».
  2. Les éléments fondamentaux de la réalité – qu’il s’agisse de particules, de champs de force ou de tout autre élément physique – sont une forme élémentaire d’esprit ou de conscience. La conscience constitue alors l’essence même de la réalité physique.

La première position attribue la conscience aux entités fondamentales de la nature, ainsi qu’aux organismes constitués de ces entités (mais pas à leurs agrégats) ; la seconde caractérise ces entités comme étant de nature mentale, et c’est toute la réalité physique qui, de fait, est identifiée à la conscience. Cette dernière position est associée à une forme de « mystérianisme », autrement dit, à l’idée que les concepts de la physique (masse, énergie, spin, etc.) ne décrivent pas les propriétés intrinsèques des choses – leur contenu – mais seulement les relations ou la structure dans lesquelles elles sont engagées.

Bien que la forme de conscience qui est ainsi attribuée ou identifiée aux constituants ultimes du monde soit simple et très limitée, elle ne se distingue pas essentiellement de la nôtre. Pour le partisan du panpsychisme, il n’y a pas de différence de nature qui soit radicale entre les différentes formes de conscience ; il existe entre elles essentiellement une différence de degré – parfois très grande.

Si le panpsychisme semble indissociable à première vue de la thèse de l’omniprésence de l’esprit, il est pourtant logiquement possible de soutenir certaines versions ou variantes modérées du panpsychisme selon lesquelles l’esprit proprement dit est un phénomène qui – non seulement n’est pas universel – mais est au contraire relativement rare. Dans ce cas, une distinction sera opérée entre les propriétés spécifiquement mentales – associée à l’expérience subjective des organismes les plus complexes – et les propriétés proto-mentales communes dans la nature. C’est sur la base de ces dernières qu’émergent les propriétés mentales de niveau supérieur2. Cette forme de panpsychisme fait appel à la notion d’émergence pour rendre compte du développement des propriétés proto-mentales en caractéristiques mentales à part entière. Il ne s’agit toutefois pas d’émergence au sens fort du terme puisque les caractéristiques spécifiquement mentales qui émergent ne sont pas de nature différente de celles qualifiées de « proto-mentales ».

Panpsychisme de Galen Strawson

Galen Strawson est aujourd’hui l’un des principaux représentants du panpsychisme. Il considère que ses collègues philosophes réductionnistes s’acharnent à nier la réalité de leur propre expérience :

« Je pense que nous devrions nous sentir très humbles, et un peu effrayés, devant le pouvoir de la crédulité humaine, devant la capacité de l’esprit humain de se laisser captiver par la théorie, par la foi. Car ce déni est la chose la plus étrange arrivée dans l’histoire de la pensée, et pas seulement dans l’histoire de la philosophie. »

Ce déni conduirait au matérialisme réductionniste. Pour surmonter les problèmes apparemment insolubles que pose cette forme de matérialisme sans pour autant renoncer à un positionnement naturaliste, Galen Strawson en est donc venu à opter pour un « matérialisme conséquent » impliquant une forme particulière de panpsychisme. D’après Strawson, même les atomes et certaines particules élémentaires ont une forme primitive d’existence mentale. Cette forme de panpsychisme ne prétend pas que les atomes soient des êtres conscients au sens où nous le sommes, mais seulement que certains aspects relevant de la conscience sont présents dans les systèmes physiques les plus simples. Des formes d’esprit ou d’expérience plus complexes émergent alors dans des systèmes plus complexes.

Le panpsychisme de Strawson ressemble au dualisme des propriétés, puisqu’en plus des propriétés physiques ordinaires, il y a les propriétés mentales. Plus exactement, il existe selon lui « un seul genre fondamental de chose » qui est à la fois « expérientiel » et « non-expérientiel ». Toutefois, le dualisme des propriétés, à la différence du panpsychisme de Strawson, ne suppose pas l’idée que chaque entité, et en particulier les entités fondamentales, ont des propriétés mentales. Galen Strawson insiste par ailleurs sur le caractère moniste de sa conception de la nature, qu’il qualifie également de « monisme réaliste ».

Comme la plupart des panpsychistes, Strawson distingue entre les agrégats de matière comme les tables ou les rochers et les systèmes auto-organisés comme les atomes, les cellules, les végétaux ou les animaux. Bien que les constituants naturels des agrégats aient une proto-conscience, des objets comme les tables et les rochers en sont privés, car ils ne s’organisent pas eux-mêmes et n’ont ni fonction, ni intention propres. Ainsi, un rocher est un composé d’atomes et de cristaux qui sont auto-organisés, mais ce sont des forces extérieures qui lui donnent une forme (par exemple, il a pu être arraché d’un pan de montagne qui s’est effondré sous l’effet de l’érosion). En tant que composé aléatoire d’éléments minéraux, un rocher n’a pas de conscience, même si ses composants élémentaires au niveau atomique ou moléculaire ont un certain aspect mental.

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