Climato-réalisme : les arguments avancés contre le rôle dominant du CO₂ et le paysage international du mouvement

 

 

 

Depuis plusieurs années, un ensemble d’organisations se revendiquant du « climato-réalisme » s’expriment publiquement en Europe et dans le monde, contestant l’interprétation dominante selon laquelle l’augmentation du CO₂ d’origine humaine est la cause principale du réchauffement climatique récent.
Parmi elles, une nouvelle venue attire l’attention : l’Association des Réalistes Climatiques (ARC), basée en Espagne, qui a tenu en novembre 2025 une « Journée du réalisme climatique » à Madrid.-cf l’article publié par Epoch Time sur ce sujet-. Cet événement illustre bien la dynamique d’un courant transnational, composé de groupes structurellement différents mais partageant une orientation commune : remettre en question le consensus scientifique synthétisé par le GIEC.

Cet article propose d’abord un panorama fidèle des arguments scientifiques avancés par ces associations, puis une présentation des structures principales du mouvement et des personnalités les plus en vue.

Le site Wikiberal.org dresse une liste par ordre alaphabétique des scientifiques sceptiques sur l’ampleur et les origines essentiellement humaines du  réchauffement climatique.

I. Les arguments avancés par les organisations climato-réalistes

Les associations climato-réalistes ne nient pas toutes l’existence d’un réchauffement climatique ; cependant, elles divergent sur son origine, son ampleur future et les politiques à adopter. Voici une synthèse de leurs principales thèses, couramment exprimées lors de réunions publiques, dans des déclarations internationales ou dans leurs publications.

1. Le rôle considéré comme “secondaire” du CO₂

Les organisations climato-réalistes soutiennent généralement que :

  1. Le CO₂ n’est pas le principal moteur du climat, mais un facteur parmi d’autres, moins influent que les variations naturelles dont les cycles solaires, les oscillations océaniques et l’activité  volcanique.

  2. La sensibilité climatique — c’est-à-dire la hausse de température associée à un doublement du CO₂ — serait selon elles plus faible que l’estimation médiane du GIEC (environ 3 °C).
    Certains groupes avancent que la sensibilité réelle pourrait être inférieure à 1 °C.

  3. Comme corollaire, l’effet amplificateur de la vapeur d’eau serait surestimé, ce qui conduirait à exagérer le rôle du CO₂ dans les modèles climatiques.

Ces arguments reposent sur des lectures alternatives de publications scientifiques, souvent contestées par la majorité des climatologues.
Néanmoins, ils constituent la base du discours public de ces organisations.

2. Les cycles naturels comme moteurs principaux du réchauffement

Autre argument récurrent :

seraient, selon ces associations, les principaux responsables des évolutions récentes. Elles citent souvent des reconstructions paléoclimatiques- cf paléoclimatologie-pour affirmer que des réchauffements rapides se sont déjà produits sans augmentation du CO₂.

3. Les modèles climatiques jugés “trop sensibles”

De nombreuses organisations climato-réalistes affirment que :

  • les modèles surestiment systématiquement la température observée ;

  • ils intègrent mal les nuages et les aérosols ;

  • les projections pour 2100 seraient donc exagérément alarmistes.

Ce point est souvent illustré par des graphiques comparant modèles et observations, notamment issus de publications ou blogs proches de ce courant.

4. La thèse d’un climat “moins sensible au CO₂ dans le monde réel”

Certains scientifiques associés à ces organisations défendent que :

  • l’effet du CO₂ décroît de façon logarithmique : chaque ajout supplémentaire réchauffe moins que le précédent ;

  • le système Terre possède des rétroactions négatives régulatrices (ex. nuages bas tropicaux) qui empêchent un emballement.

Cette thèse n’est pas acceptée par la majorité de la recherche, mais elle constitue l’un des piliers du discours climato-réaliste.

5. Les bénéfices potentiels du CO₂

Les organisations de ce courant évoquent souvent le rôle fertilisant du CO₂ :

  • augmentation de la biomasse végétale,

  • amélioration de la productivité agricole dans certaines régions,

  • verdissement observé par satellites.

Cet argument vise à relativiser la vision strictement négative des émissions anthropiques.

6. Contestation des scénarios d’urgence climatique

Enfin, les climato-réalistes critiquent l’usage médiatique et politique des scénarios les plus pessimistes, qu’ils jugent improbables, voire “catastrophistes”.

II. Recontextualisation scientifique : où se situent ces arguments par rapport au consensus ?

Pour situer ces affirmations :

  • Le GIEC, cf , l’Académie des sciences américaine, l’Union européenne des géosciences-cf son site et la quasi-totalité de la littérature évaluée par les pairs concluent que le réchauffement observé depuis 1950 est principalement dû au CO₂ émis par les activités humaines.

  • Les variations naturelles existent, mais ne peuvent expliquer l’accélération observée depuis 1970.

  • Les modèles climatiques comportent des incertitudes mais leur précision s’est améliorée et leur écart à l’observation reste modéré.

 Les arguments ci-dessus représentent ceux du courant climato-réaliste, pas ceux de la communauté scientifique majoritaire.

III. Les principales organisations climato-réalistes en Europe et dans le monde

Le paysage climato-réaliste est international. Plusieurs associations sont structurées, avec des relais médiatiques et parfois une influence politique réelle.
Voici une cartographie des groupes les plus visibles.

1. En Europe

a. ARC — Asociación de Realistas Climáticos (Espagne) – son site 

  • Fondation : 2025

  • Orientation : contestation du rôle dominant du CO₂, critique des politiques climatiques de l’UE

  • Événements : “I Jornada de Realismo Climático”, Madrid, première  journée du 15 novembre 2025

  • Profils associés : ingénieurs retraités, professeurs d’université, vulgarisateurs, économistes

  • Positionnement : désaccord profond avec le GIEC, soutien aux approches “naturelles” du climat

L’ARC est encore jeune, mais s’inscrit dans le réseau européen plus large de groupes climato-réalistes.

b. CLINTEL — Climate Intelligence Foundation (Pays-Bas) -cf son site 

Probablement l’organisation climato-réaliste la plus influente en Europe.

Principales caractéristiques :

  • Fondateurs :

    • Guus Berkhout, géophysicien, ex-professeur à TU Delft

    • Marcel Crok, journaliste scientifique

  • Notoriété : initiative “World Climate Declaration”, signée par plusieurs milliers de personnes

  • Position : CO₂ ≠ principal moteur du climat ; modèles trop sensibles ; urgence climatique “non démontrée”

  • Rayonnement : sections nationales informelles dans plusieurs pays européens

c. GWPF — Global Warming Policy Foundation (Royaume-Uni) – cf son site

Un des think-tanks les plus anciens du mouvement (fondé 2009).

  • Figures notables :

    • Nigel Lawson (fondateur), homme politique britannique

    • Benny Peiser, directeur

  • Orientation : critique des politiques climatiques britanniques, publications sceptiques

  • Influence : réseau parlementaire, production régulière de rapports

Le GWPF dispose d’une structure sœur, la GWPF Energy Policy Unit, focalisée sur les questions économiques.

d. Reseaux nationaux ou transnationaux

  • ECRN — European Climate Realist Network : plateforme informelle reliant groupes nationaux. cf son site 

  • Les Climato-Réalistes (France)-cf leur site  : association française organisant colloques et conférences, notamment via l’IREF et des contributeurs retraités du CNRS ou de l’industrie.

  • Comités italiens, allemands, tchèques : souvent liés à des économistes, ingénieurs et quelques scientifiques retraités.

2. Hors d’Europe

Plusieurs organisations majeures existent dans le monde, parfois plus anciennes et influentes.

a. Heartland Institute (États-Unis)

Probablement le think-tank le plus connu du mouvement sceptique américain. cf son site 

  • Domaines d’action : climat, énergie, régulation

  • Événements : conférences internationales ICCC (International Conference on Climate Change)

  • Figures associées :

    • Willie Soon, astrophysicien, connu pour ses publications controversées sur le rôle du Soleil

    • Patrick Michaels, climatologue (décédé en 2022), ancien membre du Cato Institute

  • Orientation : CO₂ bénéfique, faible sensibilité climatique, opposition aux réglementations

Le Heartland Institute accueille aussi des scientifiques retraités ou indépendants, mais reste très éloigné du consensus.

b. CFACT (Committee For A Constructive Tomorrow) — États-Unis

cf son site 

  • Rôle : organisation militante anti-régulation, active sur internet

  • Activité : production de films documentaires, campagnes d’opinion

  • Positionnement : contestation de l’idée d’urgence climatique

c. IPA — Institute of Public Affairs (Australie)

cf son site 

  • Orientation : think-tank libéral-conservateur

  • Position générale : opposition aux politiques climatiques nationales, publications sceptiques.

IV. Les profils scientifiques associés à ce courant

Les organisations climato-réalistes mettent souvent en avant des profils universitaires ou scientifiques, parmi lesquels :

  • Richard Lindzen — physicien spécialiste de la physique de l’atmosphère, ex-professeur de météorologie au MIT, travaux reconnus en dynamique atmosphérique

  • John Christy — climatologue à l’Université d’Alabama, co-responsable des mesures satellitaires UAH 

  • Judith Curry -cf — climatologue américaine, ancienne professeure au Georgia Tech ( École des sciences de la Terre et de l’atmosphère) au Georgia Institute of Technology de 2002 à 2013)

  • Nir Shaviv -cf — physicien israélien, professeur de physique à Jérusalem, défenseur du rôle solaire dans le climat

  • Henrik Svensmark -cf — physicien danois, connu pour son hypothèse sur les rayons cosmiques- professeur à la division de physique du système solaire à l’Institut national danois de l’espace.

  • Willie Soon -cf — astrophysicien, travaux controversés sur le Soleil

Beaucoup de ces scientifiques sont reconnus dans leur domaine d’origine, mais leurs conclusions sur le climat sont contestées par la majorité de la communauté.

V. Le rôle des réseaux internationaux

Les organisations climato-réalistes opèrent rarement isolément. Elles collaborent principalement via :

  1. Déclarations internationales (ex. World Climate Declaration)

  2. Conférences communes (Heartland, GWPF, CLINTEL, ARC, groupes français)

  3. Publications croisées (rapports, tribunes, vidéos)

  4. Stratégies de communication partagées : critique des modèles, valorisation du rôle du Soleil, dénonciation de “l’alarmisme”

Cette dimension internationale renforce leur visibilité, malgré un poids très limité dans la recherche climatologique institutionnelle.

Conclusion : un courant structuré, international et scientifiquement contesté

Les associations climato-réalistes, qu’il s’agisse de l’ARC espagnole, de CLINTEL aux Pays-Bas ou du GWPF au Royaume-Uni, diffusent un ensemble cohérent d’arguments : rôle secondaire du CO₂, importance des cycles naturels, surestimation des modèles, absence d’urgence climatique.
Elles s’appuient sur un réseau international composé de think-tanks, de scientifiques dissidents, d’ingénieurs, de retraités d’universités et d’acteurs politiques conservateurs.

Pour autant, leurs thèses restent en rupture profonde avec le consensus scientifique global établi par des milliers de chercheurs, des académies scientifiques nationales et les principaux organismes de recherche. Leur influence se situe donc davantage dans le débat public et politique que dans la littérature scientifique.

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