La Dormition (Koimesis en grec, Dormitio en latin)
-
C’est le terme traditionnel, particulièrement ancré dans l’Orient chrétien (orthodoxe et byzantin). Il désigne littéralement le « sommeil » de la Vierge.
-
L’Assomption (Assumptio en latin)
-
C’est le terme théologique et dogmatique qui a prévalu dans l’Occident latin. Il signifie l’« enlèvement » ou la « prise en charge » de Marie par Dieu, corps et âme, dans la gloire céleste.
-
Si la tradition orientale est restée profondément attachée au nom et à la fête de la Dormition (la Koimesis), c’est le terme d’Assomption qui s’est imposé en Occident et qui a fini par définir le dogme universel de 1950.
L’évolution liturgique en Occident (Du VIIe au IXe siècle)
-
Lorsque la fête orientale de la Dormition a été introduite à Rome (notamment sous l’impulsion de papes d’origine grecque ou syrienne au VIIe siècle, comme le pape Théodore Ier ou Serge Ier), le vocabulaire latin a rapidement évolué.
-
Les Romains et les Occidentaux ont traduit ou adapté la fête sous des noms latins mettant l’accent sur la montée au ciel (Assumptio, Natalis) plutôt que sur le sommeil (Dormitio). Le terme Assumptio soulignait avec plus de force le triomphe de la Vierge et sa participation active à la gloire de la résurrection de son Fils.
-
L’équilibre prudent de la définition dogmatique (1950)
-
En choisissant le dogme de l‘Assomption, Pie XII a fait le choix de l’unité et de la prudence. En effet, la bulle Munificentissimus Deus proclame que Marie a été élevée « en corps et en âme à la gloire céleste ».
-
En évitant d’utiliser le mot « mort » de manière dogmatique (tout en ne l’excluant pas), le terme « Assomption » a permis de maintenir une passerelle harmonieuse entre les deux traditions :
-
Il respecte la Dormition orientale (puisqu’on peut vivre la Dormition comme prélude à l’Assomption).
-
Il affirme la doctrine occidentale de l’élévation corporelle.
-
—
-
- Dans certaines versions du récit de l’Assomption, l’Assomption aurait eu lieu à Éphèse, dans la Maison de la Vierge Marie. C’est une tradition beaucoup plus récente et localisée. Les premières traditions disent que la vie de Marie s’est terminée à Jérusalem (voir Tombe de la Vierge Marie).
-
—
Dans son ouvrage « Dormition et Assomption de Marie, histoire des traditions, anciennes », paru en 1995, Simon Claude Mimouni consacre plusieurs chapitres à l’étude des textes anciens à l’origine de la décision du pape Pie XII, en 1950, de consacrer le 15 août à la fête de l’Assomption de Marie.
Il analyse d’abord les récits des Transitus Mariae, – cf là le transitus Virginis »– qui, bien qu’apocryphe, témoignent dès les premiers siècles de la ferveur populaire pour Celle qui avait porté le « Verbe de vie » et qui ne pouvait donc être restée prisonnière de la mort.
Au fil des siècles on passe progressivement des récits narratifs à la réflexion théologique. C’est la figure de saint Jean Damascène, né au VII ème siècle qui domine ce chapitre. Il y explique que l’Assomption est la conséquence nécessaire de la maternité divine.
Quant à Saint Germain de Constantinople né aussi au VII ème siècle son apport réside surtout dans la dimension lyrique pour magnifier la pureté indéfectible de Marie.
Simon Claude Mimouni explique qu’en 1950 Pie XII n’a pas « inventé » un nouveau dogme, mais a « authentifié » une croyance qui a mûri organiquement au sein de l’Église, portée par la liturgie (la fête de la Dormition/Assomption est célébrée depuis le VIe-VIIe siècle) et par la dévotion universelle.
L’Assomption est ainsi le dernier des quatre dogmes marials proclamés par l’Église.
Le précédent, l’Immaculée Conception, fut édicté par Pie IX en 1854.
Le premier dogme, la maternité divine, remonte au concile d’Éphèse, en 431, où Marie fut appelée Theotokos, soit la « Mère de Dieu ».
Le deuxième, la virginité perpétuelle, fut pensé lors du deuxième concile de Constantinople, en 553, puis défini au synode du Latran, en 649.
