Saint Bruno et les chartreux

 

L’Eglise fête la saint Bruno le 6 octobre, date anniversaire de sa mort en Calabre  le 6 octobre 1101.  Cette date anniversaire est l’occasion de  se pencher su sa vie  et sur  celle des moines  et moniales chartreux  qui perpétuent la recherche de Dieu dans le silence, voie unique dans la religion catholique.

 

  • Bruno est né à Cologne vers 1030 dans une famille aisée. Il devint un intellectuel hors du commun et étudia à Reims et à Paris. Il devint chanoine, puis écolâtre (directeur de l’école cathédrale de Reims), où il forma les plus grands esprits de son temps, dont le futur pape Urbain II.

  • La crise de conscience : Témoin des compromissions, de la simonie (trafic de charges religieuses) et du tumulte du monde ecclésiastique de l’époque, Bruno traverse une profonde crise spirituelle. Vers 1082-1083, il décide de se retirer du monde avec quelques compagnons pour mener une vie de pauvreté et de prière pure, à l’imitation des Pères du désert et fonde en 1084, dans un lieu reculé à 850m d’altitude  la Grande Chartreuse à 25 km au nord de Grenoble sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse.

 

Un des deux plus anciens documents conservés au sujet de Bruno  est une courte notice  contenue dans un catalogue des premiers prieurs de la Grande Chartreuse, connu sous le nom de Chronique Magister écrit par Guigues Ier, cinquième prieur du lieu  et dont voici l’essentiel :

« Maître Bruno, de nationalité allemande, naquit de parents nobles, dans l’illustre ville de Cologne. Très érudit dans les lettres aussi bien séculières que divines, il fut chanoine de l’Église de Reims dont l’importance ne le cède à nulle autre parmi les églises de Gaule ; puis il y fut maître de l’enseignement. Ayant quitté le monde, il fonda l’ermitage de Chartreuse et le gouverna pendant six ans. Sur l’ordre du pape Urbain II qui fut son élève à Reims, il se rendit à Rome  pour conseiller le Pape  Mais il ne pouvait supporter les tumultes et le genre de vie de la curie et brûlant de l’amour de la solitude, il quitta la curie et se retira dans un désert de Calabre. Il vécut là et y mourut en solitaire . 

 

Vous découvrirez sous ce lien une présentation plus détaillée de sa vie.

La spiritualité des Chartreux, née de l’intuition de saint Bruno en 1084, est l’une des expressions les plus radicales et pures de la vie monastique chrétienne en Occident. Elle repose sur un postulat simple : Dieu suffit à l’âme, et pour le découvrir, il faut accepter de tout quitter pour entrer dans un tête-à-tête absolu avec Lui.

Voici comment se déclinent cette spiritualité et, en son cœur, la conception unique du silence et de la solitude.

1. La solitude : Un espace de liberté et de combat spirituel

Pour un Chartreux, la solitude, vécue dans sa cellule n’est pas un isolement subi, triste ou misanthrope ; c’est un espace vital de liberté intérieure.

  • Le désert au cœur du monde : À l’image des Pères du désert des premiers siècles chrétiens, le moine choisit de se retirer du monde bruyant et agité pour recréer ce « désert ». C’est là, loin des distractions et des sollicitations extérieures, que le cœur de l’homme se met à nu devant Dieu.

  • La cellule, lieu de la rencontre : La cellule d’un chartreux n’est pas une simple chambre, c’est un petit ermitage autonome (comportant un atelier, un espace de prière, un lit et un jardinet). Le moine y passe l’essentiel de sa journée et de sa nuit. C’est dans ce lieu exigu que se déroule son combat spirituel : faire face à ses propres limites, à ses peurs, pour s’ouvrir totalement à la présence divine.

2. Le silence : Non pas absence de bruit, mais plénitude de présence

Le silence chez les Chartreux n’est jamais une fin en soi ou une simple règle disciplinaire rigide ; c’est un moyen d’écoute et d’union.

  • Le passage de la parole à l’écoute : En se taisant pour les hommes, le chartreux s’ouvre à la parole de Dieu. Le silence crée un vide fertile où la Parole divine peut résonner pleinement.(méditée dans la prière et la Lectio Divina-La lectio divina (« lecture divine ») est une manière ancienne de prier avec l’Écriture)-

  • La communion fraternelle dans le silence : Paradoxalement, ce silence absolu n’isole pas les moines les uns des autres de manière froide. Au contraire, ils partagent la même quête. De plus, les chartreux se retrouvent pour chanter l’office divin à l’église, notamment la nuit et bénéficient d’une promenade hebdomadaire (le spaciement est  la promenade hebdomadaire, hors de la clôture monastique, réglementée de façon précise par les statuts de l’ordre des Chartreux depuis le XVIIe siècle seulement. ) où ils peuvent échanger librement, ce qui renforce une fraternité d’autant plus profonde qu’elle est épurée du superflu.

3. Les piliers de la journée chartreuse

Cette spiritualité s’incarne dans un rythme de vie séculaire extrêmement précis qui allie :

  • La liturgie : Une part importante de la prière se fait en solitaire dans la cellule (notamment les offices de la Vierge et la prière personnelle), complétée par les offices chantés en communauté à l’église.

  • Le travail manuel : Chaque moine travaille seul dans sa cellule ou son jardinet pour subvenir à ses besoins matériels (artisanat, jardinage, écriture), ce qui permet d’équilibrer l’effort intellectuel et spirituel.

  • L’érémitisme et le cénobitisme : C’est le grand génie de saint Bruno : avoir marié la solitude des ermites –l’érémétisme– et la vie communautaire des moines -le cénobitisme. Le chartreux est à la fois ermite (presque tout son temps) et moine (il appartient à une communauté et prie avec elle).

  • « Ô solitude, solitude sainte, tu es le lieu où Dieu se plaît à converser avec ses amis ! » — Saint Bruno

4. L’organisation du monastère

Au sein d’un monastère chartreux, la communauté se compose de deux grands types de moines : les pères (qui sont prêtres ou se destinent à le devenir) et les frères convers. Bien qu’ils partagent la même vocation fondamentale,la recherche de Dieu dans la solitude et le silence, leur mode de vie quotidien et la répartition de leur temps diffèrent profondément.

Voici les principales différences dans leur journée type :

1. La proportion de solitude et de vie érémitique

  • Le père chartreux : Il vit une vie quasi-exclusivement érémitique. Il passe la majeure partie de son temps (prières, études, repas, travail intellectuel et manuel) seul dans sa cellule-ermitage. Il ne quitte sa cellule que pour se rendre à l’église pour les offices communautaires de nuit et du jour.

  • Le frère convers : Son mode de vie est mixte. S’il dispose également d’une cellule pour dormir et prier personnellement, il passe une grande partie de sa journée à l’extérieur de sa cellule pour assurer les tâches matérielles et pratiques nécessaires à la survie de la communauté : cuisine, boulangerie, forge, entretien général, cultures, etc..

2. Le travail et les occupations quotidiennes

  • Le père : Ses journées de travail en cellule sont consacrées à l’étude théologique, biblique, à la Lectio Divina, à la traduction, à l’écriture ou à de petits travaux manuels délicats comme la fabrication de tisanes ou l’artisanat d’art. De plus, les pères prêtres célèbrent chaque jour leur messe.

  • Le frère : Son travail est essentiellement manuel, technique et professionnel. C’est lui qui fait fonctionner le monastère au quotidien. Un frère peut être cuisinier, menuisier, électricien, agriculteur ou responsable de la maintenance. Son labeur est considéré comme une véritable prière en action.

3. La liturgie et les offices

  • Le père : Il participe à l’ensemble des grands offices nocturnes et diurnes à l’église (notamment les Vigiles à minuit) et prie les heures canoniales dans sa cellule.

  • Le frère : Les frères ont un office liturgique adapté à leur mode de vie et à leurs charges de travail. Ils récitent des prières plus courtes (souvent en s’aidant de patenôtres ou de chapelets), ce qui leur permet de s’aligner sur le rythme de prière de l’Ordre tout en honorant leurs lourdes responsabilités matérielles.

4. L’origine historique et le sens de cette distinction

Historiquement, saint Bruno avait conçu la Chartreuse pour des ermites. Très vite, l’ordre a ressenti le besoin d’accueillir des frères pour s’occuper des charges matérielles afin de préserver le silence et la tranquillité absolue des pères.

  • Pourtant, dans l’esprit chartreux, il n’y a pas de hiérarchie spirituelle entre les pères et les frères. Les uns ne sont pas « supérieurs » aux autres : la sainteté d’un frère convers est pleinement égale à celle d’un père. C’est simplement un appel intérieur différent au sein de la même famille monastique.

5. L’ordre des chartreux aujourd’hui dans le monde

L’ordre des chartreux compte aujourd’hui 21 monastères appelés « chartreuses » dans le monde dont 16 de moines et 5 de moniales.

La maison mère de l’ensemble de l’Ordre demeure la Grande-Chartreuse, située dans le massif de la Chartreuse en France, c’est là que réside le Révérend Père (le Prieur général de l’Ordre). cf le site officiel : chartreux.org

L’Ordre des Chartreux – Le site officiel de l’Ordre des Chartreux

Les moines et moniales chartreux en France

Trois monastères de moines en France :

 

La grande chartreuse à saint Pierre de Chartreuse fondée en 1084.

La chartreuse des Portes à Bénonces dans l’Ain fondée en 1115.

La Chartreuse de Montrieux à Méounes-lès-Montrieux, Var fondée au XIIè siècle.

Un monastère de moniales en France :

La Chartreuse de Nonenque (Millau / Marnargues, Aveyron)

 

 

 

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Translate »
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x