Notre-Dame-des-Landes : « la plus vieille lutte de France »

cf article Wikipédia

cf Notre Dame des Landes 2013

cf le site officiel

sur le site Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Angela Bolis

C’est « la plus vieille lutte de France », selon les mots de Dominique Fresneau, natif de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), opposant historique au projet d’aéroport.  (Sylvain Fresneau est le Président de l’ADECA -Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport-). Depuis près de cinquante ans, le dossier « NDDL » a changé de motifs, de partisans, d’époque, mais n’a cessé de cristalliser la contestation, pour devenir, peu à peu, le symbole, selon l’expression d’usage d’associations, des « grands projets inutiles et imposés », destructeurs de terres agricoles et naturelles.

Contesté depuis ses balbutiements en 1963, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est la mère de toutes les zones à défendre (ZAD) de France. Fédérant un grand nombre d’opposants qui ont su s’organiser au fil du temps, cette ZAD a inspiré les détracteurs de dizaines de dossiers douteux, dans tous les domaines – agriculture, hydrocarbures, stockage de déchets, transports, centres commerciaux.

Acte I : Naissance du projet

Projet d’aménagement du territoire avant tout, l’idée d’un « aéroport du Grand Ouest » émerge dans les années 1960 de réflexions sur la décentralisation et le développement économique des régions. En 1965, la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar) définit des « métropoles d’équilibre », qui viendraient contrebalancer l’hypercentralisation parisienne. Parmi celles-ci, Nantes-Saint-Nazaire.

« Dégage ! on aménage » – livre paru en janvier 1976

Une zone d’aménagement différé (ZAD) est créée en 1974

Elle permettra au conseil général de la Loire-Atlantique d’accumuler, par droit de préemption, de la réserve foncière, acquérant ainsi, jusqu’en 1988, 850 hectares sur les quelque 1 250 hectares prévus (qui deviendront ensuite 1 600 ha).

A peine ressurgira-t-il en 1994, à l’occasion d’un autre (très long) débat sur la construction d’un troisième aéroport parisien pour désengorger ceux d’Orly et de Roissy. Cela donne l’occasion aux partisans d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes de ressortir ce projet. A leur tête, le député PS et maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, défend cette « occasion de raccrocher à l’Europe nos régions, qui se sentent à l’écart des grands flux économiques du continent ».

Acte III : le retour, en 2000

C’est sous le gouvernement de Lionel Jospin, en 2000, que le projet ressort véritablement. Il s’inscrit dans les réflexions autour de la loi Voynet, ministre écologiste de l’aménagement du territoire, en faveur d’un rééquilibrage territorial. « La desserte aérienne des métropoles régionales est bien trop tributaire du passage par Paris », dit-elle à l’Assemblée nationale le 30 octobre 2000

D’après les opposants, c’est surtout M. Ayrault qui pousse à relancer cet aménagement, au moment où il entend réhabiliter la grande île de Nantes
Pour le maire de Nantes, il s’agit d’éviter la saturation de l’aéroport Nantes-Atlantique, d’assurer la sécurité des Nantais, de créer « quatre mille emplois » et de devenir « une ville de grands événements, de conventions ».

Après études préalables, s’ensuit un débat public entre 2002 et 2003. Il est jugé biaisé par les opposants, car n’envisageant, selon eux, aucune autre solution crédible. Le projet est validé par arrêté ministériel en octobre 2003. Puis soumis à enquête publique en 2006 et 2007 –cf site débat public -. La déclaration d’utilité publique est signée en 2008, pour un aéroport qui accueillerait à terme neuf millions de passagers, et dont le coût est estimé à 581 millions d’euros. – cf présentation projet en réunion publique-

En 2010, l’Etat signe avec Vinci un contrat de construction et de concession du futur aéroport pour cinquante-cinq ans. Les travaux doivent commencer en 2014, pour une ouverture en 2017.

Acte IV : la « guérilla » du bocage

Dès 2000, l’Adeca est réactivée et l’Association citoyenne des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa) est créée. Voient ensuite le jour la Coordination des opposants, en 2004, le CEDPA, en 2009, ou encore le Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport (Copain), en 2011.
C’est en 2009 que la lutte contre l’aéroport prend un tournant décisif. Après une rencontre avec la revue Silence, les opposants « historiques » de Notre-Dame-des-Landes installent le premier camp action climat français. Des centaines de militants y affluent.
Erigée en symbole, la lutte dépasse les enjeux locaux, s’attirant la solidarité de nombreux habitants et agriculteurs opposants, et au-delà, des soutiens venus de toute la France et même d’Europe.
Le 16 novembre 2012, le président François Hollande réaffirme son soutien au projet. Le lendemain, une manifestation de « réoccupation » rassemble entre 13 000 et 40 000 personnes dans la ZAD, selon les estimations.
Pour sortir de l’impasse, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, annonce une commission de dialogue. Celle-ci conclura, en avril 2013, à l’utilité du projet tout en remettant en question ses mesures de compensation environnementale.

Acte IV : les décisions judiciaires et l’annonce d’un référendum
  1. le rejet par la Cour de cassation des pourvois contre les ordonnances d’expropriation,
  2.  le rejet, par le tribunal administratif de Nantes, des derniers recours contre les arrêtés préfectoraux autorisant les travaux, permettant de déroger à la loi sur l’eau, et de déplacer les espèces protégées.

En octobre 2015, la reprise des travaux est annoncée pour 2016. Les procédures d’expulsion reprennent, à l’encontre de onze familles et de quatre exploitants agricoles.

3. Après une « pause » lors des élections régionales, qui voient arriver à la tête de la région des Pays de la Loire Bruno Retailleau (LR), fervent défenseur du projet, ces expulsions sont confirmées, en janvier 2016, par le tribunal de grande instance de Nantes, occasionnant un regain de tensions à NDDL où les opposants se préparent à résister sur le terrain.

 

4. Toutefois, le projet divise au sein du gouvernement. La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, souhaite le remettre à plat, tandis que la nouvelle ministre du logement, l’écologiste Emmanuelle Cosse, y est opposée de longue date.

5. Ultime rebondissement, l’annonce faite par François Hollande, le 11 février, d’un référendum local. Celui-ci, déjà contesté autant du côté des partisans que des opposants, pose de nombreuses questions, tant sur son périmètre que sur sa formulation ou même sa légalité. Laissant planer le doute sur la possibilité de disposer d’une porte de sortie acceptable par tous qui mettrait fin à un conflit vieux de cinquante ans.

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